Aston Martin F1 : ce que son forum technologique révèle sur l’IA et la quête de performance

Rien ne montre mieux l’importance croissante de l’intelligence artificielle en Formule 1 qu’un forum technologique organisé par Aston Martin, en plein week-end du Grand Prix de Grande-Bretagne, sur ses terres.
Un forum technologique au cœur de Silverstone
Vendredi, Aston Martin a réuni 10 partenaires au sein de son usine basée à Silverstone pour expliquer comment l’équipe tente d’exploiter l’IA afin d’améliorer ses performances, sur la piste comme en dehors.
Les partenaires présents étaient : CoreWeave, Zscaler, Cohere, ServiceNow, Cognizant, Cognition, NetApp, Xerox, Arm et Eight Sleep.
L’équipe a investi des dizaines de millions dans un nouveau campus technologique, avec notamment un simulateur de pointe et une soufflerie. L’utilisation de l’IA pour traiter les données produites par ces outils est devenue déterminante depuis leur mise en service, respectivement en 2024 et 2025.
Avant le forum, le patron d’équipe Adrian Newey a résumé l’idée reçue la plus répandue : « La plupart des gens pensent que l’IA, c’est de la reconnaissance de formes combinée à une recherche sur internet. »
Il a insisté sur une approche bien plus ciblée : « Ce que nous faisons, c’est utiliser l’IA et l’apprentissage automatique dans des rôles très spécialisés qui ne dépendent pas du tout d’internet. »
Et surtout, sur la nature des données : « Nous injectons nos propres données — soufflerie, CFD, piste — et nous utilisons l’IA pour repérer des schémas, des corrélations et des tendances qu’un humain pourrait ne pas voir assez vite. »
Objectif : « Cela nous aide à prendre de meilleures décisions sur la façon de développer la voiture. »
Newey reconnaît toutefois qu’à ce stade, donner une forme « d’intuition » à l’IA reste le défi le plus difficile — mais c’est « la frontière sur laquelle nous travaillons ».
Pour autant, l’enjeu n’est pas de remplacer les humains. L’IA est présentée comme un levier d’efficacité dans un sport où tout bouge en permanence.
Eric Ernst, ambassadeur commercial technologique d’Aston Martin, l’a formulé ainsi : « En technologie, on parle d’IA en termes de “avec l’IA, on peut externaliser l’intelligence”, mais on ne peut pas externaliser l’expérience. »
Il ajoute : « L’expérience reste dans l’équipe, chez les personnes. L’IA nous aide à donner à cette équipe une scalabilité cognitive pour accomplir beaucoup plus que ce qui aurait nécessité deux ou trois personnes (sans IA). »
Des chiffres qui donnent le vertige
Comme pour le développement d’une F1, une part de secret entoure la manière précise dont ces technologies sont déployées. Mais plusieurs chiffres ont été partagés :
- Avant un week-end de course, entre 10 000 et 100 000 scénarios de course sont simulés afin d’estimer la probabilité d’un résultat selon différentes stratégies, via le partenaire d’infrastructure de données NetApp.
- 50 milliards de points de données capteurs sont enregistrés par voiture sur un week-end de course, puis doivent être traités et stockés.
- Aston Martin transfère environ 1,5 To de données aller-retour avec sa base de Mission Control à l’usine de Silverstone à chaque week-end, avec seulement 0,2 seconde de délai (0,3 s pour le Grand Prix d’Australie).
- Une unité de contrôle moteur (ECU) typique en F1 exécute 43 000 milliards de calculs à chaque course.
- Les systèmes de contrôle d’Aston Martin peuvent compter 4 000 à 5 000 paramètres de réglage à ajuster pour placer la voiture dans la bonne fenêtre de performance. L’IA est importante pour prendre les bonnes décisions.
Tous ces facteurs peuvent contribuer à la performance en piste. Mais une autre bataille se joue aussi hors piste : placer les pilotes (et l’équipe) dans la bonne fenêtre, physiquement et mentalement.
Quand la récupération devient un avantage compétitif
Parmi les partenaires présents, Eight Sleep illustre un volet très concret de la performance moderne: le sommeil.
Le “Pod” : suivi du sommeil et température pilotée
Eight Sleep est une entreprise technologique américaine centrée sur la « sleep fitness ». Elle commercialise un « Pod » qui se place comme une housse au-dessus du matelas, suit le sommeil et ajuste automatiquement la température.
Chaque côté du dispositif peut être contrôlé indépendamment, afin de s’adapter à deux dormeurs. L’objectif annoncé : s’endormir plus vite, se réveiller moins souvent et améliorer la qualité du sommeil.
Un autre bénéfice est évoqué : la réduction du ronflement, grâce à une détection par IA qui évalue la partie haute et/ou basse du Pod pour corriger le phénomène.
Une adoption massive en Formule 1
Eight Sleep a annoncé un nouveau partenariat avec Aston Martin au début de l’année, après avoir été partenaire de Mercedes.
Le pilote Ferrari Charles Leclerc a également été annoncé comme investisseur dans Eight Sleep en février 2025.
