Au terme de quatre saisons au sein de l’équipe d’usine Honda en MotoGP, dont la collaboration prendra officiellement fin à la fin de l’année 2026, le passage de Joan Mir laisse une impression paradoxale. Son bilan le plus visible, malheureusement, reste lié au nombre de chutes. Pourtant, derrière ces statistiques, un autre récit se dessine : celui d’un pilote qui, à force de pousser la RC213V à sa limite, a peut-être davantage servi Honda que lui-même.

Quatre saisons chez Honda, une statistique qui saute aux yeux

Depuis son arrivée chez Honda en 2023, Mir n’a terminé dans les points que 23 courses du dimanche sur les 43 départs qu’il a pris. Et la saison 2026 a été particulièrement difficile : seulement six arrivées dans les points sur 20 occasions jusqu’ici.

Sur le papier, c’est un rendement faible pour un champion du monde MotoGP 2020. Mais ce total brut ne raconte pas toute l’histoire, car ses rares pics de performance ont souvent été d’un niveau que ses équipiers n’ont pas réussi à reproduire avec la même régularité.

Mir a fait bien plus pour Honda que seulement chuter avec sa MotoGP

Des chutes, mais aussi un podium arraché à la RC213V

Malgré le temps passé dans les graviers, Mir a réussi ce que personne d’autre, chez les pilotes d’usine Honda, n’avait vraiment accompli ces cinq dernières années à l’exception de Marc Marquez : ramener la RC213V sur le podium.

Son bilan de résultats reste objectivement mauvais, mais ses meilleures positions à l’arrivée ont très souvent été nettement supérieures à celles de ses coéquipiers.

Des hauts qui compensent partiellement les zéros

En 2025, par exemple, Mir a terminé seulement quelques places derrière son équipier Luca Marini et le pilote satellite Johann Zarco, alors même que Marini était particulièrement réputé pour sa constance. Dans ce contexte, les chutes de Mir ont parfois coûté moins de points qu’on ne pourrait l’imaginer, parce qu’elles ont été mêlées à des coups d’éclat… dont des podiums.

Pourquoi Mir prenait autant de risques

Interrogé régulièrement sur ses chutes, Mir assume pleinement une mission qu’il estime centrale chez Honda : pousser la moto au maximum pour accélérer le développement, même si cela implique de se mettre en danger.

« Je comprends la course comme une histoire de chances. J’aime prendre le départ en sachant que j’ai une chance.

Je n’apprécie pas ça si je ne fais que participer. J’aime ça quand j’ai une chance de me battre pour quelque chose de grand, et ça me provoque beaucoup de chutes. Je dois le faire, et je n’ai aucun regret.

Quand je suis seul, je peux rouler très vite et de manière assez sûre. Mais quand je suis derrière les autres, pour arrêter la moto dans leur aspiration avec l’aéro de tout le monde, il faut prendre des risques pour freiner de la même manière.

Et si je dois remonter, je dois doubler le risque, et ça augmente progressivement les chances de finir au sol. C’est pour ça que je chute. »

Son explication s’appuie sur une réalité de pilotage moderne : l’aspiration et l’aérodynamique compliquent fortement les phases de freinage lorsqu’on suit une autre moto de près, et chaque tentative de dépassement ou de remontée augmente mécaniquement l’exposition à l’erreur.

Une Honda façonnée par l’ère de l’aérodynamique

Il y a aussi une logique plus globale : la RC213V s’est transformée au fil des saisons, dans un MotoGP entré au début des années 2020 dans des « guerres » aérodynamiques. Honda, déjà en difficulté avant la période de la pandémie pour suivre le rythme des meilleurs, s’est retrouvée encore plus exposée quand Marc Marquez a été absent sur blessure. Depuis, il est devenu rare de voir quelqu’un d’autre que le nonuple champion du monde paraître réellement à l’aise et dangereux sur la machine officielle.

