Parler de « premières » en Formula E, c’est presque raconter l’histoire de Jake Dennis.

Premier vainqueur de l’ère Gen3. Premier champion Gen3. Premier auteur de la pole position. Premier vainqueur de la saison actuelle à São Paulo. Et premier pilote à se rendre sur un circuit où il a déjà gagné en étant leader du championnat : l’ExCeL Arena de Londres, où il compte deux de ses neuf victoires en Formula E.

Le leader au championnat de Formula E se sent « outsider » avant le dénouement du titre

Et pourtant, le paradoxe de sa saison est là : Dennis arrive à Londres en tête… mais se considère comme un outsider, un sentiment largement partagé par de nombreux observateurs.

Un classement serré avant Londres

Voici la photographie du championnat telle qu’elle se présente avant ce week-end décisif :

1. Dennis — 146 points
2. Evans — à 2 points
3. Wehrlein — à 5 points
4. Rowland — à 14 points
5. Mortara — à 30 points
6. Da Costa — à 33 points
7. Cassidy — à 42 points
8. Mueller — à 44 points
9. De Vries — à 52 points

Cette saison, Mitch Evans et Pascal Wehrlein ont souvent été perçus comme les deux hommes forts de la course au titre. Mais leurs récents faux pas ont laissé la porte entrouverte… et Dennis s’y est engouffré.

« Je me sens encore comme l’outsider »

Dennis l’assume : il ne se vit pas comme le favori naturel.

« Je me sens encore un peu comme l’outsider », a expliqué Dennis.

« J’ai l’impression que ça a été à Mitch et Pascal de le perdre, et que je viens juste d’arriver à la fête et que, d’une manière ou d’une autre, je la mène quand même. »

Petits jeux et grandes tensions avant la finale

À l’approche d’un final aussi tendu, la guerre psychologique n’est jamais loin. Dennis a même glissé une phrase qui peut compter, consciemment ou non, dans l’équilibre des forces :

« Honnêtement, si je ne le gagne pas, j’aimerais beaucoup voir Mitch (Evans) le gagner. »

« J’ai l’impression que ce gars a été le second pendant tellement d’années, et s’il y a un champion méritant sur l’ère Gen3, je pense que c’est lui, parce qu’il a fini deuxième tellement de fois. »

Le propos se veut sincère, mais Dennis sait aussi que Porsche et Pascal Wehrlein en entendront parler très vite.

Andretti et Porsche : dernière danse à Londres

Le rendez-vous londonien sera aussi le dernier week-end de course commun entre Andretti et Porsche. Une association marquée par une relation parfois irritante, sur de larges portions de ses quatre saisons.

En 2023, lors de sa première saison de titre, Dennis abordait la finale avec 24 points d’avance. La tension était montée, notamment à cause d’une hostilité venue d’un Wehrlein alors hors lutte pour le championnat — un épisode qui avait culminé avec une confrontation très visible entre Michael Andretti et des dirigeants de Porsche.

Tout s’était finalement apaisé, des mains avaient été serrées, mais l’événement avait marqué un jalon dans une relation souvent moins que cordiale. Le respect existe, mais l’envie de se battre et de se battre fort, aussi — dans les grandes halles de l’ExCeL.

Pas de concessions côté Andretti

Interrogé sur l’impact potentiel de ce contexte, Dennis est resté mesuré. Mais il a aussi été clair : pas question de changer les règles du jeu en cours de route.

« Rien n’a vraiment changé depuis la dernière course à Tokyo et nous n’accepterons aucun nouveau logiciel qui pourrait arriver », a-t-il expliqué.

« On y va avec la même voiture (qu’à Tokyo) et, oui, il n’y a pas à le nier : eux feront leur course et nous ferons la nôtre. »

Dennis a ajouté que, selon lui, Porsche n’enverrait pas d’instruction pour l’aider, pas plus qu’il n’en demanderait à Porsche — chacun comprenant que l’autre camp refuserait.

« Que le meilleur gagne, vraiment, et évidemment on a aussi Mitch dans le mélange, qui a da Costa, qui n’est pas vraiment dans la lutte pour le titre. Donc il a clairement un “ailier” avec lui. »

Un avantage minuscule, et des regrets à Tokyo

Avec 59 points encore disponibles au total, l’écart reste minime : 2 points d’avance sur Evans, 5 sur Wehrlein et 14 sur Rowland.

Dennis pourrait même arriver avec une marge plus confortable sans la malchance subie à Tokyo le mois dernier.

