Christine Kim, basée à Honolulu, avait flairé le mouvement avant tout le monde. Son voyage à Séoul avec son mari et ses enfants était prévu avant même la sortie du film Netflix KPop Demon Hunters en juin 2025. À la base, c’était simple : aller voir la famille. Puis Rumi, Zoey et Mira, les héroïnes du film, sont devenues les idoles de sa fille de 5 ans. Résultat : itinéraire réécrit en direct.

Quand la famille a visité un jimjilbang (spa coréen) et la tour Namsan — décor du “concert final” des rivaux Saja Boys dans le film — leur séjour s’est transformé en chasse aux lieux vus à l’écran. De quoi accumuler un max de “bragging rights” version famille.

« Ma fille était choquée que les endroits du film existent vraiment », raconte Christine Kim par message. « Elle était tellement excitée qu’elle en est restée sans voix. »

Et ça ne s’est pas arrêté là. « J’ai acheté à mon fils un hanbok noir et un gat (tenue et chapeau traditionnels) pour qu’il soit un Saja Boy à Halloween », se souvient-elle. « Et au Nike Store de Myeongdong, ma fille s’est fait faire un T-shirt avec une pie, à cause d’un personnage de KPop Demon Hunters. »

Café pop-up Netflix autour de ramen et de plats coréens Des visiteurs dégustent des ramen et des spécialités coréennes dans un café pop-up Netflix.

Fin 2025, KPop Demon Hunters restait tout simplement le film original le plus regardé de l’histoire de Netflix, avec plus de 500 millions de vues. Si vous avez échappé au phénomène : c’est un film d’animation action-musical produit par Sony Pictures Animation. On y suit Huntrix, un girls band K-pop dont les hits servent littéralement d’armes pour terrasser des démons.

Le twist, c’est que ce succès ne se contente pas de cartonner à l’écran : il déclenche aussi un nouveau réflexe de voyage. D’après des données publiées par Trip.com, dans les trois mois suivant la sortie du film, les réservations de vols vers la Corée du Sud ont grimpé de 25% par rapport à la même période l’année précédente. (Ces chiffres ne précisent pas les motivations exactes.)

Bien sûr, la Corée était déjà en pleine ascension touristique. Mais il y a des raisons solides de penser que KPDH pèse dans la balance. Le phénomène hallyu — la “vague coréenne” — a déjà propulsé la culture coréenne partout : musique, séries, cinéma, beauté… et tourisme.

BTS attire des centaines de milliers de fans à Séoul depuis des années. Parasite et Squid Game ont aussi servi d’accélérateurs. Blackpink a ouvert d’autres portes. Même les vidéos de K-beauty, ultra-consommées sur TikTok par la Gen Z, ont inspiré des voyages long-courriers. L’influence de KPDH vient s’ajouter à cette vague… mais avec une mécanique bien plus “grand public” et familiale.

Lotte World Tower et inspiration de la Huntrix Tower La Lotte World Tower a inspiré la “Huntrix Tower”, résidence luxueuse des personnages principaux.

En juillet 2025, juste après le décollage du titre Golden sur Spotify, la mairie de Séoul annonçait 1,36 million de voyageurs internationaux dans la capitale — soit +23,1% sur un an. La hausse immédiate a été attribuée surtout à des touristes venant de Chine, du Japon, de Taïwan et des États-Unis, avec des voyages décrits comme “portés par la folie KPop Demon Hunters”. Un signal clair : le film a d’abord explosé régionalement avant de devenir un phénomène plus large.

La dynamique s’est prolongée : la Corée du Sud a enregistré un record de 18,9 millions de touristes étrangers en 2025, selon des données de l’office de tourisme.

Et ce n’est probablement pas un feu de paille. La saison des awards a entretenu la hype : le 11 janvier, KPDH a remporté des Golden Globes (meilleur film d’animation et meilleure chanson originale). Il a aussi gagné aux Grammy Awards 2026 (meilleure chanson écrite pour un média visuel) et a raflé les Annie Awards avec un 10 sur 10. Le film est désormais très bien placé pour repartir avec deux Oscars le 15 mars. Et le 12 mars, Netflix a confirmé qu’une suite était en préparation.

Zoey, Rumi et Mira interprètent Golden Zoey, Rumi et Mira interprètent “Golden” dans le film.

Autre élément clé : les voyages long-courriers se planifient, et les stats sortent souvent en décalé (trimestre, semestre). Autrement dit : les ondulations de KPDH sur le tourisme ne font que commencer.

Neil Hassall, qui gère le groupe Facebook “South Korea Travel Tips and Planning”, dit avoir vu l’effet KPop Demon Hunters comme rarement. En juin 2025, le groupe comptait 65 000 membres ; en janvier 2026, il frôlait les 120 000. La dernière fois qu’il avait ressenti une poussée comparable, c’était au moment de Squid Game.

À Séoul, Bukchon Hanok Village — quartier de maisons traditionnelles où Rumi et Jinu se rencontrent pour la première fois — est devenu un passage obligé, pas seulement pour les fans d’architecture. Les fans ont aussi fait grimper sa popularité au point d’en faire l’un des tours les plus “tendance” sur Trip.com.

Et ce n’est pas qu’un délire de photos : les recherches pour le Musée national de Corée ont augmenté de 34% sur Trip.com depuis la sortie du film, notamment parce que des fans se ruent sur la boutique de souvenirs pour acheter du merchandising.

Voyageurs en hanbok à Bukchon Hanok Village Deux voyageurs en hanbok, la tenue traditionnelle coréenne, à Bukchon Hanok Village.

