Monza : la pole surprise de Gasly, les gagnants et perdants des qualifications du GP d’Italie 2026

Les qualifications du Grand Prix d’Italie 2026 ont offert l’une des plus grandes surprises en conditions sèches de la dernière décennie en Formule 1, avec un poleman que peu avaient vu venir.
Mais en dehors de ce coup d’éclat, rares sont ceux dans le paddock qui ont réellement eu de quoi sourire.
Voici le point complet, entre gagnants et perdants, à l’issue de la séance qualificative à Monza.
Gagnant : Pierre Gasly et Alpine (1er)
Un podium vaut 15 points, tandis qu’une pole ne rapporte « rien » : Pierre Gasly a gagné une pole et perdu un podium en l’espace de ce week-end. Et pourtant, cela ressemble à un échange acceptable tant l’impact est fort sur son palmarès.
Il est désormais vainqueur en F1 et poleman en F1. Quel que soit le scénario du dimanche, il devient le 109e poleman de l’histoire de la discipline.
C’est aussi un signal majeur pour Alpine. L’équipe a souvent semblé coincée dans un entre-deux cette saison, mais paraît tirer de vrais bénéfices de son évolution introduite à Zandvoort.
Steve Nielsen, directeur général d’Alpine, résumait ainsi l’enthousiasme du clan français : « I don't think we quite got the best out of the package in Zandvoort. It's a bit of a quirky circuit. But we've come here and the car is responding very well. We got the gaps right. We got the tows right. The drivers didn't make a mistake. And laptime's clearly in the car. Because both cars were quite quick. »
Ce n’est pas la première fois qu’une voiture du milieu de grille brille sur une piste à faible appui, et ce ne sera pas la dernière. Mais au regard du reste de la saison, la portée de cette pole paraît encore plus significative.
Perdant : Max Verstappen (6e)
« This car is made out of paper », a lâché Max Verstappen à la radio en Q3, alors que la série de petites avaries coûteuses chez Red Bull s’est poursuivie. Cette fois, un problème a affecté la hauteur de caisse, un handicap particulièrement pénalisant sur un tracé aussi agressif sur les vibreurs que Monza.
Pour Verstappen, cet ennui a pesé bien davantage que la perte de son « coéquipier d’aspiration » : Liam Lawson a été éliminé en Q2 après avoir été gêné par une McLaren d’Oscar Piastri, trop lente au niveau de la première chicane.
Perdant : Oscar Piastri (3e en piste, mais pénalisé)
Sur la performance pure, Oscar Piastri aurait pu figurer chez les gagnants : troisième sur la grille initiale, sur un circuit réputé peu favorable à une McLaren plus chargée en traînée, et nettement devant Lando Norris. Cela malgré (et en partie à cause de) une dernière tentative compromise par une escapade à la première chicane.
Mais une pénalité était déjà très probable à cause d’un blocage massif, certes involontaire, infligé à Lawson au cœur de la première chicane en Q2.
Et l’erreur en Q3 a aussi fait tomber à l’eau le tour où Piastri était censé offrir une aspiration utile à Norris. Ainsi, la troisième place se transforme en sixième, et l’accumulation de conséquences place Piastri dans la colonne des perdants.
Gagnant : Kimi Antonelli (7e)
Le leader du championnat a passé toutes les qualifications de Monza à servir d’outil d’aspiration pour son coéquipier Russell. Dans ce contexte, terminer septième au classement final grâce à un tour solitaire, sans aspiration, et « hors séquence » (dans un enchaînement qui n’avait plus d’enjeu direct) relève de la performance.
Cette séquence suggère deux choses : d’une part, qu’il aurait pu viser très haut s’il avait participé à la séance « pleinement » ; d’autre part, qu’il conserve une chance de très gros résultat dimanche, même en partant du fond de grille.
