Auteur : Alexis Berthoud

São Paulo rallume la nuit : la capitale mondiale des sorties qui refuse d’aller se coucher

Partout dans le monde, la nuit perd de sa puissance : New York, Montréal, Londres, Berlin, Sydney… même Las Vegas a vu sa fièvre retomber. Coûts qui explosent, loyers qui étranglent, obsession du “bien-être” et du sommeil parfait : beaucoup de villes baissent le rideau plus tôt.

Et puis il y a São Paulo. La plus grande ville du Brésil fait exactement l’inverse : elle appuie sur l’accélérateur, surtout dans son centre historique. Longtemps évité à cause des immeubles abandonnés, de l’insécurité et de la présence visible de consommateurs de drogues, le centre-ville revient fort. (Une étude de l’Université de São Paulo publiée en 2025 estime que 11,4 millions de Brésiliens de plus de 14 ans — soit 6,6% de la population — ont déjà consommé de la cocaïne ou du crack.)

Résultat : São Paulo a été consacrée meilleure destination nightlife dans un classement international fin novembre. Pas étonnant : ici, on sort tard sept jours sur sept. Officiellement, beaucoup de bars ferment à 2h. Officieusement, les plus motivés tirent jusqu’au lever du soleil. Et pas seulement le week-end.

Pourquoi ça marche ? Parce que la ville joue sur sa diversité… et son audace

La recette de São Paulo est simple et brutale : mélanges culturels + créativité + adaptation permanente. Les lieux de fête se multiplient partout, souvent dans des endroits improbables : un passage souterrain à l’abandon, une ancienne banque, un sous-sol de théâtre… Si tu peux caser un tabouret et une enceinte, tu peux créer un spot.

Avant d’être le Bar do Cofre, l’espace était le coffre-fort de l’ancienne Banque de l’État de São Paulo. Avant d’être le Bar do Cofre, l’espace était le coffre-fort de l’ancienne Banque de l’État de São Paulo.

Autre moteur : le réflexe “recycler” des bâtiments laissés pour compte. Logique dans une ville où l’immobilier fait partie des plus chers d’Amérique du Sud. D’après les données d’une grande plateforme de location, le loyer moyen à São Paulo atteignait 69,50 reais par m² en 2025 (environ 11,99 €), avec des pointes à 143,50 reais (environ 24,77 €) dans les quartiers les plus coûteux.

Même les micro-lieux deviennent des aimants. Quinze personnes max ? Peu importe. Si l’ambiance est là, le bouche-à-oreille fait le reste.

« São Paulo a toujours été une des villes les plus actives la nuit. Ce qui frappe aujourd’hui, c’est la créativité et la capacité d’adaptation du secteur », explique Vinicius Bento, responsable opérations food & beverage du Condessa Bar, ouvert il y a un an. Le lieu s’est fait un nom avec ses cocktails soignés et une carte courte mais efficace : dadinhos de tapioca (carrés de fromage à la tapioca), roast-beef, et du snack intelligent — pas du remplissage.

Le vrai épicentre : le centre-ville (ex-quartier financier) qui reprend le pouvoir

Le centre, ancien cœur financier, a commencé à se vider dans les années 90 au profit de quartiers plus “premium”, notamment Itaim Bibi. Puis, ces dernières années, les opérateurs de nightlife ont senti l’opportunité : loyers encore relativement bas, réformes publiques pour améliorer la sécurité, nettoyer l’espace public, restaurer les façades. La fête a suivi l’investissement.

« Avec l’arrivée de nouveaux résidents et les efforts de la ville sur la sécurité et la requalification, le centre a un vrai potentiel pour redevenir un hub commercial », estime Ruth da Silva, agente immobilière.

Symbole parfait de cette mue : l’ancien siège du Banco do Estado de São Paulo, à deux pas de la bourse brésilienne.

Le Bar do Cofre (Vault Bar), juste avant que la soirée démarre. Le Bar do Cofre (Vault Bar), juste avant que la soirée démarre.

Derrière deux portes rondes de 16 tonnes, le Bar do Cofre (Vault Bar) stocke aujourd’hui des litres de vodka, de whisky et d’Aperol à la place des billets. Sa carte joue l’équilibre : grands classiques + créations maison. On y trouve un Fitzgerald (version gin sour) et des recettes plus locales comme l’Amazonia (gin + nectar de goyave). Les cocktails tournent entre 30 et 65 reais (environ 5,18 € à 11,21 €). Côté food : tartare de bœuf et frites, menu concis. Dessert star : cookie chaud à la poêle avec glace vanille.

À quelques minutes, sous les arches baroques et Art nouveau du Theatro Municipal, un autre bar “landmark” s’est discrètement installé au sous-sol.

