Barcelone restera comme un week-end important dans la mission de Colton Herta pour atteindre la Formule 1, et ce pour deux raisons majeures: sa première séance officielle en F1 avec Cadillac et un net mieux ressenti en Formule 2.

Un premier roulage officiel en Formule 1 avec Cadillac

Le fait marquant le plus évident a été l’achèvement réussi de sa toute première séance d’essais libres 1 (FP1) en Formule 1 pour Cadillac. Il s’agissait de sa première expérience « en conditions réelles » avec une F1 de nouvelle génération, après avoir quitté l’IndyCar au profit d’un passage par la Formule 2, dans l’idée de se créer une trajectoire vers la grille F1.

Comment s’est vraiment passé le plus grand week-end de la mission F1 de Herta

Cette FP1 à Barcelone n’était toutefois pas son tout premier contact avec une Formule 1. À l’été 2022, McLaren lui avait offert son baptême d’essais à Portimão, où il avait parcouru 162 tours (soit 466 miles) sur deux jours au volant de la McLaren F1 de 2021.

Il a aussi effectué récemment une journée de tests « TPC » (Testing of Previous Cars) avec Alpine, il y a quelques mois, afin de se réhabituer aux vitesses d’une F1.

Ajoutez à cela la préparation sur le simulateur 2026 de Cadillac: utile, mais insuffisant pour reproduire totalement les sensations réelles.

La vitesse, le freinage, l’appui : ce qui l’a le plus frappé

Interrogé sur ce qui l’a surpris lors de son roulage en FP1, Herta a pointé un élément central :

« Juste la vitesse de la voiture, non ? Quand tout le monde parle d’une F1 sur un tour d’attaque, c’est la vitesse pure. C’est la partie la plus impressionnante.

« Le freinage, l’accélération, le passage en courbe. Chaque aspect est plus rapide que tout ce que j’ai fait. C’est très impressionnant. »

Un constat d’autant plus parlant qu’il vient d’un pilote qui a gagné neuf courses en IndyCar et s’est déjà battu aux avant-postes à l’Indianapolis 500.

Sur la difficulté de prise en main, Herta estime qu’il est « difficile de dire en une heure » de roulage, car « on n’a pas le temps de vraiment être à l’aise ». Il souligne toutefois un point positif : la corrélation entre le simulateur et la piste.

« La corrélation dans le travail simulateur était plutôt bonne. Les repères changent quand on passe au réel. Ça paraît réel, donc il y a un autre aspect.

« [Mais] je pense que toute la préparation a été très utile pour ce qu’on a fait. »

Le bilan chiffré de la séance et l’avis de Cadillac

Herta a bouclé 27 tours au volant de la Cadillac MAC-26. Il a terminé à 4,334 s du meilleur temps, à moins de deux secondes de Valtteri Bottas dans l’autre voiture.

À la radio, l’équipe lui a indiqué : « nous avons rempli tous nos objectifs », en référence au programme de développement qu’il devait mener pendant cette FP1.

Après la séance, le directeur des opérations piste de Cadillac, Marc Hynes, a salué la prestation et insisté sur le défi consenti par Herta en venant courir en Europe :

« Colton, j’ai une énorme admiration pour lui, venir en Europe après la belle vie qu’il avait en IndyCar.

« Tout le monde savait que ce serait difficile d’arriver en F2 sans connaître les circuits, et on sait tous que si vous voulez y arriver en F1, il faut très bien connaître les pneus.

« Aujourd’hui, c’était le début du parcours pour lequel il est venu, donc c’était vraiment excitant pour toute l’équipe d’être en FP1, de mettre [Herta] dans la F1.

« Il a fait un peu de TPC dans le passé, mais première fois qu’il pilote ce moteur, première fois pour nous aussi de faire sortir un pilote et d’en mettre un autre.

