Aspen sans neige : la station luxe qui fait fuir ses skieurs (et ce qu’ils choisissent à la place)

Auteur : Alexis Berthoud

Prendre l’avion pour Aspen, Colorado, c’était autrefois jouer à la roulette avec la météo. Aujourd’hui, le pari a changé : ce n’est plus “est-ce que l’avion va pouvoir atterrir ?”, c’est “est-ce qu’il y aura assez de neige pour skier ?”.

Mi-février, la ville n’avait reçu que 105 inches de neige sur la saison — environ 35 inches de moins que la moyenne à cette période. Depuis le télésiège Deep Temerity, le constat est brutal : des plaques marron partout, des skieurs qui rebondissent sur des cailloux, des jeunes pousses et des zones de terre.

On ne va pas tourner autour : cette saison a été catastrophique pour les stations de l’Ouest américain. Et Aspen n’est pas un cas isolé. Avant qu’une tempête ne recouvre enfin la région fin février, des domaines du Colorado, de l’Utah et de Californie affichaient des cumuls largement sous les normales — parfois proches de records de faiblesse. Même des spots mythiques comme Deer Valley ou Palisades Tahoe ont été touchés.

Ce n’est pas la première fois que ces montagnes connaissent des hivers maigres. Mais cette année, les mauvaises conditions font décrocher des skieurs… et pas juste “pour cette saison”. Pour certains, c’est potentiellement un adieu durable. Dans une époque où la fidélité voyage s’effrite, même Aspen peut perdre ses fans les plus constants.

Du côté d’Aspen One (maison mère d’Aspen-Snowmass), le discours est clair : malgré moins de neige que d’habitude, la station affirme opérer la plus grande surface skiable du Colorado. Et surtout, elle met le paquet sur “le reste” : culture de l’après-ski, événements, concerts au sommet… parce qu’il faut bien occuper les gens quand la neige ne fait pas le job.

Le problème, c’est que les skieurs se divisent en deux camps : ceux qui viennent pour skier, et ceux qui viennent pour l’après. Les enquêtes sectorielles sont sans appel : plus de 80% des visiteurs disent que leur raison n°1, c’est le ski ou le snowboard. La bouffe, la nightlife, le social… ça arrive loin derrière.

Et même pour les 15% à 20% de gens qui ne viennent pas “que” pour skier, la logique économique explose : claquer des vols, un hôtel, des forfaits et des dîners pour une semaine à Aspen uniquement pour faire la fête en boots… ça pique. Faites le calcul : une semaine peut facilement coûter entre 7 400 € et 13 800 € par personne (ordre de grandeur), selon le niveau de prestation.

Résultat : certains se demandent s’ils doivent annuler et retenter leur chance l’an prochain. Sauf que, dans la vraie vie, c’est rarement simple.

“Beaucoup d’hôtels ont des politiques d’annulation ultra strictes — 30 jours ou plus”, explique Leigh Rowan, fondateur de Savanti Travel, une agence haut de gamme très prisée par une clientèle fortunée. Traduction : “Désolé, vous ne sortez pas de votre réservation juste parce que la neige est mauvaise.”

Et là, boom : même les voyageurs les plus réguliers — ceux qui font au moins un séjour ski par an, souvent au même endroit — commencent à revoir leur copie pour l’hiver prochain. “Beaucoup réservent jusqu’à neuf mois à l’avance pour sécuriser une chambre”, dit Rowan. “Les gens sont fatigués de jouer au casino avec des vacances ski à 9 200 € qui peuvent littéralement fondre.”

La stratégie change : on passe d’un mode “on attend de voir, quitte à prendre un hôtel moyen à la dernière minute” à une chasse active aux alternatives à Aspen. L’objectif : garder le confort, virer les galères. En clair : même expérience, moins de risque.

Parmi ceux qui regardent ailleurs : les clients qui débarquent en jet privé depuis la côte Est et le Texas, les jeunes amateurs de luxe prêts à bouger pour une bonne soirée, les familles qui profitaient des vacances scolaires pour Aspen avec de jeunes enfants, et les groupes d’amis skieurs/snowboarders qui veulent juste du bon terrain et de bons souvenirs.

Aspen Snowmass

Aspen Snowmass, comme on l’a connue lors des hivers plus généreux.

Les données de recherche confirment le mouvement : l’intérêt aux États-Unis pour “Aspen Colorado ski” recule, alors que les recherches sur “conditions de ski à Aspen” explosent. Traduction : les gens planifient moins, et surveillent plus. Sur le long terme, l’intérêt global pour les requêtes “ski + Aspen” a aussi tendance à s’éroder par rapport aux pics du début des années 2010.

