Enchères auto : Ferrari met le feu au marché des voitures de collection (records, investisseurs, nouveaux acheteurs)

Auteur : Alexis Berthoud
La saison des enchères de voitures de collection a démarré en trombe le 17 janvier : en à peine deux heures, les “cinq Ferrari” (288 GTO, F40, F50, Enzo et LaFerrari) ont pulvérisé des records lors d’une vente en Floride. Ambiance : pas de doute, le marché est chaud. Très chaud.
Premier électrochoc : la Ferrari 288 GTO s’est envolée à l’équivalent de 7,82 M€ (contre un ancien record autour de 4,05 M€ en 2022). Et comme si ça ne suffisait pas, une Ferrari 250 GTO de 1962 est partie pour l’équivalent de 35,42 M€. Une pièce de musée roulante : seulement 36 produites, et la seule sortie d’usine en blanc (“Bianco Speciale”). Elle a été achetée par David Lee, collectionneur Ferrari et dirigeant d’une grande maison de joaillerie à Los Angeles. Son résumé est simple : « C’était la voiture de mes rêves au lycée. Je ne pensais jamais pouvoir en posséder une. »
Au total, la vente a atteint l’équivalent de 405,72 M€, quasiment le double de l’an dernier… avec moins de lots. Les analystes sont clairs : ce n’est pas un bug. C’est une dynamique. Et elle va vite — portée à la fois par des passionnés très motivés et des investisseurs franchement offensifs.
Sur trois grands rendez-vous d’enchères en janvier, la valeur totale des voitures classiques vendues a bondi d’environ 80%, alors que le volume d’annonces restait globalement stable. Et le contraste est violent avec le marché du neuf : ventes en baisse fin 2025, perspectives modestes pour 2026, avec un cocktail qui refroidit les acheteurs (taux élevés, confiance en berne, croissance de l’emploi plus lente, et une hype électrique qui s’essouffle). Pendant ce temps-là, en collection, les portefeuilles restent ouverts.
« Il y a un avenir radieux pour les voitures iconiques », explique David Lee, ici avec sa Ferrari 250 GTO.
Pour Lee, la logique est limpide : « Les gens qui gagnent beaucoup d’argent achètent ces voitures, les entretiennent et tirent les valeurs vers le haut. Le marché va continuer de monter : la base de clients s’élargit, et la richesse continue de se créer. »
Le marché américain des voitures classiques est attendu à 25 Md€ d’ici 2032 (contre environ 6,62 Md€ en 2018 et 11,59 Md€ en 2024). Derrière la hausse : la recherche d’actifs tangibles à long terme et tout l’écosystème qui se professionnalise autour (assurance, stockage, restauration, plateformes de vente).
Autre carburant : certains hauts patrimoines réduisent leur exposition à des actifs jugés trop volatils (crypto, etc.) et se repositionnent sur des voitures très haut de gamme. L’idée, c’est la rareté + le tangible + l’effet “trophée”.
Et aujourd’hui, acheter, suivre les prix, enchérir… c’est dans la poche. Les applis, les outils de suivi de valeur, et la surmédiatisation via réseaux sociaux, streaming, TV et grands événements (comme la F1) entretiennent en continu l’envie de “vintage cool”.
Les plateformes en profitent : Bring a Trailer a annoncé l’équivalent de 1,56 Md€ de ventes l’an dernier (+14,3% sur 2024). Le message est clair : il y a du flux, de l’enchère, de la friction… et donc des prix.
De l’enchère au volant, il n’y a qu’un pas: pour goûter à l’icône sans viser le marteau, Joinsteer permet d’approcher une Ferrari Testarossa via la Location avec option d'achat, avec garanties et budget maîtrisé.
Un marché à deux vitesses
La poussée ne vient pas que de l’attention des acheteurs : les maisons d’enchères accélèrent leur virage digital, optimisent les parcours, et inventent de nouvelles approches pour capter et retenir des clients. Des partenariats restauration/vente secondaire, des clubs avec avantages (assistance, accès anticipé, remises d’assurance) : tout est pensé pour fidéliser.
Les chiffres donnent le tempo : certaines maisons dépassent le milliard d’euros annuel, d’autres affichent des croissances à deux chiffres, et des acteurs plus récents ont quasiment doublé leur volume d’une année sur l’autre. Le marché se muscle, s’industrialise… mais garde une âme de compétition.
Une Porsche Carrera GT de 2005 a été adjugée l’équivalent de 2,88 M€ lors d’une vente en Arizona.
La croissance est surtout tirée par les “modern classics” : supercars post-1990 signées Lamborghini, Ferrari, McLaren, Bugatti… et même des Porsche relativement récentes. Design radical, rareté, story parfaite pour YouTube/Instagram/TikTok : l’offre est limitée, l’attention est infinie, et l’enchère fait le reste.
Le marché paie désormais une prime massive pour : configuration unique, faible kilométrage, état clinique — surtout sur les voitures modernes.
Autre bascule : le sang neuf arrive. Une grande partie des enchérisseurs et acheteurs sur certaines ventes étaient des primo-participants. Et les demandes d’assurance collection montent chez les moins de 60 ans. Traduction : l’âge moyen du collectionneur descend.
Pourquoi ? Parce que la nostalgie est un moteur et un portefeuille. Les quadras et quinquas achètent les voitures qui étaient sur leurs posters : Ferrari F40, Porsche 959, l’esthétique “Miami Vice”, les icônes vues dans les clips et les magazines. C’est émotionnel… et ça finit en virement bancaire.
