L’incident du premier tour entre Lewis Hamilton et Charles Leclerc au Grand Prix du Mexique n’est pas le premier dossier délicat que Fred Vasseur doit gérer cette saison entre ses pilotes. Mais, après les épisodes déjà tendus à Zandvoort et Monza, le patron de la Scuderia estime que cette fois, une ligne a été franchie.

Alors que Ferrari se retrouvait en position idéale dès le départ, l’affrontement interne a fini par coûter très cher : l’équipe a laissé échapper ce qui aurait pu être son meilleur résultat de la saison, en ouvrant la voie à Max Verstappen et Red Bull pour la victoire.

Là où l'accrochage au Mexique entre pilotes Ferrari a franchi une nouvelle limite

Un départ idéal qui tourne au gâchis

Sur un circuit où dépasser est réputé très difficile, Ferrari avait pourtant “tout en main” dès le premier tour. Fred Vasseur l’a résumé avec amertume : « Nous étions 1-2 au virage 4. Je ne me souviens pas de la dernière fois qu’on a vu un dépassement au Mexique, peut-être à la fin des années 70. Quand tu es 1-2 au virage 4, tu n’imagines pas que tu ne vas pas gagner la course. »

Dans la séquence, Leclerc a fini par couper entre les virages 4 et 5, tandis que Hamilton est allé au large. Pour Vasseur, le cœur du problème ne se limite pas à déterminer qui avait “raison” ou “tort” dans le placement : c’est le fait que la lutte interne, menée avec un niveau d’engagement jugé excessif, ait saboté une opportunité de victoire.

Pour Vasseur, une ligne rouge franchie : la question du respect

Le patron de Ferrari a expliqué que sa frustration était avant tout liée à l’idée d’un combat dicté par l’intérêt individuel, au détriment de l’équipe et de tous ceux qui ont travaillé pour ramener la voiture au niveau de performance nécessaire ces dernières courses.

Sur Canal+, Vasseur a employé des mots très forts : « J’ai du mal à l’avaler. C’est un manque de respect pour toutes les personnes qui travaillent. Gâcher une victoire, c’est dur. Ça me reste en travers de la gorge. Ils ne courent pas pour eux-mêmes. »

Dans le communiqué d’après-course de l’équipe, il a insisté sur l’exigence de respect envers l’institution Ferrari, les partenaires et surtout les salariés : « J’attends toujours de tout le monde qu’il montre du respect pour la marque, l’équipe, nos partenaires et, surtout, les 2000 personnes qui travaillent pour nous à la maison. […] C’est pour cela que rater une victoire de cette manière est difficile à accepter. »

Une mise au point attendue avant Interlagos

Vasseur a reconnu avoir besoin d’un peu de temps pour “digérer” ce qui s’est passé, mais il estime qu’une répétition de ce scénario ne peut pas être tolérée. Son intention est de s’asseoir avec ses pilotes afin de “clarifier la situation” avant la reprise en course au Brésil.

Il ne souhaite pas s’avancer publiquement sur les responsabilités avant d’avoir parlé à Hamilton et Leclerc. Et, selon lui, le calendrier peut aider : le fait d’enchaîner rapidement avec Interlagos limite le risque de voir la tension s’installer durablement.

Ses mots traduisent cette volonté d’aller vite : « L’avantage, c’est qu’on en a une autre dans quatre jours. On va discuter ce soir, on va régler ça demain, et ensuite on fera celle-là. »

Hamilton : l’obligation de fonctionner en équipe

Lewis Hamilton a, de son côté, repris l’idée que les décisions en piste ont un impact bien au-delà du cockpit. Il a rappelé que chaque choix influence le travail de tous ceux qui œuvrent en arrière-plan et que la coopération fait partie intégrante de la mission d’un pilote.

Après la course, il a estimé que Ferrari aurait pu gérer la situation autrement : « Le point essentiel à retenir, et peut-être que ça vient avec l’âge, c’est que chaque décision que tu prends dans la voiture impacte toutes les personnes qui travaillent en arrière-plan pour toute l’équipe. »

Et il a ajouté : « Une partie de notre contrat, c’est qu’on doit travailler en équipe, ce qu’on aurait très facilement pu faire aujourd’hui. Donc c’est dommage de nous voir perdre comme on a perdu. » Selon lui, sans action, ce type d’épisode risque de se reproduire : il appelle à une discussion “profonde” et “sérieuse” pour éviter que cela n’arrive à l’avenir.

Des “règles d’engagement” ? Hamilton doute de leur efficacité

Hamilton a déjà évoqué par le passé l’idée de règles internes encadrant les duels entre coéquipiers, mais il n’est pas convaincu qu’en instaurer changerait forcément le comportement sur la piste.

Il a admis ne pas savoir quelle serait la meilleure manière d’aborder la suite : « Je ne sais pas ce qui doit se passer maintenant. Comment on discute des choses quand on rentre, je ne suis pas vraiment sûr de la manière dont je veux m’engager là-dedans. »

Il a aussi décrit la difficulté de la situation quand on a le sentiment d’être desservi en interne : « Quand ton coéquipier travaille contre toi et qu’ensuite tu perds des positions comme ça, c’est forcément dur. » Et il conclut sur un point clair : « On n’a pas de règles d’engagement […] On doit comprendre, mais quelque chose doit changer, c’est sûr. »

Leclerc : un incident “à la limite” des deux côtés

Charles Leclerc, lui, a laissé entendre qu’il ne voyait pas nécessairement l’utilité d’une conversation “majeure” au sujet de l’accrochage, tout en confirmant qu’il y aurait bien une discussion.

