L’arrivée de Guenther Steiner à la tête d’une équipe de MotoGP crée une expérience fascinante : transposer les réflexes d’un décideur aguerri de Formule 1 dans l’univers du grand prix moto. Et rien ne rendra ce changement plus visible que le choix de son duo de pilotes.

Les décisions concernant qui roulera pour l’équipe Tech3 de Steiner – reprise officiellement par son groupe lors de la dernière intersaison – se font avec le constructeur partenaire KTM. Mais une chose est claire : les préférences et les évaluations de Steiner auront un poids majeur dans l’issue finale.

En quoi le choix des duos de pilotes MotoGP diffère de la F1

Un patron venu de la F1, des règles du jeu différentes

En F1, Steiner s’est longtemps montré prudent à l’idée d’aligner un débutant. Cette réticence était liée à des pressions financières particulières : chez Haas, maximiser les revenus liés au classement constructeurs était crucial pour la survie et la prospérité de l’équipe.

Or, la MotoGP ne fonctionne pas de cette manière. Steiner l’a répété à plusieurs reprises : il voit une vraie valeur ajoutée à introduire un rookie dans son effectif pour 2027.

Le grand dilemme : quel rookie, et quel leader à ses côtés ?

La question devient alors double. D’abord : comment choisir le bon rookie ? Ensuite : comment déterminer l’identité du pilote expérimenté qui devra à la fois porter l’équipe en 2027 et servir de référence pertinente pour évaluer le débutant ?

Interrogé sur le fait qu’il ne dispose pas, en MotoGP, de la même connaissance accumulée du marché des pilotes qu’en F1, Steiner a d’abord plaisanté, avant de reconnaître qu’il doit naturellement s’appuyer davantage sur des personnes mieux ancrées dans cet écosystème.

Écouter, trier, décider : sa méthode pour se faire une opinion

Sa logique est pragmatique : parler à autant de personnes que nécessaire, rassembler les informations, puis se forger son propre jugement. Steiner insiste sur un point de responsabilité : il ne veut pas se retrancher derrière l’avis de quelqu’un d’autre si le choix se révèle mauvais, car au final, c’est lui qui devra l’assumer publiquement.

Il met aussi en contraste les structures de détection de talents : en F1, il existe des scouts de haut niveau, et l’environnement est globalement plus structuré. En MotoGP, il juge l’industrie moins sophistiquée, avec davantage de dynamiques de réseau (« je connais ce pilote, donc je le pousse ») et la nécessité, selon lui, d’éliminer la politique et le bruit qui parasitent l’évaluation.

Pourquoi la MotoGP complique la détection des talents

Les limites de la MotoGP en matière d’évaluation sont, selon Steiner, intrinsèques au système. Une équipe moderne de F1 dispose d’outils, de financements et d’opportunités permettant de soumettre un jeune pilote à une forme d’« essai » très poussé, sans même qu’il ait besoin de rouler en conditions de course.

En F1, les juniors peuvent enchaîner des milliers de tours en simulateurs très avancés (sans équivalent en MotoGP), participer à des journées d’essais avec des voitures plus anciennes (ce que la MotoGP ne fait pas), et bénéficier de séances d’essais réservées aux rookies durant certains week-ends, ainsi que d’un test rookie traditionnel en fin de saison.

L’idée d’un test rookie en MotoGP : utile, sans être une solution miracle

Introduire une telle opportunité en MotoGP est une idée à laquelle Steiner dit n’avoir « jamais pensé » auparavant, mais il estime que cela « ne ferait pas de mal ». Pour lui, ce type d’essai aiderait à « dessiner une image » plus claire d’un pilote, sans pour autant constituer une preuve définitive de son niveau.

Il y voit aussi un intérêt direct pour les pilotes de Moto2 : une chance de montrer quelque chose de concret, plutôt que de devoir argumenter sans élément tangible. Son raisonnement est simple : mettre le pilote sur la moto permet aussi d’observer comment il travaille, au-delà de la vitesse pure.

