đ Essais F1 Ă Barcelone : la fiabilitĂ© des nouvelles machines surprend tout le paddock

Le test à huis clos organisé à Barcelone devait offrir aux équipes de Formule 1 un espace protégé : moins de regards extérieurs, moins de pression médiatique, et un cadre plus sûr pour faire parcourir leurs premiers kilomÚtres à des voitures et des moteurs encore fragiles.
Pour lâinstant, cette prudence paraĂźt presque superflue. Car lâhistoire qui se dessine en Espagne nâest pas celle de la casse et de la panique, mais celle dâune fiabilitĂ© dĂ©jĂ Ă©tonnamment solide. Une histoire que la F1 aurait tout intĂ©rĂȘt Ă mettre en avant.
âïž Un premier jour qui dĂ©passe les attentes
Du cĂŽtĂ© de Red Bull, lâentrĂ©e en matiĂšre a marquĂ© les esprits, notamment parce que lâĂ©quipe effectuait sa toute premiĂšre journĂ©e avec son tout nouveau moteur conçu en interne.
Le pilote Isack Hadjar rĂ©sumait ainsi la surprise gĂ©nĂ©rale : « Ătonnamment, on a rĂ©ussi Ă faire bien plus de tours que ce quâon imaginait. Tout sâest passĂ© plutĂŽt sans accroc. On nâa eu que des petits soucis. Câest assez impressionnant vu que câest notre premier jour avec notre propre moteur. CâĂ©tait vraiment fluide. »
Personne ne sâattend Ă ce que les Ă©quipes dĂ©clarent dĂ©jĂ la nouvelle rĂ©glementation « domptĂ©e » : de gros problĂšmes peuvent encore surgir. Mais le kilomĂ©trage accumulĂ© dĂšs lâouverture constitue un accomplissement remarquable.
đ Nouveaux moteurs, nouveaux carburants⊠et pourtant ça tient
Ces groupes propulseurs flambant neufs, conçus autour dâun partage proche du 50/50 entre moteur thermique et puissance Ă©lectrique, tournent globalement trĂšs bien.
Les monoplaces, parfois profondément adaptées pour faire fonctionner ces moteurs avec le meilleur rendement possible, semblent opérationnelles malgré un temps de conception et de fabrication comprimé.
MĂȘme les carburants durables, annoncĂ©s comme potentiellement piĂ©geux, nâont pour lâinstant pas provoquĂ© les catastrophes redoutĂ©es â en supposant quâils soient effectivement utilisĂ©s, puisquâils ne sont pas obligatoires durant ce test.
Andrew Shovlin, directeur de lâingĂ©nierie piste chez Mercedes, y voit le fruit dâun travail de fond : « Câest la preuve que, dans certains cas, il y a eu des annĂ©es de prĂ©paration pour en arriver Ă ces premiers jours. »
đ Un chiffre qui rĂ©sume tout : plus de 400 km de moyenne
En moyenne, les Ă©quipes ont couvert plus de 400 km chacune lors de la premiĂšre journĂ©e. Câest presque huit fois plus que lors du test dĂ©sastreux de 2014.
Autre indicateur saisissant : trois Ă©quipes ont, Ă elles seules, dĂ©passĂ© dĂšs lundi le kilomĂ©trage total cumulĂ© de toutes les Ă©quipes lors du premier jour dâessais 2014.
Cette moyenne au-delĂ de 400 km est aussi supĂ©rieure Ă celle de 2017, et pas trĂšs loin de 2022. Vu lâampleur du changement technique â dĂ©crit comme la plus grande refonte quâait connue la plupart des acteurs actuellement en F1 â le constat est net : la discipline a progressĂ©, et la prĂ©paration (dont la simulation et le travail Ă distance) paraĂźt bien plus robuste quâautrefois.
đŁïž Russell impressionnĂ© : « Ce nâest pas lâambiance 2014 »
George Russell, interrogĂ© sur la confiance que Mercedes retire de ce bon dĂ©part, a surtout insistĂ© sur ce quâil voyait autour de lui. Il a citĂ© la performance des Ă©quipes motorisĂ©es par Red Bull (avec un groupe propulseur inĂ©dit) et celle de Haas, Ă©quipĂ©e dâun moteur Ferrari.
« Ăvidemment, on est trĂšs contents de la journĂ©e, mais honnĂȘtement jâai Ă©tĂ© assez impressionnĂ© par plusieurs autres Ă©quipes, » a-t-il expliquĂ©.
« Quand vous voyez les Ă©quipes motorisĂ©es par Red Bull, avec un tout nouveau moteur, elles ont eu une journĂ©e trĂšs propre avec deux voitures. Haas a fait le plus de tours de tout le monde avec un moteur Ferrari.
« Donc ce nâest pas lâambiance 2014 oĂč la moitiĂ© de la grille casse et accumule les problĂšmes. La Formule 1 a tellement Ă©voluĂ© depuis, et le niveau est tellement Ă©levĂ©, dans absolument tous les domaines.
