Essais libres F1 à Barcelone : les gagnants, les perdants et les signaux forts du vendredi

La Formule 1 retrouvait ce vendredi un circuit « normal » à Barcelone, après l’image particulière laissée par Monaco. La feuille de présence avait aussi quelque chose d’inhabituel : sept équipes ont confié du temps de roulage à des rookies, ce qui a contribué à brasser la hiérarchie.
Entre confirmations et fluctuations de forme, voici le point complet sur celles et ceux qui ont brillé… et ceux qui ont peiné lors des essais.
En difficulté : Red Bull
Max Verstappen a parlé d’un comportement « horrendous » pour décrire sa Red Bull en EL2. Ce ressenti pourrait être lié aux pneus durs, mais la voiture glissait beaucoup.
Après la séance, le constat était sans détour : « Il nous manque de la performance partout ».
Barcelone ne correspond pas au terrain de jeu idéal de Red Bull, et la piste catalane expose davantage les faiblesses qu’à Montréal ou Monaco, deux circuits plus lents.
Au chronomètre, Verstappen a terminé à neuf dixièmes de la référence en EL2, et son équipier Isack Hadjar à 1,2 seconde. À ce stade, Red Bull s’expose même au risque de se battre avec son équipe junior Racing Bulls en Espagne, même s’il reste du temps pour corriger le tir.
En vue : George Russell donne le tempo
George Russell a lancé son week-end de la meilleure manière : meilleur temps en EL1, puis à seulement 0,009 seconde du meilleur chrono en EL2.
Sur un tour, il a surtout créé un écart net sur le leader du championnat et équipier Kimi Antonelli : environ une demi-seconde. Russell semblait également avoir un petit plus sur les relais plus longs.
À nuancer toutefois : Antonelli n’a pas roulé en EL1, sa Mercedes ayant été confiée à Fred Vesti dans le cadre d’une séance jeune pilote obligatoire. Il abordait donc l’EL2 avec un handicap de préparation.
Il existe une marge évidente de progression côté Antonelli, et l’écart pourrait se réduire, mais Russell apparaît pour l’instant bien plus serein que lors de certains vendredis récents.
En difficulté : Alpine, le retour brutal à la réalité
Alpine est arrivée en Espagne avec une bonne nouvelle avant même de prendre la piste : l’équipe a obtenu gain de cause dans son appel concernant des pénalités infligées à Pierre Gasly à Monaco, ce qui a eu l’effet d’un « podium » symbolique avant le roulage.
Mais dès que la piste a parlé, l’ambiance a changé. Le directeur général Steve Nielsen a résumé le moment par une formule frappante : « la réalité vous frappe en pleine figure ».
Ce vendredi, l’Alpine a donné l’impression d’une monoplace qui pourrait à peine viser la Q2 si ce niveau se confirme. Les deux pilotes ne sont pas satisfaits, la voiture étant jugée imprévisible.
Alpine a pris la mauvaise habitude de démarrer lentement avant de mieux finir, mais le chantier est conséquent ici : l’équipe se retrouve à plus d’une demi-seconde de Racing Bulls, référence du milieu de peloton sur cette journée.
En vue : Paul Aron, des débuts convaincants
Quel que soit le niveau de carburant embarqué en EL1, terminer à seulement 0,958 seconde du meilleur temps lors de sa toute première heure au volant de l’Audi R26 reste un signal fort.
Aron avait déjà participé à cinq séances d’essais l’an dernier avec Sauber et Alpine, ce qui lui donne une base d’expérience, mais il a surtout dégagé une impression de facilité pour sa première apparition en 2026.
Le patron d’Audi F1, Mattia Binotto, a salué une prise en main immédiate : Aron a été rapide « dès le premier tour, dès le premier relais », sans avoir testé cette voiture sur piste auparavant.
Le programme continue : Aron aura une nouvelle EL1 au Red Bull Ring lors de la prochaine étape.