Mais il y a une deuxième catégorie, plus froide : ceux qui achètent pour la courbe. Une forme d’achat “clinique” : on vise l’appréciation future, point. Et quand des ventes publiques affichent des montants stratosphériques, le FOMO fait le reste.
Dans la même logique, on voit aussi se multiplier des fonds d’investissement spécialisés dans les voitures de collection : l’investisseur n’a pas la voiture dans son garage, mais il peut capter une partie de la hausse via une structure financière. Moins de contraintes, plus de “papier”, et une exposition à l’actif.
Dans la catégorie “Youngtimer” (supercars de 20 à 30 ans), le mot magique c’est : kilométrage. Exemple : une Ferrari Enzo s’est échangée à l’équivalent de 8,95 M€ avec seulement 286 km, et une Ferrari LaFerrari Aperta a dépassé l’équivalent de 10,23 M€ avec 96 miles au compteur.
Ferrari mène la danse
Le fil rouge — passionnés comme spéculateurs — c’est Ferrari. Marque “blue chip” par excellence, elle surperforme même sa propre légende. En janvier, 9 des 10 voitures les plus chères vendues publiquement étaient des Ferrari.
Une Ferrari Enzo de 2003, très bien conservée, s’est vendue l’équivalent de 16,52 M€ lors d’une vente en Floride.
Sur le terrain, le discours est simple : tout le monde veut “en être”, et beaucoup sont persuadés que ce sera “x2 l’an prochain”.
À Paris fin janvier, une Ferrari FXX K Evo de 2018 s’est vendue 6,98 M€, au-dessus de son estimation haute, et bien au-delà de ce que le modèle coûtait neuf. Et sur des ventes en ligne “icônes globales”, plusieurs Ferrari trustent le top 10, avec des progressions qui font tourner les têtes (ex : une 360 Challenge Stradale qui vaut aujourd’hui plusieurs fois son prix d’origine).
Ferrari parle à tout le monde : les plus jeunes qui ont idolâtré les F50, les plus âgés qui fantasment sur les modèles de course des années 60, et les investisseurs qui aiment l’historique de valeur. Sur 10 ans, certains modèles “halo” ont pris des millions : une F50 est passée d’environ 1,66 M€ (2016) à 4,98 M€ (2025). Une LaFerrari a grimpé d’environ 2,21 M€ à 4,88 M€.
En face, les voitures neuves, elles, font l’inverse : elles perdent vite. Une voiture neuve peut lâcher ~30% en deux ans, puis continuer à baisser. Les électriques, souvent, déprécient plus vite encore (peur de la batterie, techno qui évolue, marché de l’occasion plus compliqué). Résultat : pour certains acheteurs, la supercar de collection devient une “alternative” crédible, même si elle reste un actif émotionnel.
Mais attention : tout n’est pas linéaire. Des spécialistes rappellent que ces records découlent parfois d’un alignement parfait (provenance irréprochable, historique béton, timing, compétition entre acheteurs). Autrement dit : des outliers, pas forcément la nouvelle norme.
Le marché commence d’ailleurs à ressembler au reste de l’économie : une courbe en “K”. Les exemplaires exceptionnels (option rare, état concours, historique premium) s’envolent. Le reste… bouge moins, voire stagne.
La Ferrari 288 GTO de 1985 a dépassé l’équivalent de 7,82 M€ lors de la vente de janvier en Floride.
Et puis il y a un facteur irrationnel, impossible à modéliser : la psychologie. Personne n’a “besoin” d’une voiture de collection. On achète pour l’ego, le statut, la nostalgie, le plaisir, l’envie de gagner, l’émotion pure. Ce sont des achats d’identité. Et ça, en enchères, ça peut déclencher une flambée en un claquement de doigts.
Un courtier résume l’avertissement à retenir : « Ça ne peut pas monter comme ça pour toujours. À un moment, la musique s’arrête. »
Du côté de David Lee, la conclusion est plus terre-à-terre : sa Ferrari 250 GTO, il compte la conduire. Pour lui, le luxe ultime, c’est aussi de partager l’expérience — faire vivre la voiture, pas juste la stocker.
Foire Aux Questions
Pourquoi les Ferrari de collection battent-elles autant de records ?
Parce qu’elles combinent rareté, image de marque “blue chip”, désir intergénérationnel et historique de valeur. Et quand plusieurs acheteurs solvables se disputent le même exemplaire parfait, le prix s’emballe.
Qu’est-ce qu’une “modern classic” (ou “youngtimer” supercar) ?
Ce sont des voitures relativement récentes (souvent post-1990, ou âgées de 20 à 30 ans) déjà considérées comme iconiques. Elles attirent pour leur design, leur technologie, leur production limitée et la nostalgie qu’elles déclenchent.
Pourquoi le faible kilométrage fait-il exploser les prix ?
Un kilométrage très bas renforce l’idée d’un exemplaire “neuf”, rare et irremplaçable. Pour certains acheteurs, c’est l’assurance de détenir le meilleur specimen — et donc de maximiser la valeur future.
Le marché des voitures de collection est-il un investissement sûr ?
Non. Les meilleurs exemplaires peuvent fortement monter, mais le marché est cyclique et très émotionnel. La liquidité, les frais (entretien, stockage, assurance) et la qualité de l’auto (provenance, état, options) font toute la différence.
Comment éviter de surpayer une voiture de collection ?
Vérifiez l’historique, la conformité, les dossiers d’entretien, les numéros, la rareté réelle de la configuration, et comparez les ventes récentes. Et surtout : fixez votre prix plafond avant d’entrer dans l’arène.














