Shell et la Scuderia Ferrari HP célèbrent cette semaine 75 ans depuis la première victoire de Ferrari en Formule 1, acquise lors du Grand Prix de Grande-Bretagne 1951. Pour mesurer ce que représente une telle longévité, Marc Gené, pilote d’essais de la Scuderia Ferrari depuis plus de 20 ans, partage un regard de l’intérieur sur une collaboration qu’il a vécue au quotidien.

Gené rappelle qu’il a été présent sur une part significative de cette histoire et qu’il a eu l’occasion de travailler avec deux champions du monde victorieux avec Shell et Ferrari: Michael Schumacher et Kimi Räikkönen.

Le point de vue d’un pilote sur le partenariat le plus durable de la F1

Une alliance ancrée dans l’histoire de Ferrari

Pour Marc Gené, Shell « était avec Ferrari depuis le tout, tout début ». Il souligne que, dès la création de la Scuderia Ferrari, le logo Shell figurait déjà sur la voiture. À ses yeux, cette relation est probablement « le partenariat le plus long et le plus réussi de l’histoire de la Formule 1 ».

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Pourquoi ça dure: loyauté, héritage, innovation

Gené attribue la longévité du partenariat aux valeurs communes des deux entreprises.

D’abord, la loyauté et l’attachement à l’histoire. Il explique avoir remarqué, lors d’un événement Shell, que de nombreux employés restent longtemps dans l’entreprise — un parallèle qu’il fait avec Ferrari.

Ensuite, l’innovation. Il insiste sur le fait que Ferrari innove en permanence, et se dit heureux que, cette année, la voiture de Formule 1 de l’équipe ait innové dans « quelques domaines » au point d’être copiée par d’autres écuries. Chez Shell aussi, l’innovation est décrite comme centrale.

L’« âge d’or » des essais en piste

Dans son rôle de pilote d’essais, particulièrement à l’époque où les essais en piste n’étaient pas limités, Gené se souvient avoir souvent été l’un des premiers à tester les nouveautés, côté châssis comme côté carburants.

Il décrit cette période comme « la meilleure époque pour les pilotes d’essais »: là où aujourd’hui le travail se fait surtout au simulateur, son époque était marquée par « des milliers de kilomètres » parcourus en essais, ce qu’il qualifie de « plus fun ».

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Comment le carburant influence la performance: réponse, puissance, haut régime

Gené rappelle que « les carburants et les lubrifiants sont très importants » en Formule 1 moderne pour atteindre trois objectifs: performance, efficacité et fiabilité.

Il détaille trois grandes zones d’impact possibles du carburant:

1) La reprise (pick-up): quand le pilote remet les gaz, la réactivité peut être améliorée grâce au carburant.

2) La puissance: notamment via la manière dont la puissance se déploie sur la courbe moteur.

3) Le haut du compte-tours: une zone cruciale « au top end », particulièrement marquée à l’époque des V10, quand les moteurs montaient « proche de 20 000 tr/min ».

Il se remémore aussi ces journées d’essais où l’on parlait d’« une nouvelle formulation Shell » censée apporter de la puissance supplémentaire, et notamment des tests à Monza où l’apport en puissance ou la meilleure réponse moteur, suite à une évolution du carburant de course, était immédiatement perceptible.

Fiabilité: l’analyse en continu, souvent invisible pour les fans

Gené exprime un profond respect pour le travail mené en coulisses par Shell, en particulier l’analyse permanente qui soutient les efforts de fiabilité de la Scuderia Ferrari HP.

Lorsqu’on lui demande ce qui pourrait surprendre le public, s’il ne connaît Shell qu’à travers un logo sur une station-service, il cite immédiatement le Shell Trackside Laboratory, présenté comme une véritable suite de chimie mobile sur un week-end de Grand Prix.

Il explique que chaque fois que la voiture rentre au garage, un échantillon est prélevé et analysé. Il souligne que peu de gens le savent, et ajoute avoir passé beaucoup de temps dans ce laboratoire en piste — allant jusqu’à faire parfois les tests lui-même pour comprendre précisément ce qui est réalisé.

Gené insiste aussi sur l’ampleur du travail en amont: lorsque les meilleures formulations arrivent à Maranello, elles sont le résultat de « nombreuses, nombreuses heures » de développement dans les laboratoires.

