La Formule 1 va s’offrir un tout nouveau rendez-vous en Espagne : le Grand Prix déménage à Madrid. Avant la première course, attendue en septembre, une visite anticipée du site permet déjà de comprendre la philosophie du projet et les choix techniques qui façonneront le spectacle.

Entre routes existantes et portions créées de toutes pièces, le Madring promet un tracé à la personnalité marquée, avec un virage incliné spectaculaire, des contraintes énergétiques à anticiper pour l’ère 2026, et une logistique pensée pour les équipes comme pour les spectateurs.

Un nouveau Grand Prix d’Espagne à Madrid, entre ville et infrastructures existantes

Le Madring est un projet urbain ambitieux, construit en s’appuyant sur des axes routiers publics et sur le secteur d’IFEMA (le grand parc des expositions de Madrid). L’objectif : proposer un circuit moderne, capable d’accueillir la F1 dès septembre, avec une première mise en piste annoncée au 11 septembre.

Ce que nous avons appris en explorant le tout nouveau circuit de F1

Un circuit urbain, mais pas un tracé plat et répétitif

La multiplication des circuits urbains a fini par lasser une partie des fans, souvent à cause de tracés jugés trop semblables : enchaînements d’angles droits et profil très plat. Madrid entend se distinguer.

Le site du Madring disposait déjà d’un dénivelé notable avant même la construction du banking de La Monumental. Carlos Jimenez, directeur des opérations du circuit, résume l’intention :

« Nous devons utiliser des routes publiques existantes qui avaient déjà ce changement de hauteur, mais cela s’est très bien intégré à la piste pour créer quelque chose de très unique. »

Et d’ajouter : « Ce n’est donc pas un circuit urbain ennuyeux, c’est un circuit hybride avec une section urbaine pas si ennuyeuse. »

Les premières impressions laissent penser que le Madring pourrait offrir une expérience plus satisfaisante que certains circuits urbains récents. Mais le verdict sportif n’arrivera qu’une fois les F1 en piste.

La Monumental, le virage signature qui vise le statut d’icône

Chaque circuit cherche son passage emblématique. Au Madring, ce rôle est clairement dévolu au virage 12, « La Monumental », un virage relevé impressionnant.

Aperçu du virage relevé La Monumental sur le nouveau circuit de Madrid

Les chiffres donnent le ton : une élévation de 10 mètres, une pente de 24% (soit environ 13,5 degrés), et des forces dépassant 4G pour les pilotes. Une fois le circuit finalisé, des tribunes doivent également border cette zone.

Carlos Sainz, ambassadeur du Grand Prix d’Espagne, pense qu’en F1 ce virage pourrait se passer à fond :

« C’est impressionnant parce qu’on va entrer dans ce virage à très haute vitesse, autour de 180-200 km/h. »

« Mon sentiment est que le virage va se passer à fond tout du long, et ça va créer une opportunité de dépassement dans le gauche suivant. Le banking va permettre de positionner la voiture plus haut ou plus bas si tu veux de l’air propre pour suivre, mais si c’est facile à fond, ce sera aussi un virage où tu restes collé à l’aspiration. »

« Ce n’est pas seulement La Monumental : tout le secteur 2 a l’air assez fluide, assez rapide, et je pense que c’est génial à avoir sur un circuit urbain. »

Difficile d’imaginer que la réalisation télé ne profite pas, dès le premier tour, d’un angle de caméra élevé pour mettre en scène ce banking appelé à devenir l’image du Madring.

Pourquoi les contraintes énergétiques de 2026 ne devraient pas gâcher le spectacle ici

Avec les monoplaces actuelles, la façon dont les virages s’enchaînent peut influencer directement la qualité des courses, notamment à cause de la gestion d’énergie. Les sections rapides successives posent souvent problème : les groupes motopropulseurs hybrides apprécient davantage les portions à vitesse moyenne ou faible pour recharger.

Une crainte existait autour de La Monumental : à cause de sa vitesse élevée, elle pouvait être affectée par un phénomène attendu en 2026, le « super clipping », lorsque la voiture reste à l’accélérateur mais qu’une partie de la puissance est détournée pour recharger la batterie.

Or, l’analyse du tracé met en avant un point rassurant : la séquence serrée de virages avant La Monumental — incluant une nouvelle chicane à vitesse moyenne — devrait favoriser l’arrivée à l’entrée du banking avec suffisamment d’énergie disponible. Conséquence attendue : les pilotes pourraient déployer une part importante d’énergie et rester « plein gaz » sur l’ensemble de la section de 550 mètres.

