À l’occasion des essais libres 1 du Grand Prix de Hongrie, le pilote réserviste d’Alpine Paul Aron ajoute une ligne rare à son parcours 2026 : il va rouler en séance officielle après avoir déjà accumulé des kilomètres et des opportunités avec une diversité de monoplaces presque sans équivalent pour un non-titulaire.

Le rookie discret de la F1 avec 10 000 km d’essais

Un cas unique cette saison : deux voitures 2026 et deux unités de puissance en week-end de Grand Prix

En prenant la piste vendredi à Budapest, Aron devient le premier pilote à avoir goûté, sur des week-ends de Formule 1 cette année, à deux voitures 2026 différentes et à deux unités de puissance distinctes. Cela fait suite à ses deux séances réalisées plus tôt dans la saison avec Audi, à Barcelone puis au Red Bull Ring.

D’autres jeunes pilotes ont pu rouler pour deux structures, comme Ayumu Iwasa avec Red Bull et Racing Bulls, mais avec la même motorisation. Dans le cas d’Aron, l’expérience est plus contrastée, car elle implique des ensembles châssis-moteur différents.

Un kilométrage d’essais hors normes pour un pilote non titulaire

Aron n’est pas un débutant « classique » des FP1 : il a déjà cumulé environ 10 000 km d’essais en Formule 1 depuis son premier roulage avec Alpine lors du test jeunes pilotes post-Grand Prix d’Abu Dhabi 2024.

Son inventaire de monoplaces est impressionnant : il a piloté des Alpine-Renault des saisons 2023, 2024 et 2025, une Sauber-Ferrari 2025, une Audi 2026, et ajoute ce week-end l’Alpine-Mercedes actuelle à sa liste.

Pour un pilote qui ne dispute pas un championnat complet en F1, cette variété de châssis et de moteurs est exceptionnelle. Il résume lui-même cette situation avec franchise : « Je pense qu’il est clairement juste de dire qu’en tant que pilote non titulaire à temps plein, je suis le plus expérimenté sur la grille. » Il souligne aussi la rareté, à l’époque actuelle, d’un réserviste pouvant rouler pour deux équipes, sur deux années, avec des voitures différentes : « Et avec tous les essais que j’ai faits avec Alpine, je ne me sens plus comme un rookie. »

Objectif : courir le dimanche, pas seulement accumuler des tours

Aron ne cache pas que ces kilomètres servent surtout un but : obtenir une chance en course. Il voit d’anciens rivaux accéder à des baquets pendant qu’il attend toujours une première opportunité, y compris des pilotes qu’il a devancés en Formule 2 en 2024 comme Kimi Antonelli, Franco Colapinto et Oliver Bearman.

« J’ai grandi en aimant la course, et je suis venu dans ce sport parce que je voulais me battre contre les meilleurs au sommet du sport automobile », explique-t-il. « Je ne suis pas venu pour rester derrière un écran d’ordinateur week-end après week-end à écouter et à regarder. »

Il estime être prêt : « J’ai tellement de kilométrage avec les essais maintenant. Je suis tellement bien préparé. J’ai juste l’impression d’avoir besoin d’un exutoire pour montrer ça. » Et il insiste sur la différence entre une seule séance et un week-end complet : « C’est seulement sur un week-end de course complet que tu peux construire ton week-end et vraiment montrer ce que tu sais faire. »

Barcelone : une FP1 très forte passée sous les radars

Son exemple le plus marquant reste sa performance du vendredi à Barcelone avec Audi. Aron a terminé шестième de la FP1, sur un programme comparable à celui de son coéquipier Gabriel Bortoleto.

Le retard final de Bortoleto, proche d’une seconde, ne reflétait pas totalement son potentiel, le Brésilien n’ayant pas trouvé immédiatement une base de réglages satisfaisante. Mais cela n’enlève rien à la qualité de l’exécution d’Aron ce jour-là.

Après ses sorties à Barcelone et en Autriche, Allan McNish a résumé l’impression laissée : « Il est monté dans la voiture, il a livré, il a fait le boulot, il était rapide, propre, ordonné. Il a livré à tous les niveaux. Et ses retours étaient très bons. Nous sommes très satisfaits de lui. »

Mattia Binotto a tenu un discours similaire au sujet de la FP1 d’Aron : « Il a prouvé que c’est un pilote capable. C’est un pilote rapide. Il n’avait jamais essayé cette voiture sur piste. Immédiatement rapide dès le tout premier tour, le tout premier relais. Donc, totalement mérité pour lui. Content qu’il ait pu montrer ce dont il est capable, parce qu’au final c’est un grand pilote. »

Pourquoi les feuilles de temps ne racontent pas toute l’histoire

Aron sait qu’un pilote qui ne court pas tous les dimanches doit convaincre différemment. Les FP1 ne consistent pas uniquement à chausser des pneus tendres et viser un tour rapide à faible carburant : il y a un travail d’ingénierie à effectuer pour préparer le reste du week-end.

Selon des personnes en interne, ses prestations lors des roulages de tests avec Alpine ont marqué les ingénieurs, d’autant qu’il s’est souvent mesuré à d’autres jeunes très cotés, dont Franco Colapinto, Jack Doohan, Alex Dunne et Ugo Ugochukwu. Le fait qu’il ait, à chaque fois, répondu présent et qu’il reste un élément central du dispositif en dit long sur la confiance que l’équipe lui accorde.

