La FIA doit réunir les motoristes plus tard cette semaine pour discuter d’un sujet devenu central dans la préparation des groupes propulseurs 2026 : la limite de ratio de compression et la manière dont elle est mesurée. Malgré la pression de plusieurs constructeurs, même ceux qui souhaitent un ajustement des règles n’anticipent pas de véritable bascule à court terme.

🧩 Pourquoi le ratio de compression est au cœur de la polémique

La réunion technique prévue jeudi rassemblera des experts moteurs et vise à traiter des inquiétudes formulées par Ferrari, Audi et Honda : ces trois constructeurs redoutent une exploitation possible de la limite de ratio de compression imposée par le règlement.

Leur mécontentement vise l’idée que Mercedes et Red Bull auraient trouvé une manière de faire fonctionner leurs moteurs à un ratio de compression plus élevé — donc potentiellement plus performant — que le plafond théorique de 16:1 prévu par les textes.

À quoi s’attendre de la réunion clé sur la faille des moteurs de F1

🤝 La position de la FIA et pourquoi un changement immédiat paraît improbable

À ce stade, la FIA a soutenu l’interprétation de Mercedes et Red Bull : le respect de la limite 16:1 dépend de mesures réalisées à température ambiante. Et l’évolution du règlement 2026 a, justement, renforcé ce point.

Conséquence : les attentes sont faibles quant à une modification rapide. Selon un insider familier des discussions, l’issue la plus réaliste serait plutôt l’établissement de consignes plus fermes pour aligner tout le monde… mais en vue de 2027.

Mattia Binotto, responsable du projet F1 d’Audi, va dans le même sens : l’objectif serait davantage de bâtir une méthode de mesure pour l’avenir que de réécrire immédiatement la règle.

« Il s’agit simplement d’essayer, tous ensemble, de développer une méthodologie permettant de mesurer en temps réel pendant que la voiture roule. »

« Mon espoir pour cette réunion n’est pas une clarification du règlement en lui-même, mais plutôt de définir une méthodologie pour le futur. »

⚖️ Protester ou s’adapter : le choix stratégique des motoristes

Ă€ partir de lĂ , deux voies se dessinent pour les constructeurs insatisfaits :

Soit porter l’affaire en course devant les commissaires, potentiellement via une protestation formelle. Soit accepter d’avoir « manqué l’astuce » et chercher à suivre la même direction technique le plus vite possible.

La seconde option semble la moins conflictuelle : elle évite un point de rupture politique, d’autant que le règlement 2026 prévoit aussi des opportunités supplémentaires de développement en saison pour les motoristes en difficulté, via un système appelé ADUO.

⏱️ Pourquoi rattraper un avantage moteur prend (beaucoup) de temps

Certains observateurs estiment que les marges de développement et d’évolution autorisées pourraient suffire à permettre à un motoriste en retard de revenir très vite. Mais tout le monde n’y croit pas.

Ben Hodgkinson, directeur technique de Red Bull Powertrains, rappelle que le cycle de mise au point d’un groupe propulseur est structurellement plus long que celui d’un châssis.

« Ce que je ne pense pas être complètement compris par ceux qui écrivent les règles, c’est que le temps de gestation d’une idée sur un groupe propulseur est bien plus long que sur le châssis. »

Il insiste aussi sur la contrainte opérationnelle : une évolution ne concerne pas deux voitures, mais un parc complet.

« Si je dois faire un changement, d’abord je n’ai pas seulement deux voitures à mettre à jour, j’ai toute une flotte de moteurs dans le pool. Je peux avoir 12 moteurs à mettre à jour. Ça prend du temps. »

Et l’homologation complique encore la prise de risque :

« Comme nous sommes homologués, on ne peut pas vraiment tenter un coup sur quelque chose qui n’est pas solidement prouvé, car on pourrait s’exposer à d’énormes problèmes. »

Hodgkinson chiffre des délais typiques : jusqu’à 12 semaines pour fabriquer des composants internes de haute précision, puis encore du temps pour valider la durabilité au banc, et enfin environ 12 semaines supplémentaires pour introduire de nouvelles unités dans le pool de course.

Même si Audi, Honda et Ferrari savaient exactement ce que feraient Mercedes et Red Bull (ce qui, selon les informations disponibles, n’est pas le cas), et même s’ils décidaient de revoir leur approche immédiatement, un passage à un nouveau design pourrait prendre environ six mois.

D’où sa conclusion : un avantage présent dès la première course pourrait rester difficile à effacer pendant un bon moment.