En difficulté : Luke Browning, une séance volée par la technique
Le pilote de réserve Luke Browning avait accumulé d’innombrables tours… mais dans un environnement virtuel. À Barcelone, il n’a pas pu convertir cette préparation en roulage réel : une enquête sur un problème électrique l’a privé de la séance.
La bonne nouvelle, c’est que l’attente sera courte : il doit reprendre le volant en EL1 au Red Bull Ring dans deux semaines, et profitera aussi d’un roulage TPC à Austin d’ici là.
En vue : McLaren solide malgré des alertes sur les freins
McLaren a montré un potentiel encourageant. Lando Norris a signé le meilleur temps en EL2, tandis qu’Oscar Piastri n’était qu’à deux dixièmes du meilleur chrono d’EL1 (réalisé par Russell).
Tout n’a pas été simple pour autant : des problèmes de freins durant les séances n’avaient rien de rassurant. Mais Norris a noté un point positif majeur : même sans une sensation parfaite, la voiture parvient à produire des chronos compétitifs.
Une inquiétude demeure sur le rythme en longs relais : Mercedes, Charles Leclerc et Verstappen ont semblé plus rapides dans cet exercice. Mais les comparaisons de rythme course en essais restent délicates à interpréter, et l’optimisme affiché côté Norris suggère une équipe qui se voit dans le match après quelques ajustements.
En vue : Racing Bulls confirme la valeur de ses évolutions
Sur un circuit qualifié d’« all-round » (où l’équilibre global de la voiture est mis à nu), Racing Bulls a conforté l’idée que son paquet d’évolutions introduit au Canada est efficace.
Liam Lawson a signé le 7e temps et Arvid Lindblad le 9e en EL1. Lawson a indiqué que la voiture « répond très, très bien ».
La monoplace paraît bien « verrouillée » dans toutes les portions du tracé, mais un point reste à surveiller : la dégradation des pneus, qui pourrait devenir le facteur décisif dimanche.
À noter que Lawson a été gêné en EL2 par un souci (potentiellement lié à la boîte de vitesses) qui l’a empêché de rouler, avant de pouvoir repartir en fin de séance.
En difficulté : Williams, alerte sur le rythme et la dégradation
Chez Williams, la journée a été difficile. Carlos Sainz a parlé d’une voiture « très délicate » et s’attendait à souffrir en Espagne… mais pas à ce point.
Il a même décrit comme « choquant » l’écart au meilleur rythme. Et le constat le plus inquiétant concerne la tenue des pneus : selon Sainz, Williams subit « deux fois plus » de dégradation que les autres, en raison d’une voiture qui glisse beaucoup sur l’asphalte chaud de Barcelone.
Les ennuis de Luke Browning en EL1 n’ont fait qu’aggraver une journée déjà compliquée pour l’équipe.
En vue : Leonardo Fornaroli, une première sous pression bien maîtrisée
Le parcours de Leonardo Fornaroli a de quoi susciter de l’empathie : il a remporté coup sur coup les championnats de Formule 3 puis de Formule 2, sans jamais être proche d’obtenir un baquet sur la grille F1 2026.
Pourtant, il a marqué des points auprès de McLaren via un programme TPC conséquent sur la première moitié de l’année, avec des journées de roulage à Barcelone, Silverstone et Austin.
Et il a validé ces bonnes impressions en gérant la pression d’une première séance d’essais officiels. Son meilleur temps n’était qu’à un peu plus de six dixièmes de celui d’Oscar Piastri.
Fornaroli l’a expliqué clairement : le chrono pur n’était pas l’objectif principal, l’enjeu étant surtout de fournir les données nécessaires à l’équipe. Il a aussi décrit une première très intense émotionnellement, se disant « très ému » avant le départ de la séance.
En difficulté : Aston Martin, une journée annoncée comme délicate
Aston Martin s’attendait à souffrir ici, et la piste l’a confirmé. Le responsable piste Mike Krack a résumé : l’équipe savait que Barcelone serait un endroit où la performance manquerait, et « c’est le cas aujourd’hui ».
