Haas estime qu’il aurait très probablement pris une décision différente pour sa composition de pilotes en Formule 1 pour 2027… s’il n’avait pas lancé l’an dernier son propre programme d’essais TPC (Testing of Previous Cars).

Dans ce cadre, le junior Ferrari Rafael Camara a été choisi pour remplacer Esteban Ocon au sein de l’équipe, avec un engagement pluriannuel, après une concurrence jugée particulièrement relevée. Selon Haas, un test de sélection « à l’ancienne » à Portimão a rendu ce choix « limpide ».

Pourquoi une journée d’essais F1 a décidé d’un choix de pilote pour 2027

Le programme TPC, l’outil que Haas voulait absolument maîtriser

Le principe du TPC est de donner du roulage dans des monoplaces d’une génération précédente, afin d’évaluer des pilotes dans un environnement plus représentatif qu’une simple lecture de résultats en catégories juniors.

Haas explique que la première année a surtout servi à « mettre en route » : fonctionnement professionnel, culture d’équipe, organisation. Puis, la saison suivante devait permettre d’utiliser l’outil pour une mission précise : l’évaluation de pilotes en vue de 2027.

Cette anticipation est directement liée à la situation contractuelle des titulaires : les contrats d’Esteban Ocon et d’Ollie Bearman arrivent à échéance fin 2026. D’où l’importance, selon l’équipe, de pouvoir comparer des candidats par ses propres moyens.

Portimão, un shootout décisif au volant d’une Haas 2025

Le test de Portimão, organisé en août, a pris la forme d’un « shootout » très direct : plusieurs candidats évalués dans une Haas 2025, avec un objectif clair de performance et de capacité d’adaptation.

Interrogé sur le fait de savoir si le choix de Camara dépassait le simple chrono, le directeur d’équipe Ayao Komatsu a répondu sans détour : « Il a été le plus rapide. C’est une réponse très simple. Clairement, oui. Il a été impressionnant. »

La concurrence mentionnée par Haas à Portimão incluait notamment Leonardo Fornaroli (champion de Formule 2 chez McLaren) et Ryo Hirakawa, présenté comme le principal espoir F1 d’un soutien majeur de Haas : Toyota, partenaire décrit comme déterminant dans la mise en place même du programme TPC.

Un programme déjà riche en profils variés

Sur sa première année et demie d’existence, le programme TPC de Haas, mené avec Toyota, a déjà permis d’offrir des journées d’essais à plusieurs profils :

- des anciens pilotes de F1 : Kamui Kobayashi, Kazuki Nakajima, Romain Grosjean ;

- des champions de Super Formula : Sho Tsuboi et Ritomo Miyata.

Mais, à ce stade, Haas présente Portimão comme la plus forte validation du projet : ce test aurait été « vital » dans la décision du line-up 2027.

Pourquoi Haas n’aurait peut-être pas signé Camara sans ce test

Komatsu insiste sur un point : sans ce dispositif, l’équipe n’aurait pas eu le même niveau de certitude. Il va jusqu’à admettre qu’il ne sait pas s’il aurait pris la même décision : « Sans celui-là, je ne peux pas être aussi confiant. Je ne sais pas si j’aurais pris la même décision, sérieusement. Probablement pas. »

Le responsable de Haas juge en effet qu’évaluer la Formule 2 « de l’extérieur » est « très, très difficile ». Il illustre ce raisonnement avec le cas d’Ollie Bearman : de nombreuses personnes avaient remis en question sa promotion pour 2025, en soulignant qu’il avait terminé 12e de F2 en 2024. Komatsu affirme toutefois qu’il était serein, car l’équipe avait déjà eu accès à Bearman via des séances d’essais libres (notamment une FP1 au Mexique en 2023), permettant d’évaluer plus finement ses capacités et sa personnalité.

À ses yeux, choisir Camara sans l’avoir observé dans ce contexte TPC aurait ressemblé à un pari : « Si nous avions décidé de prendre Rafa sans faire ça, ça aurait clairement davantage ressemblé à un coup de poker. Est-ce que je veux jouer comme ça ? Probablement pas… C’est pour ça que nous avons mis en place un environnement qui nous permet de garder ça sous contrôle. »

Camara et Bearman, un potentiel jugé « tout aussi excitant »

Haas souligne que Bearman et Camara sont très proches en âge : seulement trois jours d’écart. Et tous deux auront passé cinq ans dans la filière junior avant de devenir titulaires à temps plein en F1.

Komatsu décrit deux pilotes à la vitesse brute marquante, mais encore perfectibles : Camara mène le championnat de F2, tout en ayant laissé échapper des victoires et des podiums à cause d’incidents.

Sur les parallèles entre les deux profils, Komatsu répond : « En termes de potentiel, je dirais que c’est tout aussi excitant. Très, très similaire. »

Mais il distingue ce qui l’a le plus impressionné chez chacun :

- chez Bearman : sa compréhension globale d’une situation de week-end, son rôle, et son exécution lors de sa première prise en main d’une F1 en FP1 au Mexique (2023) ;

- chez Camara : sa capacité à lire une journée de test aux conditions changeantes, avec une sensation fine de l’adhérence. Komatsu insiste sur le fait que les conditions évoluaient « chaque minute, chaque tour », rendant chaque boucle différente.

Au-delà de la vitesse, Haas dit aussi avoir été marqué par l’approche mentale de Camara dans un contexte de shootout : sa capacité à « créer son environnement » pour se concentrer sur l’exécution, sans se fixer sur le résultat final. Komatsu résume ce qu’il y voit : un « potentiel » de progression commune, de développement et de « floraison » du talent.

