Les nouvelles F1 de 2026, et surtout leurs groupes propulseurs, divisent dĂ©jĂ  fortement aprĂšs les premiers roulages. Certaines consĂ©quences du rĂšglement sont plus inattendues que d’autres : entre gestion d’énergie plus intrusive, comportements contre-intuitifs en piste et nouveaux compromis, plusieurs Ă©lĂ©ments paraissent franchement dĂ©routants.

AprĂšs les premiers tours de roues, l’observation en piste et des retours trĂšs parlants des pilotes, voici les points les plus Ă©tranges qui ressortent jusqu’ici.

Les six choses les plus étranges à propos des F1 2026, expliquées

1) Le « super clipping » ⚡: charger en ligne droite
 en restant Ă  fond

Un nouveau jargon s’installe dĂ©jĂ  : le « super clipping ». Dans l’ùre hybride prĂ©cĂ©dente, le « clipping » dĂ©signait surtout le moment oĂč la batterie n’avait plus assez d’énergie, si bien que l’assistance de l’unitĂ© Ă©lectrique (MGU-K) chutait en bout de ligne droite, faisant baisser la puissance totale.

En 2026, les moteurs imposent une version plus contrĂŽlĂ©e et volontaire de ce phĂ©nomĂšne. Sur de longues lignes droites, il n’y a tout simplement pas assez d’énergie pour dĂ©ployer l’unitĂ© Ă©lectrique Ă  pleine puissance du dĂ©but Ă  la fin. Au lieu d’aller jusqu’à zĂ©ro dĂ©ploiement, la MGU-K peut passer en mode gĂ©nĂ©rateur : le pilote reste plein gaz, le V6 est toujours Ă  pleine charge, mais le systĂšme Ă©lectrique se recharge en freinant le vilebrequin.

C’est ce mĂ©canisme qui explique des voitures qui ralentissent malgrĂ© un accĂ©lĂ©rateur maintenu Ă  fond, un comportement dĂ©jĂ  observĂ© lors des essais. Le rĂšglement encadre toutefois l’agressivitĂ© possible : en charge « en ligne droite », la MGU-K est limitĂ©e Ă  250 kW en mode inverse (au lieu de 350 kW). L’idĂ©e est d’éviter des effets de dĂ©cĂ©lĂ©ration trop brutaux Ă  trĂšs haute vitesse et d’empĂȘcher les Ă©quipes de transformer la fin de chaque ligne droite en Ă©norme phase de recharge, en dĂ©tournant une trop grande part de la puissance du moteur vers la gĂ©nĂ©ration Ă©lectrique.

Mais une fois les voitures Ă©valuĂ©es en conditions rĂ©elles, ce « super clipping » pourrait justement ĂȘtre une partie de la solution. Si le plafond Ă©tait relevĂ©, les monoplaces pourraient rĂ©colter plus agressivement tout Ă  la fin des longues lignes droites, recharger plus vite et rĂ©duire le besoin de phases de lever de pied ailleurs sur le tour.

McLaren pousse particuliĂšrement dans ce sens pour limiter le « lift-and-coast » (lever puis laisser porter). L’argument : ce serait un compromis plus sĂ»r, car plus uniforme et prĂ©visible si tout le monde recharge majoritairement au mĂȘme endroit, lĂ  oĂč c’est le plus efficace.

Autre nuance importante : le « lift-and-coast » peut crĂ©er un diffĂ©rentiel de vitesse plus marquĂ©, car lever de pied peut faire repasser l’aĂ©rodynamique active en mode virage, ce qui ralentit davantage la voiture.

2) « MĂȘme le chef peut conduire » 👹‍🍳: des virages rapides abordĂ©s
 trĂšs en dessous de la limite

Fernando Alonso a rĂ©sumĂ© le malaise avec une formule choc : selon lui, des journalistes — voire « le chef de l’équipe » — pourraient conduire la voiture, tant il devait rouler sous la limite dans un virage rapide (le droit de l’enchaĂźnement du virage 12 Ă  BahreĂŻn).

Cette situation vient d’un double impĂ©ratif : Ă©viter de « gaspiller » de l’énergie lĂ  oĂč le gain au chrono est faible, tout en maximisant la rĂ©cupĂ©ration. Les vitesses de passage en courbe baissent pour plusieurs raisons, notamment la rĂ©duction d’appui. Mais l’effet est beaucoup plus marquĂ© dans les courbes rapides, en partie parce qu’on cherche Ă  ne pas y consommer inutilement l’énergie disponible.