Pour Antonelli, voir un rival au titre se faire battre pour la pole par une Alpine, et l’autre ne se qualifier que cinquième derrière son coéquipier tout en laissant transparaître une tension autour des priorités chez Ferrari, constitue aussi un contexte favorable lors d’un week-end où il n’a rien à perdre.
Perdant : Liam Lawson (14e)
Red Bull espérait utiliser Lawson — que l’on sait désormais promis à des pénalités moteur le renvoyant au fond de grille — comme voiture d’aspiration pour Verstappen en Q3. Mais comme l’a résumé Lawson après son élimination en Q2, en 14e position : « But obviously you need to get there to be able to do it. »
Le ton était nettement plus électrique à la radio pendant la séance. « Dude, what the f***? » a-t-il lancé lorsqu’il a été gêné par Piastri à la première chicane, avant d’ajouter en fin de Q2 : « Bro, that's actually appalling. I can't believe how badly you just left me out to f***ing dry! »
Le blocage de Piastri a peut-être fait basculer la donne, ou peut-être pas : Lawson termine à trois dixièmes, n’améliore pas dans le dernier secteur et a globalement semblé à la limite, d’autant qu’il expliquait avoir « spent the whole quali in clean air until that last lap ».
« It was the first time I'd sat behind a car and the tyres were super hot, » a-t-il détaillé. « It just wasn't an ideal situation, so trying to do it for the first time was not ideal. But I think obviously having Oscar in Turn 1 probably hurt more than anything. »
Quelles que soient les causes, Lawson aurait, sur le papier, dû se retrouver dans la dernière partie des qualifications.
Gagnant : Ollie Bearman (12e)
Après quatre mois de glissade progressive dans la hiérarchie, Haas avait besoin que son évolution apportée à Monza envoie un signal encourageant.
Dans ce contexte, entendre Bearman parler d’une voiture « night-and-day different » et le voir signer son meilleur résultat en qualifications depuis Shanghai en mars, avec la sensation d’avoir eu une chance d’atteindre la Q3, représente une bouffée d’air.
Bearman a aussi devancé Esteban Ocon de sept dixièmes. Seul Bearman dispose du moteur Ferrari évolué, mais il estime que l’écart lié à cet élément reste marginal et qu’il se serait tout de même battu pour sortir de la Q1 si cela avait été la seule nouveauté à Monza.
Ocon, lui, a les mêmes évolutions aérodynamiques. Interrogé sur leur efficacité, il a répondu : « They worked on Ollie’s side ».
Perdant : Yuki Tsunoda (17e)
Yuki Tsunoda a perdu énormément de temps en ligne droite et semblait totalement déconcerté — un refrain familier en 2026, entre gestion du tour rapide, déploiement énergétique et recherche de la bonne fenêtre de fonctionnement.
« I mean, if you look at the first sector, I was like seven tenths off - and there's only two corners, » a-t-il constaté. « I don't think I've done anything massively wrong, enough to lose a lot of laptime a lot in basically a straight line. I've done a lot of things in practice and it didn't happen like this. »
Sa position sur la grille n’a rien de catastrophique en soi. Mais pour un pilote qui joue aussi sa valeur sur le marché, tomber sur un circuit aussi dépendant de l’énergie et de la vitesse de pointe pendant un court intérim est une malchance : entre manque d’expérience avec les particularités de ces voitures et possible souci ponctuel de déploiement, l’addition peut être très lourde.
Gagnant : Valtteri Bottas (19e)
« It seems like we're on a better run. Things are working as they should. Like I said, it's also easy to find the rhythm when you can actually get laps with a car that works. »
Bottas parlait de l’exécution du week-end côté Cadillac — « not really a single issue » — mais ses mots collent aussi à son tableau de saison.
Il reste sur une série de 6-0 face à Sergio Perez en qualifications, retournement notable après un début d’année assez chahuté pour alimenter des rumeurs de remplacement à l’horizon 2027.
