Ferrari traverse une zone de turbulences majeure en Formule 1 en 2026 : l’ambiance se dégrade entre ses pilotes, les problèmes de fonctionnement s’accumulent, et la Scuderia vient d’encaisser un camouflet particulièrement douloureux à domicile, à Monza, face à Mercedes et Kimi Antonelli.

Dans ce contexte de pression et de scrutin permanent, plusieurs questions s’imposent : Ferrari a-t-elle encore la main sur sa paire de pilotes ? Fred Vasseur peut-il survivre politiquement à cette séquence ? Et un nom, longtemps resté en arrière-plan, pourrait-il redevenir crédible dans les couloirs : Christian Horner ?

Les choix décisifs auxquels Ferrari fait désormais face

Une cohabitation Hamilton-Leclerc qui se fissure

Lewis Hamilton a déjà exprimé publiquement ce qui, selon lui, doit changer pour remettre Ferrari sur de bons rails. À Monza, en Q2, il a lancé des piques sur un manque de coopération du côté du garage de Charles Leclerc — un contexte que Hamilton estime avoir presque mené à une élimination catastrophique avant le top 10. Et en course, leur incident au virage 1 a mis en évidence un désaccord clair sur la responsabilité.

Hamilton a même tenu à défendre son comportement depuis son arrivée chez Ferrari : « Je suis arrivé dans l’équipe et j’ai essayé de respecter l’espace — et surtout de ne pas mettre l’équipe en danger. Il faut parler à Fred de l’autre côté. »

L’inférence est limpide : pour Hamilton, le problème ne vient pas de lui.

Ferrari a-t-elle perdu le contrôle de son duo de pilotes ?

À l’évidence, la situation paraît moins harmonieuse que l’association Leclerc/Carlos Sainz qui la précédait. La résurgence de Hamilton en 2026 change la dynamique : on se rapproche d’un schéma « deux poids lourds » où chacun veut que l’équipe se construise autour de lui, à l’image de certains duos historiques de la fin des années 1980 et du début des années 1990.

Leclerc a probablement pensé, fin 2025, avoir pris l’ascendant : 2025 a été, pour Hamilton, une saison très difficile. Or en 2026, Hamilton revient fort, pilote à un niveau nettement supérieur et met en avant l’empreinte qu’il estime avoir laissée sur la voiture de cette saison, ainsi qu’une meilleure symbiose avec l’équipe.

Leclerc ressent-il un basculement politique en interne, et le besoin de réaffirmer sa position pour éviter que Hamilton ne « prenne » l’équipe ? Leclerc rejette publiquement l’idée d’une polarisation et dit ne pas savoir qui « force » cette narration. Mais les deux dernières courses, à Monza puis à Zandvoort, ont donné l’image d’une équipe en difficulté lorsqu’ils se retrouvent proches en piste, et qu’un compromis doit être imposé à l’un pour aider l’autre.

Et un détail pèse : lors de ces épisodes récents, c’est Hamilton qui avait besoin de l’aide de Leclerc — et cette aide n’est pas arrivée.

Le problème des consignes et d’un cadre commun

Le manque de fermeté de Ferrari donne l’impression d’une équipe qui craint d’avantager clairement l’un des deux. Après Monza, Fred Vasseur a tenté une comparaison avec une situation vécue chez McLaren l’année précédente, pour expliquer qu’un favoritisme trop tôt pouvait se payer en championnat. Mais, dans le même temps, Hamilton a résumé ce qu’il perçoit comme le vrai nœud du problème : Ferrari n’a pas de règles en la matière.

Vasseur entretient en outre des relations étroites avec les deux pilotes. Est-il paralysé entre le talent « maison » — Leclerc, symbole de continuité — et le pilote le plus titré statistiquement, Hamilton, que Vasseur a aussi connu et accompagné plus tôt dans sa trajectoire ? De l’extérieur, l’impression est celle d’une recherche d’équilibre qui finit par frustrer tout le monde.

La situation est d’autant plus délicate que Leclerc a récemment signé un nouveau contrat longue durée avec l’équipe à laquelle il est lié depuis l’enfance. Cela le place comme un point fixe de Ferrari, face à la force d’attraction d’un Hamilton redevenu extrêmement performant et ultra influent médiatiquement.

Si les deux roulent à très haut niveau, il n’y a pas « d’ordre naturel » en piste pour trancher. Et cela transfère la pression sur le sommet : au patron d’assumer des décisions difficiles — des décisions que, jusqu’ici, il semble éviter.

Vasseur peut-il payer le prix de l’humiliation de Monza ?

Après Monza, Hamilton a été très direct sur l’origine du changement à opérer : « Au final, ça vient du sommet. Ça ruisselle ensuite : les décisions. Et donc, ça commence avec Fred. »

L’idée n’est pas forcément de lancer une chasse au nouveau directeur d’équipe, mais plutôt un appel à ce que Vasseur utilise pleinement son autorité et impose les changements que Hamilton juge indispensables pour relancer Ferrari.

Hamilton reconnaît aussi la limite de son influence : même en « criant à répétition du haut de la montagne », l’exécution dépend de celui qui a le pouvoir de réorganiser.

Quand les erreurs révèlent un problème de structure

Dans la lecture d’Hamilton, les erreurs commises « sur le champ de bataille » — mauvaise exécution en qualifications, stratégie de course ratée, tensions entre pilotes — ne relèvent pas d’abord des faiblesses individuelles. Une équipe est le produit de sa structure de leadership : qui remonte l’information, comment les décisions se prennent, quelle qualité de données guide les choix, comment les responsabilités sont distribuées.

