La première ligne décrochée par Ferrari et le scénario de forte dégradation des pneus attendu au Grand Prix d’Autriche de Formule 1 relancent forcément une question: l’équipe peut-elle encore réussir un coup stratégique pour battre Mercedes?

Deux semaines après la course en Espagne, où Lewis Hamilton avait remonté la piste grâce à une stratégie à trois arrêts pour prendre l’avantage sur George Russell (parti sur deux arrêts), le duel pour la victoire s’annonce de nouveau comme une affaire de gestion pneumatique.

La ‘souffrance’ des pneus qui compliquera un nouveau coup de maître de Ferrari

Une usure élevée, mais un contexte très différent de Barcelone

À Barcelone, c’est le choix agressif de Ferrari qui avait sorti Mercedes de sa zone de confort. En Autriche, malgré une dégradation élevée et une chaleur annoncée, les particularités du Red Bull Ring rendent bien plus difficile l’idée de « faire autrement ».

Sur le papier, une stratégie à trois arrêts peut sembler plus rapide de quelques secondes, avec une dégradation estimée entre 0,1 et 0,2 seconde par tour. Mais dès qu’il faut tenir compte de la circulation et des combats en piste, le bénéfice théorique s’érode.

En intégrant la dimension course via une simulation de type Monte Carlo (stratégies en interaction avec les voitures autour), le trois-arrêts finit même par apparaître environ cinq secondes plus lent.

Pourquoi le trois-arrêts perd de son intérêt au Red Bull Ring

Le point clé, c’est que dépasser est nettement plus compliqué au Red Bull Ring qu’à Barcelone, même avec un avantage de pneus. Les monoplaces actuelles semblent plus à l’aise pour se suivre dans des enchaînements rapides que dans les virages lents et moyens qui composent une large part du tracé autrichien.

Autre élément: la façon dont le « boost » a été maîtrisé pour limiter des dépassements jugés trop faciles change la donne. Les dépassements en bout de ligne droite ne sont plus aussi évidents qu’en début de saison, lorsque les règles étaient moins encadrées et que les variations de rythme donnaient lieu à un effet yo-yo plus marqué.

Simone Berra, ingénieur en chef chez Pirelli, résume ainsi la difficulté:

« Ici, par rapport à Barcelone, on peut souffrir un peu plus avec la gestion du trafic. Si vous partez sur un trois-arrêts, donc assez agressif, vous devez dépasser plus de voitures en piste si elles sont déjà sur deux arrêts. Dans ce cas, je pense que cela peut être moins efficace. »

Des contraintes techniques qui changent l’équation pneumatique

Au-delà des dépassements, les exigences techniques pour bien préserver les pneus ne sont pas les mêmes qu’en Espagne. Le Red Bull Ring comporte moins de virages à haute vitesse: les pneus subissent donc moins de charge latérale continue, et l’accent se déplace vers l’accélération et la motricité.

Berra détaille la différence entre les deux circuits:

« À Barcelone, vous avez plus de virages rapides, donc, même si l’essieu arrière était critique, l’essieu avant était important aussi. Ici, il y a moins de virages rapides: globalement, la demande en forte traction est plus élevée — c’est donc davantage l’essieu arrière qu’il faut protéger. C’est légèrement différent par rapport à Barcelone. »

Conséquence directe en course: si une voiture tentant le trois-arrêts se retrouve coincée dans le trafic, elle risque de perdre du temps en sortie de virage, de faire davantage patiner, de surchauffer l’arrière et d’aggraver la dégradation.

Berra insiste sur cet effet « cercle vicieux » quand on roule derrière une autre voiture:

« Par rapport à une voiture qui est devant vous, vous n’êtes pas capable d’extraire tout votre potentiel en traction. Alors vous commencez à perdre plus de performance sur l’arrière et à glisser davantage. »

L’air propre comme priorité: undercut et choix de gommes

Dans ce contexte, rouler en air propre pourrait devenir le facteur numéro un. Le duel stratégique pourrait donc moins se jouer sur le nombre d’arrêts que sur le bon timing pour tenter un undercut, ou sur une approche agressive dès le départ en choisissant le pneu tendre.

Mercedes semble plus rapide qu’en Espagne

Un autre paramètre pèse lourd dans l’équation: Mercedes paraît disposer d’un avantage de rythme plus important sur Ferrari qu’à Barcelone.