Après le point marqué à Monaco, Barcelone ressemble à un retour brutal sur terre : en EL2, Fernando Alonso (dans l’Aston Martin la plus rapide) a concédé plus d’une seconde sur la Cadillac la plus rapide, celle de Valtteri Bottas.
Les temps bruts ne racontent pas tout, car l’impact de la dégradation pneumatique peut redistribuer les cartes. Mais sur la vitesse pure, Aston Martin devra espérer préserver ses Pirelli au maximum pour viser un dimanche meilleur qu’attendu.
Au moins, la voiture semble fiable sur le plan mécanique.
En vue : Valtteri Bottas, la journée la plus encourageante de son retour
Ce vendredi a été le plus rassurant depuis le retour de Valtteri Bottas. Avant le week-end, il avait même évoqué la possibilité de sacrifier du roulage le vendredi pour comprendre et résoudre les problèmes à l’origine d’un duel interne Cadillac très déséquilibré face à Sergio Perez en 2026.
Premier bilan : très positif. Bottas a expliqué n’avoir « jamais aussi bien senti la voiture » cette saison, la trouvant nettement plus prévisible.
Il a aussi reconnu ne pas encore identifier précisément la cause, mais a insisté sur un ensemble plus cohérent en réglages : l’équipe « atteint les objectifs », les charges « semblent bonnes », et cela se voit sur le chrono.
En EL2, Bottas a terminé à +2,799 secondes, meilleur pilote Cadillac malgré un souci d’unité de contrôle électronique qui a limité son roulage.
Conclusion : un vendredi riche en signaux, et un week-end ouvert
Barcelone a déjà remis plusieurs pendules à l’heure : Red Bull doit réagir, Mercedes peut compter sur un Russell très affûté, McLaren reste une menace crédible malgré des alertes, et plusieurs rookies ont transformé leur opportunité en vrai message.
La gestion des pneus et les ajustements de réglages peuvent encore faire basculer l’équilibre. Une chose est sûre : sur une piste aussi complète, les réponses du samedi et du dimanche diront beaucoup sur les forces réelles de chacun. La suite s’écrit maintenant, tour après tour.
Foire aux Questions
Quelle est la différence entre EL1 et EL2 en Formule 1 ?
Les EL1 (premiers essais libres) et EL2 (deuxièmes essais libres) sont deux séances distinctes du vendredi. Les équipes y testent des réglages, des pneus et des niveaux de carburant variés, ce qui explique que la hiérarchie puisse changer d’une séance à l’autre.
Pourquoi autant d’équipes font rouler des rookies le vendredi ?
Les équipes ont des obligations de roulage pour de jeunes pilotes sur certaines séances. À Barcelone, sept équipes ont ainsi donné du temps de piste à des rookies, ce qui modifie la répartition du travail et peut influencer la préparation du deuxième pilote (comme chez Mercedes, où Antonelli n’a pas roulé en EL1).
Qu’est-ce que la dégradation des pneus, et pourquoi c’est crucial à Barcelone ?
La dégradation correspond à la perte progressive de performance des pneus sur un relais. À Barcelone, avec une piste chaude et un tracé exigeant, une voiture qui glisse beaucoup peut détruire ses pneus plus vite. Williams a justement pointé une dégradation bien supérieure à celle de ses rivaux.
Pourquoi dit-on que Barcelone est un circuit « all-round » ?
Parce qu’il combine différents types de virages et de zones d’accélération/freinage, ce qui met en évidence l’équilibre global d’une monoplace. C’est souvent un bon révélateur de la qualité d’un package aérodynamique et de sa constance.
Qu’est-ce qu’un programme TPC mentionné pour certains pilotes ?
Le TPC (« Testing of Previous Cars ») est un programme de roulage avec des monoplaces d’anciennes saisons. Il permet aux pilotes d’accumuler de l’expérience et de travailler avec une équipe, comme Leonardo Fornaroli l’a fait avec des journées à Barcelone, Silverstone et Austin.
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