Cadillac en F1 : les raisons derrière l’éviction surprise de Graeme Lowdon et l’arrivée de Marcin Budkowski

La trêve estivale de la saison 2026 de Formule 1 a été secouée par une annonce inattendue : Cadillac a écarté son tout premier directeur d’équipe en F1, Graeme Lowdon, pour le remplacer par Marcin Budkowski.
Pourquoi ce changement aussi soudain, et qu’implique-t-il pour la fin de saison 2026 ? Voici ce qui ressort des éléments communiqués par l’équipe et de la première prise de parole des principaux intéressés.
Une décision unilatérale, annoncée au dernier moment
Dans certains cas, un changement de direction en Formule 1 découle d’un départ volontaire. Mais ici, Cadillac a clairement indiqué que ce n’était pas un accord commun.
Le PDG de Cadillac F1, Dan Towriss, l’a formulé sans détour : « C’était ma décision ; ce n’était pas une décision mutuelle. »
Towriss explique qu’un travail a été engagé « il y a quelques mois » pour réfléchir à « la prochaine phase » du projet Cadillac en F1, au bon calendrier et au profil le plus adapté. Il ajoute que la discussion avec Budkowski a été déterminante à mesure que la relation s’est construite.
Mais l’aspect le plus marquant reste le timing : Towriss précise avoir parlé à Lowdon « ce matin », ce qui signifie que Lowdon n’a été informé que quelques heures avant la communication officielle. Pour le dirigeant, cette compression du calendrier s’explique par la difficulté de mener ce type de transition sans provoquer de rumeurs internes : voir Budkowski visiter l’usine ou multiplier les échanges en coulisses aurait, selon lui, été « déstabilisant ».
Lowdon, dont l’expertise est associée à la création et à la mise en ordre de marche d’une structure de course, n’était pas forcément destiné à rester à long terme à ce poste. Malgré tout, la surprise demeure forte, y compris en interne.
Deux éléments alimentent les interrogations : l’absence de citation de Lowdon dans le communiqué, et la question de savoir pourquoi il n’aurait pas pu terminer l’année dans un autre rôle de management, le temps que Budkowski prenne ses marques.
Budkowski n’a même pas encore mis les pieds à l’usine
La brutalité du changement est renforcée par un fait révélateur : Marcin Budkowski n’a pas encore visité l’usine Cadillac de Silverstone.
Lors de sa première apparition médiatique comme directeur d’équipe, cela l’a conduit à reconnaître à plusieurs reprises qu’il lui était « très difficile de juger » certains points, faute de connaissance directe de l’organisation et des processus.
Budkowski indique toutefois avoir eu de nombreuses discussions avec Towriss, ainsi qu’avec des figures majeures de General Motors, jusqu’au PDG Mark Reuss. Cela suggère que la maison-mère s’est elle aussi convaincue de ce que Budkowski pouvait apporter pour franchir une marche que Lowdon n’aurait pas pu, ou pas au même rythme.
Budkowski insiste sur le fait que l’approche n’a pas été improvisée : Towriss ne l’a pas appelé « à l’improviste » en lui disant qu’il voulait un directeur d’équipe. Il parle d’« échanges » successifs, et ajoute qu’il a déjà discuté ces dernières années avec « plus de la moitié des équipes » de la grille, certaines de manière plus avancée que d’autres. Pour lui, l’enjeu était de revenir dans un rôle de leadership au sein d’un projet auquel il croit.
Ce que Budkowski vient chercher : moyens, ambition et culture course
Les motivations de Budkowski apparaissent en filigrane, notamment en comparaison avec son expérience précédente chez Renault puis Alpine.
Recruté fin 2017 en provenance de la FIA, il arrivait avec une mission explicite : aider à « renforcer Enstone » pour permettre à Renault de rejoindre le sommet de la Formule 1 à l’horizon 2020. Il a traversé la transition vers Alpine en 2021 comme directeur exécutif dans une organisation de management jugée atypique, avant de quitter l’écurie en janvier 2022, l’objectif initial n’ayant pas été atteint.
Budkowski rappelle, sans nommer directement, qu’un frein majeur dans ses expériences passées tenait à la volonté d’investissement. Il estime que le contexte est différent chez Cadillac : l’équipe est soutenue par TWG Group (très impliqué en sport mécanique) et par General Motors, « l’un des plus grands constructeurs automobiles au monde », avec « beaucoup d’ambition » et de financement.
Un autre point l’a particulièrement rassuré : selon lui, les personnes avec qui il a échangé — et celles qui siégeront au conseil et au sommet de la direction — sont des « gens de sport mécanique », qui vivent et comprennent la course. Il décrit des échanges « très rafraîchissants » car la conversation, dès le départ, serait plus réaliste : ambition affirmée, mais aussi compréhension des difficultés, des délais et de la route à parcourir.
Budkowski ajoute que, même s’il y aura des attentes (ce qu’il juge normal), elles ne sont pas « déraisonnables » ni « complètement déconnectées » de la réalité de la F1.
Pourquoi Cadillac mise sur un directeur d’équipe très technique
La nomination de Budkowski s’inscrit dans une tendance : de plus en plus d’équipes confient la direction opérationnelle à des profils d’ingénieurs, tandis que la direction générale garde un rôle de pilotage stratégique. Towriss l’assume, expliquant rechercher un modèle avec un directeur d’équipe « très fort techniquement », et jugeant que le parcours de Budkowski correspond à ce besoin.
Budkowski a construit son expérience en F1 chez Prost, puis à travers des passages chez McLaren, Ferrari, la FIA et Renault/Alpine.
