Monaco est déjà un grand prix à part dans le calendrier de Formule 1, avec des exigences de pilotage et de mise au point qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. En 2026, de nouvelles règles spécifiques au rendez-vous monégasque ajoutent une couche supplémentaire de particularités, au point d’influencer jusque certains choix de conception.

Entre des ailerons arrière revisités façon "winglets", des casse-têtes de gestion d’énergie, et une inquiétude très concrète chez un pilote qui craint que son équipe ne puisse même pas prendre le départ, voici tout ce qu’il faut retenir de la première journée du Grand Prix de Monaco 2026.

Tout ce que nous avons appris lors de la première journée du GP de Monaco 2026 de F1

Aston Martin face à un risque de crash lié à un rétrogradage "aléatoire"

Fernando Alonso a lancé une alerte très sérieuse : selon lui, Aston Martin pourrait ne pas être en mesure de courir si un problème récent de rétrogradage se reproduit à Monaco.

« Si vous avez le problème de rétrogradage comme on l’a eu à Miami, probablement on ne peut même pas courir, parce qu’on va se crasher dans une des zones de freinage à cause d’un type de rétrogradage très différent », a expliqué Alonso.

Il décrit alors les pilotes comme des « passagers » si un rétrogradage provoque une poussée venant du moteur « comme si on était plein gaz ».

« Monaco n’est pas l’endroit pour avoir un rétrogradage aléatoire, a-t-il insisté. Là, vous allez vous mettre dans le mur, et le pilote aura l’air stupide. »

À cela s’ajoute un second souci très spécifique à Monaco. Lance Stroll a révélé qu’Aston Martin perd la synchronisation de boîte dès que la voiture passe sous environ 40 km/h. Problème majeur, puisque l’épingle du Loews (Fairmont) est le virage le plus lent de la saison.

« À chaque fois qu’on passera à l’épingle du Loews, on va perdre complètement la synchro des rapports », a détaillé Stroll.

Et cette perte de synchronisation coûte du temps au tour, un luxe que l’équipe n’a pas vraiment les moyens de se permettre.

Pourquoi Leclerc a prolongé : "amour de l’équipe" et foi dans le projet

Charles Leclerc a expliqué que deux raisons principales l’ont conduit à signer son nouveau contrat avec Ferrari : « parce que j’aime cette équipe et parce que je crois au projet ».

Dans son esprit, la confiance en Fred Vasseur est centrale. Leclerc estime que le patron de la Scuderia est l’homme capable de ramener Ferrari au sommet.

« Avec Fred, on a une très bonne relation et je crois très fortement que c’est la personne qui pourra ramener Ferrari au top », a-t-il déclaré.

Il a aussi évoqué une part de loyauté, rappelant que Ferrari a été « l’une des premières » structures à croire en lui et à l’aider à arriver là où il est aujourd’hui. Mais il a laissé entendre qu’il n’a pas pour autant signé sans garde-fous.

Interrogé sur d’éventuelles conditions contractuelles liées à une échéance de résultats, il a répondu : « Je ne peux pas trop entrer dans les détails du contrat, donc je ne peux pas commenter. Mais bien sûr, ça fait partie de ces discussions. »

Leclerc a également confirmé qu’il existait d’autres options, sans préciser lesquelles, tout en réaffirmant que pour lui « Ferrari a toujours été le choix ».

Bottas répond aux rumeurs "complètement bidon" sur son avenir

Valtteri Bottas au GP de Monaco 2026 de F1

Nouveau week-end de course, nouvelle séquence où un pilote doit éteindre des rumeurs sur un baquet menacé. Cette fois, Valtteri Bottas a dû répondre à des spéculations autour de sa situation chez Cadillac.

« Ça fait partie du sport. Ce n’est pas la première fois que je fais face à ce genre de rumeurs, a-t-il dit. C’est un peu dommage que quelqu’un ait inventé un truc complètement bidon, mais c’est normal dans ce sport. »

Bottas soupçonne une logique de « titres, clics », tout en affirmant que Cadillac « connaît [sa] situation » et le « soutient à 100% », raison pour laquelle, de son côté, « ça allait au final ».

Ces rumeurs arrivent après un week-end au Canada où Bottas a été clairement dominé par son équipier Sergio Perez, et alors que son début de saison apparaît peu convaincant.

