đïž Yamaha face Ă un dilemme : faut-il se prĂ©parer Ă perdre Quartararo ?

Selon des indicateurs trĂšs spĂ©cifiques, Fabio Quartararo a Ă©tĂ© le pilote le plus « rentable » (au sens de lâimpact pur sur le bilan constructeur) en MotoGP en 2025.
Marc Marquez a Ă©tĂ©, assez clairement, le meilleur pilote de la saison, et Ducati a senti son absence sur les derniĂšres manches. Mais si, demain, on dĂ©couvrait que Marquez est en rĂ©alitĂ© un androĂŻde bourrĂ© de technologie façon Skynet et quâil devait ĂȘtre disqualifiĂ© du classement 2025, Ducati remporterait quand mĂȘme les titres pilotes et constructeurs (et aussi le titre Ă©quipes via Gresini).
En revanche, en termes relatifs dans le classement constructeurs, Quartararo a Ă©tĂ© le pilote le plus « additionnel » lâan dernier.
đ Pilotes MotoGP 2025 : impact dâune exclusion du dĂ©compte des points constructeurs*
Ducati
M Marquez -18,2%
A Marquez -6,5%
Bagnaia -2,1%
Di Giannantonio -1,7%
Aldeguer -1,6%
Morbidelli 0%
Aprilia
Bezzecchi -42,6%
Fernandez -7,5%
Ogura -5,3%
Martin 0%
KTM
Acosta -34,4%
Vinales -5,4%
Binder -5,4%
Bastianini -3,0%
Honda
Marini -26,0%
Zarco -25,6%
Mir -16,5%
Chantra 0%
Yamaha
Quartararo -44,1%
Miller -7,7%
Rins -4,9%
Oliveira -0,8%
*Le chiffre reprĂ©sente la part de points constructeurs que la marque perdrait si le pilote obtenait exactement les mĂȘmes rĂ©sultats pour une autre marque et nâĂ©tait pas remplacĂ© (ex : Yamaha passerait de 247 points avec Quartararo Ă 138 sans lui).
đ„ Quartararo, lâhomme-orchestre dâune Yamaha en difficultĂ©
Quartararo avait, Ă lâĆil, la pire moto du plateau et a malgrĂ© tout rĂ©ussi Ă devancer toutes les Honda, plusieurs KTM et plusieurs Aprilia au championnat. Il a signĂ© autant de pole positions que lâensemble de ces constructeurs rĂ©unis. Et il a perdu une victoire qui semblait acquise Ă Silverstone Ă cause dâun problĂšme technique â un succĂšs qui lâaurait fait passer devant la Ducati de Fermin Aldeguer au classement, pour grimper Ă la huitiĂšme place.
VoilĂ pour son dossier « MVP » â ou plutĂŽt « MVR », pour « pilote le plus prĂ©cieux ». Mais ce mĂȘme constat nourrit aussi une thĂšse inverse : celle du rendement le plus faible au regard de lâinvestissement.
âïž Le paradoxe : Ă©normĂ©ment dâimpact⊠pour un gain collectif minime
Dans le classement constructeurs, tout ce que les exploits de Quartararo ont vraiment produit, câest de faire passer Yamaha dâune cinquiĂšme place « catastrophique » Ă une cinquiĂšme place « compĂ©titive, mais toujours lointaine ».
Retirez Marco Bezzecchi et Aprilia se retrouve dernier. Retirez lâun de Johann Zarco, Luca Marini ou Joan Mir et Honda se retrouve dernier. Retirez Quartararo et une saison dĂ©jĂ mauvaise chez Yamaha devient simplement pire â avec, en plus, la pression externe dâun constructeur qui donne lâimpression de laisser constamment tomber une star.
Quartararo est considĂ©rĂ© comme le pilote le mieux payĂ© du MotoGP actuellement, et dans lâabsolu il « vaut » cet argent â comme Marquez valait le sien chez Honda. Mais, comme Marquez Ă lâĂ©poque, il a rĂ©cemment Ă©tĂ© rĂ©duit Ă un rĂŽle de « mettre du rouge Ă lĂšvres sur un cochon » : rendre prĂ©sentable un package qui ne lâest pas. Et ce rĂŽle-lĂ nâapporte pas tant de valeur que ça.
Et il traĂźne aussi une forte dose de mauvaise presse.
đŁïž Une communication sans filtre⊠mais Ă voix posĂ©e
Quartararo a une maniĂšre trĂšs particuliĂšre de parler de sa situation. Il ne hausse pas le ton ; sur lâĂ©chelle des « top pilotes sur une moto dĂ©cevante », il se situe entre le Marquez trĂšs mesurĂ© de lâĂšre Honda et le Pedro Acosta du dĂ©but de saison derniĂšre, plus explosif et assez boudeur.
Tout est dit avec le sourire. Mais câest dit â et presque aucun sujet nâest tabou. La moto est-elle bonne ? Non, et vous lâentendrez. Est-ce la derniĂšre chance de Yamaha ? Oui, et vous lâentendrez. Les autres constructeurs ont-ils de bonnes chances de le signer ? Oui, et vous lâentendrez. Beaucoup de pilotes Ă©dulcorent ; Quartararo ne le fait pas.
