Les chiffres et les faits sont clairs : les trois courses de Formule 1 aux États-Unis sont aujourd’hui les plus importantes du calendrier sur le plan commercial.

Plus d’invités d’entreprise, plus de marques, plus d’événements orientés business autour des week-ends de course, plus d’activations. En un mot : plus d’argent.

Alors, Monaco a-t-il perdu sa couronne commerciale face au nouveau monde ? Dans un sport obsédé par la mesure et l’amélioration via la donnée, la réponse semble être oui.

Mais la donnée — et même ses manipulateurs dopés à l’IA — ne mesure pas les « vibes ». Ni les connexions personnelles. Ni les rencontres imprévues. Et sur ces terrains-là, Monaco reste à part.

Les États-Unis, nouveau centre de gravité commercial de la F1

L’essor américain se voit partout : davantage de marques, davantage d’hospitalités, davantage de moments conçus pour faire du business. L’approche est plus massive, plus structurée, et les moyens suivent.

Dans cette logique, Monaco paraît presque en décalage : moins « scalable », moins mesurable, moins reproductible. Et pourtant, c’est précisément ce qui fait sa force.

Ce que la donnée ne sait pas mesurer : l’intangible monégasque

Monaco concentre ce que l’on peut difficilement quantifier : des introductions aléatoires qui tombent au bon moment, des discussions entre décideurs qui n’auraient jamais eu lieu ailleurs, une sensation d’appartenir au bon endroit, au bon moment.

Dès le début du XXe siècle, Brooklands revendiquait déjà « the right crowd and no crowding » (« la bonne foule, sans la foule »). Monaco propose une version moderne de ce principe, principalement grâce à son inaccessibilité intrinsèque — financière autant que géographique.

Comment Monaco reste commercialement pertinent dans le boom américain de la F1

Exclusivité : à Monaco, la sélection se fait toute seule

Être à Monaco sur un yacht ou en Paddock Club signifie qu’une somme importante a été dépensée pour vous y amener — et qu’un effort réel a été fait pour y être. Résultat : dans certains espaces et certains événements, le public est naturellement « auto-sélectionné ».

Cette exclusivité rend les connexions plus rapides : il est plus simple de créer des liens business dans un cercle restreint, sans passer par la phase de « due diligence » polie souvent nécessaire dans des environnements bien plus vastes.

L’exemple donné est parlant : à partir de 2027, le Paddock Club de Miami doit dépasser 9000 places. À l’inverse, sur un bateau à 30 invités, quelqu’un a réuni le bon groupe — ou bien le simple budget requis a fait le tri.

Des décideurs qui viennent « parce qu’il faut y être »

Des événements exclusifs coorganisés avec Axios ont été organisés aux États-Unis, à Davos, à Cannes et tout récemment à Monaco, offrant un point d’observation privilégié sur ce qui se joue au-delà de la piste.

Le constat principal, au-delà de l’atmosphère unique : les décideurs s’assurent d’être présents à Monaco. Les activations « traditionnelles » y sont moins visibles, et l’hospitalité devient très intentionnelle. Même des dirigeants ou propriétaires d’entreprise nouveaux dans la F1 sentent qu’ils doivent être là — parfois sans pouvoir fournir une justification parfaitement rationnelle. Mais une fois sur place, leur présence est récompensée : ils se retrouvent « entre eux » et le business se fait de pair à pair.

Paddock Club, premiumisation et quête d’ultra-exclusif

Avec le volume de marques désormais impliquées en Formule 1, obtenir les rendez-vous B2B réellement critiques avec les bonnes personnes devient difficile. Le Paddock Club s’est « commoditisé » au point que F1 Experiences ajoute des couches encore plus premium pour répondre à la demande des UHNW (Ultra High Net Worth) et des chefs d’entreprise.

L’exemple cité : « Ramsay’s Garage », annoncé à plus de 40 000 £ pour un individu sur l’ensemble du week-end — et l’offre se vend.

Une tendance ressort : ces invités recherchent une utilité concrète pour leurs objectifs d’entreprise, pas seulement une sortie prestigieuse. L’exclusivité imaginée à l’origine par Bernie Ecclestone doit donc rester, tandis que l’audience se développe via d’autres points de contact plus accessibles. Monaco — et de nouveaux formats d’événements — répond à ce besoin d’exclusivité « à l’ancienne ».

Paroles de paddock : ce que Monaco offre que les courses américaines n’imitent pas

Lors d’un événement exclusif organisé un jeudi soir avec Axios et Aston Martin, Jenson Button a rappelé que, enfant, Monaco et son Grand Prix national à Silverstone étaient ceux qu’il voulait absolument gagner. Il a souligné ce qui rend Monaco unique : l’histoire, mais aussi la proximité des fans.

