đ ïž Le tour de passe-passe moteur qui met la FIA en alerte et agace Ferrari

Une astuce utilisĂ©e par Mercedes et Red Bull avec leurs moteurs de Formule 1 en qualifications sâest retrouvĂ©e sous les projecteurs de la FIA aprĂšs avoir Ă©tĂ© trahie par un effet secondaire pour le moins Ă©trange.
Les deux motoristes ont trouvé une maniÚre de contourner les exigences complexes de réduction de puissance en fin de tour lancé, en particulier sur la gestion du déploiement électrique du MGU-K.
Le principe leur permet de conserver la puissance Ă©lectrique maximale plus longtemps, au prix dâun verrouillage complet du MGU-K pendant 60 secondes juste aprĂšs.
Dans certaines circonstances, cela peut laisser un pilote presque sans puissance. Câest ce qui a conduit Alex Albon (Williams) Ă sâarrĂȘter en piste lors des essais du vendredi au Japon.
Mais cela a aussi laissé Kimi Antonelli (Mercedes) et Max Verstappen (Red Bull) en difficulté dans les enchaßnements rapides du premier secteur en FP2.
Antonelli avait dĂ©jĂ rencontrĂ© le mĂȘme problĂšme en FP1 en Australie, sans que cela ne fasse vraiment de bruit.
Ces épisodes surviennent lorsque les pilotes lÚvent fortement le pied aprÚs un tour lancé et ralentissent beaucoup pour laisser passer une voiture plus rapide.
Ce problĂšme trĂšs visible est une consĂ©quence involontaire, mais aussi un indice majeur dâune maniĂšre de configurer lâunitĂ© de puissance afin dâexploiter au maximum les rĂšgles complexes de gestion dâĂ©nergie en F1.
đ§ Lâastuce expliquĂ©e : ce qui change sur le MGU-K
Les rĂšgles dâutilisation du MGU-K en F1 imposent une rĂ©duction progressive du dĂ©ploiement, par paliers. Dans sa forme la plus simple, la baisse se fait gĂ©nĂ©ralement par Ă©tapes de 50 kW toutes les secondes jusquâĂ atteindre zĂ©ro.
ConcrÚtement, aprÚs une phase à pleine puissance électrique en sortie de virage, on observe normalement sur la ligne droite une réduction graduelle et « en escalier » de la puissance totale délivrée par le groupe propulseur.
Or, les Ă©quipes motorisĂ©es par Mercedes et par Red Bull sont capables de faire passer le MGU-K dâun dĂ©ploiement complet (350 kW) Ă zĂ©ro en une seule fois, tout Ă la fin du tour de qualification. Cela leur permet de prolonger lĂ©gĂšrement la pĂ©riode pendant laquelle elles bĂ©nĂ©ficient de la puissance maximale du MGU-K.
Cette mĂ©thode ne change pas la quantitĂ© totale dâĂ©nergie Ă©lectrique autorisĂ©e : utiliser 350 kW signifie en dĂ©ployer sur une durĂ©e plus courte que si la puissance diminuait progressivement. Mais, au final, cela peut reprĂ©senter un lĂ©ger gain au tour.
Le mĂ©canisme exploitĂ© sâappuie sur une fonction prĂ©vue Ă lâorigine pour des situations dâurgence, lorsquâun problĂšme impose de couper le MGU-K brutalement.
Le rĂšglement autorise Ă rĂ©duire le dĂ©ploiement du MGU-K Ă nâimporte quel moment, et de nâimporte quelle quantitĂ©.
Pour Ă©viter que ce levier ne soit abusĂ© trop souvent en conditions normales (par exemple en course, ou sur de nombreuses lignes droites), il est associĂ© Ă une contrainte : un verrouillage de 60 secondes. Si lâon active ce type de rĂ©duction « dâurgence », lâECU bloque ensuite le MGU-K pendant au moins une minute.
Habituellement, cela dissuade efficacement, car se priver dâassistance Ă©lectrique pendant 60 secondes sur un tour normal coĂ»terait trop cher en performance.
