Fred Vesti, l’outsider Mercedes qui pousse fort pour un baquet Cadillac en 2027

Colton Herta est peut-être le nom le plus médiatisé dans la course pour récupérer le baquet Cadillac 2027 aujourd’hui associé à Valtteri Bottas. Mais, dans l’ombre, un autre candidat est en train de construire un dossier particulièrement solide : Fred Vesti.
Lors de la même séance d’essais libres 1 au Mexique où Herta a ajouté un point de superlicence (sans que ce soit, finalement, le dernier jalon de sa quête), Vesti a été l’un des débutants les plus remarqués. Remplaçant George Russell, il s’est comparé de manière très convaincante à Kimi Antonelli, nouveau champion du monde de F1, en signant un tour seulement 0,111 s plus lent.
Bradley Lord, directeur adjoint de l’équipe Mercedes, a même qualifié cette prestation de « plus impressionnante » parmi les sept sorties en essais libres déjà effectuées par Vesti en Formule 1.
Vesti fait partie des pilotes considérés, aux côtés de Bottas, Herta et Yuki Tsunoda, pour devenir l’équipier de Sergio Perez chez Cadillac en 2027. Après sa séance, il a affiché clairement son intention : le moment ne pouvait pas mieux tomber, des discussions existent, et il a « les yeux » sur ce baquet Cadillac, convaincu qu’il serait « très, très bon » dans cette voiture. Il a aussi rappelé que rouler en F1 est son objectif depuis ses débuts en sport automobile.
Un FP1 qui tombe à pic au Mexique
Vesti a raison sur un point essentiel : ce FP1 arrive à un timing idéal, alors que Cadillac n’a pas encore arrêté une décision finale sur son duo 2027.
Mercedes, avec l’accord de Russell, a donné à Vesti une vraie opportunité de performance en le laissant attaquer avec les pneus tendres. Certaines de ses sorties précédentes étaient davantage orientées vers le travail de mise au point et de développement, avec moins de place pour un tour « vitrine ».
Vesti explique que céder sa voiture à un pilote moins expérimenté n’est jamais simple pour un titulaire. Mais, dans son cas, il a déjà beaucoup roulé dans ce cadre et sa relation de travail avec Russell dure depuis quatre ans. Russell l’a aidé dans sa trajectoire en F2 (Russell champion en 2018, Vesti engagé en 2022-23). Prendre place dans la voiture de Russell avait donc une dimension particulière, et Vesti estime que Russell lui a accordé la confiance nécessaire pour réellement pousser.
Il souligne aussi que ce n’est « pas acquis » d’avoir des pneus tendres en FP1. Pour lui, cette confiance de l’équipe et du pilote titulaire illustre la position qu’il a désormais au sein de Mercedes et le soutien dont il bénéficie.
Un tour en pneus tendres, une P3 et encore du potentiel
Après la séance, Russell a tenu à appuyer publiquement la candidature de Vesti en estimant qu’il mérite une chance en F1. Il a rappelé que Vesti s’investit énormément avec l’équipe, que tout le monde le respecte, et que la plupart de ses FP1 jusqu’ici comportaient surtout le « gros du travail » plutôt que des runs de performance. D’où la volonté, côté Mercedes, de lui offrir une fenêtre pour montrer ce qu’il sait faire.
Sur la piste, Vesti a transformé cette opportunité en résultat concret : lors de son run en pneus tendres, il a signé un temps marquant et a terminé la séance troisième. Il a surtout constaté un gain d’environ 1,1 s par rapport à son meilleur tour en pneus durs, une progression qui a dépassé le gain estimé.
Vesti raconte avoir fait « un grand pas en avant » et, sans prétendre avoir tout optimisé (car il restait, selon lui, du temps à trouver avec davantage de tentatives), il se dit fier d’avoir assemblé un tour solide. Voir une P3 en tant que débutant, avec seulement une heure de roulage, correspond à un scénario de rêve. À ses yeux, cela prouve qu’il a su tirer le maximum de ce qu’il avait à disposition sur ce FP1.
Le détail qui coûte un dixième
L’écart (un peu plus d’un dixième) entre Vesti et Antonelli s’explique en partie par un choix de rapport. Vesti indique regretter d’avoir utilisé la première vitesse au virage 16, à la sortie de la section du stade : il estime qu’il aurait probablement dû être en deuxième.