Des podiums devenus rares

Depuis le départ de Dani Pedrosa, aucun pilote autre que Marquez n’a gagné sur la moto d’usine. Et depuis la période COVID, seuls deux autres pilotes d’usine Honda ont décroché des podiums : un seul au début de 2022 pour Pol Espargaro, puis les deux troisièmes places de Mir (en quatre courses) à la fin de la saison 2025.

Dans ce contexte, faire remonter la RC213V jusqu’au top 3, même ponctuellement, prend une valeur particulière : ce n’est pas seulement un résultat, c’est aussi un indicateur de plafond de performance atteint à force d’insister.

2026 : des éclairs de vitesse malgré la casse

Même en 2026, au milieu des chutes, Mir a laissé entrevoir d’autres moments de vitesse pure, comme une cinquième place à Brno. Et un détail est révélateur : beaucoup de ses chutes sont survenues alors qu’il roulait environ cinq positions devant Luca Marini. Autrement dit, il se trouvait plus souvent dans des zones de la course où l’intensité, les freinages tardifs et la proximité avec les autres augmentent fortement le risque.

Cap sur 2027 : l’espoir d’un nouveau départ chez Gresini

Si son aventure avec Honda touche à sa fin, Mir peut raisonnablement entrevoir de la lumière pour 2027. Le MotoGP entrera alors dans une nouvelle ère 850cc, et la trajectoire de développement laisse penser que Honda pourrait redevenir plus régulièrement une moto de tête — ironie du sort, Mir ne devrait pas profiter directement de ce progrès.

Le champion du monde 2020 rejoindra Gresini Racing sur une moto de spécification usine, avec l’objectif de redevenir un acteur régulier du groupe de tête. Et puisqu’il reste clairement motivé par la lutte pour les meilleures places (il pourrait, comme d’autres, se contenter d’évoluer autour de la 15e place en limitant les risques), l’idée d’un retour aux victoires n’a rien d’absurde : il ne serait pas surprenant qu’il gagne en 2027 deux à trois fois plus de courses que lors de sa campagne victorieuse de 2020.

Conclusion

Le passage de Joan Mir chez Honda peut se lire comme une suite de chutes et d’occasions manquées, mais aussi comme l’histoire d’un pilote qui a porté la RC213V au-delà de ce qu’elle semblait permettre, jusqu’au podium. Si 2027 tient ses promesses, ce pari du risque pourrait enfin se transformer en récompense sportive — et rappeler qu’en MotoGP, les trajectoires les plus cabossées mènent parfois aux plus beaux retours.

Foire aux Questions

Pourquoi Joan Mir a-t-il autant chuté chez Honda ?

Il explique qu’il cherchait à rouler avec une vraie chance de se battre devant, ce qui l’obligeait à prendre plus de risques. Selon lui, suivre d’autres motos de près complique le freinage à cause de l’aspiration et de l’aérodynamique, et remonter dans le peloton « double » encore le niveau de risque.

Quel a été le principal exploit de Mir sur la Honda RC213V ?

Malgré une période globalement difficile, il a réussi à ramener la RC213V sur le podium, un résultat devenu rare pour Honda ces dernières années.

Combien de courses Mir a-t-il terminées dans les points depuis 2023 ?

Depuis son arrivée chez Honda en 2023, il a terminé 23 courses du dimanche dans les points sur 43 départs.

Quels autres pilotes Honda ont fait des podiums depuis la période COVID ?

Depuis cette période, seuls deux autres pilotes d’usine Honda (en dehors de Marc Marquez) ont signé des podiums : Pol Espargaro avec un podium au début de 2022, et Joan Mir avec deux troisièmes places à la fin de 2025.

Pourquoi 2027 peut-elle relancer la carrière de Mir ?

Il rejoindra Gresini Racing sur une moto de spécification usine, avec la perspective de se battre plus souvent aux avant-postes sans devoir prendre autant de risques pour compenser les limites de la RC213V. L’arrivée de la nouvelle ère 850cc renforce aussi l’idée d’un nouveau cycle de performance en MotoGP.

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