Towriss insiste également sur l’importance du leadership au quotidien, pour donner une direction et un état d’esprit de victoire « du garage jusqu’à l’usine », dans une saison exigeante de 24 courses.
Autre sujet : l’absence de Budkowski du paddock en compétition pendant quatre ans. Towriss ne voit pas cela comme un handicap. Au contraire, il estime que ce recul apporte une perspective sur l’évolution récente de la Formule 1, et sur la manière d’exploiter les ressources de GM, de TWG et de l’écosystème du groupe — y compris sur des sujets comme le rôle de l’intelligence artificielle dans la vision future d’une équipe de F1. Towriss affirme que Cadillac n’a « fait qu’effleurer » l’ensemble des outils que GM peut apporter, laissant entendre qu’il reste un potentiel important à débloquer.
Budkowski souligne aussi un atout politique : avoir connu « les deux côtés » — fédération et équipes — peut aider à aborder les règlements avec une lecture plus stratégique. Il résume l’idée ainsi : il ne s’agit pas seulement de tel ou tel article de règlement, mais de savoir « comment orienter les règlements à l’avenir en notre faveur », tout en rappelant que le processus réglementaire vise le bien du sport, avec aussi une part d’intérêts propres aux équipes.
La priorité immédiate : résoudre le talon d’Achille de 2026
Au-delà du changement de direction, Cadillac fait face à un enjeu technique majeur en 2026 : des problèmes de freins, présentés comme la cause principale des neuf abandons (DNF) de l’équipe cette saison, malgré plusieurs correctifs déjà apportés.
Budkowski explique observer cela de l’extérieur pour l’instant, mais il estime qu’« énormément d’argent et de ressources » ont dû être investis pour résoudre ce problème — à juste titre, car il s’agit d’un sujet sérieux. Il prévient toutefois du coût d’opportunité : le temps et l’argent engagés là ne le sont pas ailleurs, que ce soit pour la performance immédiate ou le développement à court et long terme.
Selon lui, chaque décision entraîne des conséquences à la fois immédiates et durables. Une part essentielle de son rôle, avec le reste de la direction, sera donc de s’assurer que l’équipe prend les « bonnes décisions » sur ces deux horizons.
Un intégration express avant Zandvoort, dans une organisation transatlantique
Budkowski doit s’intégrer très vite : il sera en piste avec Cadillac dès la semaine prochaine à Zandvoort. Et il arrive dans une structure partagée entre les États-Unis et le Royaume-Uni, ce qui représente un défi organisationnel important pour n’importe quel nouvel arrivant, a fortiori pour un directeur d’équipe.
Parallèlement au calendrier chargé des courses et à la découverte de l’organisation, l’une des missions sera d’améliorer le fonctionnement collectif de l’usine, après ce que Towriss a qualifié de « problèmes de jeunesse ».
Towriss insiste sur un point clé : dans une organisation nouvelle, la communication devient naturellement un axe prioritaire, afin que les choses soient correctement organisées, alignées, et que le moral reste solide pendant la phase de construction. Il estime que ces difficultés sont attendues, qu’elles existent à des degrés divers, et que le profil technique de Budkowski lui donne une perspective particulière. Il ajoute aussi que Budkowski est un leader solide et un bon communicant, un atout pour accélérer la maturité de l’organisation.
Enfin, Towriss précise que l’usine est un « point focal » non pas parce qu’elle sous-performe, mais parce que c’est un passage obligé dans la création des fondations d’une équipe récente — un chantier qui restera central dans les mois à venir.
Conclusion
Le remplacement de Graeme Lowdon par Marcin Budkowski n’est pas un simple ajustement : c’est un changement de phase assumé, décidé de manière unilatérale, et mené à un rythme très rapide. Entre l’urgence de fiabiliser les freins, la nécessité de renforcer l’alignement usine-piste et le défi d’une organisation répartie entre deux continents, Budkowski hérite d’un chantier aussi sensible qu’ambitieux.
La suite dira si Cadillac parvient à transformer cette transition abrupte en accélérateur de performance — et à construire, pas à pas, une équipe capable de viser plus haut.
Foire aux Questions
Pourquoi Cadillac a-t-elle remplacé Graeme Lowdon en pleine saison 2026 ?
Selon Dan Towriss, la décision n’était pas mutuelle et s’inscrit dans une réflexion entamée « il y a quelques mois » sur la prochaine phase du projet Cadillac en F1, avec l’idée de choisir le profil le plus adapté pour la suite.
Marcin Budkowski connaissait-il déjà Cadillac avant sa nomination ?
Il n’avait pas encore visité l’usine de Silverstone au moment de sa première prise de parole, mais il avait eu plusieurs échanges avec Dan Towriss et des dirigeants de General Motors, jusqu’au PDG Mark Reuss, avant d’accepter le poste.
Quel est le principal problème technique de Cadillac en 2026 ?
L’équipe est confrontée à des problèmes de freins, présentés comme expliquant la majorité de ses neuf abandons cette saison, malgré plusieurs tentatives de correction.
Que peut apporter un directeur d’équipe au profil d’ingénieur ?
Cadillac recherche un directeur d’équipe très technique, capable de fixer une direction claire entre la piste et l’usine, et de piloter les choix à court et long terme. Towriss estime aussi que le recul de Budkowski hors compétition peut apporter une perspective utile sur l’évolution récente de la F1 et sur l’exploitation des ressources du groupe.
Pourquoi la structure États-Unis / Royaume-Uni complique-t-elle la tâche ?
Budkowski doit s’intégrer dans une organisation répartie sur deux pays, ce qui augmente la complexité en matière de coordination, de communication et d’alignement opérationnel, surtout avec un calendrier de courses très dense.
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