Dans le secteur, une nouvelle obsession se fait une place : la “snowsurity” — comprenez des voyages “neige quasi garantie”. Et là, les regards se tournent vers des stations européennes à haute altitude avec glaciers : Hintertux et Stubai en Autriche, ou Zermatt en Suisse, par exemple.

Autre angle d’attaque : chercher de la flexibilité et du remboursable en sortant des méga-stations. Des domaines plus “boutique” comme Sugar Bowl (Californie, région de Lake Tahoe) ou Sundance (Utah) séduisent, avec leurs histoires fortes et une disponibilité parfois plus friendly pour les réservations tardives.

Et côté prix, l’écart peut calmer direct. Sugar Bowl peut descendre à environ 82 € la journée, quand Aspen démarre autour de 229 €. Sundance tourne autour de 146 € la journée, environ la moitié d’un pass en semaine dans certaines grandes stations voisines (autour de 323 € dans l’exemple cité).

Sugar Bowl

Tracer des courbes dans la poudreuse à Sugar Bowl.

Ces stations indépendantes — et beaucoup d’autres — n’en restent pas là. Elles investissent fort : rénovation, infrastructures, montée en gamme des services. Et ce n’est pas un hasard. À mesure que les méga-domaines se consolident sous de gros pass et poussent les prix vers le haut, les montagnes indépendantes voient une opportunité : attirer des skieurs qui veulent moins de foule, plus de souplesse et une expérience différente (sans se faire essorer).

À Sugar Bowl, le plan inclut environ 92 M € d’améliorations sur les prochaines années : focus sur les lodges, les zones débutants et une nouvelle télécabine. Sundance, de son côté, déroule une extension pluriannuelle : nouveau day lodge, bassins de relaxation chauffés, gros upgrades de neige de culture. À venir : deux nouveaux télésièges rapides et plus de 200 acres de terrain supplémentaire.

Et puis il y a les avantages moins “Instagrammables” mais décisifs : des chalets isolés, des files d’attente plus courtes, et une sensation de respirer. Comme les clients luxe débarquent, la restauration suit. À Sugar Bowl, le restaurant Yarrow, porté par la cheffe Traci Des Jardins (récompensée), attire déjà des clients qui auraient sinon juré fidélité à d’autres grands noms.

“Janvier 2026 est devenu le plus gros janvier de notre histoire en visites skieurs”, explique la dirigeante de Sugar Bowl. Mais Rowan le dit aussi clairement : beaucoup ne “changent pas de station”, ils changent de continent. Europe. Japon. Parce qu’ils veulent aussi une ville, de la culture, des restaurants, un vrai hôtel, et un voyage qui raconte quelque chose — pas juste un forfait.

Sundance Mountain Resort

Un nouvel hôtel à Sundance Mountain Resort, avec une vibe cinq étoiles assumée.

“Ils veulent profiter des villes, bien manger, bien dormir, et construire une expérience culturelle autour du ski”, résume Rowan. “Les familles adorent, surtout.”

Et pour ceux qui ne veulent pas attendre l’hiver prochain ? Il reste une carte sous-estimée : l’hémisphère Sud. Le Chili, notamment, voit la demande grimper fortement pour certaines stations comme Portillo. Rowan confirme : “Je vois de plus en plus de gens réserver un séjour ski en juillet ou août au Chili ou en Argentine. Les gens veulent juste du nouveau.”

Mais ne vous trompez pas : Aspen ne va pas ranger ses tapis rouges au placard. Aspen restera Aspen pour beaucoup. Et même pour ceux qui font une pause en hiver, la destination est spectaculaire… l’été.

Foire Aux Questions

Pourquoi Aspen manque-t-elle de neige cette saison ?

La saison a été marquée par des cumuls de neige inférieurs aux normales dans une grande partie de l’Ouest américain. Résultat : des pistes plus exposées, des zones sans sous-couche, et une qualité de ski inégale.

Quelles alternatives à Aspen offrent le meilleur compromis “neige + expérience” ?

Deux options ressortent : les destinations “snow sure” en Europe (altitude élevée, glaciers) et les stations indépendantes nord-américaines (plus flexibles, moins bondées) comme Sugar Bowl ou Sundance.

Combien coûte une semaine de ski haut de gamme à Aspen (ordre de grandeur) ?

Entre vols, hôtel, forfaits et restauration, une semaine peut facilement se situer autour de 7 400 € à 13 800 € par personne, selon la période et le niveau de prestation.

Comment réduire le risque de “vacances qui fondent” ?

Réservez des options remboursables, privilégiez des stations avec enneigement plus fiable (altitude/glacier), évitez les fenêtres à risque, et gardez un plan B (autre station, autre pays, ou décalage de dates).

Peut-on skier en été si l’hiver est mauvais ?

Oui, en visant l’hémisphère Sud (Chili, Argentine) durant l’été européen. C’est une vraie alternative pour ceux qui veulent skier sans attendre la saison suivante.

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