Ferrari chasse les dixièmes: comment Vasseur a remplacé la prudence par l’audace

Ferrari s’est imposée comme l’une des écuries les plus inventives de la saison en Formule 1, en multipliant les idées visibles sur la voiture. Mais derrière ces trouvailles, l’essentiel se joue ailleurs: un changement d’état d’esprit, impulsé à Maranello par Fred Vasseur, qui vise à traquer les gains marginaux partout, sans peur de tenter.
Des trouvailles techniques qui révèlent un nouveau cap
Cette saison, Ferrari a fait parler d’elle avec plusieurs solutions créatives: l’aileron arrière dit « Macarena », l’« exhaust wing », et le fait d’avoir été la première à faire rouler des ailettes sur le halo.
À chaque fois, l’approche consiste à pousser les limites du règlement pour déverrouiller des poches de performance. Ces idées ne sont pas des solutions miracles capables, à elles seules, de propulser l’équipe en tête de grille, mais elles illustrent une évolution profonde dans la manière de travailler.
Selon Vasseur, ce qui a changé, c’est la fin d’un certain conservatisme: auparavant, des membres de l’équipe préféraient « jouer la sécurité » pour éviter de se retrouver exposés en cas d’échec. Cette prudence, sans être une « culture de la peur » ou du blâme, mettait l’organisation « sur la défensive ».
Pousser les marges: additionner les petits renoncements qui coûtent cher
Vasseur explique avoir été frappé, à son arrivée, par l’écart créé sur « chaque sujet » simplement parce que l’équipe ne voulait pas s’exposer. Il illustre cette tendance par des marges de sécurité prises un peu partout: ajouter un kilo pour être tranquille avec la limite, mettre un demi-litre (ou plus) de carburant, ouvrir davantage les sidepods, prendre « un cran de plus » par prudence.
Mis bout à bout, ces marges finissaient par représenter environ deux dixièmes. Or, Vasseur rappelle que l’équipe ne peut pas fonctionner à marge zéro, mais qu’entre zéro et deux dixièmes, il existe un terrain à reconquérir. Il souligne aussi l’effet d’échelle: si l’écart moyen avec l’équipe juste devant l’an dernier n’était que de trois centièmes, on comprend l’impact potentiel d’un dixième sur une saison entière.
Son message interne est clair: chacun est contributeur de performance. Et cette mentalité, précise-t-il, est aussi celle du directeur technique Loïc Serra, arrivé en octobre 2024.
Innover n’est pas un objectif: seul le chrono compte
Vasseur se veut pragmatique: le succès ne se juge pas au volume d’innovations visibles sur la voiture. Ce qui compte, c’est le temps au tour.
Il insiste sur un point souvent mal compris: certaines innovations se voient, d’autres non, car l’observateur extérieur ne perçoit généralement que la partie aérodynamique. Et surtout, l’innovation n’a de valeur que si elle fonctionne. Il ne veut pas de solutions spectaculaires « si ça ne paie pas » en performance.
Il se dit néanmoins satisfait du travail accompli et de l’état d’esprit associé, avec le sentiment que les équipes se sentent désormais plus libres de proposer.
Un indicateur unique pour aligner tout le monde: le temps au tour
Ce changement de mentalité se prolonge dans la manière d’évaluer les départements. Vasseur estime que, trop souvent, une écurie raisonne avec des indicateurs séparés: la puissance pour le moteur, la charge aéro pour l’aérodynamique, sans prise en compte suffisante du poids ou du refroidissement.
Sa ligne directrice: l’indicateur collectif doit être unique, le temps au tour. Le reste doit s’aligner sur cet objectif, y compris l’innovation.
Quel impact pour Loïc Serra depuis son arrivée
La capacité de Ferrari à être à l’avant-garde de certaines astuces en F1 a été soutenue par l’arrivée de Loïc Serra. Mais Vasseur précise le contexte: Serra est arrivé en octobre 2024, trop tard pour jouer un grand rôle dans la mise en place des fondamentaux de la SF-25. La direction du projet avait déjà été fixée par son prédécesseur Enrico Cardile, parti ensuite chez Aston Martin (après une période de « gardening leave »).
Vasseur concède que Ferrari a été « mise dans le coin » au début de l’an dernier, à cause de problèmes de hauteur de caisse qui ont déclenché la disqualification en Chine. Cela a renforcé une approche prudente sur les réglages, puis la décision d’arrêter tôt le développement pour concentrer les efforts sur 2026.