À Montréal, Bottas a concédé environ huit dixièmes et demi à Perez en qualifications sprint comme en qualifications du grand prix. Il assure toutefois que l’équipe a identifié des écarts techniques qui ont pu au minimum amplifier cet écart.

« J’ai fait le point avec l’équipe la semaine dernière et on a pu voir des problèmes, à la fois côté groupe propulseur et côté assemblage de la voiture, a-t-il expliqué. C’est tout ce que je peux dire, mais on voit des raisons, et c’est déjà bien.

Mais on doit continuer à travailler sur la qualité, sur la façon dont on assemble la voiture, comment on monte toutes les pièces, etc. »

Pour une nouvelle équipe, ces problèmes d’assemblage peuvent paraître "compréhensibles". Mais comme le sujet a déjà été mentionné par les deux pilotes, Cadillac a intérêt à corriger cela rapidement.

Des ailerons arrière surprenants, conséquence directe des règles spéciales Monaco 2026

Les besoins extrêmes en appui à Monaco ont déjà inspiré des idées audacieuses dans le passé, et 2026 ne fait pas exception.

Jeudi, plusieurs équipes ont attiré l’attention avec de nouvelles solutions de "winglets" installées sur les ailerons arrière. Ces choix découlent d’une décision de la FIA : supprimer l’aéro active pour ce week-end, au motif qu’elle apporterait peu de bénéfices et pourrait soulever des préoccupations de sécurité.

Sans aéro active, les équipes n’ont plus besoin de certains dispositifs mobiles. Cela ouvre la porte à une approche astucieuse : remplacer des actionneurs par des éléments capables de générer de l’appui.

Mercedes, McLaren et Red Bull ont présenté des solutions particulièrement complexes. Audi, Racing Bulls, Ferrari et Cadillac ont, de leur côté, opté pour des ajouts plus simples fixés sur les volets supérieurs.

Malgré l’effervescence, peu de monde pense que ces "winglets" vont bouleverser la hiérarchie. Au mieux, ils offriraient quelques centièmes au tour, des gains marginaux que certaines équipes comme Aston Martin et Haas n’ont pas jugé utile de poursuivre.

Reste une vérité propre à Monaco : si la pole se joue à très peu, ces centièmes peuvent soudain prendre une valeur énorme.

Hamilton parle de son "Bono italien" et d’un Ferrari bien mieux huilé

Lewis Hamilton estime que sa saison 2026 se déroule bien mieux que 2025, en grande partie parce que les voitures à effet de sol très rigides et difficiles à "sentir" au freinage appartiennent désormais au passé — un type de comportement qu’il a souvent dit détester.

Mais Hamilton insiste aussi sur un travail important « en arrière-plan » chez Ferrari pour rendre son côté du garage beaucoup plus efficace.

Il s’agit d’abord d’une adaptation : Hamilton se sent de plus en plus à l’aise dans son nouvel environnement et affirme davantage ses besoins (ce qui est indispensable pour tout pilote). Il a aussi été indiqué récemment qu’il est revenu à ses habitudes d’ignorer autant que possible le simulateur de l’équipe. Et il revendique un rôle dans le développement d’une nouvelle suspension Ferrari, qu’il espère payante dans les rues impitoyables de Monte-Carlo.

Mais l’autre levier, ce sont les relations internes. La première saison de Hamilton chez Ferrari a été marquée par plusieurs incompréhensions médiatisées, souvent liées à Riccardo Adami, ingénieur qui avait travaillé quatre saisons avec Carlos Sainz avant de basculer aux côtés de Hamilton.

Un des épisodes les plus étranges a eu lieu à Monaco il y a 12 mois : Hamilton, loin derrière le groupe de tête à l’arrivée, avait eu droit à un silence radio sur le tour de décélération.

Après un remaniement technique à mi-saison sur son côté du garage, Hamilton affirme que les choses fonctionnent désormais beaucoup mieux. Il va jusqu’à appeler son ingénieur de course actuel, Carlos Santi, « mon Bono italien », en référence à Peter Bonnington, figure emblématique chez Mercedes.

« Avoir cette collaboration pilote-ingénieur, parfois ça marche, parfois non, a-t-il expliqué. Avec moi et Bono, ça a fonctionné dès le début. Je sens que Carlos est comme mon Bono italien — je l’ai dit à Bono l’autre jour — dans le sens où c’est un "OG". C’est un gars plus âgé, qui a beaucoup vécu.

