F2 à Miami et Montréal : comment les jeunes espoirs de la F1 se préparent à deux circuits inattendus

Huit semaines après l’ouverture de la saison 2026, la Formule 2 retrouve la Formule 1 à l’occasion du Grand Prix de Miami. Un retour rendu possible par un important effort logistique après l’annulation des manches de Bahreïn et d’Arabie saoudite.
Ces nouvelles dates réduisent l’écart potentiel entre les manches 1 et 2 de 90 à 55 jours, et marquent surtout une première : la F2 moderne va courir en Amérique du Nord au mois de mai, avec un enchaînement Miami puis Montréal.
Pour les pilotes et les équipes, le défi est particulier. Deux juniors de la F1 aux grandes ambitions de titre en F2, Dino Beganovic (lié à Ferrari) et Joshua Duerksen (pilote de développement Mercedes), ont détaillé leur préparation face à ces deux circuits ajoutés au calendrier à la dernière minute. Les entretiens complets sont disponibles dans le dernier épisode du podcast Road To F1.
« Je suis monté sur le simulateur tout de suite »
La F2 n’a pas perdu de temps pour trouver une solution lorsque le doute s’est installé autour des rendez-vous de Bahreïn et d’Arabie saoudite. L’idée de rejoindre la F1 à Miami et Montréal s’est imposée comme la rumeur dominante avant la confirmation officielle intervenue le 9 avril.
Conséquence : un travail accéléré pour les pilotes et les structures, soudainement confrontés à deux manches à préparer sans le plan initial.
« Au moment où j’ai su que ça arrivait, je suis allé directement sur le simulateur pour rouler et avoir déjà un premier ressenti, une première impression de ce circuit », explique Joshua Duerksen.
« Avec Invicta [son équipe], on a tout de suite roulé sur le simulateur, pour obtenir des informations de base sur la piste, sur la conduite, juste pour avoir une image plus claire le plus tôt possible. C’est la première chose qu’on a faite.
Ensuite, j’ai aussi fait mon analyse personnelle : les courses et qualifications F1 précédentes, la manière dont les courses se développent, là où on peut dépasser ou pas.
J’essaie de connaître la piste autant que possible avant d’y arriver, parce que j’ai le sentiment que ça m’aidera à avoir un temps d’avance sur les autres. »
Duerksen, vainqueur de la course sprint de F2 à Melbourne plus tôt cette année, profite aussi d’un contexte technique favorable : il roule pour Invicta Racing, l’équipe qui a mené Gabriel Bortoleto et Leonardo Fornaroli aux titres pilotes F2 en 2024 et 2025.
Invicta s’appuie sur l’infrastructure Verstappen.com Racing Pro Simulation aux Pays-Bas, un outil de travail devenu central pour de nombreux acteurs de la filière menant à la F1.
Dans une discipline monotype où les marges de manœuvre existent mais restent encadrées, le travail de réglages en amont du week-end est déterminant. D’autant plus qu’il n’y a qu’une seule séance d’essais libres de 45 minutes avant les qualifications du vendredi, et en général seulement quelques heures pour ajuster la voiture entre les deux.
Interrogé sur la part de direction de réglages décidée avant l’arrivée sur place, Duerksen est clair : « Ça va être à 80% à coup sûr, au moins 80%. On a très peu de roulage, très peu de temps, donc il faut s’assurer d’être prêts pour le premier virage, pour les premiers tours, pour les premières impressions, parce que chaque tour est super précieux maintenant.
Disons qu’on fait peut-être six, sept tours en essais libres, puis on passe directement aux qualifications.
Donc tu veux maximiser ces sept tours et avoir déjà la voiture dans une bonne fenêtre d’équilibre, que le pilote ait confiance et être préparé à savoir comment il doit piloter. La majeure partie du travail se fait en coulisses.
Quand on arrive sur le circuit, ce seront seulement de petits changements qu’on fera. C’est essentiellement pour adapter un peu les réglages à ma conduite ou aux circonstances de course.