Un indicateur citĂ© aprĂšs les essais : sur son meilleur tour Ă  BahreĂŻn, Alonso Ă©tait 34 km/h plus lent au minimum de vitesse dans ce virage 12 par rapport Ă  l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. La comparaison reste imparfaite (plusieurs facteurs jouent, dont une voiture dĂ©crite comme difficile), mais elle illustre le phĂ©nomĂšne.

Comparaison des vitesses minimales en virage (essais de BahreĂŻn)

Le patron de McLaren Andrea Stella résume ainsi la logique : il faut faire « des choses contre-intuitives du point de vue du pilotage » pour exploiter le groupe propulseur et viser le meilleur temps au tour.

Et le sujet risque d’enfler : BahreĂŻn combine longues lignes droites et quelques virages rapides propices Ă  mettre en Ă©vidence le « lift-and-coast » ou le « super clipping », tout en offrant des opportunitĂ©s de recharge. À Melbourne, la rĂ©cupĂ©ration d’énergie est annoncĂ©e « beaucoup, beaucoup » plus faible, ce qui pourrait rendre la problĂ©matique encore plus visible. Alan Permane (Racing Bulls) prĂ©vient dĂ©jĂ  que, d’aprĂšs la simulation, « ça va ĂȘtre dur » et que le thĂšme ne disparaĂźtra pas.

3) Des dĂ©parts Ă©tranges et irrĂ©guliers 🟱: la prĂ©-phase devient un exercice risquĂ©

Les dĂ©parts demandent dĂ©sormais une phase de prĂ©paration prolongĂ©e et agressive, visuellement et acoustiquement contre-intuitive. Pierre Gasly prĂ©vient : « Je vous conseille d’ĂȘtre devant votre TV en Australie, ça pourrait ĂȘtre un dĂ©part dont tout le monde se souviendra. »

Lors des essais, on a vu des pilotes immobiles en premiĂšre, accĂ©lĂ©rateur ouvert, pendant six Ă  seize secondes avant de s’élancer. La cause principale : la suppression de la MGU-H. Sans assistance Ă©lectrique pour prĂ©-accĂ©lĂ©rer le turbo, il faut maintenir un rĂ©gime Ă©levĂ© plusieurs secondes afin de gĂ©nĂ©rer assez d’énergie dans l’échappement pour lancer la turbine et limiter le temps de rĂ©ponse au moment du dĂ©part. Ensuite, le pilote doit souvent changer la position d’accĂ©lĂ©rateur nĂ©cessaire pour gĂ©rer la mise en mouvement et Ă©viter le patinage.

Ollie Bearman a décrit la scÚne comme « tout le monde assis sur la grille pendant 20 secondes, avec des régimes moteur qui partent dans tous les sens ».

Le bon compromis (assez de rĂ©gime pour lancer le turbo, sans dĂ©grader le dĂ©part) semble difficile Ă  trouver et impossible Ă  valider avec certitude. La fenĂȘtre de timing paraĂźt extrĂȘmement fine : un peu trop, ou pas assez, et le comportement au lĂącher d’embrayage change fortement, d’oĂč une irrĂ©gularitĂ© accrue.

À cela s’ajoute une contrainte : les 350 kW de puissance de la MGU-K ne peuvent ĂȘtre utilisĂ©s qu’à partir de 50 km/h. La phase de lancement combine donc la gestion du V6, du turbo et du couple via embrayage/accĂ©lĂ©rateur
 puis l’arrivĂ©e d’un surcroĂźt Ă©lectrique qui complique encore les demandes de couple.

Autre problĂšme : la procĂ©dure actuelle ne laisserait pas Ă  tous les pilotes, surtout ceux placĂ©s en fond de grille, le temps nĂ©cessaire pour prĂ©-lancer correctement le turbo entre leur mise en place et l’extinction des feux. Certaines Ă©quipes poussent donc pour faire Ă©voluer la procĂ©dure afin de laisser davantage de temps Ă  tout le monde.

RĂ©sultat potentiel : 22 voitures qui prennent un rĂ©gime trĂšs Ă©levĂ© durant une pĂ©riode prolongĂ©e, pour un dĂ©part pouvant varier Ă©normĂ©ment d’un pilote Ă  l’autre.

4) La premiĂšre vitesse redevient cruciale đŸ„‡: downshifts, turbo et rĂ©cupĂ©ration d’énergie

Avec l’ancien rĂšglement, la premiĂšre ne servait pratiquement qu’au dĂ©part, Ă  la sortie des stands et Ă  l’épingle de Monaco. En 2026, elle devrait ĂȘtre bien plus utilisĂ©e, Ă  cause des rĂ©trogradages destinĂ©s Ă  optimiser la rĂ©cupĂ©ration d’énergie et de la nĂ©cessitĂ© de maintenir la vitesse de rotation du turbo.