« Donc c’est un cap pour l’équipe, un cap pour le pilote. Et c’est toujours énergisant de voir des nouveaux arriver, l’enthousiasme qu’ils apportent, et un regard neuf.

« Il a fait du bon travail pour nous. On a complété le programme, et on a obtenu les données dont on avait besoin. »

Un apprentissage permanent avec les pratiques de conduite des F1 2026

Tirer des conclusions définitives de cette première FP1 serait hasardeux: c’était la sortie numéro un, avec la certitude qu’il aura d’autres séances plus tard dans l’année, où il pourra davantage explorer les limites.

Il a évité les erreurs, géré la « multitude » de changements de réglages demandés par les ingénieurs, et a enchaîné des tâches mêlant développement et performance.

Le contexte technique rend l’exercice encore plus délicat: les unités de puissance 2026 impliquent des pratiques de conduite parfois contre-intuitives.

« J’apprenais tout le temps », a expliqué Herta. « C’est un domaine où on te dit que ça va se passer d’une certaine manière. Il faut vraiment croire que ça va se passer comme ça. Donc apprendre à faire confiance, parce que tu peux vraiment en tirer avantage à certains endroits en tant que pilote.

« Tu penses que tu vas entrer à une certaine vitesse. Et tout d’un coup la voiture commence à ralentir et tu pousses encore plus dedans.

« Avec plus de temps, ça deviendra plus naturel. Mais c’est vraiment une question de faire confiance à l’équipe. Eux te disent: voilà ce qu’on s’attend à voir se produire. Heureusement, c’est ce qui s’est passé quand j’étais dehors.

« Mais c’est plus dur quand tu es dans la voiture et juste te dire: “je suppose que je dois rester à l’accélérateur jusqu’ici”, ou ce genre de choses. »

Un possible tournant en Formule 2, malgré un début de saison compliqué

La performance de Herta en F1 comptera énormément pour la suite, mais son week-end à Barcelone a aussi pu marquer un tournant dans sa campagne de Formule 2.

Les exemples récents montrent que les résultats en F2 ne constituent pas une barrière « dure » vers la F1: Kimi Antonelli et Ollie Bearman avaient terminé sixième et 12e de la F2 2024, ce qui n’a pas empêché Antonelli d’être ensuite en situation de leader du championnat F1 deux ans plus tard.

Dans ce contexte, le fait que Herta soit 13e du championnat F2 après quatre manches — avec une meilleure place à l’arrivée limitée à une septième position — n’est pas nécessairement rédhibitoire, d’autant qu’il affronte une courbe d’apprentissage très raide: pneus Pirelli et circuits qu’il n’avait soit jamais pratiqués, soit pas roulés depuis une décennie.

Mais la différence importante par rapport à un début de saison comme celui d’Antonelli en tant que rookie, c’est qu’Antonelli avait tout de même montré une vitesse d’avant-poste. Cette vitesse, Herta avait eu du mal à la faire apparaître… jusqu’à Barcelone.

Le week-end charnière de Herta dans sa mission vers la F1

La meilleure journée de son année F2, au cœur d’un vendredi surchargé

Malgré un vendredi extrêmement chargé (essais F2, essais F1, puis qualifications F2), il a signé sa journée la plus prometteuse en F2: huitième en essais puis huitième en qualifications, ce qui constituait sa meilleure qualification de la saison (après des positions de 14e, 14e, 19e et 14e auparavant).

Surtout, pour la première fois, il a profité du principe de la grille inversée en sprint (les 10 premiers des qualifications inversés), ce qui l’a placé troisième sur la grille du sprint. Avant Barcelone, il faisait partie des cinq pilotes permanents (sur 22) n’ayant pas encore bénéficié de ce mécanisme, faute de qualifications dans le top 10.