Mais il n’y aura pas de gros changement, parce que tu ne peux pas prendre ce risque. Tu ne peux pas te permettre de passer des essais aux qualifs avec un changement majeur sans vraiment savoir quel sera l’effet.
C’est pour ça que la préparation est fondamentale. »
Un appui venu de la F1
Certains pilotes bénéficient de liens directs avec des structures de F1. C’est le cas de Dino Beganovic, membre de l’académie Ferrari depuis 2020, qui dispose aussi d’une expérience de tests en conditions réelles, dont des séances d’essais en Bahreïn et en Autriche l’an dernier.
Il a ainsi déjà travaillé sur les deux circuits à venir via le simulateur, notamment en contribuant à la préparation du week-end F1 de Miami pour Ferrari en 2025.
« J’ai utilisé mes connaissances des simulateurs F1 et les discussions F1 avec les ingénieurs pour obtenir des informations sur cette piste, afin de m’aider, mais aussi d’aider l’équipe », explique Beganovic.
« On a fait énormément de choses avant même que ce soit confirmé. J’ai beaucoup travaillé sur Montréal, par exemple, parce qu’on a passé beaucoup de temps [sur le simulateur de Ferrari cette année]. Je suis très content d’avoir fait ça, ces jours-là, et d’y avoir passé ces heures. »
Les entretiens complets avec Beganovic et Duerksen sont à retrouver dans le dernier épisode du podcast Road To F1.
« Miami aussi, plutôt l’an dernier pour la préparation du week-end de Miami [en F1]. J’en faisais partie.
Ça fait du bien d’avoir ça avant de préparer cet événement en F2, parce que j’ai l’impression d’y être déjà allé, et c’est un peu cet état d’esprit que j’essaie d’avoir : j’y suis déjà allé plein de fois, mais dans le monde virtuel. »
Retour sur Melbourne : Tsolov devant, Beganovic frustré
Le junior Red Bull Nikola Tsolov arrive à Miami en leader du championnat de F2, après sa victoire lors de la course principale à Melbourne, alors qu’il ne disputait que son troisième week-end dans la catégorie.
Un départ en fanfare dans une saison où Tsolov peut renforcer sa candidature au rôle de prochain junior Red Bull à accéder à la F1 lorsqu’une place se libérera.
Dino Beganovic a, lui, vu l’opportunité de le battre lui échapper : sa voiture engagée par DAMS s’est immobilisée, alors qu’il était bien revenu après un mauvais envol pour rouler juste derrière Tsolov.
Beganovic avait pourtant signé sa deuxième pole position en F2 à Melbourne, confirmant ses bonnes dispositions avec DAMS. Il avait déjà fait ses débuts en F2 avec cette équipe à la fin 2024, se qualifiant quatrième et décrochant un podium sur deux week-ends solides.
Après une saison 2025 en dents de scie avec Hitech, conclue à la septième place du championnat, il semble déjà plus proche d’un statut de candidat au titre depuis son retour chez DAMS.
« C’est exactement ce que nous voulions tous », dit-il à propos de sa vitesse à Melbourne.
« On sait que la F2 est un championnat difficile, et c’était honnêtement la meilleure façon de commencer l’année : pole position, une très grande vitesse en essais libres, puis un excellent rythme en course.
On sait que c’est le sport auto : certaines choses échappent à ton contrôle et à celui de l’équipe.
Donc ça arrive [l’abandon du dimanche], mais ce qu’on retient, c’est qu’on était forts à Melbourne. On peut être confiants pour les manches à venir, et ça me donne aussi une très bonne sensation avec l’équipe. »
La deuxième place à Melbourne est revenue à un autre junior Ferrari, Rafael Camara, qui a ainsi conforté ceux qui le voient parmi les favoris au titre cette année.