Un chantier au calendrier serré, mais une confiance affichée

Travaux et aménagements en cours autour du nouveau circuit de F1 à Madrid

Madrid reconnaît que le calendrier est « serré » pour livrer un projet urbain construit depuis zéro à temps pour septembre. Deux facteurs ont compliqué la progression : l’ampleur des démarches administratives nécessaires pour approuver tous les aspects du circuit, et un hiver très pluvieux.

Malgré tout, les organisateurs indiquent que l’avancée du chantier ne déclenche pas d’alerte majeure. Les inspections récentes de la FIA se sont bien déroulées, et l’objectif est de finaliser, sous environ trois semaines, les zones de surface autour de la piste afin de lancer l’installation des structures temporaires, comme les tribunes.

Luis Garcia Abad, directeur général du Grand Prix d’Espagne, insiste sur la maîtrise du planning :

« Nous avons respecté le plan, et nous n’avons jamais eu une grosse inquiétude à propos du plan, parce que tout était assez bien organisé pour nous. »

« Le plus difficile pour nous, c’était de partager l’activité avec les activités normales d’IFEMA, donc il faut respecter les salons, et nous avons dû nous arrêter. »

« Mais nous planifions tout, et nous avons toujours été dans les temps. »

Un circuit en deux parties, séparé par l’autoroute M-11

Le Madring est littéralement un circuit en deux moitiés : la piste est coupée par l’autoroute M-11, franchie grâce à deux tunnels courts. La partie sud s’organise autour des bâtiments et infrastructures existants d’IFEMA, tandis que la partie nord est construite de toutes pièces.

Carlos Jimenez détaille la contrainte centrale du projet :

« Il fallait que ce soit comme ça parce que nous devions traverser une autoroute majeure au milieu, qui coupe le circuit en section nord et section sud. Nous avons déjà deux tunnels : l’un est public, l’autre est privé et a été construit par IFEMA il y a 12 ans. »

Cette configuration crée deux ambiances : près d’IFEMA, une portion plus typique de circuit urbain ; au nord, une zone plus ouverte et fluide. C’est aussi au nord que se situent les principales zones d’animation pour le public, tandis que les déplacements entre le sud et le nord devraient se faire via des navettes.

Une idée rare en F1 : une portion en intérieur à l’avenir ?

Le tracé n’est pas figé pour toute la durée du contrat, prévu jusqu’en 2035. La proximité des halls d’exposition ouvre une possibilité très atypique : imaginer un jour une section du circuit à l’intérieur.

Jimenez explique : « Nous pouvons aussi envisager d’avoir la piste à l’intérieur des halls d’exposition. C’est quelque chose que la Formule E fait à Londres, à l’ExCel, et nous y pensons ici. »

Des stands spacieux, une logistique pensée pour les équipes… et le retour des motorhomes

La zone des stands du Madring : garages spacieux et infrastructures IFEMA

La voie des stands est annoncée longue et très spacieuse, avec des garages dimensionnés généreusement. Le site offrirait même la capacité d’accueillir une 12e équipe si la grille venait à s’élargir.

Particularité importante : les camions d’ingénierie devraient être installés dans des halls d’exposition, à l’abri des intempéries, avec climatisation. Jimenez précise :

« Les garages sont spacieux avec de hauts plafonds pour le confort des équipes, et nous les avons conçus pour profiter de l’infrastructure d’IFEMA. »

« Ils sont connectés aux halls un et deux. Ces halls permettent aux équipes d’amener les camions techniques d’ingénierie, derrière les garages, dans un espace intérieur, avec climatisation en été pendant la course, et avec de nombreuses installations présentes sur site pour les événements, y compris l’électricité et les télécoms. »

Un point a toutefois fait débat : une petite marche séparera les garages de la zone où seront installés les motorhomes. Les équipes auraient pu accepter une solution d’hospitalité au plus près des stands, mais elles ont tenu à conserver leurs motorhomes, d’autant que seulement neuf courses ont lieu en Europe.

Éviter le piège des plaques d’égout : une priorité après les leçons de Las Vegas

Avec un projet urbain d’une telle ampleur, Madrid veut éviter les incidents de jeunesse qui peuvent frapper ce type d’épreuve. L’exemple de Las Vegas a marqué les esprits, et les organisateurs madrilènes ont fait un choix radical : supprimer totalement les plaques d’égout sur la surface de la piste.

