Zandvoort : gagnants et perdants d’une qualification sprint ultra serrée

Après près d’un mois sans session compétitive, la Formule 1 a repris sur un rythme élevé à Zandvoort avec une qualification sprint extrêmement serrée pour la pole. Au-delà du chrono pur, cette séance a aussi mis en lumière des tendances techniques sur les monoplaces 2026 et plusieurs duels internes révélateurs.

Voici les principaux gagnants et perdants de cette qualification sprint à Zandvoort.
Les enseignements clés des qualifications sprint à Zandvoort
Perdant : Red Bull (6e et 11e)
Malgré un résultat décevant en SQ2 par rapport à ce qu’il avait montré en SQ1, Liam Lawson fait globalement sa part du travail.
Mais la RB22 semble seulement être la quatrième meilleure voiture ici, au point que la 6e place de Max Verstappen ressemble presque à une surperformance. Verstappen l’a lui-même résumé, avec un ton un peu sarcastique : « Je crois qu’on a devancé une voiture. »
Il a trouvé sa Red Bull plus docile qu’en essais, mais sans retrouver l’équilibre et l’adhérence dont il a besoin. Les espoirs reposent donc sur un changement important lorsque les voitures sortiront du parc fermé.
Gagnant : Yuki Tsunoda (12e)
Tsunoda termine avec un déficit au tour similaire à celui d’Arvid Lindblad dans la comparaison “intérimaires vs titulaires” entre équipes sœurs, mais c’est lui qui décroche ici l’étiquette de gagnant (sans que cela signifie que Lawson ait déçu).
Pour un pilote qui n’avait encore jamais qualifié ce type de voiture, une 12e place constitue un résultat très solide avec Racing Bulls. On pourrait penser que la longueur du tour à Zandvoort réduit les écarts entre équipiers, mais le reste des résultats de la séance ne valide pas franchement cette hypothèse.
Autre point marquant : Lindblad est allé au-delà des limites de la voiture en SQ3 en cherchant à extraire davantage de performance. Pour Tsunoda, c’est un excellent départ et une ligne de plus très valorisante sur son CV de pilote, qui pourrait ou non inclure l’IndyCar à l’avenir.
Perdant : Aston Martin (19e et 22e)
Après un début de week-end qui semblait prometteur en essais (Fernando Alonso 12e), la première sortie du moteur Honda amélioré sur l’Aston Martin s’est révélée décevante.
Alonso a terminé dernier, victime d’une panne l’empêchant d’utiliser le mode ligne droite. En 2026, c’est une perte majeure car cela perturbe l’équilibre de la voiture et les besoins énergétiques sur un tour. Alonso a aussi signalé des vibrations sans lien avec sa sortie de piste au premier virage, et a souffert de la conduite avec ce nouveau moteur Honda.
Du côté de Lance Stroll, dont le mode ligne droite fonctionnait, l’Aston Martin restait malgré tout à près de sept dixièmes de l’accès à la Q2.
Le contraste est net avec le week-end encourageant de Budapest, qui avait pu laisser espérer un retour dans la lutte pour la Q2 à Zandvoort. La grande question porte désormais sur la vitesse à laquelle Honda pourra corriger ces problèmes de “drivabilité”, dans un contexte où — mise à part une journée de tournage au Hungaroring — c’est la première vraie journée d’essais “en colère” pour cette évolution.
Gagnant : l’Alpine améliorée de Pierre Gasly (8e)
Après plusieurs courses à subir une voiture de moins en moins compétitive, cette séance ressemble davantage au niveau de performance qu’Alpine et Gasly affichaient au tout début de saison.
La grosse évolution accélérée pour cette manche sur la voiture de Gasly — avec un plancher et un diffuseur largement revus, ainsi que de nouveaux pontons et de nouveaux tambours de freins arrière — paraît très efficace. D’après le directeur général d’Alpine, Steve Nielson, elle expliquerait la majeure partie de l’écart de 0,719 s entre les deux voitures en SQ2.
McLaren avait franchi un cap en Hongrie grâce à une importante évolution de plancher, et Alpine semble avoir réussi un mouvement comparable dans le peloton ici. Cela laisse des sentiments partagés à Franco Colapinto, 14e : il se réjouit du bond en avant de l’équipe, mais regrette que sa voiture ne profite pas de cette évolution avant Monza. Il a d’ailleurs dû s’employer pour passer la SQ1 avant de sortir en SQ2.
