Voitures de collection : les enchères explosent en 2026, Ferrari en tête et un marché à deux vitesses

Auteur : Alexis Berthoud
La saison 2026 des enchères de voitures de collection a démarré comme un coup de tonnerre. Le 17 janvier, en Floride, les “Ferrari Five” — 288 GTO, F40, F50, Enzo et LaFerrari — ont pulvérisé des records en… deux heures. Message au marché : ce n’est pas “chaud”, c’est bouillant.
Exemple concret : la Ferrari 288 GTO s’est envolée à 7,82 M€ (contre un précédent record d’environ 4,05 M€ en 2022). Et pendant que tout le monde regardait déjà le plafond, une Ferrari 250 GTO de 1962 est partie à 35,42 M€. Rare à l’extrême (36 exemplaires), celle-ci avait un détail qui fait tourner les têtes : la seule en blanc sortie d’usine. Son nouveau propriétaire, David Lee (dirigeant d’une maison de joaillerie à Los Angeles), résume la psyché du marché : “c’était mon rêve de lycée… je n’imaginais pas en posséder une.”
Au total, la vente a atteint 407,40 M€, presque le double de l’an dernier… avec moins de lots. Les analystes sont clairs : ce n’est pas un bug statistique. C’est un rythme de croisière dopé par des passionnés affamés et des investisseurs agressifs.
Sur trois grands événements d’enchères en janvier, la valeur totale des voitures classiques vendues a bondi d’environ +80%, alors que le volume d’annonces bouge à peine. Et pendant ce temps, le marché du neuf tire la langue : ventes en recul fin 2025 et perspective de baisse supplémentaire en 2026, plombées par les taux, la confiance, l’emploi et le refroidissement autour de l’électrique. Dans l’univers “collectible”, l’envie de dépenser, elle, ne faiblit pas.
“Il y a un avenir lumineux pour les voitures iconiques”, explique David Lee, ici avec sa Ferrari 250 GTO.
“Les gens qui gagnent beaucoup d’argent achètent ces voitures, les entretiennent, et poussent leur valeur toujours plus haut”, dit Lee. Son raisonnement est brutalement simple : plus de richesse se crée, plus la base d’acheteurs s’élargit.
Le marché des voitures classiques aux États-Unis est projeté à 25 Md€ d’ici 2032 (contre environ 6,68 Md€ en 2018 et 11,70 Md€ en 2024). Tiré par des acheteurs qui cherchent des actifs tangibles de long terme… et par tout un écosystème qui rend l’achat, la détention et la revente plus “fluides”.
Autre moteur : des fortunes qui réduisent leur exposition à des actifs ultra-volatils (comme les cryptoactifs) et se repositionnent sur des “trophées” rares et palpables. En clair : une voiture d’exception devient à la fois un objet de désir et une réserve de valeur — parfois plus facile à assumer socialement qu’un portefeuille purement financier.
Et maintenant, on a l’essence sur le feu : applis mobiles pour acheter et suivre les cotes, contenus à la chaîne sur YouTube/Instagram/TikTok, et culture motorsport qui rend le vintage “cool” 24/7. Tu vois une Countach dans Malibu ou un spot à South Beach ? Ça finit en vidéo virale. La viralité n’explique pas tout… mais elle alimente clairement la demande.
Les plateformes d’enchères en ligne en profitent à fond. Bring a Trailer, par exemple, a annoncé 1,56 Md€ de ventes l’an dernier (+14,3% vs 2024). Les grandes maisons accélèrent aussi, et les services autour (membres, assurance, assistance, accès anticipé) transforment des curieux en acheteurs récurrents.
Un marché à deux vitesses
Le boom ne touche pas tout le monde de la même manière. Le marché se “bifurque” : d’un côté des voitures exceptionnelles (spécifications rares, kilométrage minimal, état chirurgical, historique limpide), de l’autre, le reste. Les maisons et plateformes l’ont compris : elles industrialisent le digital, et elles chassent les nouveaux clients avec des offres plus efficaces, plus premium, plus simples.
Une Porsche Carrera GT (2005) a été adjugée l’équivalent de 2,85 M€ lors d’une vente en janvier en Arizona.
La croissance vient surtout des “modern classics” : supercars post-1990, Lamborghini, Ferrari, McLaren, Bugatti… et certaines Porsche très modernes qui suivent le mouvement. Les acheteurs adorent le design radical, la rareté, et la sensation de “posséder un morceau d’époque”.
Le marché paie une prime nette pour : spec unique, faible kilométrage, état parfait. C’est là que l’argent se concentre.
Et il y a du sang neuf. Une part massive des enchérisseurs et acheteurs sur certaines ventes internationales étaient des primo-participants l’an dernier. Côté assurance collection, une majorité des demandes de devis provient désormais d’acheteurs de 59 ans et moins. Traduction : la moyenne d’âge de l’amateur se décale vers le bas.
Pourquoi ? Nostalgie + pouvoir d’achat. Les quadras/quinquas peuvent enfin s’offrir les voitures qui peuplaient leurs posters et clips : les Ferrari F40, les icônes des années 90, et les modèles qui incarnaient la réussite à l’écran.
Mais attention : tout le monde n’achète pas pour “l’émotion”. Une partie du marché est devenue clinique. On achète pour l’appréciation attendue, point. Et quand des prix stratosphériques s’affichent publiquement, l’effet moutonnier est immédiat : tout le monde veut “son” exemplaire avant le prochain palier.