Mais si la coupure intervient tout Ă la fin dâun tour de qualification, le bĂ©nĂ©fice se trouve sur lâapproche de la ligne, et le « coĂ»t » correspond surtout Ă la premiĂšre moitiĂ© du tour de dĂ©cĂ©lĂ©ration (cooldown) ou au tour de rentrĂ©e vers les stands.
Le problĂšme est que cette absence temporaire du MGU-K peut avoir des consĂ©quences importantes, comme lâont rappelĂ© les incidents rapprochĂ©s observĂ©s au Japon.
â ïž Lâeffet secondaire : quand la voiture se retrouve presque sans puissance
Lorsque les pilotes lĂšvent le pied aprĂšs la ligne et ralentissent, le rĂ©gime moteur baisse et la pression de suralimentation du turbo chute dĂ©jĂ , dans un contexte oĂč la voiture est en train de dĂ©cĂ©lĂ©rer.
Verstappen a parlĂ© dâun « glitch » lorsque le rĂ©gime descend trop bas et que le pilote ne rĂ©trograde pas assez vite. Si, en plus, le pilote ralentit brutalement pour laisser passer une autre voiture, le rĂ©gime peut tomber encore davantage et le moteur perd alors presque toute sa puissance, au point quâil devient trĂšs difficile de la rĂ©cupĂ©rer.
Ce phĂ©nomĂšne sâinscrit dans un problĂšme plus large bien connu avec ces moteurs : depuis la suppression du MGU-H, les gros turbos ont plus de mal Ă maintenir la vitesse de rotation nĂ©cessaire. Les difficultĂ©s observĂ©es sur les dĂ©parts en sont un exemple marquant.
En temps normal, le MGU-K peut « combler » le temps de rĂ©ponse (lag) en apportant une poussĂ©e Ă©lectrique. Mais dans ce scĂ©nario prĂ©cis, ce nâest pas possible : le MGU-K est verrouillĂ©, et la voiture se retrouve à « ramper ».
Il reste possible de faire remonter la puissance trĂšs progressivement, avec un peu dâaccĂ©lĂ©rateur, afin de relancer le turbo.
Câest contre-intuitif : un pilote peut dâabord croire que la pĂ©dale ne rĂ©pond plus et appuyer plus fort, ce qui ne change rien.
Et comme la montĂ©e en pression peut prendre du temps, il peut aussi simplement falloir attendre la fin du verrouillage de 60 secondes pour retrouver lâassistance du MGU-K.
Dans la pratique, le problĂšme peut apparaĂźtre alors quâune partie du verrouillage est dĂ©jĂ Ă©coulĂ©e : il ne reste parfois que 20 Ă 30 secondes avant que lâassistance revienne, une fois la situation enclenchĂ©e.
đ Pourquoi Ferrari sâagace et demande des clarifications
Cette séquence a ravivé un nouvel épisode de frustration cÎté Ferrari face à ses rivaux.
MĂȘme si Red Bull est aussi concernĂ©, lâirritation vise surtout Mercedes, considĂ©rĂ© comme la rĂ©fĂ©rence avec ces rĂšgles, alors que Ferrari cherche Ă combler un dĂ©ficit moteur pour viser des victoires en 2026.
Ferrari et Mercedes se sont dĂ©jĂ opposĂ©s plusieurs fois autour de ces rĂšglements. Dâabord, Ferrari a Ă©tĂ© mĂ©content de lâinterprĂ©tation par Mercedes des rĂšgles liĂ©es au taux de compression.
Ensuite, Ferrari sâest agacĂ© dâune modification de la procĂ©dure de dĂ©part, portĂ©e avec succĂšs pour aider les Ă©quipes (dont Mercedes) qui peinaient Ă gĂ©rer les envols en raison de leurs choix de conception de turbo.
