À Assen, on attendait un doublé Aprilia en course sprint. Il a bien eu lieu… mais pas forcément au bénéfice direct de ceux qui jouent le championnat côté équipe usine.

Dans une journée pleine de nuances, certains ont des raisons de se réjouir au-delà du résultat brut, quand d’autres voient une opportunité majeure leur filer entre les doigts.

Les gagnants et les perdants du sprint MotoGP surprenant d’Assen

Un doublé Aprilia… mais pas celui qui arrange le plus l’équipe usine

Voir Aprilia verrouiller le sprint avec un 1-2 était cohérent avec la dynamique du week-end. Mais ce sont les Aprilia de Trackhouse qui ont raflé la mise, alors que l’équipe officielle, elle, termine 4e et 5e.

Pour l’usine, le bilan est paradoxal: Jorge Martin et Marco Bezzecchi grappillent tout de même un tout petit avantage au championnat sur Marc Marquez, malgré des erreurs coûteuses et un rythme un peu décevant. Mais l’impression dominante reste celle d’une occasion manquée, surtout en pensant à la prochaine manche au Sachsenring, où l’on s’attend déjà à voir Marquez viser le maximum de points (37).

Les grands gagnants à Assen

Trackhouse: du naufrage RNF au doublé en sprint

Il n’y a pas si longtemps, l’équipe (alors sous la bannière RNF) donnait l’image d’un paddock malade: manque de moyens et conflit ouvert avec son sponsor titre. Le retournement est spectaculaire.

En peu de temps, Davide Brivio a transformé l’organisation, avec l’appui de Justin Marks, issu de l’univers NASCAR. Bien sûr, l’Aprilia RS-GP est un atout majeur et un budget plus confortable ne se refuse pas. Mais la bascule tient surtout à la gestion: à effectif humain largement comparable, Trackhouse est devenu une structure capable de gagner.

Le projet s’est construit sur la durée: ce sprint d’Assen n’a pas le goût d’un coup isolé. L’équipe a aussi fait des paris assumés, en continuant de croire en Raul Fernandez quand beaucoup l’enterraient déjà, et en contribuant à faire d’Ai Ogura un pilote plus complet qu’il ne l’était encore quelques mois plus tôt.

Et le symbole est fort: l’équipe que Brivio doit transmettre à Francesco Guidotti à la fin de 2026 n’a plus grand-chose à voir avec celle qui, lors du test post-course de Valence 2023, avait arraché les autocollants RNF pour rouler en carénages entièrement noirs.

Raul Fernandez: la colère transformée en victoire

Le constat était devenu récurrent: il aura fallu trop de temps pour voir Raul Fernandez s’installer comme un vainqueur crédible et régulier en MotoGP. Mais à présent, c’est précisément ce qu’il est en train de devenir.

Sa journée a aussi été alimentée par un contexte électrique: furieux d’avoir perdu la pole à cause d’une suppression de tour pour limites de piste, il a expliqué que « ils rendent parfois notre sport très ennuyeux ». Il a ensuite converti cette énergie en performance: remontée incisive au milieu des Aprilia, puis résistance solide face à la charge de Fabio Di Giannantonio au cœur du sprint.

Et au-delà du résultat, un autre signal compte: après sa dernière victoire en sprint au Mugello quatre semaines plus tôt, Fernandez semblait très pessimiste sur ses chances de rester chez Trackhouse en 2027. Le ton entendu à Assen est, au contraire, nettement plus lumineux. Difficile d’écarter un pilote qui gagne.

Fabio Di Giannantonio: meilleur Ducati du jour, et menace au championnat

Interrogé sur le fait d’être le meilleur pilote Ducati en piste ce samedi, Di Giannantonio a lâché une phrase lourde de sens: « ça pourrait l’être à la fin de l’année ».

Au classement, l’argument se tient: il revient à 22 points de la tête du championnat détenue par Bezzecchi, et il se retrouve troisième du général en étant le meilleur représentant Ducati.

Sur la régularité pure, Marc Marquez reste la référence la plus évidente dans le clan Ducati. Mais statistiquement, ici et maintenant, Di Giannantonio occupe la place de numéro 1 Ducati. Et à force d’être si souvent au niveau des Desmosedici officielles — voire devant — il prend l’épaisseur d’un candidat au titre crédible.

Enea Bastianini: une 8e place qui en dit plus long que le classement

Ce qui marque n’est pas tant la 8e place que le temps passé au contact de ce qui ressemblait au train de tête, en suivant de près les Ducati d’usine.

À cela s’ajoutent plusieurs éléments positifs: finir devant Pedro Acosta (piégé par une erreur en milieu de course), constater qu’aucune KTM n’a subi d’extinction brutale en course après les soucis attribués à un problème de capteur en essais et en qualifications, et voir Trackhouse — l’équipe qu’il est pressenti pour rejoindre en 2027 — décrocher un doublé. Dans l’ensemble, une journée plutôt encourageante.

Fabio Quartararo: un top 10 presque solitaire sur la Yamaha

Le retour de Fabio Quartararo dans le top 10 ne s’est pas accompagné d’une célébration particulière. Son humeur en 2026 semble suivre une courbe assez constante, sans débordement d’enthousiasme.

Mais, même si certains estiment qu’il ne donne pas toujours absolument tout en attendant que sa situation avec Yamaha se dénoue, deux lectures s’imposent: soit la piste d’Assen convenait mieux à la M1, soit Quartararo a choisi de davantage s’engager ce jour-là. Quoi qu’il en soit, il signe un top 10 qu’aucun autre pilote sur Yamaha ne semblait en mesure d’approcher.

