La journée « nouveautés » d’Aston Martin a attiré tous les regards ce vendredi au Grand Prix de Hongrie, mais le reste du plateau a aussi livré des signaux forts lors des essais libres au Hungaroring. Entre une Ferrari qui semble bien née sur ce tracé, une Mercedes contrariée, et un milieu de grille en mouvement, le tableau est riche en enseignements.

Gagnants et perdants des essais libres du GP de Hongrie de F1

Les perdants du vendredi au Hungaroring

Mercedes : un vendredi compliqué, malgré des circonstances atténuantes

Placer Mercedes parmi les perdants nécessite une nuance importante : Kimi Antonelli n’a pas pu boucler de tour rapide en pneus tendres au moment clé de la FP2, qui est la séance la plus représentative. Malgré cela, les indicateurs restent préoccupants.

En FP1 comme en FP2, les trois premières places ont été verrouillées par les Ferrari et, selon la séance, par Max Verstappen (FP1) ou Lando Norris (FP2). Côté Mercedes, George Russell a été le meilleur pilote de l’équipe à chaque fois, avec une cinquième place dans les deux sessions.

Russell s’est dit mécontent du resurfaçage du Hungaroring, qu’il juge bosselé, avec des zones de freinage hachées, particulièrement au virage 1. Antonelli, lui, a cédé son baquet en FP1 à Frederik Vesti, puis a surtout lutté contre des blocages de l’arrière en FP2.

Mercedes a déjà su se relancer après des vendredis difficiles, mais l’ascension s’annonce raide ici, d’autant que Verstappen avait affiché une grande forme sur un circuit lent comparable récemment, à Monaco, où il s’était qualifié en première ligne.

Lance Stroll : le temps de piste perdu au pire moment

Aston Martin apparaît souvent dans la section des déceptions cette saison, mais le cas de Lance Stroll est particulier : ce n’est pas une question d’erreur de pilotage, plutôt d’une panne qui coûte très cher en apprentissage.

Stroll a perdu un temps de piste important à cause d’une rupture de suspension. Dans le contexte de l’intérêt autour de l’AMR26 et de ses évolutions, cet incident a pu donner l’impression d’une introduction ratée. Pourtant, les performances en piste suggèrent un scénario plus encourageant.

Pedro de la Rosa a reconnu l’impact direct de cette mésaventure : « Nous avons perdu beaucoup de temps de piste avec ça, et Lance a aussi perdu beaucoup de temps de piste, parce que c’est une nouvelle sensation, une caractéristique différente pour piloter cette voiture, donc les pilotes doivent aussi s’adapter. Ce n’est pas seulement une question d’adapter le réglage, mais aussi les pilotes à cette voiture. »

Des pièces sont acheminées de Silverstone vers le Hungaroring pour permettre à Stroll de disposer de la voiture au dernier niveau de spécification. Mais cette logistique souligne aussi à quel point la situation reste fragile chez Aston Martin.

Alpine : sans évolution déclarée, et un crash qui n’arrange rien

Alpine est la seule équipe à ne pas avoir déclaré d’évolution pour le GP de Hongrie, et elle pourrait se retrouver en fond de milieu de grille tout le week-end.

Pierre Gasly, 14e lors des deux séances du vendredi, a parlé de « l’un des vendredis les plus difficiles jusqu’ici », évoquant un manque d’adhérence et de ressenti dans la voiture. Le diagnostic est sévère : l’équipe manque d’appui et « galère vraiment, vraiment », même si le vent et une piste encore verte ont aussi pesé.

Comme si cela ne suffisait pas, Franco Colapinto a crashé en FP2, ajoutant de la charge de travail pour l’équipe, notamment si la boîte de vitesses est touchée. L’ingénieur Dave Greenwood a expliqué que Colapinto s’adaptait et luttait avec le vent avant d’être « piégé » au dernier virage, tout en affirmant qu’Alpine restait « dans la course » en attendant son package d’évolutions.

