Le directeur d’équipe de Williams, James Vowles, s’appuie sur des données historiques pour défendre une idée forte : en Formule 1, l’écart ne serait pas en train de se réduire. Selon lui, les quatre équipes majeures — Mercedes, Ferrari, Red Bull et McLaren — capteraient une part encore plus importante des résultats qu’avant l’arrivée du plafonnement budgétaire.

Une alerte sur une F1 à deux vitesses

Vowles estime que les équipes hors « top 4 » se retrouvent piégées, et il a évoqué la nécessité d’un mécanisme de rattrapage qu’il souhaiterait voir idéalement introduit à partir de 2027.

Son argument principal repose sur la comparaison avant/après plafonnement budgétaire :

  • Sur les 10 saisons 2011-2020 (avant l’entrée en vigueur du plafonnement budgétaire), les quatre équipes ont marqué 77% des points disponibles, selon Vowles.
  • Sur les cinq saisons suivantes (depuis l’introduction du plafonnement budgétaire), elles auraient pris 83% des points en jeu.

Ce que Vowles affirme, en clair

Le vendredi du Grand Prix de Singapour, Vowles a insisté sur le fait que la hiérarchie ne se resserre pas. Il soutient notamment que :

  • les équipes du bas de grille marquent moins de points qu’auparavant ;
  • les quatre équipes de tête en marquent davantage qu’avant ;
  • sur les 130 derniers Grands Prix, une seule victoire serait revenue à une équipe ne faisant pas partie de ces quatre-là ;
  • les podiums « hors top 4 » seraient passés d’environ 10% avant le plafonnement budgétaire à environ 5% depuis.
Examen des affirmations sur une F1 à deux vitesses

Vérification des chiffres : définition du « big four » et résultats

La comparaison présentée repose sur Mercedes, McLaren, Red Bull et Ferrari, quelle que soit leur position finale au championnat (autrement dit, on parle d’un groupe fixe de quatre équipes).

Un point important : McLaren n’a pas terminé dans le top 4 sept fois entre 2013 et 2022. Ferrari a manqué le top 4 en 2020 et Mercedes en 2012.

Les calculs cités confirment globalement l’idée avancée : sur les cinq saisons complètes de plafonnement budgétaire de 2021 à 2025, ces quatre équipes totalisent 83,5% des points.

Et en 2026, la tendance s’accentue

En ajoutant la saison 2026 en cours, la part monte à 84,1%. Sur la campagne 2026, ces quatre équipes ont jusqu’ici inscrit 87,7% des points.

Domination en points des quatre grandes équipes après Bahreïn et Malaisie 2026

Une nuance : le cas McLaren change la lecture

Il faut toutefois noter un facteur qui influence la comparaison : la sous-performance récurrente de McLaren dans les années 2010 pèse sur la moyenne « avant », tandis que son retour au premier plan ces dernières saisons tire logiquement la part de points vers le haut.

Conséquence : l’idée que les quatre équipes « s’éloignent encore plus » est moins tranchée qu’elle n’y paraît à première vue. En revanche, l’autre affirmation ressort plus solidement : l’effet de rattrapage espéré grâce au plafonnement budgétaire ne se matérialise pas.

Autre lecture : les 4 premières équipes au classement du championnat

Une seconde approche consiste à regarder non pas un groupe fixe, mais les quatre meilleures équipes au championnat chaque saison.

Dans ce cadre, la proportion de points marqués par le top 4 est décrite comme remarquablement stable, ne laissant généralement qu’environ 17% des points à se partager pour les autres équipes.

Un club de plus en plus difficile à intégrer

Il y a eu quelques intrusions : Alpine en 2022 (et Renault en 2018), Lotus en 2012 et 2013, ainsi que l’équipe aujourd’hui connue sous le nom d’Aston Martin (sous les appellations Force India et Racing Point), sans oublier Williams.

Mais ces équipes n’ont pas réussi à devenir des menaces régulières pour la victoire sur plusieurs saisons.

Et sur les 10 dernières saisons (en incluant l’année en cours), seules quatre places sur les 40 disponibles dans le top 4 auraient échappé aux quatre équipes identifiées par Vowles. La dernière fois qu’une équipe hors de ce groupe a terminé dans le top 3 du championnat, c’était Williams en 2015 (ainsi qu’en 2014).

Les podiums : une chute nette pour les équipes hors top 4

Vowles avance aussi un indicateur plus parlant pour le grand public : les podiums.

  • Sur les 10 années avant le plafonnement budgétaire, les équipes en dehors des quatre grandes ont signé 62 podiums en 588 courses, soit environ 10%.
  • Depuis l’introduction du plafonnement budgétaire, elles ont obtenu 17 podiums en 342 courses, soit environ 5%.

La précision donnée va dans le même sens : la part exacte est de 10,5% avant, contre 5,4% depuis (écarts dus aux arrondis).

Pourcentage de podiums pris par les équipes du top 4 après Bahreïn et Malaisie 2026

Conclusion : plafonnement budgétaire, même ordre établi

Les chiffres présentés et recoupés vont dans la même direction : la domination des structures de pointe ne recule pas, et l’accès aux victoires comme aux podiums reste extrêmement fermé. L’enjeu, désormais, est de savoir si de futurs ajustements — comme un mécanisme de rattrapage évoqué pour 2027 — peuvent réellement favoriser un resserrement durable de la grille. La F1 aime se réinventer : reste à voir si sa prochaine évolution permettra enfin de transformer l’espoir de compétitivité en réalité sur la piste.

Foire aux Questions

Qu’appelle-t-on ici les « quatre grandes équipes » en F1 ?

Il s’agit de Mercedes, Ferrari, Red Bull et McLaren, considérées comme un groupe fixe dans l’analyse, indépendamment de leur rang exact au championnat certaines saisons.

Quelle différence entre « big four » fixe et « top 4 du championnat » ?

Le « big four » fixe compare toujours les mêmes quatre équipes. Le « top 4 du championnat » change selon les saisons et reflète les quatre mieux classées de l’année considérée.

Que disent les chiffres sur les points depuis 2021 ?

Sur les saisons 2021 à 2025, ces quatre équipes totalisent 83,5% des points. En ajoutant 2026 (en cours), la part passe à 84,1%, avec 87,7% des points pris par ces équipes sur la seule saison 2026 à ce stade.

Pourquoi les podiums sont-ils un indicateur important ?

Les podiums reflètent directement la capacité d’une équipe à se battre régulièrement aux avant-postes. La part de podiums pour les équipes hors des quatre grandes tombe d’environ 10% avant à environ 5% depuis, ce qui suggère moins d’opportunités au plus haut niveau.

Pourquoi le cas McLaren nuance l’analyse « avant/après » ?

McLaren a connu une longue période moins compétitive dans les années 2010, ce qui réduit mécaniquement la part moyenne des points « avant ». Son retour en forme récent augmente ensuite la part de points du groupe, ce qui complique la conclusion selon laquelle l’écart se serait forcément accru pour des raisons uniquement structurelles.

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