Autres pilotes à surveiller avant Miami
Autre moment marquant à Melbourne : l’accrochage d’Alex Dunne (ancien junior McLaren devenu junior Alpine en F1) avec son équipier Rodin Martinius Stenshorne, alors qu’ils se battaient pour la tête de la course principale.
Dunne arrivera à Miami avec une pénalité de cinq places sur la grille pour la course principale, conséquence de cet incident.
Il avait accumulé 12 points de pénalité à la fin 2025 (ils sont effacés en fin de saison, plutôt que d’être reportés comme en F1). Melbourne a prolongé ce contraste frustrant entre sa vitesse brute éclatante et sa difficulté à la transformer en résultats réguliers.
Il cherchera à corriger le tir à Miami, où le vainqueur de course IndyCar Colton Herta roulera à nouveau à domicile.
Pour Herta, le début de saison a été propre et solide, avec une septième place à Melbourne alors qu’il poursuit son adaptation à une formule très différente de celle qu’il connaît en IndyCar.
Mais la reprogrammation des manches de Miami et Montréal entraîne un effet collatéral : il ne pourra pas envisager un retour ponctuel en IndyCar pour disputer l’Indianapolis 500 fin mai, la course de Montréal entrant désormais en conflit de calendrier.
« J’avais cette idée en tête de pouvoir le faire, mais je savais au fond que ça n’allait pas pouvoir se faire de manière réaliste », explique Herta.
« Tu manques le Carb day [la dernière séance d’essais avant l’Indy 500, qui tombe le vendredi de Montréal], et c’est une journée très importante. Et même si ça pouvait marcher, je pense que c’est difficile parce que, pour moi, la F2 est clairement la priorité. Et Cadillac est clairement la priorité pour moi cette année.
L’Indy 500, ça aurait juste été un petit bonus quand j’aurais eu un peu de temps libre. Ce ne sera pas pour cette année. »
Conclusion
Avec Miami puis Montréal, la F2 aborde un enchaînement inédit en Amérique du Nord, né d’un calendrier réécrit dans l’urgence. Entre préparation sur simulateur, réglages décidés largement en amont et enjeux disciplinaires, ces manches pourraient redistribuer les cartes d’un championnat déjà lancé à pleine vitesse. Une chose est sûre : l’adaptation, plus que jamais, sera une arme décisive pour la suite de la saison.
Foire aux Questions
Pourquoi la F2 court-elle à Miami et à Montréal cette année ?
Parce que les manches de Bahreïn et d’Arabie saoudite ont été annulées. La F2 a remplacé ces rendez-vous en rejoignant la F1 à Miami puis à Montréal, ce qui modifie fortement le rythme de la saison.
Pourquoi le simulateur est-il si important avant un week-end de F2 ?
Le temps de piste est très limité : il n’y a qu’une séance d’essais libres de 45 minutes avant les qualifications du vendredi. Joshua Duerksen explique qu’une grande partie de la direction de réglages est donc décidée avant le week-end, grâce au travail en simulateur et à l’analyse.
Qu’est-ce qui rend les réglages si sensibles en F2 ?
Les équipes disposent de peu de tours pour valider leurs choix : Duerksen évoque parfois seulement six ou sept tours en essais libres avant de passer aux qualifications. Dans ce contexte, effectuer un gros changement de réglage juste avant les qualifs est jugé trop risqué.
Les « points de pénalité » en F2, ça sert à quoi ?
Ils sanctionnent les incidents et comportements en piste. Alex Dunne avait 12 points de pénalité à la fin 2025, et l’article précise qu’en F2 ces points sont effacés à la fin de la saison (contrairement à la F1 où ils peuvent se reporter).
Qu’a changé la reprogrammation du calendrier pour Colton Herta ?
Elle a créé un conflit avec Montréal, ce qui empêche Herta d’envisager une participation ponctuelle à l’Indianapolis 500 fin mai. Il souligne aussi qu’il aurait manqué le « Carb day », la dernière séance d’essais avant l’Indy 500, et rappelle que ses priorités de l’année sont la F2 et Cadillac.
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