Si ces déficits ne sont pas traités, les solutions ne sont que des pansements. Et le nettoyage dépend du patron.

Pour Hamilton, Ferrari doit fonctionner comme les autres grandes équipes et assumer une remise à plat afin de mieux exploiter le reste de la saison 2026.

Une pression politique accrue à Maranello

La séquence de Monza augmente mécaniquement la pression sur Vasseur. Il a tenté, une nouvelle fois, de relativiser la déception, mais la patience peut s’éroder après ce que Vasseur lui-même a décrit comme un échec vis-à-vis des tifosi venus en tribunes, au terme d’un Grand Prix d’Italie particulièrement terne.

Selon des échos du paddock, l’image de Monza — une Ferrari en difficulté pendant qu’Antonelli faisait vibrer les tifosi au volant d’une Mercedes — aurait été très mal perçue au plus haut niveau de la Scuderia.

La question devient alors : cette séquence va-t-elle déclencher une revue de la position de Vasseur ? Plusieurs décisions de l’année alimentent les interrogations.

Les choix techniques et stratégiques qui interrogent

Parmi les sujets qui peuvent nourrir une analyse interne, plusieurs questions circulent :

  • Vasseur aurait-il dû se battre davantage contre des changements de procédure de départ qui ont effacé l’avantage que Ferrari avait obtenu grâce à un turbo plus compact ?

  • Le compromis consistant à sacrifier de la puissance moteur maximale — via le turbo, les températures de fonctionnement et l’« aile d’échappement » — pour gagner côté châssis et tirer parti du système d’opportunités supplémentaires de développement et d’évolutions était-il le bon choix dans une réglementation dominée par le moteur et marquée par un manque d’énergie ?

  • Ferrari aurait-elle dû établir un code de conduite clair pour ses pilotes et trancher plus nettement afin de maximiser ses chances au championnat ?

Même si la conclusion devait être qu’une partie des résultats 2026 a été laissée en route, et qu’un changement de patron à plus long terme serait souhaitable, il resterait à Ferrari une obligation : être certain que le successeur ferait mieux, et qu’il saurait changer ce que Vasseur n’arrive pas à transformer.

Comme l’a rappelé Hamilton, on ne peut pas continuer à faire la même chose en espérant que les résultats changent.

Et après : Coletta, ou l’ombre de Christian Horner ?

Antonello Coletta, patron du programme Championnat du monde d’endurance chez Ferrari, est depuis longtemps cité comme une option potentielle pour un rôle de premier plan en F1, et il est réputé apprécié en interne.

Mais un autre paramètre peut peser : plus Christian Horner reste en retrait, plus l’idée d’une option Ferrari peut redevenir plausible. Horner avait déjà refusé le poste il y a plusieurs années, malgré une sollicitation personnelle du président John Elkann.

Ferrari serait-elle prête à le recontacter pour savoir si, cette fois, la réponse pourrait être différente ?

Conclusion

Ferrari se retrouve à un carrefour en 2026 : gérer une cohabitation de très haut niveau entre Hamilton et Leclerc, corriger des failles opérationnelles, et clarifier une ligne de commandement capable d’assumer des décisions impopulaires mais structurantes. Le prochain choix de Maranello — qu’il s’agisse d’un sursaut interne ou d’un changement de cap — dira si la Scuderia transforme cette crise en rebond durable.

Dans une discipline où tout évolue à la vitesse d’un tour de qualification, l’avenir appartient aux équipes qui osent décider vite… et bien.

Foire aux Questions

Pourquoi parle-t-on de tensions entre Lewis Hamilton et Charles Leclerc chez Ferrari ?

Plusieurs épisodes récents, notamment à Monza (en qualifications puis lors d’un incident au virage 1 en course), ont mis en évidence des divergences, ainsi qu’un reproche de Hamilton sur le manque de coopération de l’autre côté du garage.

Que veut dire Hamilton quand il affirme que « ça commence avec Fred » ?

Hamilton estime que les problèmes visibles en piste (stratégie, exécution, gestion des pilotes) reflètent d’abord l’organisation et la structure de décision au sommet. Pour lui, le directeur d’équipe doit imposer un cadre clair et des changements concrets.

Pourquoi l’absence de règles internes peut-elle coûter cher en championnat ?

Quand deux pilotes se battent à armes égales, l’équipe doit parfois imposer des compromis (stratégie, priorité en piste, gestion des situations de course) pour maximiser les points. Sans cadre, les décisions deviennent tardives ou incohérentes, ce qui peut faire perdre des résultats.

Quels choix techniques de Ferrari sont remis en question dans cette période ?

Des questions portent sur l’impact de changements de procédure de départ ayant effacé un avantage lié au turbo, ainsi que sur le pari d’abandonner de la puissance moteur maximale (turbo, températures, « aile d’échappement ») pour favoriser la performance châssis dans une réglementation où le moteur et l’énergie disponibles sont déterminants.

Christian Horner est-il réellement une option pour Ferrari ?

Le scénario est évoqué car Horner a déjà été approché par le passé (qu’il a refusé), et son absence de projet concret à court terme pourrait rendre Ferrari plus tentée de reposer la question si la situation sportive et politique se tend.

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