Après les qualifications, Hamilton — troisième sur la grille, avec son équipier Charles Leclerc en première ligne aux côtés de Russell — a dressé un constat clair:

« Je pense que ce week-end, nous n’avons pas été confiants sur le fait de pouvoir nous battre pour une victoire. Ces gars [Mercedes] ont été six dixièmes plus rapides que nous pendant la majeure partie du week-end. Nous avons réduit l’écart de trois dixièmes pendant la nuit, mais il nous manque encore trois dixièmes, ou deux et quelques dixièmes. Ça va être très dur de les défier. »

Deux voitures aux avant-postes: une carte tactique pour Ferrari

Même si le trois-arrêts ne semble pas la voie la plus réaliste et malgré le déficit de rythme, Ferrari dispose d’un atout qu’elle n’avait pas forcément dans la même mesure en Espagne: deux voitures au cœur du combat devant.

Cela ouvre davantage d’options: undercuts agressifs, ou décalage de composés avec les pneus tendre, médium et dur tous potentiellement exploitables. De quoi obliger Mercedes à faire des choix difficiles sur la voiture à couvrir en priorité.

Et si Mercedes réagit au « mauvais » mouvement, l’autre Ferrari pourrait se retrouver en position favorable sans que l’équipe adverse ne puisse l’empêcher.

Hamilton y voit une opportunité de jeu collectif:

« C’est super d’avoir Charles ici aussi, parce qu’on peut, avec un peu de chance, travailler ensemble dans une stratégie et essayer de leur mettre la pression. »

Conclusion

En Autriche, la dégradation élevée ne suffit pas à rendre le trois-arrêts naturellement gagnant: dépassements plus difficiles, pénalité du trafic et exigences de traction orientées vers l’essieu arrière poussent plutôt à privilégier l’air propre et le bon timing d’undercut. Face à une Mercedes annoncée plus rapide, Ferrari devra transformer sa présence à deux voitures aux avant-postes en levier stratégique.

Si la course se joue autant dans la tête que dans les stands, le Red Bull Ring pourrait encore rappeler qu’en F1, l’avenir appartient à ceux qui savent s’adapter tour après tour.

Foire aux Questions

Qu’est-ce que la dégradation des pneus en F1?

La dégradation correspond à la perte progressive de performance du pneu au fil des tours. Ici, elle est estimée à environ 0,1 à 0,2 seconde par tour, ce qui peut fortement influencer le choix entre deux ou trois arrêts.

Pourquoi une stratégie à trois arrêts peut devenir plus lente en course?

Même si elle peut être plus rapide « sur le papier » grâce à des pneus plus frais, elle oblige souvent à dépasser davantage de voitures. Au Red Bull Ring, les dépassements étant plus compliqués, le temps perdu dans le trafic peut annuler l’avantage théorique (jusqu’à rendre la stratégie environ cinq secondes plus lente dans une simulation tenant compte du trafic).

Pourquoi dit-on que l’air propre est déterminant?

Rouler sans voiture juste devant permet de freiner et d’accélérer avec un maximum d’efficacité, notamment en traction. Dans le trafic, on peut perdre du potentiel en sortie de virage, glisser davantage et surchauffer l’arrière, ce qui aggrave l’usure.

Qu’est-ce qu’un undercut?

C’est une manœuvre stratégique qui consiste à s’arrêter plus tôt que la voiture devant pour profiter de pneus neufs et réaliser des tours plus rapides, afin de passer devant quand l’adversaire s’arrête à son tour.

Pourquoi le Red Bull Ring met-il davantage l’essieu arrière à l’épreuve?

Le circuit comporte moins de virages très rapides (moins de charge latérale continue) et davantage de zones où l’accélération et la motricité comptent. Cela sollicite particulièrement les pneus arrière, qu’il faut protéger pour éviter la surchauffe et la perte de performance.

Comme en piste, tout est timing: pour transformer le rêve Ferrari 812 Superfast en réalité, choisissez une LOA/LLD flexible avec Joinsteer, garanties et achat à distance à la clé.

Joinsteer, votre marketplace automobile

Joinsteer scanne toute l’Europe pour trouver LE véhicule de vos rêves et vous le délivrer dans les meilleures conditions.
Visiter la marketplace

Les autres pilotes du championnat