« Je pense que si une équipe a un avantage sur le groupe propulseur à la course 1, il faudra du temps avant que les autres ne reviennent. »

L’ADUO offre un levier, mais avec des limites pratiques :

« Après six courses, c’est évalué, donc techniquement à la septième, on peut introduire la mise à jour. Mais je pense que c’est assez difficile de sortir une mise à jour en quelques semaines. »

💸 Coûts, pénalités et gestion du pool : un frein supplémentaire

Un éventuel effort tardif pour introduire un moteur nouvellement homologué — si un constructeur obtient l’autorisation via l’ADUO — pose aussi un casse-tête de gestion du pool en fin de saison.

Le règlement 2026 limite en effet à quatre moteurs thermiques (ICE) par pilote sur l’ensemble du championnat. En fin d’année, une grande partie du quota aura probablement déjà été utilisée.

Disposer d’une spécification nettement meilleure pourrait justifier de prendre une pénalité sur la grille. Mais une évolution réglementaire change l’équation financière.

L’exemple cité est parlant : la saison passée, lorsque Red Bull a offert à Max Verstappen un moteur neuf au Brésil pour des raisons de performance, l’opération avait été relativement simple car située en dehors des contraintes financières de ce type.

À partir de 2026, l’arrivée de restrictions financières pour les motoristes crée un puissant effet dissuasif : des moteurs supplémentaires introduits pour la performance (et non pour la fiabilité) feraient porter les coûts directement sur le plafond budgétaire du constructeur, réduisant d’autant les moyens disponibles pour d’autres développements.

Cela renforce l’idée qu’un réalignement majeur des approches de combustion, entre tous les motoristes, a de fortes chances de ne pas intervenir avant 2027.

🔥 Où se jouera la performance : combustion vs ERS

Le potentiel à débloquer côté moteur thermique explique pourquoi plusieurs personnalités voient ce domaine comme un différenciateur majeur au début du cycle 2026.

Selon Hodgkinson, le champ de bataille ne sera pas tant l’électrification :

« Côté ERS, je pense que tout le monde sera à 99% d’efficacité sur l’électronique de puissance et le moteur. »

En revanche, la marge est encore significative sur la combustion :

« Les meilleurs moteurs [à combustion] la saison passée étaient autour de 50% [de rendement], donc il reste encore beaucoup à aller chercher. »

Andrea De Zordo, directeur technique de Haas, avertit que ceux qui manqueraient de puissance risquent de partir avec un handicap difficile Ă  effacer :

« Au début, avec le groupe propulseur, comme tout est nouveau, il n’y a pas forcément plus à gagner, mais beaucoup plus à perdre si vous ne faites pas les choses correctement. »

« Comprendre comment ça fonctionne et comment maximiser cela sera probablement la partie la plus importante. »

🚀 Conclusion

La réunion de jeudi ressemble davantage à une étape de cadrage méthodologique qu’à un tournant réglementaire immédiat. Entre le temps nécessaire pour concevoir et valider des évolutions, la contrainte du pool moteur et les freins financiers, l’avantage pris tôt pourrait peser lourd en 2026. La question, désormais, est de savoir si le consensus technique se construira progressivement… ou s’il faudra attendre 2027 pour refermer pleinement la zone grise.

La saison 2026 ne se gagnera pas seulement à la piste : elle se prépare dès maintenant, dans les détails invisibles de la combustion.

Foire aux Questions

Qu’est-ce que le ratio de compression et pourquoi c’est si important en F1 ?

Le ratio de compression décrit à quel point le mélange air-carburant est comprimé dans le cylindre avant la combustion. En général, un ratio plus élevé peut améliorer le rendement et la performance, ce qui explique l’attention portée à la limite fixée à 16:1.

Pourquoi la mesure « à température ambiante » change tout ?

Parce que si la conformité au 16:1 dépend d’une mesure effectuée à température ambiante, l’interprétation de ce qui est autorisé en conditions de fonctionnement peut diverger. C’est précisément ce point qui alimente la contestation de certains constructeurs.

Les motoristes peuvent-ils rattraper rapidement un avantage pris par un concurrent ?

Pas facilement. Les délais de fabrication de composants internes, les validations de durabilité au banc et l’intégration dans le pool de course peuvent représenter plusieurs mois. Même avec des opportunités de développement en saison, le rattrapage peut être lent.

Pourquoi introduire un moteur plus performant en fin de saison peut coûter cher ?

D’une part, les pilotes sont limités à quatre moteurs thermiques (ICE) sur la saison, donc le timing d’introduction est complexe. D’autre part, à partir de 2026, des moteurs supplémentaires pour la performance (hors fiabilité) peuvent peser sur le plafond budgétaire du motoriste, au détriment d’autres évolutions.

La performance 2026 se jouera-t-elle surtout sur l’électrique (ERS) ?

Selon Ben Hodgkinson, beaucoup de constructeurs seront proches d’un niveau d’efficacité très élevé côté électronique de puissance et moteur électrique. L’écart pourrait donc davantage se créer côté moteur thermique, où le rendement a encore une marge de progression significative.

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