đš Formula E : les 20 pilotes Ă©crivent Ă Mohammed Ben Sulayem et demandent des changements forts

Les 20 pilotes actuellement engagĂ©s en Formula E ont signĂ© une lettre exceptionnelle adressĂ©e directement au prĂ©sident de la FIA, Mohammed Ben Sulayem. Dans ce courrier, ils mettent en cause ce quâils considĂšrent comme un niveau insuffisant de commissariat sportif, de direction de course et dâapplication de certaines rĂšgles sportives au sein du championnat 100% Ă©lectrique.
La lettre a Ă©tĂ© envoyĂ©e le 11 mars par les reprĂ©sentants du groupe des pilotes, Lucas di Grassi et Oliver Rowland (champion de Formula E en titre). Elle dresse une liste de griefs dĂ©crits comme anciens et persistants du point de vue des pilotes : incidents en piste, mais aussi sentiment dâun manque de comprĂ©hension fondamentale du style de course propre Ă la Formula E. Plusieurs pilotes, sous couvert dâanonymat, avaient dĂ©jĂ indiquĂ© par le passĂ© avoir peu ou pas de confiance professionnelle envers plusieurs officiels seniors du championnat.
âïž Une lettre cadrĂ©e⊠puis trĂšs critique
Le courrier commence par reconnaĂźtre des progrĂšs : les pilotes disent constater « beaucoup dâefforts et dâamĂ©liorations dâannĂ©e en annĂ©e » concernant les ASN locaux, le commissariat de piste, la sĂ©curitĂ©, lâĂ©tat des circuits, lâĂ©quitĂ© technique et les protocoles gĂ©nĂ©raux.
Mais le ton change rapidement : ils souhaitent « exprimer formellement notre inquiétude partagée et croissante concernant le niveau actuel, la cohérence et la cohésion procédurale du commissariat sportif et de la direction de course dans le championnat ».
đ§ Le cas du directeur de course au cĆur des demandes
Parmi les requĂȘtes, une question vise directement le directeur de course FIA en Formula E, Marek Hanaczewski. Les pilotes demandent une « Ă©valuation interne de la comprĂ©hension et du raisonnement du directeur de course (sic) sur les rĂšgles sportives ». Ils ajoutent que « sans la capacitĂ© â et lâhumilitĂ© â de reconnaĂźtre et dâapprendre des erreurs, il y a peu de preuves dâune amĂ©lioration continue ».
Le courrier réclame aussi des mesures telles que :
- la nomination de conseillers pilotes disposant dâune expĂ©rience directe de la Formula E ;
- la rĂ©alisation dâun examen indĂ©pendant de la cohĂ©rence des dĂ©cisions des commissaires.
Parmi les thÚmes listés explicitement dans la lettre :
- lâincohĂ©rence des dĂ©cisions et lâapplication des pĂ©nalitĂ©s ;
- le manque de continuité dans la composition des panels de commissaires ;
- le besoin de conseillers pilotes et dâune expertise spĂ©cifique au championnat ;
- la logique, le leadership, la communication et la transparence de la direction de course.
Les pilotes auraient Ă©galement voulu davantage de constance dans les dĂ©cisions et plus de clartĂ© sur la maniĂšre dont les rĂšgles sportives sâappliquent en Formula E.
đ ïž Les rĂ©formes demandĂ©es (forum, lignes directrices, mĂ©canismes correctifs)
La lettre se conclut par des demandes considérées comme majeures, notamment :
- la crĂ©ation dâun « forum formel et structurĂ© » entre les pilotes et la direction de course ;
- la publication de lignes directrices plus claires, spécifiques au championnat, pour le commissariat ;
- un examen indépendant de la cohérence du commissariat ;
- la crĂ©ation de mĂ©canismes de correction dâerreurs dans le processus dâapplication et de communication des pĂ©nalitĂ©s.
Mohammed Ben Sulayem doit, selon le calendrier initial, effectuer cette semaine une apparition rare sur une course de Formula E, Ă Jarama.
đïž RĂ©actions officielles : la FIA rĂ©pond, le promoteur se tait
Dans une dĂ©claration, un porte-parole de la FIA indique que la fĂ©dĂ©ration est « en correspondance rĂ©guliĂšre » avec les constructeurs, Ă©quipes et pilotes du Championnat du monde ABB FIA Formula E sur de nombreux sujets. La FIA dit « examiner les commentaires sur les questions sportives soulevĂ©s rĂ©cemment par les pilotes » et promet de poursuivre une approche proactive afin de dĂ©velopper et dâinvestir dans le championnat, en maintenant « les plus hauts standards ».