Pierre Gasly explique n’avoir jamais autant utilisĂ© la premiĂšre, sur l’ensemble du reste de sa carriĂšre en F1, que durant ces premiers essais.

Exemple chiffrĂ© : sur son meilleur tour du premier test Ă  BahreĂŻn, Max Verstappen est descendu trois fois en premiĂšre (virages 1, 8 et 10), lĂ  oĂč l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, sur un tour comparable, il n’était jamais descendu sous la deuxiĂšme.

Cette descente en premiĂšre Ă  haut rĂ©gime change le comportement dynamique, et certaines Ă©quipes souffrent plus que d’autres. Alex Albon (Williams) parle de sensations « bizarres » pour la voiture dans ces conditions.

Le phĂ©nomĂšne pourrait varier selon les motoristes. Ferrari est largement soupçonnĂ© d’utiliser un turbo plus petit que les autres : cela le rendrait plus rĂ©actif et pourrait expliquer pourquoi les voitures motorisĂ©es Ferrari semblaient moins descendre en premiĂšre Ă  BahreĂŻn — le turbo n’ayant pas autant besoin d’ĂȘtre « relancĂ© » par un rĂ©gime plus Ă©levĂ© pour Ă©viter le temps de rĂ©ponse Ă  la rĂ©accĂ©lĂ©ration.

Reste aussi une interrogation sur la robustesse : tous les groupes propulseurs toléreront-ils aussi bien des rétrogradages plus « sévÚres » répétés ?

5) L’aide au dĂ©passement pourrait coĂ»ter trop cher 🎯: de l’énergie contre du temps

Plusieurs signaux laissent penser que certaines lignes droites deviennent des portions « Ă  gain nul » : on y gĂšre l’énergie sans forcĂ©ment crĂ©er d’écarts, ce qui n’aide pas la perspective de dĂ©passements. Chez McLaren, les pilotes ont rapportĂ© des dĂ©passements « extrĂȘmement difficiles » lorsqu’ils suivaient une autre voiture en essais.

La disparition du DRS Ă©tait connue : elle est remplacĂ©e par une aĂ©rodynamique active utilisĂ©e en permanence pour amĂ©liorer l’efficience en ligne droite. Mais cela retire une partie de l’outil qui permettait de se rapprocher. Et l’aspiration naturelle est aussi affaiblie, puisque la voiture de devant est elle-mĂȘme en configuration de faible traĂźnĂ©e.

Le DRS est remplacĂ© par un mode « overtake » qui autorise une capacitĂ© de recharge un peu plus Ă©levĂ©e et un dĂ©ploiement de la MGU-K prolongĂ©, afin de maintenir la puissance Ă©lectrique maximale plus longtemps qu’en mode normal.

Le problĂšme observĂ© en essais : de nombreux cas oĂč les pilotes n’ont tout simplement pas assez d’énergie en rĂ©serve pour exploiter ce mode au bon moment.

George Russell résume le dilemme : si vous dépensez votre énergie pour dépasser au mauvais moment, vous risquez de vous faire repasser derriÚre ensuite. Ce sera trÚs dépendant des circuits : plus une piste offre de zones propices à charger et à déployer, plus la course peut devenir variée.

Mais le principe reste dur : utiliser de l’énergie pour dĂ©passer peut vous faire perdre davantage ailleurs sur le tour — alors qu’avec le DRS, le gain se payait beaucoup moins cher en gestion globale.

Isack Hadjar estime qu’on peut utiliser le mode dĂ©passement pour « clouer » la voiture de devant, mais qu’obtenir de la puissance supplĂ©mentaire sur environ 200 mĂštres en ligne droite pourrait coĂ»ter « cinq tours Ă  rĂ©cupĂ©rer l’énergie ».

McLaren propose d’autoriser davantage de recharge en ligne droite. Selon Stella, cela donnerait assez de flexibilitĂ© en rĂ©cupĂ©ration pour rendre la course rĂ©ellement possible, et permettrait aux pilotes de s’appuyer sur les qualitĂ©s intrinsĂšques des nouvelles voitures : des monoplaces plus petites, un peu plus agiles, capables de suivre de plus prĂšs. Il estime qu’on pourrait retrouver des dĂ©passements d’une maniĂšre « suffisamment traditionnelle »  Ă  condition que la rĂ©glementation Ă©volue.

