Il n’y a pas si longtemps, Johann Zarco était régulièrement cité par plusieurs pilotes de MotoGP comme l’un des hommes les plus dangereux de la grille. En cause : un style agressif, parfois jugé peu attentif, que le double champion du monde de Moto2 avait emmené avec lui en catégorie reine.

Aujourd’hui, à 35 ans, Zarco est devenu le doyen du plateau. Et avec le temps, mais aussi une forme d’acceptation de la part de ses rivaux, le Français a vu sa réputation se transformer : d’homme à éviter, il est désormais un pilote que beaucoup regardent avec un certain respect, notamment lorsqu’il parvient à placer la Honda satellite du team LCR là où elle ne devrait pas être, comme encore lors du Grand Prix d’Espagne.

Une réputation forgée dès ses débuts en MotoGP

Dès ses premières saisons en catégorie reine avec Tech3 sur Yamaha, Zarco s’est construit une image à double tranchant : celle d’un grand talent, très fort quand l’adhérence se dégrade, et particulièrement à l’aise sur piste humide, piégeuse ou en séchage. Mais aussi celle d’un pilote pour lequel il valait parfois mieux garder une marge en bagarre.

D’une menace à un vétéran apprécié : une réputation MotoGP transformée

Le tournant de 2020 en Autriche

Cette étiquette a explosé au grand jour au Red Bull Ring en 2020. Une attaque sur Franco Morbidelli dans le très rapide virage 2 a entraîné les deux motos à traverser la piste, dans la trajectoire de Valentino Rossi et Maverick Viñales. L’accident a frôlé le drame : avec un timing légèrement différent, la journée aurait pu prendre une tournure tragique pour le sport.

Zarco a alors été durement critiqué, en particulier par Rossi et Morbidelli, et les commissaires lui ont infligé une pénalité : un départ depuis la voie des stands. À l’époque, certains estimaient en privé que Zarco avait peut-être été traité un peu injustement, mais l’épisode a durablement renforcé son image de pilote trop agressif.

Johann Zarco en action : une réputation MotoGP transformée

Une réhabilitation patiente, dans une MotoGP qui a changé

Depuis, Zarco est resté globalement irréprochable en termes de passages devant les commissaires. À mesure que les saisons ont défilé, sa réputation s’est progressivement rééquilibrée. Et l’arrivée d’une nouvelle génération, habituée à l’intensité des catégories inférieures, a aussi déplacé le curseur : ce qui était autrefois reproché au Français s’est transformé en respect parfois un peu contraint.

Jerez : la démonstration sur le mouillé, puis la résistance sur le sec

Après Jerez, ce basculement était encore visible. Zarco a une nouvelle fois exposé ses qualités lorsque les conditions étaient humides. Son coéquipier chez Honda, Luca Marini, est même allé jusqu’à affirmer que Zarco est, dans ces conditions, de loin le pilote le plus talentueux au monde.

Sur la séance décisive, Zarco a placé sa LCR Honda en première ligne, ne manquant la pole position que de très peu, battu par Marc Marquez.

La course du dimanche s’est finalement disputée sur le sec, mais le travail réalisé la veille, combiné à l’agressivité maîtrisée de Zarco, l’a mené à une solide septième place. Sur 25 tours, il est parvenu à contenir de jeunes talents comme Ai Ogura et Raul Fernandez, en les maintenant derrière lui pendant une grande partie de l’épreuve.

Pourquoi il était si difficile à dépasser

« J’ai passé beaucoup de temps derrière Johann, et j’ai dû changer un peu mon style pour le dépasser », a expliqué Raul Fernandez, sixième à l’arrivée.

« Johann a un style très différent de nous tous, surtout parce qu’il utilise la Honda. Il sollicite beaucoup le pneu arrière, il arrête la moto assez tôt et la fait tourner avec les gaz, alors que dans notre cas on doit utiliser davantage le pneu avant.

« À ce moment-là, j’étais assez bloqué derrière lui, et quand j’ai eu l’occasion de le dépasser, c’était seulement quand il a commencé à perdre avec la baisse de performance du pneu arrière. »

La stratégie de Zarco : accepter d’être dépassé, puis piéger ceux de derrière

Après la course, Zarco a expliqué que ce scénario faisait partie du plan. Conscient du déficit de Honda face aux meilleurs, il visait une approche pragmatique : laisser les pilotes les plus rapides le dépasser, puis utiliser leur rythme pour stabiliser son propre tempo et creuser l’écart sur ceux qui le suivaient.