Les perdants et les regrets

Aprilia officielle: petite avance au championnat, grosse occasion manquée

On peut qualifier la journée de « légèrement positive » sur un point: Martin et Bezzecchi augmentent très modestement leur avance sur Marquez au championnat, malgré des erreurs et un rythme en deçà des attentes.

Mais la lecture la plus forte est ailleurs: c’est une opportunité majeure ratée. Aprilia a semblé maîtriser le week-end dès les premiers tours de la première séance, pendant que Marquez et Ducati apparaissaient moins à l’aise. Or, avec le Sachsenring qui arrive et la perspective de voir Marquez y viser 37 points, Assen devait être le terrain où Aprilia « fait le plein ».

Les courses d’Assen devaient être des 1-2 Aprilia. Le sprint l’a été… mais pas avec les motos qui portent l’espoir du titre. Et ces points laissés en route pourraient peser lourd.

Pecco Bagnaia: d’un potentiel de rythme à une 7e place frustrante

Bagnaia pouvait espérer bien mieux. Il estimait avoir le rythme pour accompagner la progression de Di Giannantonio vers l’avant, au milieu des Aprilia.

Mais un mauvais départ a compromis son sprint, puis il est resté trop longtemps bloqué derrière Marquez. D’autant plus frustrant que, l’espace d’un des rares week-ends où il semblait plus rapide que son coéquipier, il n’a pas pu traduire cet avantage en résultat.

Enfin, une pénalité pour limites de piste dans le dernier tour, au moment où il attaquait désespérément Martin pour la 5e place, l’a fait reculer à nouveau derrière Marquez.

Joan Mir: le piège du premier virage

Quand on parvient à se hisser en Q2 contre les pronostics, sur un week-end où son constructeur n’a pas vraiment le rythme, la dernière chose à faire est de chuter seul au premier virage de la course. C’est exactement ce qui est arrivé, et le constat est brutal.

Toprak Razgatlioglu: hors du coup, même face aux autres Yamaha

On s’était habitué à voir Razgatlioglu se mesurer correctement aux autres Yamaha du milieu de peloton, au point de laisser penser qu’avec une meilleure moto il pourrait viser bien plus haut.

Mais à Assen, la journée a été très difficile: dernier en qualifications, derrière même Cal Crutchlow, et à trois dixièmes du pilote d’essais Yamaha Augusto Fernandez. En course, il termine 17e, à près de quatre secondes de la Yamaha la moins bien classée juste devant lui.

Il a expliqué ses difficultés par un réglage électronique insuffisamment abouti, décrivant une moto qui « ne freinait pas et n’était pas bonne à l’accélération ».

Gresini: une saison 2026 plombée par les blessures

La situation est d’autant plus triste que, malgré une Ducati qui n’est plus aussi clairement la référence absolue, 2026 ressemble à une pâle copie de l’excellente saison 2025 de l’équipe, essentiellement à cause des pépins physiques.

Alex Marquez gère comme il peut: il a totalement renoncé aux qualifications, a bouclé le sprint en 13e position sans prise de risque excessive, puis a montré aux médias les marques à son bras après sa chute du vendredi. Il doit encore prendre une décision pragmatique sur sa participation au grand prix, dimanche matin.

Et Fermin Aldeguer se retrouve de nouveau sur la touche avec des vertèbres fracturées, après avoir déjà vu sa saison de deuxième année fortement perturbée par sa fracture à la jambe durant l’hiver.

Conséquence directe: Gresini a rarement pu compter sur deux pilotes pleinement aptes cette année, et ne devrait pas retrouver cette situation avant, au minimum, la fin de la pause estivale.

Conclusion

Le sprint d’Assen rappelle à quel point les hiérarchies peuvent être fines: Trackhouse capitalise parfaitement quand l’équipe officielle Aprilia, elle, laisse échapper une moisson qui semblait à portée. Et derrière, chaque erreur — départ manqué, limites de piste, chute isolée, réglage mal trouvé — se paye cash.

Avec le Sachsenring qui approche et des points déjà jugés cruciaux, la suite du week-end et la course principale promettent d’être un révélateur. Dans un championnat qui se joue au détail, l’opportunité saisie aujourd’hui peut devenir l’avantage décisif de demain.

Foire aux Questions

Qu’est-ce qu’une course sprint en MotoGP?

La course sprint est une épreuve plus courte que la course principale du dimanche. Elle se dispute sur une distance réduite, avec un enjeu immédiat en points et une intensité souvent plus élevée dès les premiers tours.

Pourquoi les limites de piste peuvent-elles changer un week-end?

Les limites de piste sont contrôlées pour éviter qu’un pilote ne gagne du temps en sortant au-delà des lignes. À Assen, cela a eu un impact direct: un tour annulé a coûté une pole, et une pénalité en fin de sprint a aussi modifié le résultat en piste.

Quelle est la différence entre une équipe officielle et une équipe cliente?

Une équipe officielle représente directement le constructeur (ici, Aprilia) avec des objectifs orientés vers le titre et une structure usine. Une équipe cliente comme Trackhouse exploite aussi la même marque de moto, mais avec son propre management et une organisation indépendante, pouvant néanmoins performer au plus haut niveau.

Que signifient DNF et DNS dans les résultats?

DNF signifie « n’a pas terminé » (abandon), typiquement après une chute ou un problème. DNS signifie « n’a pas pris le départ », quand un pilote est forfait avant la course, souvent pour raison médicale.

Pourquoi parle-t-on déjà du Sachsenring après Assen?

Parce que la dynamique du championnat dépend aussi des circuits à venir. Après un week-end où Aprilia semblait en contrôle à Assen, la perspective d’une manche suivante annoncée très favorable à Marc Marquez renforce l’idée que les points perdus ici pourraient compter double.

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