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Des événements hors normes, du centre-ville… jusqu’à la station-service

Le travail de Gené avec Shell et Ferrari ne s’est pas limité à la piste. Il raconte des démonstrations organisées dans des rues de villes à travers le monde, avec des monoplaces de Formule 1 alimentées par du carburant Shell.

Il évoque même un événement promotionnel où il a « fait halte » dans une station-service classique pour ravitailler une Formule 1 avec un carburant routier Shell.

Grâce au programme Corse Clienti de Ferrari, il a également piloté des voitures de Formule 1 alimentées par Shell issues de presque chaque décennie de l’histoire de la discipline, avec toutes les architectures moteur: anciennes turbos, puis V12, V10 et V8.

Il estime être l’un des rares pilotes au monde à avoir conduit, le même jour, des F1 à moteurs V12, V10 et V8, à l’occasion de shakedowns. Il décrit ce moment comme un voyage dans le temps, à travers « 40 ans d’histoire ».

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L’évolution des règles: fiabilité renforcée, efficacité devenue stratégique

Gené souligne que le rôle du carburant et des lubrifiants a évolué au rythme des règlements. Quand l’utilisation des composants a été davantage restreinte, l’enjeu de fiabilité est devenu encore plus important. Puis, avec l’ère hybride, la recherche d’une grande efficacité énergétique a pris une place majeure dans la stratégie de course.

Il résume le rôle de Shell autour de trois piliers: performance, fiabilité et efficacité. Il rappelle que, désormais, moteurs et boîtes de vitesses doivent durer longtemps — rendant la fiabilité essentielle — et qu’un moteur très efficient est une clé du succès, un domaine où Shell peut apporter une contribution.

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Et dans 75 ans, à quoi ressemblera la Formule 1?

Pour Gené, rien n’empêche le partenariat entre Shell et la Scuderia Ferrari HP de se poursuivre encore 75 ans. Reste une question: dans quel type de Formule 1 Ferrari courra-t-elle alors?

Il évoque deux parcs d’attractions Ferrari, l’un à Abu Dhabi et l’autre près de Barcelone, où une attraction de type cinéma 4D fait « voyager dans le temps ». À la fin, on y découvre une Formule 1 du futur: des voitures à cockpit fermé — plus sûres, plus aérodynamiques, plus modernes — et des circuits allant jusqu’à proposer des loopings. Il ouvre aussi une autre possibilité, plus virtuelle, « comme » le film Ready Player One.

Au regard de l’ampleur des changements intervenus depuis la victoire fondatrice de 1951, cette projection paraît, selon lui, tout à fait plausible.

Conclusion

Au fil des décennies, la collaboration Shell–Ferrari s’est construite sur la constance et l’innovation, des journées d’essais interminables jusqu’aux analyses en laboratoire au cœur d’un week-end de Grand Prix. Si les moteurs, les règles et les priorités ont changé, l’objectif reste identique: gagner en conjuguant performance, fiabilité et efficacité. Et si l’histoire des 75 dernières années enseigne quelque chose, c’est que l’avenir de la Formule 1 appartient à ceux qui n’arrêtent jamais d’expérimenter.

Foire aux Questions

Quel est le rôle du Shell Trackside Laboratory pendant un Grand Prix?

Marc Gené explique qu’il s’agit d’un laboratoire mobile présent sur place. À chaque retour de la voiture au garage, des échantillons sont prélevés et analysés pour aider les techniciens sur les enjeux de fiabilité.

De quelles façons le carburant peut-il améliorer la performance en Formule 1?

D’après Gené, le carburant peut agir sur la reprise (réactivité quand on remet les gaz), sur la puissance via la courbe moteur, et sur le haut régime, particulièrement critique à l’époque des moteurs V10 proches de 20 000 tr/min.

Pourquoi Gené parle-t-il d’un « âge d’or » des essais?

Il fait référence à une période où les essais en piste étaient illimités, permettant aux pilotes d’essais de parcourir des milliers de kilomètres. Il compare cela à l’époque actuelle, davantage tournée vers le simulateur.

Comment le rôle des carburants et lubrifiants a-t-il évolué avec les règlements?

Gené souligne qu’avec des composants devant durer plus longtemps, la fiabilité a pris encore plus d’importance. Avec l’ère hybride, l’efficacité énergétique est devenue un paramètre majeur, notamment pour la stratégie.

Pourquoi le partenariat Shell–Ferrari dure-t-il depuis si longtemps?

Gené met en avant des valeurs partagées: la loyauté, l’importance accordée à l’histoire, et une culture de l’innovation des deux côtés.

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