Ferrari estimait cette Ă©volution inutile : lâĂ©quipe avait soulevĂ© le sujet des dĂ©parts difficiles un an plus tĂŽt, sâĂ©tait vu rĂ©pondre quâil fallait adapter le moteur aux rĂšgles (et non lâinverse), et avait arrĂȘtĂ© une architecture qui aurait pu compromettre sa performance globale.
Son sentiment est donc quâune partie de son avantage potentiel a Ă©tĂ© rĂ©duite, tandis que Mercedes a bĂ©nĂ©ficiĂ© dâun coup de pouce Ă plus dâune reprise.
Dans ce contexte, lâastuce du MGU-K est perçue par Ferrari comme une exploitation de la rĂšgle que la FIA devrait probablement encadrer plus strictement, tout en demandant une clarification quel que soit le rĂ©sultat.
Ferrari reconnaĂźt que ce que font Mercedes et Red Bull est conforme au rĂšglement, mais estime que ce nâĂ©tait pas lâintention. LâĂ©quipe veut donc comprendre pourquoi câest autorisĂ© et si cela continuera Ă lâĂȘtre.
On ne sait pas si Ferrari a dĂ©jĂ tentĂ© de reproduire lâastuce. En revanche, tous les motoristes en ont connaissance et ont Ă©tudiĂ© le sujet.
Reste que lâintĂ©grer proprement dans les systĂšmes de gestion dâĂ©nergie, sans dĂ©clencher dâeffets indĂ©sirables, est difficile. Dâautant plus si la dĂ©couverte remonte Ă lâAustralie, avec peu de temps pour mettre au point une solution Ă la fois conforme et sĂ»re.
đŻ Le gain vaut-il le risque ?
La complexitĂ© de cette approche et ses implications potentielles en matiĂšre de sĂ©curitĂ© montrent que mĂȘme ceux qui lâont mise en avant ne la maĂźtrisent pas encore parfaitement.
Elle est surtout intĂ©ressante sur les circuits oĂč la distance jusquâĂ la ligne dâarrivĂ©e est un peu plus longue, et oĂč gratter une fraction de seconde en gardant plus longtemps le dĂ©ploiement maximal peut valoir un petit gain, non nĂ©gligeable, malgrĂ© une rĂ©duction plus « brutale » ensuite.
Ă Suzuka, câĂ©tait pertinent car la portion aprĂšs la chicane constitue une zone de dĂ©ploiement raisonnable, environ 50 mĂštres plus longue quâĂ Shanghai, par exemple.
Mais le tracĂ© joue aussi sur lâampleur des consĂ©quences possibles. La ligne jusquâau virage 1 Ă Suzuka fait environ 700 mĂštres : câest largement suffisant pour quâune voiture en dĂ©cĂ©lĂ©ration aprĂšs un tour lancĂ© soit rattrapĂ©e. Et le premier secteur, Ă©tonnamment, est assez resserrĂ©, ce qui rend indispensable de se ranger vite.
Cela a menĂ© Albon Ă quasiment sâarrĂȘter Ă lâapex du virage 1, tandis que Verstappen et Antonelli se sont retrouvĂ©s Ă ralentir fortement avant les enchaĂźnements rapides, pris Ă des moments trĂšs dĂ©licats.
MĂȘme si, dans ces scĂ©narios, une rĂ©action rapide au rĂ©trogradage pouvait thĂ©oriquement empĂȘcher le rĂ©gime de chuter trop bas, le geste nâest clairement pas encore assez automatique pour ĂȘtre reproduit par dĂ©faut.
Câest aussi pour cela que la FIA est connue pour avoir Ă©changĂ© au moins avec Mercedes Ă propos de lâusage de ce mode moteur Ă Suzuka, aprĂšs les problĂšmes vus en essais.
Bien que lâusage compĂ©titif ne soit pas lâobjectif initial de ce dispositif, la FIA accepte pour lâinstant que le rĂšglement le permette.
Mais la rĂ©pĂ©tition dâincidents sur plusieurs voitures Ă Suzuka a alertĂ© sur un Ă©ventuel enjeu de sĂ©curitĂ©. Câest typiquement le genre de point qui pourrait pousser la FIA Ă intervenir Ă lâavenir, si elle le juge nĂ©cessaire.