Perez a connu des problèmes en Q1 et n’a pas obtenu l’aspiration qu’il souhaitait, tout en reconnaissant que Bottas avait signé un effort qu’il n’a « couldn't match ».
Pour la course, les deux devront surtout traverser le premier relais. Bottas s’inquiète notamment de la tenue des freins en trafic. Mais malgré des difficultés de jeunesse persistantes chez Cadillac, la dynamique actuelle paraît plus positive pour lui.
Perdant : Aston Martin (21e et 22e)
Après l’optimisme mesuré né des deux manches précédentes, le week-end italien ressemble pour l’instant à un rappel brutal à la réalité pour Aston Martin-Honda.
Fernando Alonso aurait peut-être pu devancer les deux Cadillac (et donc potentiellement aussi la Williams d’Alex Albon) s’il avait pu repartir pour une deuxième tentative en Q1. Alonso est persuadé qu’il y avait du temps à gagner.
« We only did one set of tyres and the time we set was done with a scrubbed set, after waiting on the pitlane for a long time, cold tyres, etc., » a-t-il expliqué. « So I think there was something more to come on the last attempt. »
Mais s’il n’a pas pu tenter ce dernier effort — et a dû sortir de la voiture avant même la fin de la Q1 — c’est parce que « The engine didn't start », a-t-il dit, évoquant un souci côté groupe propulseur : « I don't know if it's the ICE power or the battery or whatever it is, but yeah, it didn't start. »
Dans ces conditions, le dimanche pourrait être long et solitaire.
Conclusion
À Monza, la pole inattendue de Pierre Gasly et d’Alpine bouscule la hiérarchie et donne une dimension particulière à ces qualifications, tandis que plusieurs prétendants et équipes ont vu leurs plans se dérégler entre pénalités, problèmes techniques et manque d’aspiration.
Reste à voir si ce samedi hors norme se transformera en tournant le dimanche : en Formule 1, les surprises d’un tour peuvent parfois ouvrir la porte à de grandes histoires.
Foire aux Questions
Qu’est-ce que l’aspiration (le « tow ») en qualifications de F1 ?
L’aspiration consiste à rouler juste derrière une autre voiture en ligne droite pour réduire la traînée aérodynamique et gagner de la vitesse de pointe. À Monza, où les longues lignes droites sont déterminantes, cela peut faire gagner du temps au tour, d’où les stratégies d’équipe évoquées (par exemple l’idée d’aider Verstappen grâce à Lawson).
Pourquoi une pénalité peut-elle faire reculer un pilote sur la grille ?
Un pilote peut être sanctionné s’il gêne un autre concurrent pendant la séance. Ici, un blocage à la première chicane en Q2 a rendu une pénalité très probable, transformant une position de départ acquise en piste en un départ plus loin sur la grille.
Pourquoi la hauteur de caisse est-elle cruciale à Monza ?
Monza est un circuit où les vibreurs peuvent être très agressifs, notamment dans les chicanes. Si la hauteur de caisse est perturbée, la voiture peut devenir plus difficile à exploiter, perdre en performance et être plus vulnérable dans les zones où il faut attaquer les vibreurs.
Que signifient Q1, Q2 et Q3 ?
Les qualifications sont découpées en trois segments à élimination. Q1 élimine les plus lents, Q2 élimine ensuite une deuxième vague, et Q3 réunit les pilotes qui se disputent la pole position. Une élimination en Q2, comme celle de Lawson, empêche donc d’accéder à la phase décisive.
Pourquoi parle-t-on autant de « déploiement » et d’énergie sur un tour rapide ?
Les voitures doivent gérer l’utilisation de l’énergie et la manière dont elle est délivrée sur le tour, particulièrement sur un circuit rapide et exigeant en vitesse de pointe comme Monza. Quand ce déploiement n’est pas optimal, un pilote peut perdre énormément de temps… parfois « en ligne droite », comme l’a décrit Tsunoda.
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