Petite note positive : Paul Aron a remplacé Colapinto en FP1. Après avoir déjà roulé avec l’Audi lors de la FP1 du GP d’Espagne, Aron pourra apporter des comparaisons utiles, ce qu’il a indiqué être autorisé à faire.

Williams : chaleur sur les pneus arrière, vent, et une marge à combler

Williams s’attendait à souffrir en Hongrie, un circuit qui met beaucoup de chaleur dans les pneus arrière, et où le vent ajoute de l’instabilité. L’ingénieur Richard Frith a pointé ces deux facteurs comme des éléments susceptibles de pénaliser l’équipe tout le week-end.

Alex Albon a terminé 15e en FP1 puis 16e en FP2. Carlos Sainz, lui, a été signalé à deux reprises pour une conduite jugée erratique en FP1 (avec un avertissement pour l’un des épisodes), avant un énorme blocage en fin de séance, puis un drapeau noir-et-blanc pour avoir gêné.

Williams attend surtout un gros package d’évolutions prévu pour Bakou en septembre, et la configuration du Hungaroring, très exigeante sur l’arrière, s’avère déjà punitive. Même si ce n’est que le début du week-end, l’équipe était à 3,426% du meilleur temps : pire que toutes ses valeurs finales de week-end lors des 10 premiers rendez-vous de la saison (son précédent pire étant 3,235% en Autriche).

Les gagnants du vendredi : ceux qui ont marqué des points avant même les qualifications

Ferrari : le rythme est là, reste à concrétiser en qualifications

Charles Leclerc a signé le meilleur temps en FP1, puis Lewis Hamilton a pris le relais avec le meilleur chrono en FP2. Ferrari semble donc très bien placée pour la suite.

George Russell a même estimé que Ferrari était l’équipe à battre, « avec une bonne avance sur tout le monde ». Fred Vasseur a résumé la journée par un « jusqu’ici, tout va bien », alors que l’écurie a également apporté des évolutions en Hongrie.

Mais il a aussi rappelé que ce circuit ne rapporte pas plus de points que Silverstone ou Spa, et l’enjeu majeur reste évident : Ferrari doit d’abord réussir ses qualifications, un exercice que l’équipe n’a pas encore su maîtriser en 2026, surtout sur un tracé étroit comme le Hungaroring.

Aston Martin : des signes encourageants malgré un début agité

Selon l’ancien directeur technique de F1 Gary Anderson, le week-end du Hungaroring marque pratiquement le début de la saison d’Aston Martin. Et tout n’a pas été simple au départ.

En FP1, des vibrations inhabituelles étaient nettement audibles dans le moteur à haute vitesse sur la caméra embarquée de Fernando Alonso. Puis est survenue la casse de suspension de Lance Stroll (sur une pièce qui n’était pas une évolution).

Malgré tout, la 13e place d’Alonso en FP1 (dans une séance jugée plutôt peu représentative) a été légèrement encourageante, et sa 19e place en FP2 doit être replacée dans son contexte : sans une violation des limites de piste, il aurait été 17e.

Si cela ressemble encore à une accumulation de « si », les retours internes et externes donnent plus de crédit à l’idée d’un vendredi globalement encourageant. Adrian Newey a évoqué des « résultats provisoires prometteurs ». Alonso, lui, a indiqué qu’il n’y avait « pas de grosses surprises » ni de « gros déficit dans les virages par rapport au haut du milieu de grille », un point sur lequel des rivaux, notamment Alex Albon (Williams), étaient d’accord.

Conclusion provisoire : Aston Martin semble au moins disposer d’une voiture avec laquelle elle peut se battre en course, plutôt que de décrocher en fond de peloton.

Lando Norris : bien placé pour combler le vide derrière Ferrari

Qui peut défier Ferrari sur ce week-end ? Vendredi, un espace semblait s’ouvrir derrière la Scuderia.

Mercedes paraissait en difficulté (peut-être moins que ne le laissent croire les classements), tandis que Verstappen semblait proche du maximum que sa Red Bull pouvait offrir, au vu de ses écarts en FP1 et FP2, ainsi que de sa marge sur Isack Hadjar. Dans ce contexte, Norris, troisième, a occupé la place de principal outsider sur la journée.