Les visiteurs viennent pour l’atmosphère du Bar dos Arcos : sexy, cool, et musicale. Un soir, des violonistes réinterprètent Amy Winehouse ; un autre, un DJ enchaîne R&B et classiques brésiliens. Les cocktails sont volontairement borderline — et ça marche. Le Poroso (blend de Johnnie Walker Black Label surmonté d’une mousse miel + bleu) est un hit improbable à 49 reais (environ 8,46 €). Malgré une capacité d’environ 150 personnes, il y a presque toujours une file.

Juste en face du théâtre, une galerie souterraine abandonnée pendant près de 50 ans a aussi été ressuscitée : Formosa Hi-Fi, un “listening bar” qui attire plus d’un millier de fans chaque week-end. Les DJs y mixent des vinyles : Michael Jackson vintage, Legião Urbana, et tout ce qui fait vibrer une ville qui refuse d’être tiède. L’entrée ressemble à une station de métro — jusqu’à ce que tu voies les agents de sécurité guider les clients depuis leurs VTC.

Au rooftop du 26e étage du bâtiment Martinelli, les soirées s’étirent très tard. Au rooftop du 26e étage du bâtiment Martinelli, les soirées s’étirent très tard.

La descente dans certains de ces lieux fait partie du spectacle : éclairage doux, escaliers en granit, attente quasi “mise en scène” quand c’est bondé. Bonus : tu peux parfois commander tes verres… depuis les marches. À la carte : cocktails originaux, pastels à partager (petits chaussons frits salés) et classiques réconfortants comme la galinhada (ragoût riz-poulet). La mousse au chocolat à la cachaça se retrouve sur beaucoup de tables. Compte en moyenne 70 reais (environ 12,08 €) pour manger et 40 reais (environ 6,91 €) par boisson.

Les rooftops aussi montent en puissance

Le centenaire bâtiment Martinelli, autrefois repaire de la haute société et adresse politique, est aujourd’hui une machine à coucher de soleil : au 26e étage, vue à 360° sur une ville qui se met à incendier l’horizon. Là-haut, la carte est classique : gin-tonic, caipirinhas. Au 25e, un bar à pizzas napolitaines cale les estomacs.

Le concept est malin : pas un club figé, mais un contenant flexible. Chaque week-end, des marques de soirées prennent le contrôle. Un soir électro, un autre pagode (rythme brésilien aux racines samba, né à la fin des années 70). Quand ça tire vers 4h, l’énergie déborde souvent sur la terrasse façon villa toscane.

« L’idée, c’est de garder les rues actives jour et nuit : booster la nuit et reprendre des zones longtemps désertées où l’insécurité prospérait », explique Fabio Floriano, associé d’un groupe qui pilote des événements au Martinelli. Il investit dans le centre depuis 2016.

Attention : le centre-ville “bon plan” n’est pas éternel. Aucune zone n’est encore dans le top des quartiers les plus chers, mais la requalification pousse déjà les prix vers le haut. Pour autant, la nuit ne va pas ralentir. Les investissements continuent, y compris au Martinelli, en rénovation à hauteur de 100 millions de reais (environ 17,26 M€) pour agrandir ses espaces de divertissement.

Floriano résume l’état d’esprit local : « São Paulo ne se lassera jamais des bars et des fêtes différentes. Donc aucune raison d’arrêter d’investir dans de nouvelles soirées. »

Foire Aux Questions

Pourquoi São Paulo est-elle considérée comme une des meilleures villes pour sortir la nuit ?

Parce que la ville combine une offre gigantesque, une culture du “late night” toute la semaine, et des lieux très créatifs (sous-sols, anciens bâtiments, rooftops) qui renouvellent l’expérience en continu.

Quels sont les quartiers à viser pour découvrir la nightlife de São Paulo ?

Le centre-ville (downtown/ex-quartier financier) est le point chaud actuel, grâce à la requalification urbaine, l’arrivée de nouveaux spots et une dynamique de sécurité et de restauration du patrimoine.

Est-ce que les bars ferment tôt à São Paulo ?

Beaucoup d’adresses affichent une fermeture vers 2h, mais la réalité est plus nuancée : soirées itinérantes, afters et événements sur rooftops prolongent souvent la nuit jusqu’à très tard.

Quel budget prévoir pour boire un cocktail dans ces hotspots ?

Selon les lieux, un cocktail se situe fréquemment entre 30 et 65 reais (environ 5,18 € à 11,21 €). Dans certains spots, une boisson tourne autour de 40 reais (environ 6,91 €).

La revitalisation du centre-ville va-t-elle changer la scène nocturne ?

Oui : la hausse progressive des loyers pourrait transformer l’écosystème, mais l’afflux d’investissements et le modèle “lieux flexibles + concepts de soirées” donnent à São Paulo une capacité rare à se réinventer au lieu de s’éteindre.

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