Quâil sâagisse ou non dâune consĂ©quence directe des discussions, il est compris que Mercedes a choisi de ne pas continuer Ă utiliser cette astuce de dĂ©ploiement pour le reste du week-end au Japon.
En privĂ©, certains estiment quâelle nâen vaut peut-ĂȘtre pas la peine.
Ce nâest pas lâarme absolue expliquant la meilleure performance moteur de Mercedes. Et sâil existe une probabilitĂ© trop Ă©levĂ©e de voir des moteurs « sâĂ©teindre » de maniĂšre incontrĂŽlable, avec un risque de sĂ©curitĂ© en prime, lâidĂ©e pourrait ĂȘtre mise de cĂŽtĂ© lors de futurs Grands Prix.
Ă lâinverse, les Ă©quipes peuvent aussi chercher Ă mieux comprendre les conditions exactes dâapparition du phĂ©nomĂšne, entraĂźner les pilotes Ă identifier ce qui se passe rĂ©ellement, et tenter de rĂ©introduire lâastuce lĂ oĂč lâavantage sportif existe.
đź Conclusion
Cette astuce autour du MGU-K illustre Ă quel point la gestion dâĂ©nergie en F1 peut crĂ©er des zones grises : un petit gain en performance peut provoquer un grand dĂ©sordre quand les conditions de piste se compliquent.
Entre clarification rĂ©glementaire et considĂ©rations de sĂ©curitĂ©, la suite dĂ©pendra autant de la FIA que de la capacitĂ© des Ă©quipes Ă fiabiliser ces modes dâexploitation. Une chose est sĂ»re : lâinnovation en F1 avance souvent au bord de la limite, et lâavenir dira oĂč cette limite sera tracĂ©e.
Foire aux Questions
â Quâest-ce que le MGU-K sur une F1 ?
Le MGU-K est la partie Ă©lectrique du groupe propulseur qui rĂ©cupĂšre et dĂ©livre de lâĂ©nergie. Ici, il peut fournir jusquâĂ 350 kW, ce qui amĂ©liore fortement lâaccĂ©lĂ©ration et rĂ©duit les pertes liĂ©es au temps de rĂ©ponse du turbo.
â Pourquoi la puissance du MGU-K doit-elle normalement diminuer par paliers ?
Les rĂšgles imposent une rĂ©duction progressive du dĂ©ploiement, typiquement par Ă©tapes de 50 kW Ă une cadence dâenviron une seconde, afin dâencadrer la maniĂšre dont lâĂ©nergie est utilisĂ©e sur le tour.
â En quoi consiste lâastuce utilisĂ©e en qualifications ?
Elle consiste Ă couper le MGU-K dâun coup en fin de tour lancĂ© (de 350 kW Ă zĂ©ro), ce qui prolonge lĂ©gĂšrement la phase Ă pleine puissance avant la ligne. Cette action dĂ©clenche ensuite un verrouillage, empĂȘchant tout dĂ©ploiement du MGU-K pendant 60 secondes.
â Pourquoi une voiture peut-elle se retrouver presque sans puissance aprĂšs ça ?
Quand un pilote ralentit brutalement aprĂšs le tour, le rĂ©gime moteur et la pression de turbo peuvent tomber trĂšs bas. Comme le MGU-K est indisponible durant le verrouillage, il ne peut pas compenser le lag : la voiture peine alors Ă reprendre de la vitesse, parfois au point de devoir presque sâarrĂȘter.
â La FIA peut-elle interdire ou encadrer cette pratique ?
Pour lâinstant, il est compris que le rĂšglement permet cette utilisation. Mais la rĂ©pĂ©tition dâincidents, notamment Ă Suzuka, a attirĂ© lâattention sur un possible enjeu de sĂ©curitĂ©, ce qui pourrait pousser la FIA Ă intervenir Ă lâavenir.
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