Le Monégasque a estimé qu’Hamilton avait été aussi agressif que lui : « On en parlera, évidemment. Je ne sais pas s’il était très mécontent de ce que j’ai fait, parce que j’ai trouvé que c’était très à la limite, aussi, ce qu’il a fait. »

Leclerc a également suggéré que la colère pouvait viser l’ensemble du déroulé (y compris la manière dont la situation a été gérée entre les virages 4 et 5, ainsi que la pénalité) : « C’est quelque chose dont on parlera, c’est sûr. »

Une confiance qui s’effrite et des tensions qui montent

Au-delà de la réunion annoncée par Vasseur, l’épisode mexicain souligne une tension croissante et un manque de confiance apparent entre les deux pilotes. Hamilton reconnaît ne pas être totalement irréprochable : il a freiné tard et est allé au large dans la phase virage 4/5, ce qui a contribué à laisser une opportunité à Verstappen de passer.

Mais, dans son analyse, l’élément déclencheur reste une attaque jugée inutile de la part de Leclerc : « Si j’arrive par derrière, que je prends tous les risques, et qu’au final on perd en tant qu’équipe, alors je pense qu’j’aurais des comptes à rendre, parce que ça impacte beaucoup de gens. »

Hamilton insiste sur la différence de contexte : « Mais dans l’autre sens, je suis en tête, et c’était juste inutile. Je pense qu’on aurait facilement pu faire 1-2 […] ce qui aurait été énorme pour l’équipe et pour tout le monde à l’usine qui a travaillé si dur pour apporter ces évolutions. »

Et il exprime aussi une frustration sur l’absence de réaction jusqu’ici : « Je ne sais pas vraiment ce qui va être fait, parce que jusqu’à maintenant, rien n’a vraiment été fait. »

Dans une critique directe de l’état d’esprit, Hamilton écarte l’argument de l’âge ou de l’inexpérience : « Le gars a 28 ans, donc je ne pense pas que ce soit une question d’âge. Je pense que c’est une question de mentalité. C’est du genre “tout ou rien : soit je gagne, soit aucun de nous ne gagne”, et ça ne devrait pas être ça. Ça devrait être qu’on ramène ce 1-2.”

Il cite également un exemple pour illustrer son point : « À Silverstone, j’aurais pu partir en kamikaze sur lui, le sortir, et nous faire perdre la victoire, mais au lieu de ça c’était 1-3. Je suis content que l’équipe ait vécu ça. » Avant de conclure sur un souhait : « J’espère qu’on pourra aller vers un endroit meilleur, un meilleur fonctionnement à l’avenir. »

Conclusion

Au Mexique, Ferrari avait une fenêtre rare : être en tête très tôt sur un tracé où la position en piste pèse lourd. L’affrontement Hamilton-Leclerc a transformé cette opportunité en immense frustration, au point que Fred Vasseur parle de respect et promet une réaction rapide avant Interlagos.

La suite se jouera autant dans la réunion de clarification que dans la capacité du duo à reconstruire un minimum de confiance : en Formule 1, les titres se gagnent aussi dans la discipline collective. Le prochain départ dira si Ferrari a su transformer cette tension en déclic positif.

Foire aux Questions

Pourquoi l’incident du premier tour au Mexique a-t-il été si coûteux pour Ferrari ?

Parce que Ferrari était en position 1-2 très tôt, et que dépasser au Mexique est réputé difficile. Perdre cette configuration dès le début a fortement réduit les chances de contrôler la course et de viser la victoire.

Qu’est-ce que Fred Vasseur reproche le plus à ses pilotes ?

Plus que la question de savoir qui est fautif, Vasseur pointe l’idée qu’une lutte trop dure entre coéquipiers peut gâcher le travail de l’équipe. Il parle explicitement de “manque de respect” envers les personnes qui travaillent à l’usine et autour du projet.

Que veut dire Hamilton quand il parle de “travailler en équipe” ?

Il rappelle que les décisions en piste n’engagent pas seulement le pilote : elles ont des conséquences sportives et humaines pour toute l’écurie. Selon lui, Ferrari aurait pu conserver un résultat 1-2 avec une approche plus coopérative.

À quoi servent des “règles d’engagement” entre coéquipiers ?

Ce sont des principes internes qui encadrent la manière de se battre en piste (zones de freinage, niveau de risque acceptable, priorité selon la phase de course, etc.). Hamilton explique toutefois qu’il n’est pas certain que cela suffise à changer la situation.

Pourquoi parle-t-on d’une “mise au point” avant le Grand Prix du Brésil ?

Fred Vasseur veut “clarifier la situation” rapidement avec Hamilton et Leclerc, et le calendrier joue en sa faveur : la prochaine course arrive en quelques jours, ce qui limite le temps pour laisser le conflit s’installer.

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