De son cĂŽtĂ©, Formula E Operations, promoteur du Championnat du monde ABB FIA Formula E, a dĂ©clinĂ© tout commentaire lorsquâil a Ă©tĂ© sollicitĂ©.
đź Les patrons dâĂ©quipes pris de court
Les directeurs dâĂ©quipe de Formula E nâĂ©taient pas au courant de lâexistence de la lettre avant quâelle ne soit remise. DâaprĂšs les informations disponibles, si lâun des patrons savait quâune telle dĂ©marche Ă©tait possible, la plupart ont Ă©tĂ© totalement pris au dĂ©pourvu : le courrier a Ă©tĂ© envoyĂ© le mercredi 11 mars, et certains nâen auraient eu connaissance que plus de 24 heures aprĂšs sa livraison.
Le fait que les patrons nâaient pas Ă©tĂ© informĂ©s pourrait entraĂźner des mesures internes contre certains pilotes. Au moins deux Ă©quipes envisageraient de retenir des primes ce mois-ci, tandis que dâautres rĂ©flĂ©chiraient Ă dâĂ©ventuelles amendes.
Aucun des 10 directeurs dâĂ©quipe nâa souhaitĂ© sâexprimer officiellement. Il est toutefois indiquĂ© que la Formula E Teams and Manufacturers (FETAMA) a Ă©changĂ© avec lâinstance dirigeante afin de distancer les Ă©quipes de lâinitiative des pilotes.
Cette prise de distance ne signifie pas nĂ©cessairement que les patrons ne partagent pas certaines prĂ©occupations, mais plutĂŽt quâils nâont pas Ă©tĂ© consultĂ©s ni explicitement informĂ©s du courrier adressĂ© Ă Mohammed Ben Sulayem.
Un dirigeant dâĂ©quipe, sous couvert dâanonymat, a exprimĂ© une certaine comprĂ©hension envers la FIA et notamment envers Hanaczewski : « Je pense que Marek a fait un travail correct. Il travaille avec les Ă©quipes et obtient des retours des pilotes. Donc je ne suis pas sĂ»r que [la lettre] Ă©tait totalement justifiĂ©e. »
đ Les risques et le parallĂšle historique
Cette situation pourrait-elle rappeler un Ă©pisode marquant de lâhistoire des sports mĂ©caniques ? Il y a un peu plus de 44 ans, des pilotes de Formule 1 avaient fait grĂšve lors du Grand Prix dâAfrique du Sud 1982 Ă Kyalami, sur fond de litige de licences avec lâinstance de lâĂ©poque (la FISA). Lâaffaire sâĂ©tait terminĂ©e, aprĂšs un sentiment de victoire cĂŽtĂ© pilotes, par de lourdes amendes.
En Formula E, les 20 pilotes se sont montrĂ©s clairement alignĂ©s et organisĂ©s dans leur courrier au prĂ©sident de la FIA. Il est indiquĂ© quâils ont choisi cette voie extrĂȘme aprĂšs avoir eu le sentiment de ne pas ĂȘtre entendus dans le paddock depuis longtemps.
Envoyer une lettre directement au prĂ©sident de la FIA reprĂ©sente un pari majeur : la dĂ©marche met ouvertement en doute la capacitĂ© professionnelle dâĂ©lĂ©ments clĂ©s de la direction sportive du championnat, en particulier au sujet du directeur de course et, plus largement, du commissariat.
Si la FIA nâapprĂ©ciera probablement pas que lâaffaire soit devenue publique, lâenjeu central est que les prĂ©occupations collectives des pilotes ne peuvent plus ĂȘtre simplement Ă©cartĂ©es.
đ Pourquoi la comparaison avec 1982 a ses limites
Un scĂ©nario « Ă la Kyalami » semble toutefois peu probable. Les contrats actuels des pilotes avec leurs employeurs sont dĂ©crits comme beaucoup plus dĂ©taillĂ©s, avec des clauses de conformitĂ© plus complĂštes, ce qui change la dynamique dâun bras de fer.
Ă ce stade, aucune indication claire ne permet de savoir si la situation va sâapaiser ou sâenvenimer, la FIA ayant publiĂ© une rĂ©ponse jugĂ©e gĂ©nĂ©rique mais apaisante.
Une issue jugĂ©e plus probable serait que les griefs soient dâabord pris en considĂ©ration, puis en grande partie ralentis ou mis de cĂŽtĂ© afin de dĂ©samorcer des sujets qui demanderaient, pour certains, une restructuration de fond sur le long terme.
đ§ââïž Le contexte sportif : direction de course, conseillers pilotes et expertise Formula E
Le dossier ne se rĂ©sume pas Ă une opposition frontale. Hanaczewski est dĂ©crit comme actif sur plusieurs sujets, dont des lignes directrices destinĂ©es aux pilotes et dâautres questions sportives rĂ©centes.