« La stratégie de la course était : les meilleurs vont me dépasser », a-t-il raconté. « Mais ensuite, je n’ai pas besoin de me battre ; par rapport au sprint, essayer d’utiliser leur vitesse pour avoir le meilleur rythme possible et faire un écart avec les gars derrière.

« C’est ce que j’ai fait, et c’était vraiment bien. Et j’ai vraiment cru que Raul allait abandonner parce que j’avais pris un peu d’avantage sur lui !

« Quand tu es plus lent qu’un autre pilote, tu ne peux pas attaquer parce que, théoriquement et pratiquement, tu perds des mètres à chaque tour. Donc une fois que tu as perdu un peu d’écart, tu ne peux plus dépasser.

« Quand tu dépasses un pilote, c’est vraiment parce que tu es très proche et que tu peux attaquer, parce que tout le monde va très vite dans chaque virage.

« Tu ne peux pas, à 10 mètres, dépasser quelqu’un de plus fort. Tu rates le virage si tu fais ça, parce que tu n’es pas en journée de roulage. »

Une course utile pour Honda : des références, enfin exploitables

Le résultat final laissait Zarco loin du podium, mais il insistait sur la valeur du week-end, autant pour lui que pour Honda. L’intérêt : évoluer à un niveau plus élevé que d’habitude et observer de près des adversaires que le constructeur estime devoir affronter régulièrement.

« À chaque fois, tu as la meilleure référence devant toi », a ajouté Zarco. « La référence des frères Marquez ce week-end, c’était trop rapide. Tu n’as même pas le temps d’analyser où tu perds ou non. Diggia [Fabio Di Giannantonio] était aussi un peu plus rapide, mais un peu trop.

« Mais ensuite, [Jorge] Martin était parfait parce que tu peux vraiment voir des endroits où, peut-être, il n’était pas si confiant, et d’autres où il faisait du très bon travail.

« Donc j’essayais de jouer avec mes armes. C’était bien à analyser. Et ensuite, c’est plus facile de faire un retour à Honda. »

Conclusion

De pilote catalogué comme excessif à vétéran respecté pour son intelligence de course, Johann Zarco a changé de dimension dans le regard du paddock. En plaçant une Honda LCR aux avant-postes sur le mouillé puis en verrouillant ses poursuivants sur le sec, il a rappelé que l’expérience, bien utilisée, peut devenir une arme aussi tranchante que la vitesse pure. La suite dira jusqu’où cette nouvelle stature peut porter Zarco et aider Honda à se rapprocher des meilleurs.

Foire aux Questions

Pourquoi Johann Zarco était-il considéré comme un pilote dangereux en MotoGP ?

Parce que son style était réputé très agressif, parfois jugé peu attentif en duel. Cette perception s’est renforcée après l’accident du Red Bull Ring 2020 impliquant Franco Morbidelli, avec un passage très proche d’un drame lorsque Rossi et Viñales ont été frôlés.

Qu’est-ce qu’un départ depuis la voie des stands ?

C’est une pénalité qui oblige un pilote à s’élancer depuis la voie des stands plutôt que depuis sa place sur la grille, ce qui fait perdre du temps dès le départ. Zarco a reçu cette sanction après l’incident de 2020 en Autriche.

Pourquoi Zarco est-il si performant quand la piste est humide ou en séchage ?

Le texte souligne qu’il a longtemps été reconnu comme un spécialiste des conditions délicates, quand l’adhérence varie beaucoup. À Jerez, cette compétence lui a permis de viser très haut en qualification lorsque la piste était humide.

Comment un pilote avec une moto moins performante peut-il empêcher les autres de dépasser ?

En adaptant sa trajectoire, son rythme et sa gestion des pneus pour rester difficile à doubler, et en profitant du rythme des leaders pour stabiliser son propre tempo. Zarco explique aussi qu’un dépassement devient presque impossible si l’attaquant n’est pas suffisamment proche, car on perd des mètres à chaque tour quand on est plus lent.

Qu’a appris Zarco en suivant des pilotes plus rapides comme Jorge Martin ?

Il explique que certains pilotes sont trop rapides pour permettre une analyse immédiate, tandis que suivre un adversaire au bon niveau offre des repères plus lisibles : on repère mieux les zones où l’autre est moins à l’aise et celles où il excelle, ce qui aide ensuite à donner un retour plus précis à Honda.

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