6) Des qualifications encore plus chaotiques ⏱: pneus + batterie = Ă©quations impossibles

Les embouteillages et gĂȘnes en qualifications, liĂ©s Ă  la nĂ©cessitĂ© de dĂ©marrer le tour lancĂ© avec les pneus dans la bonne fenĂȘtre de tempĂ©rature, sont dĂ©jĂ  bien connus. En 2026 s’ajoute la contrainte Ă©nergĂ©tique : il faut dĂ©buter un tour de qualification avec l’état de charge maximal de la batterie, sinon on jette du temps au tour.

Et mĂȘme pendant le tour rapide, il faut optimiser la rĂ©cupĂ©ration pour recharger, ce qui encourage encore l’usage du lever de pied. Les tours de prĂ©paration comme les tours lancĂ©s sont donc impactĂ©s.

Lors du test de Barcelone, le défi est devenu évident avec des températures basses : il faut pousser davantage pour chauffer les pneus. Mais on souhaite aussi démarrer le tour avec 4 MJ dans la batterie, ce qui incite à ne pas déployer cette énergie pour aider à monter les pneus en température.

Imaginez alors 22 voitures dans les derniĂšres minutes de Q1, chacune essayant de rĂ©soudre ces Ă©quations en mĂȘme temps : le potentiel de chaos augmente.

Et il y a toujours la contrainte de temps au tour maximal en qualifications, qui empĂȘche de rouler trop lentement sur les tours de sortie et de prĂ©paration.

Fred Vasseur rappelle qu’à lui seul l’effet des pneus pouvait dĂ©jĂ  reprĂ©senter six Ă  sept dixiĂšmes l’an passĂ© : on ne peut donc pas se concentrer uniquement sur la gestion d’énergie. ConsĂ©quence probable : davantage de tours de prĂ©paration, plus de voitures « dĂ©phasĂ©es » entre elles
 et un risque accru de se gĂȘner.

Si les qualifications semblaient parfois dĂ©sordonnĂ©es, l’édition 2026 pourrait amplifier le phĂ©nomĂšne.

Foire aux Questions ❓

Qu’est-ce que le « super clipping » en F1 2026 ?

C’est une phase sur une longue ligne droite oĂč la MGU-K passe en mode gĂ©nĂ©rateur alors que le pilote reste plein gaz. Le moteur thermique continue Ă  pousser, mais une partie de l’effort sert Ă  recharger, ce qui peut faire baisser la vitesse malgrĂ© l’accĂ©lĂ©rateur Ă  fond.

Pourquoi les départs paraissent-ils plus étranges sans la MGU-H ?

Sans MGU-H, il n’y a plus d’assistance Ă©lectrique pour prĂ©-lancer le turbo. Les pilotes doivent maintenir un rĂ©gime Ă©levĂ© plusieurs secondes Ă  l’arrĂȘt pour rĂ©duire le temps de rĂ©ponse du turbo au moment du dĂ©part, ce qui rend la procĂ©dure plus longue et plus variable.

Pourquoi la premiÚre vitesse est-elle utilisée beaucoup plus souvent ?

Les pilotes rĂ©trogradent davantage pour optimiser la rĂ©cupĂ©ration d’énergie et pour maintenir la vitesse du turbo. Cela amĂšne Ă  utiliser la premiĂšre dans des virages oĂč, auparavant, on restait gĂ©nĂ©ralement en deuxiĂšme.

Le mode « overtake » remplace-t-il vraiment le DRS ?

Il remplace l’idĂ©e d’une aide au dĂ©passement, mais son efficacitĂ© dĂ©pend fortement de l’énergie disponible dans la batterie. Les essais ont montrĂ© que, souvent, les pilotes n’ont pas assez de rĂ©serve pour en profiter au bon moment, et son usage peut coĂ»ter du temps ailleurs sur le tour.

Pourquoi les qualifications pourraient-elles devenir plus compliquées en 2026 ?

Il faut combiner la préparation des pneus (bonne température au départ du tour rapide) et la contrainte de démarrer avec la batterie au maximum, tout en gérant la récupération pendant le tour. Cela peut multiplier les tours de préparation et les situations de trafic.

Conclusion 🚀

Les F1 2026 rĂ©vĂšlent dĂ©jĂ  une vĂ©ritĂ© : la performance ne se jouera pas seulement sur l’adhĂ©rence ou l’appui, mais sur l’art de placer la rĂ©cupĂ©ration et le dĂ©ploiement d’énergie au bon moment, parfois au prix de gestes de pilotage contre-nature. Si la rĂ©glementation s’ajuste et que les Ă©quipes apprivoisent ces nouveaux Ă©quilibres, le championnat pourrait ouvrir une Ăšre oĂč l’innovation Ă©nergĂ©tique redĂ©finit en profondeur la façon de se battre en piste — et ce n’est sans doute que le dĂ©but.

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