Herta a expliqué que Barcelone était l’un des circuits les plus familiers en Europe, notamment grâce aux essais hivernaux, et qu’il y avait surtout roulé trois jours en pré-saison avec la F2:

« C’est l’endroit où j’ai probablement le plus d’expérience. Je pense que tout le monde en a en course européenne. Il y a beaucoup d’essais d’hiver ici. Mais c’est ici que j’ai eu trois jours dans la voiture de F2 en pré-saison, c’est ça ?

« Donc revenir à quelque chose d’un peu plus familier a été très utile. Dès les essais, il y a un saut clair en vitesse par rapport aux derniers week-ends.

« Ça aide beaucoup. »

Après les qualifications, il a résumé: « Je ne veux pas dire une percée, mais c’est un grand week-end pour moi par rapport à ce qui s’est passé en F2 jusqu’ici. »

Un sprint très fort… puis l’erreur du dernier tour

En sprint, il a d’abord bien exploité sa position de départ: même s’il a reculé jusqu’à la cinquième place dans les premiers tours, il a ensuite bien géré ses pneus Pirelli et est revenu dans la lutte pour le podium en fin de course.

Le point d’orgue a été un dépassement remarquable sur le junior Red Bull Nikola Tsolov, en plongeant à l’intérieur dans la chicane des virages 7/8, un endroit très inhabituel pour tenter une manœuvre. C’était un aperçu du Herta spectaculaire et offensif que les suiveurs d’IndyCar connaissent bien.

Mais ceux qui connaissent sa carrière IndyCar savent aussi que ces sommets peuvent parfois s’accompagner de chutes spectaculaires depuis de bonnes positions: crash en lutte pour la victoire à Nashville en 2021, gros impact dans le mur à Long Beach en 2022 alors qu’il était deuxième, ou sortie violente à Detroit en 2024.

À Barcelone, le scénario s’est répété: dans le dernier tour du sprint, Herta a bloqué les roues et est parti au large au virage 5, ruinant ses chances de décrocher son premier podium en F2 et retombant à la cinquième place.

Malgré cette frustration, il s’agissait tout de même de sa course la plus convaincante depuis le début de la saison F2.

Le bémol de la course principale : pneus usés, résultat sévère

Dimanche, Herta n’a pas réussi à capitaliser: il a trop sollicité ses pneus, a glissé hors du top 10 dans les derniers tours et a terminé 15e sous le drapeau à damier.

C’est un rappel brutal de la difficulté de la F2 et de la violence des classements quand on se trompe, surtout pour un pilote habitué à jouer la victoire en IndyCar et qui doit désormais se battre pour des points mineurs sur les courses de soutien de la F1.

Vendredi, Herta résumait ainsi sa saison:

« En tant que pilote, tu veux te battre, tu veux gagner, tu veux bien faire. C’est ce qu’on vise.

« Malheureusement, en ce moment, ce n’est pas ce qui se passe.

« Donc on doit baisser la tête et continuer à progresser. Mais je pense que c’est très clair chaque week-end que ça va mieux.

« Donc si on peut continuer comme ça, continuer à améliorer le rythme, mais aussi faire mon travail quand j’ai ma chance en FP1, c’est tout ce que je peux demander. »

Une évidence technique pèse lourd: se qualifier dans le top 10 en F2 change tout. Même si l’écart chronométrique entre le 10e et le 11e est souvent minime, cela peut faire la différence entre partir en pole du sprint… ou 11e.

Jusqu’ici Herta était du mauvais côté de cette frontière, et Barcelone représente son premier « pas » dans le bon sens. Il faudra attendre l’Autriche pour savoir si la tendance se confirme.

Le cœur de la mission : convaincre pour un baquet en Formule 1

Il reste essentiel de rappeler que l’objectif numéro un de Herta n’est pas de remporter le championnat F2, mais d’obtenir ce dont il a besoin pour se montrer digne d’un volant en F1.

Le directeur d’équipe Cadillac, Graeme Lowdon, expliquait à Monaco que le pilote avait pleinement conscience de la difficulté du défi:

« Quelque chose de vraiment important à mentionner avec Colton, c’est que quand il a décidé d’aller en F2, il n’avait aucune illusion sur le fait que ce serait difficile.