Dans ces conditions, l’influence de Serra sur l’immédiat (pour 2025) a été limitée. Vasseur reconnaît que la situation n’était pas simple: rejoindre une équipe de F1 demande quelques mois, et il est difficile de reprendre un projet quand les décisions majeures ont déjà été prises, avec d’autres chantiers qui arrivent en parallèle.
Il souligne toutefois que Serra a su remettre du focus sur les opérations. Et Vasseur estime que le travail réalisé en fin de saison dernière, en termes d’exécution, a été une excellente préparation pour cette année.
La qualité qui ressort le plus, selon Vasseur, est la compétitivité de Serra: ne jamais accepter autre chose que pousser « tout » à la limite. Il rappelle aussi son expérience, issue de la course, du travail en piste et des opérations, avec un passage chez Michelin (où Serra était ingénieur jusqu’au départ de Michelin de la F1 en 2006). Vasseur le décrit comme un vrai « racer », à la chasse aux derniers millièmes partout, et un moteur important pour l’équipe.
La guerre du développement: gagner des dixièmes, plus seulement des centièmes
Ferrari a progressé au point de se battre pour les podiums, sans encore être en mesure de gagner. Vasseur s’attend à une course au développement très agressive.
Son message pour la saison est de conserver l’idée qu’il y a de la marge d’amélioration partout. Il explique que les évolutions apportaient l’an dernier des centièmes, alors qu’elles pourraient désormais se traduire par des dixièmes: pour lui, le ratio est de un à dix.
Dans cette bataille, l’image en piste n’est pas l’unique sujet. Ce qui fera la différence, selon Vasseur, c’est la capacité à développer, à comprendre où progresser, à identifier là où les autres font mieux et pourquoi, tout en restant très ouvert d’esprit.
Il ajoute un levier stratégique: si, à chaque fois qu’une évolution vaut deux ou trois dixièmes, l’équipe parvient à « anticiper » en ayant un coup d’avance d’une course au fil de la saison, le bénéfice est important. Mais cela exige des idées, une capacité de production et un facteur déterminant: le délai entre l’idée et son arrivée sur la voiture, autrement dit la vitesse d’exécution.
Sur un point, Vasseur est catégorique: des idées, Ferrari n’en manque plus.
Conclusion
À Maranello, la performance ne se joue plus seulement sur une grande innovation isolée, mais sur l’addition de décisions plus proches de la limite, guidées par un seul juge de paix: le chrono. Dans une F1 où tout se gagne à coups de détails et de timing, l’avenir appartient à ceux qui osent chercher le dixième avant les autres.
Foire aux Questions
Qu’est-ce que l’aileron arrière « Macarena » mentionné dans l’article?
Il s’agit d’une solution d’aileron arrière qui a attiré l’attention par son comportement et son aspect, au point d’être surnommée « Macarena ». L’idée illustre la volonté de Ferrari d’explorer des solutions créatives pour gagner de la performance.
Pourquoi Fred Vasseur insiste-t-il autant sur les gains marginaux?
Parce que des marges de sécurité prises un peu partout (poids, carburant, choix de réglages, ouvertures de carrosserie) peuvent s’additionner et coûter jusqu’à deux dixièmes. Dans un peloton serré, un dixième peut peser lourd sur une saison, surtout quand les écarts moyens se comptent parfois en centièmes.
Pourquoi dit-il que l’innovation n’est pas une fin en soi?
Vasseur rappelle que l’objectif n’est pas d’innover pour innover, mais de gagner. Certaines innovations sont visibles, d’autres non, et seules celles qui améliorent réellement le temps au tour ont de la valeur.
Quel est l’indicateur le plus important pour juger le travail d’une écurie?
Selon Vasseur, l’indicateur collectif doit être le temps au tour, et non des objectifs séparés par département comme la puissance moteur ou la charge aérodynamique. Tout doit converger vers la performance globale en piste.
Quel rôle Loïc Serra a-t-il pu jouer en arrivant en octobre 2024?
Son arrivée était trop tardive pour refondre les fondamentaux de la SF-25, dont la direction était déjà fixée. En revanche, Vasseur souligne son apport sur les opérations et sa mentalité très compétitive, tournée vers la recherche des derniers gains partout, grâce à sa grande expérience de la course et de la piste.
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