Il ajoute que, sur son deuxième tour en pneus tendres, il a réussi à améliorer ses secteurs 2 et 3, ce qui plaçait son tour théorique à seulement 0,051 s d’Antonelli. Pour lui, c’est un indice direct qu’il restait encore du temps à aller chercher.
Vesti raconte aussi avoir demandé à Russell s’il pouvait enchaîner un FP2 afin d’optimiser son tour. Il insiste sur la difficulté de maximiser un unique tour sur pneus tendres, au moment où le pneu est à son pic, quand on ne dispose que d’une heure dans la voiture. Malgré cela, il se dit « très, très heureux » de ce qu’il a produit.
Pas que le chrono : aérodynamique et fenêtre d’utilisation
Au-delà du tour rapide, Vesti a aussi effectué un travail aérodynamique important pour Mercedes en pneus durs. L’objectif était d’aider l’équipe à mieux comprendre sa voiture améliorée, réputée fonctionner dans une fenêtre plus étroite que celle de sa devancière.
Vesti décrit une monoplace dont le potentiel maximal reste « très, très élevé », mais qui est aussi plus exigeante : « un peu plus impitoyable » dans certains virages. Il dit l’avoir ressenti lors de son tour en pneus tendres, en se retrouvant à plusieurs reprises en glisse. À ses yeux, c’est « une voiture différente à piloter ».
Un rôle central chez Mercedes, loin du simple pilote de réserve
Vesti a intégré l’académie Mercedes en 2021 et revendique un rôle important dans le développement de la voiture Mercedes dominatrice de la saison 2026.
Il explique que le développement de cette voiture a commencé fin 2024, ce qui peut sembler tôt alors qu’un championnat du monde restait à jouer en 2025. Selon lui, le projet était lancé depuis longtemps et il a, de fait, « mené » ce développement dans le simulateur.
Vesti décrit un processus complet : partir d’une phase où la voiture n’existait pas, la faire tourner virtuellement, puis la voir prendre vie lors des essais, découvrir sa « personnalité » et poursuivre l’évolution tout au long de l’année. Il souligne aussi que l’équipe a exploré plusieurs éléments jamais vus auparavant en F1 dans le domaine du développement, et qu’il a été « au premier plan » de cet apprentissage, entre travail sur piste et retour à Brackley pour analyser et faire progresser l’ensemble.
Il dit que voir Kimi Antonelli et George Russell gagner des courses compte beaucoup pour lui. Même sans être titulaire, il affirme avoir pris un plaisir réel à suivre et porter ce développement, ce qu’il considère comme assez rare pour un troisième pilote.
Un volume de simulateur hors norme
À 24 ans, Vesti s’est bâti une réputation interne de pilote fiable, rigoureux et rapide, bien au-delà d’un simple profil « back-up » destiné à remplir les obligations de roulage.
Il estime avoir passé environ 300 jours dans le simulateur Mercedes sur cinq ans, avec entre 150 et 200 tours effectués à chaque journée. Cela représente plus de 50 000 tours. Il explique que l’équipe simule l’intégralité d’un week-end : qualifications, départs, relais de course, scénarios de course. À force, il a le sentiment d’avoir « conduit » et même « couru » sur tous les circuits tant le programme est intense.
Il précise que, s’il reste un débutant sur certains aspects spécifiques comme les départs en course, en interne il n’est « à aucun moment » considéré comme un rookie, et qu’il y a une raison pour laquelle on l’appelle troisième pilote.
Vesti cite aussi sa capacité à basculer dans la voiture et à réaliser des tests sérieux lors de ces séances, ainsi qu’un test Pirelli effectué deux semaines auparavant : un ultime examen des pneus 2027. Pour lui, être retenu pour ces tests clés prouve un niveau supérieur à celui qu’on associe habituellement à un rookie.
Cadillac 2027 : les arguments qu’il met sur la table
Sur le plan du palmarès, Vesti rappelle sa saison de F2 2023 : deuxième du championnat, à seulement 11 points de Théo Pourchaire, avec six victoires en course pour lui (contre quatre pour son équipier chez Prema, Ollie Bearman), tout en reconnaissant qu’il bénéficiait d’une expérience plus importante.
Son parcours en monoplaces juniors ne s’est pas conclu avec un dossier « imparable » imposant une promotion automatique en F1, mais il souligne s’être souvent comparé de près — et avoir battu — plusieurs pilotes aujourd’hui en F1, dont Bearman, Liam Lawson et Isack Hadjar.