« Vous voyez les gens sur leurs balcons, vous voyez les gens sur les bateaux qui encouragent, on a l’impression de célébrer avec tout le monde dans les tribunes », a-t-il expliqué.

Selon cette lecture, les courses américaines ne peuvent pas reproduire cette sensation — ni l’histoire de Monaco. Jefferson Slack, directeur général d’Aston Martin F1, a également mis en avant l’attrait pour les Américains : « C’est sur leur bucket list, c’est iconique, et cela reste donc une course énorme pour nous en tant qu’équipe et pour le sport. »

L’attractivité hors piste, racontée par ceux qui y font du business

Le soir suivant, Laurent Mekies, David Coulthard et Harvey Schwartz (CEO de Carlyle) ont, chacun à leur manière, insisté sur l’importance de la course en dehors de la piste. Mais c’est Mark Rushbrook, Global Head de Ford Racing, qui a le mieux résumé l’attrait de Monaco pour un public américain à travers une histoire simple.

Il a expliqué que 33 concessionnaires américains avaient gagné un concours et pouvaient choisir entre trois événements : le Kentucky Derby, The Masters, ou Monaco. « Il n’y a eu aucun autre choix. Ce n’était même pas une décision pour eux — ils viennent tous ici », a-t-il raconté.

Monaco « de retour » : une audience plus américaine et plus orientée très haut de gamme

Tom Potter, CEO de l’agence de sponsoring F1 Rush, fait partie des nombreuses voix ayant observé, sur le week-end, une croissance de Monaco pour leur activité après plusieurs années de stagnation — voire de recul.

Selon lui : « Monaco est de retour, inégalé dans sa capacité à concentrer sponsors, investisseurs et décideurs en un seul endroit. Ce qui a changé, c’est le profil de cette audience : plus américaine, plus portée par la richesse privée, et plus prête à dépenser tout en haut de la pyramide pour obtenir l’expérience qu’elle attend dans tous les autres aspects de sa vie. »

L’« américanisation » de l’événement a même été illustrée par deux invités très différents présents le même week-end : Bill Gates et Kim Kardashian. Un contraste qui suggère que ce pays de 250 ans a peut-être pleinement adopté un sport de 76 ans.

Conclusion : l’essor américain n’affaiblit pas Monaco, il l’alimente

Ce que la donnée ne dit pas, c’est que les courses américaines ont en réalité aidé Monaco plutôt que de l’affaiblir dans son leadership commercial. Ce sont les Américains qui tirent la demande et les accords vers le haut, et leurs propres Grands Prix ont servi de porte d’entrée vers ce qui reste, pour beaucoup, la plus puissante des expériences en sport automobile : le Grand Prix de Monaco.

Et si l’avenir de la F1 se joue autant dans l’expansion que dans l’exclusivité, Monaco semble bien décidé à rester le lieu où les décisions se prennent — parfois sur un quai, parfois sur un pont de yacht, souvent au détour d’une rencontre imprévue.

Foire aux Questions

Pourquoi les Grands Prix américains sont-ils devenus si importants commercialement en F1 ?

Ils concentrent aujourd’hui un volume très élevé d’invités d’entreprise, de marques et d’événements orientés business autour des courses, ce qui en fait des rendez-vous majeurs en termes de revenus et d’opportunités commerciales.

Qu’est-ce qui rend Monaco unique pour le business en Formule 1 ?

Monaco combine histoire, prestige et surtout une forte inaccessibilité financière et logistique. Cette rareté crée des environnements où les décideurs se retrouvent entre pairs, facilitant les rencontres et les discussions B2B à très haut niveau.

Pourquoi dit-on que la « vibe » de Monaco est impossible à reproduire ?

Parce que Monaco offre une proximité exceptionnelle entre la piste et les spectateurs (balcons, bateaux, tribunes proches), une histoire sportive iconique, et des occasions de rencontres spontanées qui échappent aux mesures purement chiffrées.

Le Paddock Club est-il encore un produit d’ultra-exclusivité ?

Il reste premium, mais l’offre s’est élargie avec la croissance de la F1, au point que des niveaux encore plus exclusifs sont proposés. Un exemple mentionné est « Ramsay’s Garage », annoncé à plus de 40 000 £ pour un individu sur un week-end, et qui se vend malgré ce tarif.

Les courses américaines menacent-elles le statut de Monaco ?

L’idée développée est plutôt l’inverse : les courses américaines agissent comme un accélérateur d’intérêt et une porte d’entrée, en poussant une nouvelle audience — notamment américaine — à vouloir vivre ensuite l’expérience Monaco, avec des budgets et des attentes très élevés.

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