Mais il rappelle à quel point les chronos peuvent tromper : modes moteur, niveaux de carburant et pneus influencent énormément une séance, que ce soit en essais privés ou en FP1. À Barcelone, tout s’est aligné pour produire cette sixième place ; en Autriche, le temps final a été affecté par la stratégie de déploiement et par des interruptions au drapeau rouge, des facteurs hors de son contrôle. « Ces FP1 sont jugées de façon très brutale », résume-t-il. « Personne ne regarde vraiment les détails ; ils regardent juste le temps au tour. »

Le test d’Abu Dhabi 2024 : une première plongée dans le grand bain

Un autre exemple illustre l’écart entre perception externe et réalité : sa toute première sortie en Formule 1, lors du test jeunes pilotes post-Grand Prix d’Abu Dhabi 2024.

Aron venait tout juste d’ouvrir sa première bière lors de la cérémonie de remise des prix de la F2 — il avait terminé troisième du championnat derrière Gabriel Bortoleto et Isack Hadjar — quand Alpine l’a appelé pour lui demander d’être au circuit à 8h le lendemain matin afin de préparer le test.

Il repose son verre, rentre à l’hôtel, puis se présente au stand Alpine. À ce moment-là, il n’avait jamais tenu un volant de F1 dans ses mains et n’était même pas allé au simulateur. Il termine la journée à seulement sept centièmes de seconde de Jack Doohan dans l’autre voiture, ce qui était déjà notable au vu des circonstances.

Et pourtant, même ce chrono ne disait pas tout : en fin de journée, Aron était sur un tour très rapide qu’il n’a pas pu terminer. Il était deux dixièmes plus rapide que son meilleur temps lorsqu’un drapeau rouge a interrompu la tentative, l’obligeant à avorter.

Apprendre à se protéger… et à se mettre en valeur

Aron reconnaît avoir sous-estimé, au départ, la manière dont une « bonne séance » est perçue en dehors de l’équipe. Il explique avoir changé d’approche cette saison.

« Quand j’ai fait ces FP1 l’an dernier pour la première fois, j’étais très conservateur dans ma façon de piloter », dit-il. « Je voulais juste être sûr de faire le boulot pour l’équipe, de garder la voiture intacte, etc. »

Puis vient le déclic : « J’ai très vite réalisé qu’une fois la séance terminée, personne ne se soucie du fait que tu étais conservateur. Tout d’un coup, tout le monde compare ton temps au tour. » Il insiste sur l’équilibre à trouver : exécuter le plan de roulage demandé par l’écurie, mais aussi « être là pour soi-même », pousser et montrer ce qu’on sait faire, car « dès que le temps au tour est affiché, tout le monde le compare ».

Faire passer le message n’est pas simple. Tous les pilotes ne peuvent pas s’inspirer de l’exemple de George Russell en allant jusqu’à préparer des présentations pour convaincre des décideurs. Et les équipes rivales ne voient ni le travail au simulateur, ni la disponibilité à sauter dans la voiture à la moindre opportunité.

Certains détails restent dans l’ombre, comme l’estime de membres de l’usine Alpine : dans certains services, des employés disent qu’Aron est le seul pilote qu’ils aient vu venir les rencontrer directement. Pour lui, ces gestes comptent, mais ils ne font pas automatiquement « du bruit » à l’extérieur.

Il assume aussi une réalité du haut niveau : « J’ai appris en F1 que l’engouement ne sort pas de nulle part. Il vient des gens qui le créent, et franchement, de mon côté, je n’ai pas assez travaillé cet aspect pour le créer. »

Conclusion : Budapest comme nouvelle vitrine

Avec sa nouvelle sortie en Alpine à Budapest, Paul Aron saisit une occasion supplémentaire de prouver qu’il n’est pas seulement un pilote de roulage, mais un candidat crédible à un baquet de course. Dans un univers où les dixièmes et les perceptions comptent autant que le travail de fond, il lui reste à transformer cette expérience unique en tremplin vers la grille du dimanche — et à écrire enfin la suite au volant, en course.

Foire aux Questions

Qu’est-ce qu’une séance FP1 en Formule 1 ?

La FP1 est la première séance d’essais libres d’un week-end de Grand Prix. Elle sert à préparer la voiture (réglages, pneus, niveaux de carburant, procédures) et peut aussi permettre à une équipe de donner du temps de piste à un jeune pilote ou à un réserviste.

Pourquoi Paul Aron est-il considéré comme particulièrement expérimenté malgré l’absence de baquet titulaire ?

Parce qu’il a accumulé environ 10 000 km d’essais en F1 et a roulé dans de nombreuses configurations : des Alpine-Renault 2023/2024/2025, une Sauber-Ferrari 2025, une Audi 2026 et désormais l’Alpine-Mercedes actuelle, en plus de séances FP1 en 2026.

Pourquoi un bon temps au tour en FP1 ne suffit-il pas à juger une performance ?

Les chronos dépendent fortement des programmes : quantité de carburant, pneus, modes moteur et objectifs d’ingénierie. Une séance peut être perturbée par des drapeaux rouges ou des choix de déploiement, ce qui rend la comparaison directe parfois trompeuse.

Que s’est-il passé lors du test d’Abu Dhabi 2024 pour Aron ?

Appelé tardivement par Alpine, il a dû être prêt dès le lendemain matin sans avoir tenu de volant de F1 auparavant ni travaillé au simulateur. Il a terminé à sept centièmes de Jack Doohan, et un drapeau rouge l’a empêché de conclure un dernier tour où il était deux dixièmes plus rapide que son meilleur temps.

En quoi l’expérience de rouler pour deux structures différentes peut-elle aider un pilote ?

Rouler pour des équipes différentes expose à d’autres méthodes de travail, d’autres philosophies de réglages et, dans le cas d’Aron, à des ensembles châssis-moteur variés. Cela enrichit les repères techniques et la capacité d’adaptation, des qualités très recherchées en Formule 1.

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