Bakou et le piège des écarts de vitesse: la proposition de Hamilton rejetée

L’idée de Lewis Hamilton pour réduire les risques liés aux voitures qui se rattrapent dangereusement dans la dernière séquence de virages à Bakou ne sera pas appliquée. Malgré une discussion avec la FIA, la proposition n’a pas trouvé suffisamment de soutien du côté des équipes de Formule 1.
Un presque-accident à très haute vitesse dans le dernier secteur
Le pilote Ferrari a demandé des ajustements autour des règles de gestion d’énergie lors du Grand Prix d’Azerbaïdjan, après un incident en essais jeudi. Liam Lawson a dû agir en évitement à environ 300 km/h pour ne pas percuter la Ferrari, dans les enchaînements rapides des virages 18 et 19.
Cette situation a mis en lumière un effet indésirable des règles en vigueur: le risque augmente dans une zone où les vitesses sont très élevées et les marges de réaction extrêmement réduites.
Pourquoi les écarts de vitesse se creusent à Bakou
Dans le contexte actuel de voitures limitées en énergie, la longue portion à plein gaz entre le virage 16 et la ligne de départ/arrivée déclenche ce week-end un fort différentiel de vitesse entre:
- les pilotes en tour de lancement (out lap),
- et ceux en tour rapide (push lap).
La raison est stratégique: ceux qui se préparent à attaquer un tour rapide cherchent à économiser l’énergie de la batterie le plus longtemps possible, pour en disposer davantage plus près de la ligne. Résultat, ils traversent la zone très rapide des virages 18/19 sans déploiement supplémentaire, alors qu’une autre voiture peut arriver plus vite derrière, ou inversement selon les phases de tour.
Hamilton estime que ces conditions créent des vitesses de rapprochement pouvant atteindre environ 50 km/h, avec en plus une difficulté à juger correctement les écarts quand on reste à fond mais sans la puissance maximale.
La proposition de Hamilton: imposer la pleine énergie jusqu’après le virage 19
Lors d’une audition avec les commissaires jeudi soir, liée à l’incident avec Lawson, Hamilton a avancé une solution: rendre obligatoire l’utilisation complète de l’énergie jusqu’après le virage 19, afin que personne ne passe lentement dans cette zone.
Son idée, telle qu’il l’a formulée, était d’avoir la puissance maximale à la sortie du dernier virage, puis un «reset» après le virage 19, de manière à éviter qu’une voiture ne se retrouve en mode économie au pire endroit du circuit.
La proposition a ensuite été évoquée avec la FIA lors du briefing des pilotes jeudi soir, comme piste pour réduire les différences de vitesse dans cette portion particulièrement délicate.
Pourquoi la mesure n’a pas été retenue en cours de week-end
Malgré la discussion, la solution n’a pas été validée. Les équipes ont jugé qu’il était trop tard dans le week-end pour modifier aussi fortement les habitudes de déploiement d’énergie.
Un changement de l’utilisation de la batterie vers la ligne droite principale aurait obligé tout le monde à repartir sur une préparation énergétique entièrement différente, alors qu’il ne restait plus qu’une heure d’essais avant les qualifications.
Consigne immédiate du directeur de course et rappel à l’ordre
En parallèle, le directeur de course de la F1, Rui Marques, a déjà demandé aux pilotes en tour de lancement de rester nettement en dehors de la trajectoire idéale entre les virages 16 et 18, afin de réduire le risque de gêne dans l’approche de la zone rapide.
Hamilton a reçu une réprimande après la deuxième séance d’essais libres pour ne pas avoir respecté cette instruction et avoir gêné Lawson.
Conclusion
Bakou met en évidence à quel point la gestion d’énergie, les tours de lancement et les écarts de vitesse peuvent transformer une zone rapide en point critique pour la sécurité. Même sans changement immédiat de règles, la situation souligne l’importance d’anticiper ces scénarios et d’adapter les consignes de piste. La suite dira si des ajustements plus structurels seront envisagés pour éviter que ce type de rapprochement ne se reproduise.
Foire aux Questions
Pourquoi y a-t-il de gros écarts de vitesse entre voitures à Bakou?
Parce que la portion entre les virages 16 et la ligne est très longue et rapide, et que certains pilotes, en préparation d’un tour rapide, économisent la batterie jusqu’au plus près de la ligne. Cela peut créer de forts différentiels entre une voiture en tour de lancement et une autre en tour rapide.
Qu’est-ce qu’un tour de lancement (out lap) et un tour rapide (push lap)?
Le tour de lancement sert à préparer les pneus et la voiture avant un tour chronométré. Le tour rapide est le tour où le pilote attaque pour réaliser son meilleur temps, avec une gestion d’énergie et de pneus adaptée à la performance.
Que proposait exactement Lewis Hamilton pour réduire le risque?
Il suggérait d’imposer un déploiement maximal d’énergie jusqu’après le virage 19, afin d’éviter qu’une voiture ne traverse les virages 18/19 en mode économie, ce qui peut surprendre une autre voiture arrivant vite derrière.
Pourquoi cette proposition n’a-t-elle pas été appliquée immédiatement?
Les équipes ont estimé que le changement arrivait trop tard dans le week-end. Modifier la manière de déployer la batterie vers la ligne droite principale aurait nécessité de revoir entièrement la préparation énergétique, alors qu’il ne restait qu’une heure d’essais avant les qualifications.
Quelle consigne a été donnée pour limiter le danger sans changer les règles?
Les pilotes en tour de lancement ont été invités à rester bien hors de la trajectoire idéale entre les virages 16 et 18 pour ne pas gêner. Hamilton a été réprimandé après les essais libres 2 pour ne pas avoir respecté cette consigne et avoir gêné Lawson.
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