Pourquoi ces opportunités restent rares

Techniquement, rien n’empêche une équipe MotoGP d’organiser ce type d’essai en dehors d’un cadre officiel, mais c’est très rare. Les pilotes de Moto2, qui constituent l’immense majorité des prospects, obtiennent parfois une courte apparition en MotoGP comme récompense, ou sont appelés pour un test en remplacement d’un blessé.

Mais, à la différence de leurs homologues en Formule 2, ils sont généralement pris par leur saison, leurs obligations contractuelles et leurs ambitions au championnat. S’ajoute un facteur majeur : un vrai test MotoGP comporte un risque de blessure plus élevé.

Au-delà des tests, le facteur humain compte énormément

Steiner relativise toutefois : même en F1, tant qu’un pilote n’a pas été mis en course, on ne sait jamais totalement. D’où l’importance, selon lui, du regard des recruteurs sur la trajectoire complète d’un jeune : son caractère, sa personnalité, et sa façon de gérer les situations difficiles. Sur ce terrain-là, il juge encore la MotoGP moins structurée que la F1.

Comment Steiner construit son « image » des pilotes pour 2027

À titre personnel, Steiner dit chercher à se faire une image la plus juste possible – en acceptant qu’elle ne sera pas parfaite, puisqu’il ne s’agit pas de son domaine principal depuis vingt ou trente ans. Il explique aussi qu’il s’appuie sur des aides en interne : des analystes habitués aux analyses financières réalisent désormais un travail d’analyse plus complet sur les pilotes, à partir de ce qu’ils ont fait auparavant.

Ce type de travail ne peut pas être la seule base d’une décision, précise-t-il, mais cela aide à construire une vision d’ensemble. Et, au bout du compte, Steiner admet une part d’incertitude : il ne peut pas garantir qu’il aura raison, même s’il espère faire le bon choix.

Conclusion

Le recrutement MotoGP version Steiner s’annonce comme un équilibre délicat entre données, ressentis, avis d’experts du paddock et lecture des résultats, dans une discipline où l’évaluation d’un rookie est plus difficile à objectiver qu’en F1. Si Tech3 et KTM parviennent à assembler le bon duo pour 2027, cette approche pourrait ouvrir la voie à de nouvelles pratiques pour identifier et accompagner les talents de demain.

Foire aux Questions

Pourquoi Guenther Steiner veut-il intégrer un rookie en MotoGP en 2027 ?

Il affirme voir une valeur ajoutée à introduire un débutant dans son effectif MotoGP. Il considère aussi que les contraintes financières qui le rendaient plus prudent en F1 ne s’appliquent pas de la même manière en MotoGP.

Qu’est-ce qui rend le choix d’un rookie plus difficile en MotoGP qu’en F1 ?

Steiner souligne l’absence d’outils et de dispositifs comparables à ceux de la F1 : pas d’équivalent de simulateurs très sophistiqués, pas de tests réguliers avec des machines plus anciennes, et pas de cadre aussi riche en opportunités d’essais réservés aux rookies.

Un test rookie officiel en MotoGP changerait-il la donne ?

Pour Steiner, cela aiderait à mieux « dessiner une image » d’un pilote et offrirait une opportunité aux jeunes de Moto2 de démontrer leur niveau. Mais il ne prétend pas que ce serait une solution définitive pour savoir si un pilote sera performant en course.

Pourquoi les pilotes de Moto2 testent-ils si rarement une MotoGP ?

Ces tests sont rares notamment parce que les pilotes de Moto2 sont très pris par leur saison, leurs engagements contractuels et leurs objectifs au championnat. Steiner rappelle aussi qu’un test MotoGP comporte un risque de blessure plus élevé.

Sur quoi Steiner s’appuie-t-il pour évaluer les pilotes ?

Il explique croiser de nombreux avis, se faire sa propre opinion et regarder les résultats. Il s’appuie aussi sur des analystes qui réalisent des analyses structurées des parcours des pilotes, tout en rappelant qu’aucun indicateur ne suffit à lui seul.

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