Gagnant : George Russell (1er)
On peut soutenir que Russell était l’un des pilotes qui avaient le plus besoin de réussir ce week-end. Il a parfaitement lancé sa relance : pendant que son équipier Kimi Antonelli commettait plusieurs erreurs, Russell a traversé essais et qualification presque sans incident.
« Ça fait du bien de me rappeler que je l’ai toujours et que je n’ai pas oublié comment piloter », a déclaré Russell, dont les difficultés à s’adapter aux exigences spécifiques des voitures 2026 sont bien connues.
« Je suis arrivé ce week-end avec un esprit vraiment ouvert parce que je ne savais pas comment ça allait se passer, mon niveau de confiance n’était pas au plus haut », a-t-il ajouté. Son approche — traiter ce rendez-vous comme la première course de la saison et ne pas trop intellectualiser — a payé : il signe une pole où il a fait la différence dans une séance ultra compacte, avec quatre voitures dans le dixième, et aucune n’était celle de son équipier.
Perdant : Lewis Hamilton (7e)
Le dernier tour lancé d’Hamilton en qualification sprint a semblé vraiment brouillon, suffisamment pour expliquer un retard de six dixièmes sur Charles Leclerc. Hamilton a admis après coup que ce n’était « pas une bonne séance ».
Mais il n’a pas uniquement mis cela sur le compte d’erreurs : selon lui, la SF-26 est sortie de sa fenêtre optimale après de « subtils ajustements » réalisés après les essais, qui — coïncidence ou lien direct — lui ont donné « une voiture complètement différente ».
« Charles est dans un endroit un peu différent de moi [en réglages], donc un peu plus proche de là où j’étais », a-t-il expliqué.
Perdant : Kimi Antonelli (5e)
Antonelli a évoqué une perte de 25 points d’appui, ce qui éclaire son retard de deux dixièmes sur George Russell.
Ce n’est pas la reprise idéale après la pause estivale : il a d’abord fait un tête-à-queue en FP1, puis est sorti de la piste au virage 12 en SQ1, provoquant des dégâts.
« C’était un peu trop de vitesse à l’entrée du dernier virage sur ce tour-là, j’ai perdu l’arrière et je suis allé dans le gravier », a-t-il raconté, précisant qu’il avait des trous dans le plancher de sa voiture, ce qui a entamé sa confiance.
Ce sont des erreurs qui peuvent parfois passer quand l’équipier et les rivaux sont en difficulté, mais Antonelli doit retrouver une exécution irréprochable s’il veut éviter de voir sa dynamique s’éroder.
Gagnant : Alex Albon (16e)
Pour la première fois depuis Monaco, Alex Albon a été le pilote Williams le plus rapide en qualification, avec un avantage d’un peu moins de quinze centièmes.
Il n’y a pas d’alerte immédiate autour de son avenir — il s’est réengagé avec Williams pour l’an prochain — mais commencer à inverser une confrontation en qualifications très déséquilibrée face à Carlos Sainz cette saison ne peut qu’aider.
La séance compliquée de Sainz s’explique en partie par ses multiples sorties de piste en FP1, qui ont endommagé sa Williams et l’ont obligé à basculer sur des pièces moins optimales.
Selon Albon, Williams « lutte avec ses propres démons » sur la constance des pièces en ce moment. « Avec les pièces sur notre voiture, il faut s’assurer qu’on tire réellement le meilleur de la carrosserie, de la voiture elle-même, avec ce qu’on a », a-t-il détaillé. « On a ces voitures depuis un moment, on n’a pas évolué depuis un moment, donc elles sont un peu plus usées. Il faut les traiter avec soin. »
Jusqu’ici ce week-end, Albon a mieux “préservé” ce package et en a récolté les bénéfices, même s’ils restent limités au classement.
Perdant : Nico Hülkenberg (14e)
Nico Hülkenberg s’est dit choqué d’être à 0,830 s de son équipier Gabriel Bortoleto en qualification sprint à Zandvoort, sans explication immédiate.
« Je suis surpris moi-même », a-t-il déclaré, parlant d’« une journée avec deux séances très différentes ».
En FP1, il estimait que la voiture était « vraiment bonne », puis « je suis sorti en SQ1, c’était une sensation complètement différente et je n’avais plus la même adhérence ».
Hülkenberg est rarement aussi loin de Bortoleto. Même en tenant compte du fait qu’il a signé son chrono plus tôt et que Bortoleto a réalisé un dernier secteur référence, cet écart reste préoccupant.