« CâĂ©tait vraiment impressionnant de voir toutes les Ă©quipes, dans lâensemble, accumuler autant de tours dĂšs le premier jour. »
đ°ïž Pourquoi 2014 reste la rĂ©fĂ©rence du cauchemar
Le premier jour des essais 2014 est devenu un raccourci en F1 pour dĂ©crire un dĂ©part humiliant dans une nouvelle Ăšre technique : lâarrivĂ©e des moteurs turbo hybrides sâĂ©tait faite avec le mauvais type de « bang ».
Ce jour-lĂ , Lotus (devenu depuis Alpine) nâavait mĂȘme pas pu se rendre Ă la semaine dâessais de Jerez. Sur les 10 Ă©quipes prĂȘtes, seules huit ont roulĂ©. Parmi elles, seulement six ont rĂ©ussi Ă signer un tour chronomĂ©trĂ©. Deux Ă©quipes nâont cumulĂ© quâun nombre de tours Ă un seul chiffre, et lâĂ©cart de rythme entre le plus rapide et le plus lent dĂ©passait lĂ©gĂšrement 15 secondes.
MĂȘme Mercedes â future Ă©quipe dominatrice de la saison â nâavait pas vĂ©cu une journĂ©e sereine : Lewis Hamilton avait Ă©tabli une rĂ©fĂ©rence tĂŽt, avant de finir dans les barriĂšres Ă la suite dâune dĂ©faillance spectaculaire de lâaileron avant. Preuve que les difficultĂ©s dĂ©passaient le seul sujet des moteurs.
Et contrairement au huis clos actuel, les mĂ©dias Ă©taient prĂ©sents en nombre pour constater les galĂšres : McLaren incapable de sortir du garage, et Red Bull, champion en titre, rĂ©duit Ă trois tours dâentrĂ©e/sortie en fin de journĂ©e. Au total, la grille avait cumulĂ© 93 tours seulement, soit 564 de moins que lors du premier jour du premier test de la saison prĂ©cĂ©dente.
La situation sâĂ©tait ensuite amĂ©liorĂ©e (pour la plupart des Ă©quipes, moins pour Red Bull-Renault). Le quatriĂšme et dernier jour avait atteint 698 tours, McLaren avait mĂȘme fini par signer le meilleur temps, et au Grand Prix dâAustralie dâouverture de saison, 13 voitures sur 22 avaient vu lâarrivĂ©e. Un taux dâabandon trĂšs mauvais selon les standards des annĂ©es 2020, mais dĂ©jĂ nettement meilleur que ce qui Ă©tait redoutĂ© aprĂšs un dĂ©marrage aussi pĂ©nible.
đ§Ș Tout nâest pas parfait : les premiers accrocs existent
Malgré une tendance globale trÚs positive, les problÚmes ne sont pas absents.
Audi, nouveau motoriste, a rencontrĂ© un souci dĂšs le premier jour : une anomalie dĂ©tectĂ©e a entraĂźnĂ© lâarrĂȘt de la voiture en piste. RĂ©sultat, pas de roulage lâaprĂšs-midi, et un bilan de journĂ©e marquĂ© par le temps le plus lent et le plus faible kilomĂ©trage des sept Ă©quipes prĂ©sentes lors de cette premiĂšre journĂ©e.
Alpine a aussi dĂ» gĂ©rer un bref arrĂȘt avant de reprendre la piste avec son nouveau moteur Mercedes. Racing Bulls a connu un arrĂȘt similaire, aprĂšs une coupure prĂ©ventive de systĂšmes en dĂ©but dâaprĂšs-midi.
Par ailleurs, Aston Martin ne devrait pas profiter de la totalitĂ© de sa fenĂȘtre de trois jours cette semaine, avec un dĂ©but attendu au plus tĂŽt jeudi. Et Williams nâa, lui, pas pu se rendre au test du tout.
đ Le huis clos, une protection⊠qui rĂ©duit lâĂ©cho dâune vraie rĂ©ussite
On peut avancer que cette semaine ressemble davantage Ă un grand shakedown quâĂ un essai pleinement exposĂ©, et que lâabsence de projecteurs a aidĂ© certains acteurs Ă traverser plus discrĂštement une pĂ©riode de rĂ©glementation bouleversĂ©e et de dĂ©lais resserrĂ©s.
Ă lâinverse, si ce test avait eu davantage de poids, ces Ă©quipes auraient peut-ĂȘtre trouvĂ© un moyen dâĂȘtre prĂ©sentes, quitte Ă rouler en mode dĂ©gradĂ©. Et si ce test nâavait pas existĂ©, elles auraient eu plus de temps pour se prĂ©parer Ă ce qui aurait alors Ă©tĂ© le premier vrai rendez-vous de roulage Ă BahreĂŻn â que les autres Ă©quipes semblent de toute façon prĂȘtes Ă optimiser.
Au final, lâabsence de mise en lumiĂšre est le prix dâune protection contre une mauvaise publicitĂ©. Mais la fiabilitĂ© fait partie des essais : soit les problĂšmes se rĂšglent vite et sâoublient, soit ils rĂ©vĂšlent une faiblesse rĂ©elle quâun compĂ©titeur au plus haut niveau doit assumer.
