Le promoteur immobilier fortuné de Miami Beach, Jeffrey Soffer, pousse depuis des mois pour construire un parc aquatique XXL juste à côté de son mythique hôtel Fontainebleau. Un projet qui, pour beaucoup de voisins, coche toutes les cases du cauchemar : trop haut, trop bruyant, trop de trafic, et totalement hors-sujet pour un bâtiment classé.

Et pourtant, il est sur le point d’obtenir gain de cause. Pas via un débat local classique. Via une manœuvre législative : quelques lignes ajoutées à la dernière minute dans une grosse loi sur l’aménagement du territoire en Floride.

Depuis des mois, habitants et élus de Miami Beach se battaient contre ces toboggans géants — dont un qui frôlait les 30 mètres (près de 100 pieds). Ils dénonçaient un futur embouteillage permanent dans un quartier déjà saturé, et un décor de “parc d’attractions” collé à un hôtel inscrit au Registre national des lieux historiques. Des voisins ont même manifesté et interpellé les élus en réunion publique, exigeant un refus net.

Face au mur local, la société de Soffer, Fontainebleau Development, a temporisé : revue repoussée devant la commission de préservation historique en février, puis — surtout — changement de terrain de jeu. L’entreprise a recruté sept lobbyistes et a déplacé la bataille à Tallahassee, au Parlement de l’État.

Au départ, le projet de loi discuté à la Chambre n’avait quasiment rien à voir avec un parc aquatique. Puis son sponsor, le républicain David Borrero (élu d’une partie de Miami), a travaillé avec au moins un lobbyiste pour ajouter un amendement : autoriser ce type d’installation comme “équipement” associé aux hébergements de resorts. Traduction : feu vert quasi sur mesure.

Le 13 mars, dernier jour de la session, les législateurs ont adopté le texte. Prochaine étape : la signature du gouverneur Ron DeSantis. Borrero n’a pas répondu aux sollicitations sur son rôle dans ces changements de dernière minute.

“Miami Beach n’est pas Disney World”, a lâché le commissaire municipal Alex Fernandez dans un email à ses administrés. “On peut se demander comment la législature peut autoriser un parc aquatique commercial démesuré, collé aux maisons et aux fenêtres des chambres.”

Cette affaire met en pleine lumière une tension qui explose à Miami Beach : d’un côté, ceux qui veulent protéger l’identité architecturale et patrimoniale; de l’autre, des promoteurs décidés à “mettre plus de spectacle” pour capter des millions de touristes. Et surtout, elle rappelle un truc simple : quand on a de l’argent, on peut payer des gens pour faire plier les règles.

Fontainebleau Development affirme que la nouvelle loi s’applique “largement” à d’autres resorts, et que ce vote illustre le “fort soutien” de la Floride à l’industrie hôtelière — emplois, investissements, économie locale, etc.

“Gros donateur”

Depuis 2019, année où DeSantis est devenu gouverneur, la législature de Floride (contrôlée par les républicains) a progressivement retiré du pouvoir aux villes et aux comtés : régulations sur les sacs plastiques, les pailles, et même des sujets comme l’usage de la police sur l’immigration. La logique : centraliser, uniformiser, et couper court aux décisions locales.

“C’est un exemple de plus : un gros donateur obtient de la législature ce qu’il veut”, a déclaré le sénateur Shevrin Jones, démocrate représentant notamment Miami Beach, juste avant l’approbation de la mesure.

Soffer a donné 1 million de dollars en 2023 à la campagne présidentielle (ratée) de DeSantis — soit environ 920 000 € selon un ordre de grandeur courant — et a aussi financé des comités d’action politique soutenant des élus de Floride.

Jeff Soffer est le fils du promoteur Don Soffer, le planificateur et bâtisseur de la ville d’Aventura, au nord de Miami. Il a séparé les actifs familiaux avec ses frères et sœurs et a conservé la propriété du Fontainebleau.

Ce parc aquatique est sa dernière tentative pour muscler l’offre “divertissement” du Fontainebleau, symbole du glamour de Miami Beach depuis les années 1950 — un lieu qui a accueilli des stars comme Lucille Ball et Judy Garland.

Le projet a été annoncé l’an dernier comme une simple “extension du deck piscine”, puis modifié pour calmer la polémique. Le parc, annoncé au départ avec jusqu’à 11 toboggans (le plus haut à 99 pieds), serait désormais réduit à six, selon l’entreprise. Le plan inclut aussi une double rangée de cabanas sur deux niveaux, le tout le long de la piscine, au pied de l’iconique façade courbe mid-century moderne.

Jeffrey Soffer au Fontainebleau Las Vegas en septembre 2023 Jeffrey Soffer, dirigeant de Fontainebleau Resorts LLC, au Fontainebleau Las Vegas (septembre 2023).

Ce virage “familial” tranche avec l’image actuelle de l’hôtel : grosses conférences business, bar de lobby ultra animé, et boîte de nuit voisine (LIV) ouverte de 23h à 5h.

Soffer nourrit aussi depuis longtemps un autre rêve : ouvrir un casino au Fontainebleau de Miami Beach. Et là encore, il a déjà tenté de passer par la législature. Ces dernières années, il a soutenu plusieurs propositions de loi, via des élus et des lobbyistes, pour pouvoir transférer une licence de jeu depuis une salle de jeu basique et un ancien site de courses de lévriers, à environ 30 km au nord, qu’il avait racheté auparavant.

Mais à chaque fois, Miami Beach s’est braquée. Même Ken Griffin, milliardaire fraîchement installé et fondateur de Citadel, a publiquement attaqué l’idée, comparant le projet à “déverser des déchets toxiques” et en martelant que “les casinos urbains abîment les communautés”.

Soffer a fini par ouvrir un casino… mais à plus de 3 000 km de là, à Las Vegas.

Foire Aux Questions

Pourquoi le parc aquatique du Fontainebleau à Miami Beach fait autant polémique ?

Parce qu’il ajoute des structures très visibles (toboggans jusqu’à ~30 m), promet plus de trafic et de bruit, et s’implante à côté d’un hôtel historique et de zones résidentielles. Beaucoup y voient une “disneyfication” du quartier.

Comment le projet a-t-il été débloqué malgré l’opposition locale ?

Via un amendement ajouté à une grande loi d’aménagement du territoire en Floride, donnant une base légale pour autoriser des équipements de type parc aquatique dans les resorts. Le vote a eu lieu en fin de session.

Quel rôle jouent les lobbyistes dans cette affaire ?

La société liée au Fontainebleau a recruté plusieurs lobbyistes pour pousser une solution au niveau de l’État, après des blocages au niveau municipal et des critiques de riverains.

Le Fontainebleau est-il réellement un bâtiment protégé ?

L’hôtel est reconnu comme un lieu historique (inscrit au registre national), ce qui renforce la sensibilité autour de tout ajout architectural massif visible depuis l’extérieur.

Quelles sont les prochaines étapes avant le début des travaux ?

Le texte adopté doit encore être signé par le gouverneur. Ensuite, le projet devra s’inscrire dans les procédures locales restantes (permis, conformité, ajustements techniques), mais la nouvelle base légale change fortement le rapport de force.

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