Gagnant : McLaren (2e et 4e)
Manquer la pole pour moins d’un dixième est toujours frustrant, mais Lando Norris et Oscar Piastri peuvent se satisfaire de voir la vitesse victorieuse affichée en Hongrie se traduire, au moins en partie, dès la première course après la pause estivale.
Pour les deux pilotes, le basculement vers les pneus tendres en SQ3 a été le moment où cela s’est compliqué.
« C’est souvent le cas cette année : tu mets le pneu tendre et ce n’est pas aussi agréable que l’équilibre que tu as avec le médium », a expliqué Piastri, tandis que Norris reconnaissait avoir laissé du temps sur la table avec ce changement de gomme.
Malgré tout, le ton est nettement plus positif, y compris dans la manière de débriefer la séance, qu’il ne l’était encore deux courses plus tôt. Les deux pilotes semblent globalement satisfaits de leur niveau actuel.
Gagnant : Esteban Ocon (15e)
Une 15e place et une élimination en SQ2 n’ont rien d’exceptionnel pour Haas, alors que des rivaux du milieu de grille progressent sans relâche. Mais c’est une bonne nouvelle pour Esteban Ocon : il devance les deux Williams et compte deux dixièmes d’avance sur son équipier Ollie Bearman.
Son baquet serait menacé pour 2027, et ce type de performance tombe donc au bon moment. « C’est positif qu’on continue sur Budapest, en tirant le maximum de la voiture », a-t-il commenté. « La voiture était assez correcte depuis qu’on l’a posée par terre, pas de souci particulier, c’est exactement ce qu’on cherche. »
« On ne sait toujours pas pourquoi parfois on a des problèmes, mais c’est bien quand on n’en a pas parce qu’on peut sortir le maximum du potentiel, et c’est ce qu’on a fait aujourd’hui », a-t-il ajouté.
Ocon a aussi souligné la qualité de son premier tour : « Le premier tour était très bon, même devant les Audi. On a eu un peu plus de dégradation que les autres sur le deuxième tour, c’est ce qu’on doit regarder. »
Conclusion
Cette qualification sprint à Zandvoort a dessiné une hiérarchie serrée en tête, avec Russell au sommet et McLaren à l’affût, tout en révélant des dynamiques internes marquées : Red Bull semble en retrait, Aston Martin doit fiabiliser et rendre exploitable son nouveau package moteur, et Alpine retrouve enfin un vrai souffle grâce à une évolution majeure.
La suite du week-end dira si ces tendances se confirment sur la durée d’une course sprint et dans les conditions changeantes de Zandvoort. Une chose est sûre : quand les écarts tiennent dans un dixième, chaque détail peut changer l’histoire — et c’est là que la course devient passion.
Foire aux Questions
Qu’est-ce qu’une qualification sprint (SQ1, SQ2, SQ3) en F1 ?
C’est une séance de qualification découpée en trois segments. Les plus lents sont éliminés à chaque phase (SQ1 puis SQ2), et la SQ3 décide les meilleures positions sur la grille de la course sprint.
Pourquoi parle-t-on de « parc fermé » et en quoi cela compte ici ?
Le parc fermé correspond à une période où les réglages et modifications sur la voiture sont fortement limités. Cela peut compliquer la réaction d’une équipe si la voiture manque d’équilibre ou d’adhérence après la qualification.
Que signifie le « mode ligne droite » évoqué pour Aston Martin ?
Dans le contexte 2026 décrit ici, il s’agit d’un mode lié à la gestion et au déploiement d’énergie visant à améliorer la performance en ligne droite. Ne pas pouvoir l’utiliser pénalise fortement le tour, et peut aussi perturber l’équilibre général et la gestion énergétique sur l’ensemble du circuit.
Pourquoi des dégâts au plancher (comme pour Antonelli) font-ils perdre autant de performance ?
Le plancher contribue fortement à générer de l’appui aérodynamique. Des trous ou des dommages peuvent dégrader le flux d’air sous la voiture, réduire l’appui, et rendre la voiture plus difficile à piloter, surtout dans les virages rapides.
Pourquoi un changement de gomme peut-il rendre la voiture plus difficile, comme chez McLaren en SQ3 ?
Chaque composé peut modifier l’adhérence, la température de fonctionnement et l’équilibre. Ici, le passage au pneu tendre a semblé rendre la voiture moins agréable à piloter que sur le médium, ce qui peut coûter du temps même si le pneu est théoriquement plus rapide.
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