Sur lâensemble de la saison 2025, il nâa pas jugĂ© nĂ©cessaire de mettre en avant beaucoup dâĂ©lĂ©ments positifs, que ce soit sur lâĂ©tat de la M1 Ă moteur quatre-cylindres en ligne ou sur les signaux autour du prototype V4.
đ§© Pavesio veut canaliser lâĂ©nergie, pas la frustration
La meilleure façon dâĂ©viter ce type de discours en 2025 â ou durant les trois annĂ©es prĂ©cĂ©dentes â aurait Ă©tĂ© dâavoir une meilleure moto. Mais ça nâest pas arrivĂ©. Et Paolo Pavesio, qui a remplacĂ© le trĂšs installĂ© Lin Jarvis Ă la tĂȘte du projet, a Ă©tĂ© clair : la frustration exprimĂ©e publiquement nâest pas vraiment la bienvenue.
« Quand on a soif de rĂ©sultats, on peut ĂȘtre frustrĂ© par le fait que les rĂ©sultats nâarrivent pas aussi vite quâon le voudrait. Câest valable pour un pilote, pour un ingĂ©nieur, pour un manager. Mais la frustration ne gĂ©nĂšre aucune Ă©nergie positive. Pour personne », explique Pavesio.
« Câest lâune des choses intĂ©ressantes dâune saison comme celle-ci, et peut-ĂȘtre que mon travail consiste Ă catalyser lâĂ©nergie pour gĂ©nĂ©rer un rĂ©sultat positif.
« La frustration nâaide pas dans cette perspective. MĂȘme si on peut comprendre la frustration, bien sĂ»r, mais au final, quâest-ce que ça apporte ? On doit rester unis, on doit dynamiser les gens.
« En Italie, on dit parfois : une tape sur lâĂ©paule, câest mieux quâun coup de pied aux fesses. Parce quâau final, on obtient plus en retour. »
Il y a clairement eu aussi des échanges en coulisses, et sur les deux derniÚres manches, Quartararo a semblé volontairement plus mesuré dans ses déclarations.
Mais sa capacitĂ© Ă se retenir et Ă adhĂ©rer au discours collectif sera rĂ©ellement mise Ă lâĂ©preuve pendant la prĂ©-saison â Ă moins que le nouveau V4 de Yamaha dĂ©passe largement les attentes.
đ§Ș Le test grandeur nature du V4 : rĂ©aliste ou rĂ©volution ?
« Pour ĂȘtre honnĂȘte, si on quitte [le premier test de] Sepang dans une position similaire Ă celle du dĂ©but de la saison [2025], on aura accompli beaucoup », estime Pavesio.
« La M1 Ă©tait plutĂŽt rapide Ă la fin de son parcours. Mais ce qui nous a clairement manquĂ©, câest la rĂ©gularitĂ© en course et la capacitĂ© Ă gĂ©rer les courses.
« On sait que le V4 apportera des atouts potentiels dans ce domaine. Si on peut se rapprocher de la vitesse [pure], alors câest un bon point de dĂ©part. Mais le plus important, câest que ce projet doit avoir, et aura, un potentiel de progression. »
Pavesio insiste aussi, de maniĂšre rĂ©pĂ©tĂ©e, sur le fait que 2026 doit servir de marchepied vers 2027, lorsque la nouvelle rĂ©glementation moteur Ă 850 cmÂł entrera en vigueur et que tout le monde est censĂ© aligner des V4 â dâoĂč la nĂ©cessitĂ©, pour Yamaha, de faire cette « annĂ©e dâessai » en derniĂšre saison des 1000 cmÂł et de lâĂšre Michelin.
đŒ Contrat 2026 : garder Quartararo⊠sans se lier trop tĂŽt
Pavesio estime que renouveler Quartararo â comme la quasi-totalitĂ© des contrats, arrivant Ă Ă©chĂ©ance fin 2026 â sera « trĂšs important, câest certain ».
Mais la position de Yamaha est aussi quâen lâĂ©tat, « ce nâest pas lâobjectif » de verrouiller des pilotes sur des contrats plus longs, et que lâĂ©quipe prĂ©fĂšre laisser parler les progrĂšs du projet pour devenir une destination attirante en vue de 2027.
« Je ne fais pas mystĂšre du fait quâavoir Fabio avec nous serait trĂšs bien aussi pour lâaprĂšs-2026 », dit Pavesio. « Mais cette discussion aura lieu dĂšs que les choses seront plus claires dâun point de vue technique, ce que je comprends parfaitement. »
Cette approche est cohĂ©rente â mais elle prĂ©pare aussi, en filigrane, le terrain Ă une sĂ©paration. Et cette sĂ©paration est quelque chose que Quartararo (Ă©videmment) doit envisager, mais que Yamaha doit aussi considĂ©rer, selon ses propres conditions et selon une vision rĂ©aliste de ce quâelle peut accomplir en 2027.