Rafael Oliveira, vice-président marketing international & partenariats chez Eight Sleep, affirme que « plus de 70 % de la grille utilise notre produit ».
Il précise : « Nous avons des investisseurs en Formule 1. Je pense que les gens en Formule 1 voient vraiment le bénéfice du produit, ce qui est une forme de déclaration sur le produit. »
Et sur la logique du partenariat : « Il était logique que cette année nous fassions un pas de plus pour créer un partenariat officiel avec l’une des équipes les plus excitantes de la grille, avec Aston. »
Eight Sleep et Aston Martin avancent par ailleurs deux résultats : une amélioration de 34 % du sommeil profond avec le produit, et une amélioration de 41 % de la qualité globale du sommeil. Ils attribuent une grande partie de la diffusion en F1 — et au-delà — au bouche-à-oreille, dans un contexte où la marque représenterait aussi 30 % des ventes mondiales.
Oliveira compare ce mécanisme à « l’effet vestiaire » : « Dans d’autres sports, on appelle ça l’effet vestiaire. Quand un joueur NFL commence à l’utiliser, il en parle à ses amis ou à ses coéquipiers, et en quelques mois tout le monde l’utilise. »
Il conclut : « C’est pareil en Formule 1 et dans la plupart des sports, où les athlètes cherchent un avantage, et quand ils en trouvent un, ils en parlent, et ça continue. »
Voyages, chaleur et priorité à la récupération
Avec un calendrier aussi exigeant, bien dormir devient essentiel pour les pilotes comme pour le personnel.
Oliveira explique : « Là où nous nous concentrons le plus, c’est la récupération à la maison, là où nous passons le plus de temps. »
Selon lui, si c’est là que se trouve la majorité du temps passé, il faut l’optimiser : « Et c’est là que le Pod est au meilleur niveau, parce qu’il vous connaît, vous connaissez le Pod, et vous garantissez cette qualité constante nuit après nuit. »
Concernant les déplacements : « Quand il s’agit de voyager, cela dépend vraiment du lieu. Dans certains ou la plupart des endroits, nous essayons d’avoir le Pod disponible pour l’équipe, surtout les pilotes, etc. »
Il souligne l’intérêt dans les conditions chaudes : « Je dirais que dans les lieux où la chaleur devient un sujet, comme à Silverstone, mais aussi dans la plupart des manches européennes, c’est là encore que le produit est au meilleur niveau. »
Et il identifie une fonction particulièrement appréciée : « Le Pod a beaucoup de fonctionnalités, mais sans doute la plus aimée est le refroidissement. »
Il décrit le problème physiologique : « Quand il fait très chaud dehors, surtout pendant les séances, le corps a plus de mal à se refroidir pour s’endormir. »
La promesse associée : « C’est là que nous aidons ce refroidissement à accélérer l’endormissement, et aussi à permettre à chacun de maximiser son temps en sommeil profond et en sommeil paradoxal (REM), ce qui libère cette récupération supplémentaire et cet avantage à la fin de la journée. »
Conclusion
Entre des milliards de points de données, des milliers de paramètres de réglage et des décisions à prendre plus vite que la concurrence, Aston Martin montre une Formule 1 où l’IA devient un outil de lecture, de tri et d’aide au choix. Et à mesure que la performance s’optimise partout, la récupération — jusqu’au sommeil — s’impose comme un autre champ de bataille. La prochaine frontière se dessine déjà : transformer toujours plus de données en compréhension, et cette compréhension en vitesse.
Foire aux Questions
À quoi sert l’intelligence artificielle en Formule 1 au quotidien ?
Elle sert notamment à repérer rapidement des schémas, corrélations et tendances dans de grands volumes de données (soufflerie, CFD, piste), afin d’aider l’équipe à prendre de meilleures décisions de développement et de réglage.
Quelles données Aston Martin dit-elle utiliser pour entraîner ses modèles ?
Adrian Newey cite explicitement des données internes : soufflerie, CFD et données issues de la piste, plutôt que de s’appuyer sur une recherche sur internet.
Pourquoi simuler des dizaines de milliers de scénarios avant une course ?
Parce que les stratégies (arrêts, pneus, neutralisations, etc.) peuvent changer la probabilité d’un résultat. Aston Martin indique simuler entre 10 000 et 100 000 scénarios avant un week-end de course.
Quels volumes de données une F1 génère-t-elle sur un week-end ?
Aston Martin évoque 50 milliards de points de données capteurs par voiture et par week-end de course, ainsi qu’environ 1,5 To transféré aller-retour avec le Mission Control à Silverstone.
Qu’est-ce que le Pod d’Eight Sleep et pourquoi intéresse-t-il la F1 ?
C’est une housse intelligente posée sur le matelas qui suit le sommeil et ajuste automatiquement la température. Eight Sleep et Aston Martin évoquent une amélioration de 34 % du sommeil profond et de 41 % de la qualité globale du sommeil, avec un intérêt particulier pour le refroidissement dans des conditions chaudes.
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