« Nouveaux circuits, nouveaux pneus, nouvelle approche, tout est nouveau. Il savait que tout le monde allait être rapide. Il n’y allait pas avec l’attente irréaliste de tout écraser.

« Il est allé en F2 avec un objectif précis: s’acclimater, comprendre comment fonctionnent ces pneus, comprendre comment se déroulent les week-ends de course, apprendre les lieux, apprendre les circuits.

« Tu ne peux pas faire ça loin des projecteurs, donc il faut être sous les projecteurs aussi.

« De l’extérieur, on peut regarder et dire: “ça ressemblait à une qualification difficile, c’était une course difficile”. Moi, je le regarde très différemment. Bien sûr, il voudra toujours être plus compétitif, c’est dans l’ADN d’un pilote. Mais il y a aussi beaucoup de cases qui sont cochées au fil du chemin.

« J’aime vraiment le fait qu’il relève le défi. C’est ce que ferait un vrai pilote de course, à mon avis. Donc, chapeau à lui. »

Superlicence : le compte n’y est pas encore, mais il se rapproche

Reste la question de la superlicence. Sa première FP1 lui a rapporté un point supplémentaire: Herta se retrouve désormais à « quelques points » des 40 nécessaires.

Il obtient la plus grosse part (30) grâce à sa deuxième place en IndyCar en 2024. Il a aussi pris quatre points pour sa septième place en 2025 et un point pour sa 10e place en 2023. Avec le point de la FP1, cela le place à 36.

D’autres séances d’essais pourraient combler l’écart, mais seul le top 10 de la F2 marque des points de superlicence. Or, Herta n’étant encore que 13e du championnat, la F2 ne le « paie » pour l’instant qu’en expérience engrangée.

Conclusion

À Barcelone, Colton Herta a validé un jalon majeur avec sa première FP1 en Formule 1 chez Cadillac, tout en montrant des signaux encourageants en Formule 2 malgré un résultat final parfois cruel. Si le chemin vers un baquet en F1 reste exigeant, ce week-end a prouvé qu’il avance, étape après étape — et que la suite de la saison peut encore changer l’histoire.

Foire aux Questions

Qu’est-ce qu’une séance FP1 en Formule 1 ?

La FP1 (première séance d’essais libres) ouvre le week-end de Grand Prix. Les équipes y travaillent des réglages, des procédures et parfois des programmes de développement. C’est aussi une opportunité pour certains pilotes de rouler officiellement en F1.

Pourquoi la grille du sprint est-elle « inversée » en Formule 2 ?

En F2, les 10 premiers des qualifications voient leur ordre inversé pour le sprint. Cela signifie qu’un pilote qualifié 8e, par exemple, part 3e au sprint. Herta a profité de ce système à Barcelone en se qualifiant 8e.

Pourquoi les pneus Pirelli sont-ils un enjeu central pour un pilote qui arrive en F2 ?

La compréhension et la gestion des pneus sont déterminantes en F2. Herta a souligné qu’apprendre ces pneus, sur des circuits parfois nouveaux, fait partie du cœur de son acclimatation en Europe.

À quoi servent les journées TPC (Testing of Previous Cars) ?

Les journées TPC permettent à un pilote de rouler avec des monoplaces plus anciennes. Herta en a fait une avec Alpine pour se réhabituer aux vitesses et sensations d’une Formule 1.

Comment Herta se situe-t-il pour la superlicence ?

Après Barcelone, il totalise 36 points: 30 pour sa 2e place en IndyCar 2024, 4 pour sa 7e place en 2025, 1 pour sa 10e place en 2023, plus 1 point pour sa FP1. Il vise les 40 points requis, mais les points F2 ne sont attribués qu’aux pilotes terminant dans le top 10 du championnat.

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