La plateforme Creatrip, qui aide les visiteurs internationaux à réserver restos, services K-beauty et locations de hanbok, bénéficie aussi de l’effet film. Les réservations de jimjilbangs et de services seshin (gommages en bain public, visibles dans le film) ont bondi de 115% pendant l’été suivant la sortie, par rapport au printemps juste avant. À la même période l’année précédente, la croissance n’était “que” de 17%. (À noter : le printemps et l’automne sont généralement plus populaires que l’été pour visiter la Corée.)

Creatrip observe aussi une forte hausse des réservations de cliniques axées sur l’acupuncture, les ventouses et un type de médecine traditionnelle à base de plantes appelé hanyak — que Rumi utilise pour tenter de soigner sa voix : +409% en 2025 vs l’année précédente.

Le site de réservation d’excursions GetYourGuide voit des signaux similaires. Selon son responsable régional Japon/Corée du Sud, les réservations de visites sur des lieux apparaissant dans le film — palais de Gyeongbokgung, Sky Lotte World Tower, N Seoul Tower, Bukchon Hanok Village — ont augmenté de plus de 350% en 2025 par rapport à l’année précédente.

En parallèle, des expériences “directement connectées” au film se multiplient : cafés pop-up, rencontres avec personnages, animations photo dans le quartier très “Brooklyn vibe” de Seongsu-dong… Irina Ishak, médecin basée à Kuala Lumpur, y a emmené sa famille en décembre et y voit l’un des meilleurs moments de leur voyage.

« Les enfants connaissent tous les personnages et toutes les scènes », raconte-t-elle. « Le pop-up faisait trois étages, avec des silhouettes et des scènes à photographier à chaque coin. Il y avait des mini-jeux, comme trouver une empreinte de chat Derpy fluorescente avec une lampe. Ils ont adoré. »

Pour la CEO de Creatrip, Haemin Yim, l’intensité du phénomène est différente des vagues touristiques hallyu précédentes. Avant, si les gens venaient “pour la K-pop”, c’était souvent pour les concerts, les agences, et les lieux de pèlerinage de fans. Là, l’attrait auprès d’un public anglophone (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie) donne une traction mondiale plus large — et pousse à tester des pans de culture coréenne bien au-delà de la musique.

« Chaque élément culturel majeur dans le film — hanbok, jimjilbang, gimbap, samgyetang, danse K-pop, médecine traditionnelle — est quelque chose qu’un touriste peut réserver et vivre en Corée. Le film sert de vitrine de 90 minutes sur le quotidien coréen, emballée dans une histoire que 500 millions de personnes ont regardée », dit-elle.

Ce phénomène s’inscrit aussi dans une tendance globale : le “set-jetting”, quand on voyage pour voir des lieux découverts à l’écran. Ailleurs, ça a déjà créé de la surfréquentation. Hallstatt (Autriche) est devenu un symbole de surtourisme depuis que des familles ont compris que le village aurait inspiré Arendelle dans Frozen. Et Encanto a stimulé un trafic plus modéré vers la région caféière de Colombie, auparavant hors radar pour beaucoup.

À Séoul, la fandom de KPop Demon Hunters n’a pas (encore) déclenché d’alerte “overtourism”. Et elle ne le fera peut-être jamais. Là où beaucoup de voyages inspirés par des films se concentrent sur quelques spots ultra-identifiables, KPDH propose un menu beaucoup plus large : lieux, food, bains, médecine, shopping, expériences. En clair : les fans se dispersent. Et ça pourrait devenir un cas d’école d’un set-jetting plus durable.

Christine Kim y voit aussi un autre signe fort : « L’image est magnifique, la musique est top, et ça comblait un vide. Il n’y a pas tant de films avec des super-héroïnes. »

Après l’écran, place aux virées: si Séoul vous inspire, imaginez-vous au volant d’une Porsche 911. Avec Joinsteer, passez à la Location avec option d'achat et transformez ce clin d’œil de cinéma en trajet mémorable.

Foire Aux Questions

Qu’est-ce que le “set-jetting” et pourquoi explose avec KPop Demon Hunters ?

Le set-jetting, c’est voyager pour visiter des lieux vus dans un film ou une série. KPop Demon Hunters donne envie d’aller au-delà des monuments : bains coréens, quartiers traditionnels, tours panoramiques, musées, pop-ups… C’est une checklist “prête à vivre”.

Quels lieux à Séoul sont les plus recherchés depuis le film ?

Parmi les points cités dans l’article : N Seoul Tower (Namsan), Bukchon Hanok Village, le palais de Gyeongbokgung, la Lotte World Tower et le Musée national de Corée (notamment pour sa boutique).

Qu’est-ce qu’un jimjilbang et comment en profiter quand on visite la Corée ?

Un jimjilbang est un spa/bain public coréen, souvent avec saunas, bains chauds/froids et espaces de repos. Le conseil de base : y aller en semaine si possible (moins de monde) et vérifier les règles de fonctionnement (zones non mixtes, douches obligatoires, etc.).

Le tourisme “effet film” peut-il créer du surtourisme à Séoul ?

C’est possible, mais l’article souligne un point clé : contrairement à d’autres phénomènes, les fans de KPDH se répartissent sur de nombreuses expériences (culture, bains, nourriture, shopping, pop-ups). Cette dispersion peut limiter la pression concentrée sur un seul lieu.

Pourquoi la Corée du Sud profite autant de la vague hallyu (K-pop, séries, films) ?

Parce que la culture populaire coréenne ne se “consomme” pas seulement en ligne : elle se transforme en expériences concrètes sur place (concerts, quartiers iconiques, gastronomie, beauté, traditions). KPop Demon Hunters agit comme une vitrine grand public qui connecte directement l’écran au voyage.

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