đ Le marchĂ© : tout le monde le veut⊠mais pas Ă nâimporte quel prix
Il vaut mieux avoir Quartararo que ne pas lâavoir. Câest vrai pour tous les constructeurs. Sâil disait Ă chacun : « Je roule gratuitement, Ă nâimporte quelle place dans votre effectif », il recevrait cinq offres dix secondes plus tard.
Mais il ne roulera pas gratuitement. Il pourrait, Ă la rigueur, rouler pour moins cher quâaujourdâhui â mĂȘme si lâon peut penser quâil sâest habituĂ© Ă un certain niveau de vie quâil voudra conserver.
Et surtout, « moins cher » et « moins cher mais toujours chez Yamaha » ne sont pas la mĂȘme chose. Du point de vue de Yamaha, il est logique de se montrer plus ferme en nĂ©gociation, aprĂšs deux saisons Ă investir beaucoup dâargent sur Quartararo pour un rendement collectif relativement limitĂ©.
Ce contexte ouvre la porte Ă un clash : Quartararo nâa pas vraiment de raison de faire des concessions. Il a fait sa part, et il a tenu sa promesse.
đ§ StratĂ©gie 2027 : payer trĂšs fort⊠ou ĂȘtre prĂȘt Ă tourner la page
Si Yamaha est convaincue quâelle sera prĂȘte Ă gagner dĂšs le dĂ©but de 2027, alors elle devrait surpayer Quartararo. Elle en aura besoin.
Mais sâil existe un doute raisonnable, alors Yamaha devrait nĂ©gocier en position de force â et ĂȘtre prĂȘte Ă le perdre.
Essayer Pecco Bagnaia. Essayer David Alonso. Voir ce que lâon a avec Toprak Razgatlioglu. Et peut-ĂȘtre mĂȘme appeler Bezzecchi, pour voir sâil est possible de bousculer Aprilia financiĂšrement comme cela avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© fait lors du renouvellement 2025-26 de Quartararo. Yamaha peut aussi attendre et observer le marchĂ© rĂ©el de Quartararo â au cas oĂč lâĂ©quipe resterait, malgrĂ© tout, sa meilleure option.
Yamaha traverse une pĂ©riode trĂšs difficile en MotoGP â mais Pavesio semble conscient quâil ne peut pas agir dans la prĂ©cipitation pour planifier lâavenir du programme, mĂȘme lorsquâil sâagit de lâune des vĂ©ritables superstars de la grille.
â Conclusion đ
Fabio Quartararo a portĂ© Yamaha en 2025 au point dâen devenir la variable la plus dĂ©terminante⊠tout en rĂ©vĂ©lant crĂ»ment les limites dâun projet incapable, pour lâinstant, de transformer un talent dâexception en rĂ©sultats Ă la hauteur. Entre lâarrivĂ©e du V4, lâannĂ©e-charniĂšre 2026 et lâinconnu de 2027, Yamaha marche sur une ligne de crĂȘte : reconstruire assez vite pour convaincre, ou accepter lâidĂ©e de repartir autrement.
Une chose est sĂ»re : la prochaine trajectoire de Yamaha se jouera autant sur la performance que sur la capacitĂ© Ă faire naĂźtre une nouvelle dynamique â et lâavenir, lui, nâattend personne.
Foire aux Questions
â Que signifie « impact dâexclusion » dans le tableau des constructeurs ?
Câest la part de points constructeurs quâune marque perdrait si un pilote faisait exactement les mĂȘmes rĂ©sultats⊠mais pour une autre marque, sans ĂȘtre remplacĂ©. Exemple donnĂ© : Yamaha passerait de 247 points avec Quartararo Ă 138 sans lui.
â Pourquoi Quartararo apparaĂźt-il comme le pilote le plus dĂ©terminant pour Yamaha en 2025 ?
Parce quâen proportion, retirer ses rĂ©sultats ferait chuter Yamaha de 44,1% de ses points constructeurs. Il a aussi devancĂ© toutes les Honda au championnat et a cumulĂ© autant de pole positions que Honda, KTM et Aprilia rĂ©unis.
â Quel est le paradoxe de la saison 2025 de Yamaha malgrĂ© les performances de Quartararo ?
MalgrĂ© ses exploits, Yamaha reste cinquiĂšme chez les constructeurs : Quartararo a surtout Ă©vitĂ© que la situation ne soit pire, sans pouvoir rapprocher lâĂ©quipe dâun vrai combat pour la victoire sur la durĂ©e.
â Quâattend Yamaha du passage au moteur V4 ?
Paolo Pavesio souligne surtout un objectif : gagner en régularité en course et en capacité à gérer les courses, en espérant conserver une vitesse proche de celle de la M1 en fin de développement, tout en bùtissant un projet avec du potentiel de progression.
â Pourquoi 2026 est-elle dĂ©crite comme une Ă©tape vers 2027 ?
Parce que 2027 doit marquer lâarrivĂ©e des moteurs 850 cmÂł et lâidĂ©e que tout le monde utilisera des V4. Yamaha voit 2026 comme une annĂ©e de prĂ©paration et dâapprentissage avant ce grand basculement rĂ©glementaire.
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