Bearman en bonne voie pour rester, mais l’annonce n’est pas encore officielle

Bearman n’a pas été officiellement confirmé comme équipier de Camara pour 2027, mais l’équipe laisse entendre que ce n’est qu’une question de temps.

Komatsu dit souhaiter poursuivre avec lui : « J’aimerais continuer avec Ollie, c’est un talent incroyable et il a montré une progression impressionnante. » Il ajoute qu’en 2026, Bearman a montré qu’il était prêt à devenir un leader. Parmi les exemples cités : sa course à Singapour, où il est remonté de la 13e à la 6e place lors du sprint, une prestation jugée « très, très impressionnante ».

Pour Haas, il reste surtout du timing et des détails à finaliser : l’intention est là, et une annonce formelle doit venir « en temps voulu ».

Que deviennent les autres candidats évalués ?

Esteban Ocon, lui, s’est exclu d’un programme de course dans une autre discipline en 2027, et il est présenté comme susceptible d’endosser un rôle de pilote de réserve ailleurs sur la grille l’an prochain.

Komatsu a également tenu à valoriser les pilotes battus par Camara lors du processus : « Tous les pilotes impliqués ont fait un très, très bon travail. Rafa, Leo Fornaroli, Ryo Hirakawa, Jack Doohan. Je crois qu’ils ont tous tiré le meilleur d’eux-mêmes et, à chaque fois qu’ils montaient dans la voiture, ils progressaient. » Il parle d’un processus « très stimulant » à vivre de l’intérieur.

Concernant Jack Doohan, pilote de réserve Haas, Komatsu affirme que la porte est ouverte pour 2027 : l’équipe échange avec lui et son manager afin de voir s’il est possible de construire quelque chose au-delà de la saison en cours. À ce stade, la question reste ouverte.

Toyota, un partenaire clé… mais la règle était fixée dès le départ

Le choix d’un pilote soutenu par Ferrari plutôt que d’un pilote lié à Toyota pouvait sembler politiquement sensible, étant donné le rôle de Toyota dans le programme TPC (financement et ingénieurs, selon Haas).

Komatsu explique toutefois que la ligne directrice a été annoncée très tôt à Akio Toyoda (président de Toyota). Il indique avoir compris dès les discussions initiales en 2024 que l’objectif de Toyoda était de placer l’un de ses pilotes dans un baquet de course en 2027. Komatsu dit être allé le voir à Tokyo avant tout accord pour éviter tout malentendu.

Son message : le pilote choisi devra être « le plus rapide ». Sinon, le pilote serait étiqueté comme un « pay driver Toyota », et la collaboration n’aboutirait ni sportivement ni en termes d’image. Il affirme avoir été totalement transparent : « Nous allons choisir le pilote le plus rapide. » Et, selon lui, Toyoda a été « complètement heureux » avec cette approche.

Komatsu ajoute que Toyota avait bien accueilli le fait que Haas évalue Hirakawa contre d’autres candidats, y voyant une méthode sérieuse et équitable. Une fois la décision prise, Komatsu dit être allé voir Toyoda en personne le lundi suivant Singapour, profitant d’un autre événement, pour lui expliquer l’ensemble du processus. D’après Komatsu, Toyoda a très bien réagi : « Il était absolument OK. »

Conclusion

En s’appuyant sur un programme TPC construit avec Toyota, Haas estime avoir transformé un choix potentiellement risqué en décision maîtrisée: Rafael Camara s’est imposé par la performance, mais aussi par sa capacité d’adaptation dans un test exigeant à Portimão.

Si cette méthode d’évaluation se confirme, elle pourrait devenir l’un des leviers majeurs de Haas pour sécuriser ses paris sportifs à long terme. La suite s’écrira sur la piste, et 2027 s’annonce déjà comme un tournant à surveiller.

Foire aux Questions

Qu’est-ce qu’un programme TPC en Formule 1 ?

Le TPC (Testing of Previous Cars) est un dispositif d’essais permettant de rouler avec une F1 d’une saison précédente. L’objectif est de faire travailler l’équipe et d’évaluer des pilotes dans une voiture proche des contraintes réelles de la F1.

Pourquoi un « shootout » à Portimão a-t-il compté autant pour Haas ?

Parce qu’il a permis une comparaison directe entre plusieurs candidats au même endroit, dans la même voiture (une Haas 2025), avec des conditions évolutives. Haas présente ce test comme l’élément qui a rendu le choix de Rafael Camara évident.

Pourquoi les résultats en Formule 2 ne suffisent-ils pas toujours à décider en F1 ?

Haas explique que lire la F2 « de l’extérieur » est difficile : performance, contexte, incidents et adaptation ne se résument pas à un classement. L’équipe cite le cas d’Ollie Bearman, critiqué sur ses résultats en F2, mais évalué positivement grâce à des roulages en F1 lors d’essais libres.

Quel rôle Toyota joue-t-il dans ce projet chez Haas ?

Haas décrit Toyota comme un partenaire déterminant pour la mise en place du TPC, avec un apport financier et des ingénieurs. Toyota espérait placer l’un de ses pilotes en F1, mais Haas affirme avoir fixé une règle claire : le baquet revient au plus rapide.

Qu’a particulièrement impressionné Haas chez Rafael Camara à Portimão ?

Au-delà du meilleur chrono, Haas insiste sur sa lecture de l’adhérence dans des conditions changeantes tour après tour, et sur sa capacité à rester concentré sur l’exécution dans un contexte de sélection directe, sans se crisper sur l’enjeu.

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