Dans ce contexte, la montée des fonds d’investissement spécialisés (portefeuilles de voitures de collection) est logique : exposition au marché, sans les contraintes de détention. Mais c’est un autre jeu : tu n’as souvent pas la voiture, tu as un ticket sur sa valeur.
Chez les “Youngtimers” (20 à 30 ans), le kilométrage est devenu une obsession. Exemples récents : une Ferrari Enzo à très faible kilométrage vue à 8,10 M€ (≈ 9,6 M$ convertis), et une LaFerrari Aperta autour de 10,23 M€ (≈ 11 M$) avec moins de 160 km. On n’est plus sur “acheter une voiture”. On est sur “acheter de la rareté emballée sous vide”.
Ferrari mène la danse
Le fil rouge, que tu sois passionné ou spéculateur : Ferrari. Valeur refuge du secteur depuis des décennies, la marque connaît une surchauffe qui dépasse même son statut déjà mythique. En janvier, 9 des 10 plus hauts prix en ventes publiques concernaient des Ferrari.
Une Ferrari Enzo (2003) en excellent état a été vendue l’équivalent de 16,54 M€ lors d’une vente de janvier en Floride.
“Ferrari est le sujet du moment”, résume un acteur majeur du marché. Traduction : tout le monde en veut une… et tout le monde te jure qu’elle va valoir le double l’an prochain.
En Europe, une Ferrari FXX K Evo (2018) a été adjugée 6,98 M€, au-dessus de son estimation haute, et plus du double de son prix neuf estimé. Sur une autre vente en ligne, plusieurs Ferrari dominaient le top des lots. Même une 360 Challenge Stradale a affiché des multiples impressionnants par rapport à son prix d’origine au début des années 2000.
Ferrari coche toutes les cases : désir des plus jeunes (icônes des années 90), fascination des plus âgés (mythes racing des années 60), et historique de valeur qui rassure les investisseurs. Selon des références du secteur, les “halo cars” Ferrari ont gagné des millions en dix ans : la F50 est passée d’environ 2,04 M€ (2016) à 5,00 M€ (2025), et la LaFerrari d’environ 2,72 M€ à 4,91 M€.
Face à ça, la voiture neuve est un autre monde : en moyenne, elle perd environ 30% en deux ans, puis continue à se déprécier. Les électriques peuvent chuter encore plus vite (peur sur les batteries, techno qui évolue trop vite). Le contraste explique pourquoi certains ultra-riches traitent ces voitures comme une classe d’actifs alternative — à condition d’acheter les meilleurs exemplaires.
Mais stop à l’illusion : ce niveau d’euphorie a besoin d’un alignement rare. Les records récents se sont souvent joués sur une “tempête parfaite” : provenance impeccable, conservation maniaque, documentation complète, et une salle remplie d’acheteurs prêts à se battre. Quand ça se produit, les prix décollent.
Une Ferrari 288 GTO (1985) a dépassé l’équivalent de 7,82 M€ lors d’une vente de janvier en Floride.
Certains pros appellent ça une “prime au soin” : dossiers complets, accessoires, historique limpide — comme une montre conservée avec son film plastique. Cette discipline est payée cash par le marché.
Et pourtant : ça ne peut pas monter à l’infini. Plusieurs analystes le disent sans détour : une partie de ces résultats ressemble à des outliers, pas à une nouvelle norme. Le secteur commence à refléter l’économie réelle avec une division en “K” : l’exceptionnel grimpe, le reste stagne.
Parce qu’au fond, l’achat de voitures classiques reste irrationnel — et c’est justement pour ça que ça marche. Ego, statut, nostalgie, compétitivité, joie pure. Personne n’en “a besoin”. Mais beaucoup en veulent.
David Lee, lui, coupe court au débat : sa 250 GTO blanche, il veut la conduire. Pas l’enterrer dans un coffre climatisé. Son objectif : partager l’excitation et donner au public une vraie idée de ce que ces voitures sont en vrai.
Foire Aux Questions
Pourquoi les voitures de collection flambent-elles en 2026 ?
Parce que la demande se concentre sur des modèles rares (surtout supercars modernes), avec plus de nouveaux acheteurs, plus d’outils digitaux, et une forte dimension “investissement + trophée”.
Quelles voitures prennent le plus de valeur aujourd’hui ?
Les exemplaires “top tier” : faible kilométrage, état concours, configuration rare, historique limpide. Les supercars post-1990 et certains modèles Ferrari dominent les records récents.
Est-ce un bon investissement ou une bulle ?
Les pros parlent d’un marché à deux vitesses. Les records sont parfois des cas extrêmes. Les pièces exceptionnelles tiennent mieux, mais rien ne garantit une hausse continue.
Pourquoi Ferrari surperforme-t-elle autant ?
Marque “blue-chip” du secteur : héritage en compétition, désir intergénérationnel, production limitée sur certains modèles, et historique de prix qui rassure les acheteurs.
Faut-il acheter via un fonds de voitures de collection ?
Un fonds peut donner une exposition sans les contraintes (stockage, entretien, assurance). En contrepartie, tu n’as souvent pas l’usage du véhicule et tu dépends des frais, des règles et de la liquidité du fonds.
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