Malgré cela, aucune ouverture réaliste ne s’est présentée pour lui peu après la F2, contrairement à quatre pilotes contre lesquels il courait en 2023 (Lawson, Jack Doohan, Hadjar et Bearman) qui ont, eux, trouvé une trajectoire vers la grille.
Frustration, mais aussi conviction
Vesti décrit un mélange de frustration — liée à l’absence de baquet malgré son niveau et sa campagne de F2 — et de motivation, car il voit ces pilotes réussir en F1. Cela renforce sa conviction qu’il n’y a « aucune raison » pour qu’il ne soit pas au même niveau lorsqu’il obtiendra enfin sa chance.
Il estime aussi que son avantage se situe dans la connaissance interne d’une équipe capable de gagner des titres. Il affirme disposer d’une « base de connaissances » plus large que la plupart des pilotes du paddock, car il a gravi les échelons de 2021 à 2026, jusqu’à mener le développement en simulateur d’une voiture de référence. À ses yeux, comprendre précisément « comment » cette performance a été construite peut devenir un levier majeur pour une structure cherchant à franchir un cap.
Sur le plan purement sportif, Vesti se dit confiant : pour lui, la vitesse et le combat en piste ne sont pas un sujet, il se sent prêt, et « affamé » à l’idée de rejoindre la grille F1.
Cadillac en IMSA, mais un objectif unique : la Formule 1
Vesti court déjà pour Cadillac, puisqu’il fait partie de son équipage en IMSA SportsCar Championship depuis deux ans. Mais il insiste sur un point : son unique but reste la F1.
Il explique que ses intentions peuvent parfois être mal interprétées : tout ce qu’il fait en parallèle sert, selon lui, à être prêt pour la Formule 1. Il remarque que certains pilotes, dans une situation comparable, finissent par renoncer après un, deux ou trois ans. Lui affirme ne voir « absolument aucune raison » d’abandonner, car il croit profondément qu’un baquet existe pour lui.
Il ajoute que les retours qu’il entend, à la fois chez Mercedes et ailleurs en F1, vont dans le même sens : il n’y a aucune raison de ne pas tout donner, en gardant la confiance qu’une opportunité peut se présenter.
Conclusion
Entre une performance très visible en FP1 au Mexique, un rôle de premier plan dans le développement de la Mercedes 2026 via le simulateur, et une ambition assumée pour Cadillac en 2027, Fred Vesti est en train de sortir du statut de « pilote de l’ombre ». Si Cadillac cherche un profil capable d’apporter vitesse, méthode et culture de la performance, sa candidature coche de nombreuses cases.
La prochaine étape est simple à formuler, difficile à obtenir : transformer cette crédibilité en signature. Et dans une F1 où les trajectoires peuvent basculer en une séance, Vesti semble déterminé à provoquer son avenir plutôt qu’à l’attendre.
Foire aux Questions
Qu’est-ce qu’une séance FP1 en Formule 1, et pourquoi est-ce important pour un jeune pilote ?
La FP1 est la première séance d’essais libres d’un week-end de Grand Prix. Pour un jeune pilote, c’est une vitrine rare : peu de temps en piste, souvent des objectifs techniques, et parfois une opportunité de faire un tour rapide en pneus tendres pour montrer son niveau.
Pourquoi Fred Vesti a-t-il été particulièrement remarqué au Mexique ?
Parce qu’en remplaçant George Russell, il a réalisé une performance très proche de Kimi Antonelli (nouveau champion du monde), avec seulement 0,111 s d’écart, tout en terminant la séance troisième après un run en pneus tendres.
Que signifie « fenêtre de fonctionnement » d’une monoplace de F1 ?
C’est la plage de conditions (réglages, température des pneus, équilibre, conditions de piste) dans laquelle la voiture donne son meilleur. Vesti explique que la Mercedes a un potentiel très élevé, mais qu’elle est plus délicate et moins tolérante dans certains virages.
Quel est le rôle d’un simulateur dans le développement d’une voiture de F1 ?
Le simulateur sert à tester des réglages, des évolutions et des scénarios de roulage avant la piste. Vesti indique avoir effectué environ 300 jours de simulateur en cinq ans, avec un programme couvrant qualifications, départs et relais de course, et avoir mené le développement virtuel de la Mercedes 2026.
Pourquoi Cadillac pourrait s’intéresser à un profil comme Vesti pour 2027 ?
Vesti met en avant un mélange de vitesse (performance en FP1), d’expérience technique (développement d’une voiture de référence, tests clés dont un roulage Pirelli lié aux pneus 2027) et une motivation forte pour décrocher un baquet en Formule 1.
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