Il a aussi devancé Oscar Piastri avec une marge notable, en partie expliquée par un avantage de temps de piste (Piastri n’a pas roulé en FP1) et un décalage de spécification (Piastri doit recevoir les nouvelles pièces McLaren samedi).

Après des week-ends où le résultat était bon mais pas le rythme (Silverstone), ou l’inverse (Spa), les planètes semblent peut-être mieux s’aligner pour Norris, qui viserait alors seulement un troisième podium dans sa saison de champion en titre.

Racing Bulls : un milieu de grille en mouvement, et Lawson en éclaireur

Audi reste sur deux huitièmes places consécutives et ses évolutions l’ont replacée dans la lutte à l’avant du milieu de grille. Mais Racing Bulls n’a pas ralenti.

L’évolution unique apportée à Spa avait été donnée à Arvid Lindblad. Désormais, Liam Lawson bénéficie lui aussi de cette évolution, ce qui laisse penser que les deux voitures ont de quoi se battre, et potentiellement battre Audi à nouveau en Hongrie.

Et c’est d’autant plus significatif que le Hungaroring est moins sensible à la puissance que Spa, un facteur qui devrait normalement aider Audi. Avec une évolution de piste très marquée entre les séances, voir Lawson mener le milieu de peloton (et se retrouver même devant Piastri) constitue un signal positif.

Conclusion

Ce vendredi d’essais libres au GP de Hongrie esquisse une hiérarchie en mouvement : Ferrari semble avoir une longueur d’avance, Norris s’installe comme menace crédible, Aston Martin montre des raisons d’y croire malgré des contretemps, tandis que Mercedes, Alpine et Williams ont du travail pour renverser la tendance. La suite dépendra beaucoup des qualifications sur un Hungaroring étroit, où le moindre détail peut changer l’histoire du week-end.

Dans un championnat aussi serré, chaque virage peut devenir une opportunité : reste à voir qui saura la saisir quand la pression montera.

Foire aux Questions

Pourquoi la FP2 est-elle souvent considérée comme la séance la plus représentative ?

Parce qu’elle se déroule généralement dans des conditions plus proches de celles des qualifications et de la course, et que les équipes y effectuent souvent des simulations de performance avec des réglages et des gommes plus parlants. Ici, le fait qu’Antonelli n’ait pas pu faire un tour rapide en pneus tendres en FP2 est donc un élément important pour lire la forme réelle de Mercedes.

Qu’est-ce qu’un « tour lancé » et pourquoi est-ce crucial en pneus tendres ?

Un tour lancé est un tour rapide réalisé après une mise en température des pneus, au moment où l’adhérence est optimale. En pneus tendres, c’est souvent l’indicateur le plus direct de la performance pure sur un tour, ce qui compte particulièrement sur un circuit comme le Hungaroring où dépasser est difficile.

Que change un resurfaçage de piste pour les pilotes ?

Un nouvel asphalte peut modifier l’adhérence, les vibrations et la stabilité au freinage. George Russell a notamment évoqué une piste bosselée et des zones de freinage perturbées, surtout au virage 1, ce qui peut compliquer le ressenti et l’exploitation des pneus.

Pourquoi le vent et une piste « verte » compliquent-ils le travail des équipes ?

Le vent déstabilise la voiture, surtout dans les phases de freinage et d’appui, et une piste « verte » (peu gommée) offre moins d’adhérence. Pierre Gasly a cité ces éléments parmi les facteurs qui ont contribué aux difficultés d’Alpine vendredi.

Que signifie « évolution de piste » et pourquoi est-ce important sur une journée d’essais ?

L’évolution de piste décrit le gain d’adhérence au fil des tours, quand la trajectoire se gomme et que les conditions changent. En Hongrie, cette évolution a été décrite comme très marquée entre les séances, ce qui peut expliquer des écarts et influencer la lecture du milieu de grille, comme le bon vendredi de Racing Bulls.

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