Le dispositif côté ingénierie est un million de fois meilleur que l’an dernier. Je commence à voir les fruits de ça en pilotant la voiture. »

Alpine enquête sur les problèmes de feeling de Gasly

Alpine en essais lors du GP de Monaco 2026 de F1

Alpine enquête sur les problèmes soudains d’équilibre ressentis par Pierre Gasly lors des deux dernières courses. L’équipe a quelque chose de différent à essayer ce week-end, même si le diagnostic n’est pas formulé de la même manière par le pilote et par l’écurie.

Gasly affirme que « on voit clairement des choses de mon côté du garage qui ne fonctionnent pas comme elles devraient » et qu’il y a « beaucoup de choses à tester ce week-end ».

Du côté d’Alpine, ce qui a été identifié est présenté comme plutôt mineur. L’équipe a mené une enquête très large, sans laisser de piste de côté, et a remis certains petits éléments dans une configuration identique à celle d’avant la pause d’avril.

L’espoir est que cela ait plus d’impact sur l’équilibre que ce qu’Alpine anticipe, mais il est aussi possible que Gasly soit particulièrement sensible à une faible variation de sensation au volant.

En miroir, l’autre côté du garage a vécu une dynamique inverse : Franco Colapinto a été aidé par un châssis légèrement plus léger et quelques changements de pièces lors des deux dernières courses, mais pas à un niveau qui expliquerait à lui seul son bond de performance. Son impression d’être « beaucoup plus connecté à la voiture » pourrait donc relever davantage d’un déclic de pilotage que d’une progression massive du matériel.

Williams : Sainz admet que sa foi a été sérieusement testée

« Ma foi a été testée ? Bien sûr. »

Carlos Sainz n’a jamais caché sa frustration face au début de saison 2026 de Williams. Mais sa prise de parole à Monaco a apporté une nuance importante : l’ampleur du choc par rapport à la fin de saison précédente.

Sainz parle régulièrement de la réalité compétitive de Williams en 2026 comme d’une simple « bosse » sur la route d’un plan de retour au premier plan. Interrogé pour savoir si cette bosse avait mis sa confiance à l’épreuve, il a répondu :

« Quand vous passez de podiums à la fin de l’an dernier à être soudain là où on était — à deux secondes et demie du rythme en début d’année — deux secondes c’est un gros test de foi, ou un gros choc pour le système. Et j’ai été le premier à dire à James [Vowles] et au management que ce n’était pas attendu. »

Il est difficile de savoir s’il comptait aller plus loin : sa bascule vers un ton plus positif, expliquant que ce choc avait poussé Williams à agir plus vite, a coïncidé avec le fait qu’on lui signale que James Vowles se trouvait à proximité.

Mais une chose ressort : pour Sainz, l’attente de résultats concrets est forte. Il fait des efforts pour rester patient, tout en voulant voir un retour sur l’investissement qu’il a consenti.

Monaco 2026 : le paradoxe d’une énergie trop abondante

Fait rare : à l’approche d’une course 2026, les discussions techniques autour du moteur et de la batterie tournent moins autour du manque d’énergie que de l’excès potentiel.

Le tracé de Monaco facilite la recharge de la batterie. Et un nouveau plafonnement de puissance (introduit pour éviter des vitesses jugées trop élevées) signifie que l’énergie dépensée via le déploiement MGU-K est plus faible que d’habitude.

Mais trop d’énergie peut devenir un problème.

Dans les très basses vitesses, les turbos peinent à maintenir la pression de suralimentation nécessaire pour optimiser le couple à la réaccélération. Une exception est évoquée : les équipes motorisées par Ferrari, grâce à des turbos plus petits, qui atteignent plus facilement le régime requis.

Lorsque ce "turbo lag" apparaît, il peut être compensé par de la puissance fournie par la MGU-K au moment où elle récupère de l’énergie. À Monaco, cela devrait être plus facile que d’habitude parce que l’énergie est abondante, et l’utilisation de la batterie pour combler ce creux coûte moins cher en compromis.

Sauf qu’on ne peut pas recharger une batterie déjà à 100%. Or, la première moitié du tour peut conduire à arriver à Portier (le virage précédant la plus longue ligne droite, dans le tunnel) avec une batterie pleine.