Il a succĂ©dĂ© Ă Scot Elkins aprĂšs une pĂ©riode passĂ©e Ă ses cĂŽtĂ©s. Originaire de Pologne, Hanaczewski a rejoint la FIA en 2017 comme opĂ©rateur de contrĂŽle de course et a travaillĂ© avec Elkins jusquâau dĂ©part de ce dernier, intervenu pour des raisons professionnelles et personnelles aprĂšs le Miami E-Prix, en avril dernier Ă Homestead.
Une majoritĂ© de pilotes nourrissait un profond respect pour Elkins, qui avait dirigĂ© la plupart des E-Prix depuis la crĂ©ation de la Formula E en 2014. Ils estimaient quâil comprenait les nuances de pilotage des monoplaces de Formula E, alors quâils jugeaient frĂ©quemment les commissaires et certains conseillers pilotes moins en phase avec les techniques spĂ©cifiques â notamment les stratĂ©gies dâĂ©conomie dâĂ©nergie, susceptibles de gĂ©nĂ©rer des situations sportives tendues en piste.
Des ex-pilotes ont bien Ă©tĂ© prĂ©sents comme conseillers auprĂšs des commissaires (Paul Belmondo, Pedro Lamy, Enrique Bernoldi, Johnny Unser). Mais le fait quâaucun nâait conduit une Formula E ou nâait concouru au niveau international depuis plusieurs annĂ©es a suscitĂ© des inquiĂ©tudes chez les pilotes aprĂšs certaines dĂ©cisions.
Alexander Sims (ancien pilote BMW Andretti et Mahindra) a occupé un rÎle de conseiller des commissaires pour la premiÚre fois au Tokyo E-Prix en mars 2024, et est réapparu plusieurs fois depuis.
𧩠Des mesures déjà mises en place cÎté FIA
Parmi les évolutions récentes, Hanaczewski a présenté un nouveau manuel de lignes directrices de pilotage aux pilotes au début de la saison actuelle. La FIA a également mis en place un nouveau panel de commissaires « hors compétition » pour le reste de la saison 2025-26 de Formula E.
Ce dispositif est dirigĂ© par le prĂ©sident du panel des commissaires, Achim Loth, prĂ©sent sur lâensemble des E-Prix et disposant dâune large expĂ©rience du sport automobile international.
â Conclusion đ
En sâadressant directement Ă la prĂ©sidence de la FIA, les pilotes de Formula E ont transformĂ© des frustrations de longue date en dossier institutionnel. Entre demandes de cohĂ©rence sportive, dâexpertise spĂ©cifique et de transparence, lâĂ©quilibre Ă trouver sera dĂ©terminant pour la crĂ©dibilitĂ© de la direction de course et la confiance dans les dĂ©cisions en piste.
La suite dira si cette prise de parole collective dĂ©clenche une rĂ©forme durable â et si la Formula E peut en sortir plus forte, plus claire et plus juste pour tous.
Foire aux Questions
Qui a signé la lettre adressée à Mohammed Ben Sulayem ?
La lettre est signée par les 20 pilotes actuellement engagés en Formula E. Elle a été envoyée par leurs représentants, Lucas di Grassi et Oliver Rowland.
Que reprochent les pilotes Ă la direction sportive en Formula E ?
Ils dénoncent surtout un manque de cohérence et de constance dans le commissariat (décisions et pénalités), des problÚmes de continuité des panels de commissaires, et des critiques sur la communication, la logique et la transparence de la direction de course.
Quelles solutions concrĂštes les pilotes demandent-ils ?
Ils demandent notamment un forum formel entre pilotes et direction de course, des lignes directrices plus claires spĂ©cifiques au championnat, une revue indĂ©pendante de la cohĂ©rence des dĂ©cisions, et des mĂ©canismes pour corriger dâĂ©ventuelles erreurs dans lâapplication et la communication des pĂ©nalitĂ©s.
Pourquoi lâexpĂ©rience spĂ©cifique Ă la Formula E est-elle un sujet pour les pilotes ?
Ils estiment que certaines dĂ©cisions peuvent ĂȘtre mieux comprises avec une expertise propre aux courses de Formula E, notamment sur les stratĂ©gies dâĂ©conomie dâĂ©nergie, qui influencent fortement les manĆuvres et les incidents en piste.
Comment la FIA a-t-elle réagi ?
La FIA indique ĂȘtre en contact rĂ©gulier avec les acteurs du championnat, examiner les remarques des pilotes sur les sujets sportifs, et poursuivre une approche proactive pour dĂ©velopper la Formula E en maintenant des standards Ă©levĂ©s.
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