Cette semaine rĂ©sulte des craintes qui existaient depuis des mois, au moment de valider le principe dâun test fermĂ©, sans que le plan ne soit modifiĂ© ensuite.
Quoi quâon pense de ce choix, une chose ressort : ce que la majoritĂ© des Ă©quipes a accompli mĂ©rite dâĂȘtre saluĂ©. La fiabilitĂ© est devenue presque normale en F1 moderne, mais le risque dâun nouveau naufrage façon 2014 existait â et il a Ă©tĂ© clairement Ă©vitĂ©.
đ Haas en exemple : beaucoup de tours, et une philosophie claire
Haas illustre bien ce mĂ©lange de prĂ©paration et de pragmatisme. Son patron Ayao Komatsu, dont lâĂ©quipe a culminĂ© Ă 154 tours lors de cette premiĂšre journĂ©e, a insistĂ© sur lâampleur du travail invisible nĂ©cessaire pour simplement ĂȘtre prĂȘt Ă rouler.
« En coulisses, câest une quantitĂ© Ă©norme de travail, » a-t-il expliquĂ©. « Je suis sĂ»r que câest pareil pour tout le monde, mais rien que faire le shakedown et ensuite faire tout le kilomĂ©trage au shakedown, câĂ©tait une Ă©norme tĂąche. CâĂ©tait samedi, puis passer de Fiorano Ă se prĂ©parer pour rouler lundi matin ici, et ensuite faire 67 tours le matin du premier jour, câĂ©tait vraiment bien.
« Le projet a Ă©tĂ© absolument Ă©norme. TrĂšs satisfaisant dâavoir atteint notre objectif : faire le shakedown et ĂȘtre prĂȘts pour le premier jour de ce test de Barcelone.
« Maintenant on roule, on dĂ©couvre des soucis, des problĂšmes, et on doit rĂ©soudre Ă chaque run. Mais câest pour ça quâon est lĂ . Au moins, on roule. Ăa veut dire quâon rĂ©cupĂšre des donnĂ©es, on identifie ce quâon doit corriger.
« Je suis trĂšs, trĂšs content de la maniĂšre dont on a commencĂ©. »
đ Conclusion : un dĂ©part solide, et une Ăšre Ă construire
Si des Ă©quipes peinent encore Ă se mettre en place, le message principal de Barcelone est limpide : la nouvelle gĂ©nĂ©ration de F1 dĂ©marre sur une base de fiabilitĂ© bien plus saine que ce que lâhistoire rĂ©cente pourrait laisser craindre. Les plus gros dĂ©fis viendront, mais une chose est dĂ©jĂ acquise : le sport a appris, sâest structurĂ©, et il est prĂȘt Ă Ă©crire la suite.
Foire aux Questions
â Ă quoi sert un test Ă huis clos en Formule 1 ?
Un test Ă huis clos limite lâexposition mĂ©diatique et lâobservation extĂ©rieure, afin de permettre aux Ă©quipes de valider des voitures et moteurs neufs dans un cadre plus discret, surtout au dĂ©but dâune nouvelle rĂ©glementation.
â Pourquoi le kilomĂ©trage total est-il si important pendant les essais ?
Accumuler des kilomĂštres permet de vĂ©rifier la fiabilitĂ©, dâidentifier les problĂšmes rĂ©currents, et de rĂ©colter des donnĂ©es exploitables. Une journĂ©e Ă plus de 400 km de moyenne rĂ©vĂšle surtout que les voitures peuvent enchaĂźner les runs sans sâarrĂȘter continuellement.
â Quâest-ce qui change avec des moteurs proches dâun partage 50/50 thermique-Ă©lectrique ?
Cela augmente les exigences de gestion dâĂ©nergie, de refroidissement et dâintĂ©gration dans la voiture. Lâobjectif est de faire fonctionner ensemble un moteur thermique et une partie Ă©lectrique trĂšs contributive, sans dĂ©grader la fiabilitĂ©.
â Pourquoi compare-t-on autant la situation actuelle Ă 2014 ?
Parce que 2014 a Ă©tĂ© le symbole dâun lancement ratĂ© dâune Ăšre technique : trĂšs peu de tours rĂ©alisĂ©s, de nombreuses voitures immobilisĂ©es, et un niveau dâincertitude extrĂȘme. Le contraste avec une premiĂšre journĂ©e beaucoup plus roulante aujourdâhui est donc particuliĂšrement parlant.
â Un shakedown, câest la mĂȘme chose quâun essai complet ?
Non. Un shakedown vise surtout Ă vĂ©rifier que tout fonctionne (procĂ©dures, systĂšmes, fiabilitĂ© de base) avant de passer Ă un travail plus structurĂ© de performance et de rĂ©glages. Plusieurs Ă©lĂ©ments de la semaine actuelle sâen rapprochent, selon les Ă©quipes.
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