Les équipes motorisées par Mercedes semblent particulièrement méfiantes vis-à-vis de ce défi. Elles parlent de solutions pour l’atténuer, par exemple en dépensant un maximum d’énergie sur de très courtes phases en ligne droite.

Sinon, elles risquent de perdre beaucoup de temps sur l’une des rares portions rapides de Monaco, à cause d’une mauvaise sortie de virage liée à un turbo en difficulté. Et cette faiblesse pourrait se répéter quelques virages après l’épingle ultra lente, qui pose un problème similaire.

Haas : la faiblesse clé ne vient pas uniquement de l’évolution technique

Haas se dit confiante pour mieux exploiter sa voiture améliorée ce week-end, après des débuts compliqués au Canada — perturbés par un souci précoce qui n’était pas directement lié au nouveau package.

Ollie Bearman a révélé qu’en essais libres 1 à Montréal, l’équipe a brièvement craint que l’évolution rende la voiture plus lente que l’ancienne version, avant de découvrir qu’une autre pièce ne fonctionnait pas comme elle le devait.

Le problème : cette découverte est arrivée après que Haas s’était déjà engagée sur une direction de réglages compromise. Ce n’est qu’en qualifications principales que Bearman a débloqué un set-up permettant d’extraire plus de performance, mais au prix de caractéristiques de comportement difficiles. Résultat, l’équipe a eu l’impression d’avoir "trois séances de retard" sur ce qu’elle aurait dû apprendre.

Haas pense aussi que Miami, déjà délicat avant le Canada, avait mis en évidence des limites de la voiture. Et même si l’évolution a pu les exposer davantage, c’est surtout le circuit de Montréal qui a accentué une nervosité à l’entrée de virage et du sous-virage en milieu de courbe.

Haas estime pouvoir placer la voiture dans une meilleure fenêtre à Monaco, tout en lançant un plan de développement à moyen et long terme pour corriger ces faiblesses désormais mieux comprises.

Conclusion

Cette première journée à Monaco confirme que l’édition 2026 ne se résume pas à un simple week-end de prestige : entre l’aéro active supprimée, des solutions d’ailerons arrière inventives, des batteries parfois trop pleines et des soucis mécaniques potentiellement rédhibitoires, le circuit de la Principauté met tout le monde sous pression.

Sur un tracé où la moindre imprécision se paye au mur, la suite du week-end dira quelles équipes transformeront ces contraintes uniques en avantage. À Monaco, l’avenir appartient souvent à ceux qui savent s’adapter le plus vite.

Foire aux Questions

Pourquoi Monaco impose-t-il des réglages si spécifiques en Formule 1 ?

Le circuit est étroit, bosselé, et très lent sur une grande partie du tour, avec des freinages courts et des relances à basse vitesse. Cela exige beaucoup d’appui aérodynamique et une voiture très stable, tout en rendant la gestion du couple moteur et de la motricité cruciale.

Qu’est-ce que l’aéro active, et pourquoi a-t-elle été retirée à Monaco en 2026 ?

L’aéro active correspond à des dispositifs aérodynamiques mobiles destinés à modifier l’appui et la traînée. Pour Monaco 2026, la FIA a choisi de la retirer pour ce week-end, estimant que le gain serait limité et que cela pouvait soulever des questions de sécurité.

Comment des "winglets" sur l’aileron arrière peuvent-ils aider à Monaco ?

À Monaco, l’objectif principal est de générer un maximum d’appui. Les équipes ont exploité l’absence de certains mécanismes liés à l’aéro active pour ajouter des éléments qui peuvent contribuer à l’appui, même si le gain attendu reste marginal (quelques centièmes).

Pourquoi parle-t-on d’un excès d’énergie batterie sur ce circuit ?

Le tracé permet de recharger facilement, et le plafonnement de puissance réduit le besoin de déployer l’énergie via la MGU-K. Résultat : la batterie peut atteindre 100%, empêchant de récupérer davantage d’énergie, ce qui complique certaines stratégies visant à compenser le turbo lag à la réaccélération.

Que signifie un problème de synchronisation de boîte à très basse vitesse ?

C’est une situation où l’engagement des rapports ne se fait pas de manière optimale lorsque la voiture roule très lentement. À Monaco, cela peut coûter cher car l’épingle du Loews est la courbe la plus lente de la saison, et la moindre perte de temps à la relance se répercute sur le chrono.

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