Selon Jimenez, cela a demandé un énorme travail en amont :

« Après ce qui s’est passé à Vegas la première année, nous devions nous assurer qu’il n’y avait aucune plaque d’égout sur la surface de la piste. »

« C’est très complexe à réaliser, et nous avons dû détourner beaucoup de lignes de services en télécommunications, électricité, eau, systèmes de drainage et gaz. »

« Cela a pris du temps, beaucoup de planification, beaucoup de préparation, et cela a consommé encore plus de temps que la construction elle-même. Toute la paperasse, tous les permis ont pris environ 11 à 12 mois. »

Un futur asphalte rouge pour signer l’identité madrilène

Le nouvel asphalte noir du Madring est déjà posé. Les travaux portent désormais surtout sur l’infrastructure autour de la piste : barrières, tribunes et zones pour les fans.

Mais à plus long terme, Madrid envisage une signature visuelle rare : teinter certaines portions d’asphalte en rouge. L’idée a été étudiée, mais le choix pour la première année est resté prudent, car l’usage d’un pigment inédit soulevait des interrogations.

Les organisateurs rappellent toutefois que la piste devra être resurfacée pendant la durée du contrat de 10 ans. À ce moment-là, le rouge — couleur associée à l’Espagne et à Madrid — pourrait être utilisé, de façon comparable aux marquages colorés que l’on voit sur certaines voies cyclables. Cette teinte serait a priori réservée aux zones permanentes, afin d’éviter toute confusion sur les portions en voirie.

Accès spectateurs : un point fort potentiel grâce aux transports

L’expérience spectateur est devenue centrale dans les événements modernes de Formule 1, et l’accès au circuit peut faire ou défaire un week-end. Sur ce point, Madrid semble bien armée : le site, proche de l’aéroport, bénéficie d’un nœud de transports important.

La partie sud, proche des stands, est desservie par le métro de Madrid, avec un trajet d’environ 10 minutes jusqu’au centre-ville. La partie nord profite d’une ligne de train de banlieue tout aussi rapide. Taxis et bus complètent le dispositif.

Sur le papier, cela peut encourager les spectateurs à loger en centre-ville et à se rendre sur place facilement. La réalité sera toutefois jugée lors du week-end de course, quand les transports seront mis à l’épreuve par des centaines de milliers de déplacements.

Conclusion

Avec son virage incliné La Monumental, son tracé en deux mondes autour d’IFEMA et ses choix techniques pensés pour l’ère hybride, le Madring avance l’ambition de proposer un Grand Prix d’Espagne moderne et singulier. Si le chantier tient ses promesses jusqu’à septembre, Madrid pourrait rapidement s’installer comme un rendez-vous incontournable du calendrier, et ouvrir un nouveau chapitre passionnant pour la F1 en Espagne.

Foire aux Questions

Quand le Madring doit-il voir les F1 rouler pour la première fois ?

La première mise en piste est annoncée pour le 11 septembre, avec une première course programmée en septembre.

Qu’est-ce que « La Monumental » sur le circuit de Madrid ?

La Monumental est le virage 12 du Madring, un virage relevé (banking) qui s’élève jusqu’à 10 mètres, avec une pente de 24% (environ 13,5 degrés) et des contraintes dépassant 4G pour les pilotes.

Pourquoi parle-t-on de « super clipping » pour 2026, et quel est le lien avec Madrid ?

Le « super clipping » décrit une situation où la voiture reste à l’accélérateur mais détourne une partie de la puissance pour recharger la batterie. La crainte était que cela nuise à une section très rapide comme La Monumental, mais l’enchaînement de virages avant ce passage (dont une chicane à vitesse moyenne) devrait aider les voitures à y arriver avec l’énergie nécessaire.

Pourquoi le Madring est-il décrit comme « deux circuits en un » ?

Le tracé est coupé en deux par l’autoroute M-11 et relié par deux tunnels. Le sud s’appuie sur les infrastructures existantes d’IFEMA, tandis que le nord est une portion nouvelle, plus ouverte et fluide.

Comment Madrid veut-elle éviter un problème de plaques d’égout sur la piste ?

Les organisateurs expliquent avoir choisi d’éliminer totalement les plaques d’égout sur la surface de la piste, ce qui a nécessité de détourner de nombreuses lignes de services (télécommunications, électricité, eau, drainage, gaz) et un long travail de permis et d’autorisations (environ 11 à 12 mois).

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