Lors d’une première course, une brève coupure de puissance liée à une énergie défaillante dans le dernier tour lui a coûté sept points. Puis, 24 heures plus tard, un drapeau rouge lui en a coûté sept autres. Malgré tout, il a inscrit 37 points sur ce double rendez-vous, son plus gros total sur deux courses depuis Rome en juillet 2023.

Le contexte qui change tout depuis Monaco

Dans une lutte pour le titre, le contexte est déterminant. En quittant Monaco, à moins de six courses et seulement 12 semaines de la fin, Dennis n’était que huitième du championnat, à 62 points d’Evans. L’idée d’un deuxième titre semblait très lointaine, d’autant qu’il sortait de deux qualifications en 13e position.

Lors de cette première course monégasque, il avait aussi dû s’extraire de sa Porsche endommagée après avoir été envoyé dans le mur à la Nouvelle Chicane. En rentrant à pied, il pouvait se projeter vers l’avenir, notamment la Gen4, pour laquelle il était récemment sécurisé avec Andretti via un nouveau contrat pluriannuel majeur.

« C’est un retournement assez monumental, et on mérite d’être dans la position où l’on est parce qu’on a mieux performé que tout le monde, clairement », a estimé Dennis.

« C’est une trajectoire très ascendante sur ces dernières courses en Asie. Est-ce que je m’attendais à mener en arrivant à Sanya ? Absolument pas. Mais nous y sommes. On est dans cette position. »

Drugovich peut-il aider Dennis dans la bataille ?

Être en position de force ne signifie pas être à l’abri. Avec Jaguar et Porsche capables d’avoir régulièrement leurs deux voitures d’usine aux avant-postes, Dennis pourrait avoir besoin d’un coup de main interne : celui de son équipier Felipe Drugovich.

« Beaucoup de gens peuvent manipuler la course, et on a déjà vu des tactiques à Tokyo, où certains se placent parfaitement dans cette fenêtre de PitBoost, puis ralentissent les leaders quand on s’arrête », analyse Dennis.

« Je pourrais revoir un peu ça, mais peut-être en manipulant le championnat pilotes. Je n’ai pas vraiment envie de voir ça, mais Londres est le chaos ; je pense que le PitBoost va amener un élément complètement différent. La deuxième course sera un peu meilleure, parce que vous ne retombez pas aussi loin. »

Si Drugovich peut épauler Dennis, ce serait un renfort précieux dans une carrière Formula E qui entre dans sa septième saison, où Dennis a rarement bénéficié d’un soutien d’équipier aussi utile en contexte de titre.

« Au final, on a besoin des deux voitures là-haut. J’ai besoin de Felipe à mes côtés pour m’aider à essayer de gagner ce truc, parce que je pense clairement que Jaguar et Porsche auront leurs deux gars là », a-t-il insisté.

« Felipe a été en bonne forme. Tokyo a été difficile, mais je pense qu’il va bien rebondir et être là pour l’équipe. »

Conclusion

Jake Dennis arrive à Londres en leader, mais avec l’état d’esprit d’un chasseur : écarts infimes, adversaires multiples, stratégies de course potentiellement décisives et une relation Andretti-Porsche au parfum de dernière explication.

À l’ExCeL, rien ne sera donné — et c’est souvent dans le chaos que les champions se révèlent. La suite appartient à ceux qui sauront garder la tête froide quand tout s’accélère.

Foire aux Questions

Pourquoi Jake Dennis se considère-t-il comme un outsider alors qu’il est leader ?

Parce que, sur une grande partie de la saison, Mitch Evans et Pascal Wehrlein ont été perçus comme les principaux prétendants au titre. Dennis estime qu’il a « rejoint la fête » plus tard, malgré sa première place actuelle.

Quels sont les écarts au championnat avant Londres ?

Dennis totalise 146 points, avec 2 points d’avance sur Evans, 5 sur Wehrlein et 14 sur Rowland. Les autres pilotes cités suivent à des écarts plus importants.

Qu’est-ce qui a coûté cher à Dennis à Tokyo ?

Il a perdu sept points à cause d’une brève coupure de puissance dans le dernier tour d’une course, puis sept autres points le lendemain à la suite d’un drapeau rouge.

Pourquoi Felipe Drugovich peut-il être important dans ce final ?

Dennis explique qu’il a besoin de « deux voitures là-haut » pour contrer des équipes comme Jaguar et Porsche, susceptibles d’avoir leurs deux pilotes aux avant-postes. Drugovich est présenté comme un soutien potentiel clé.

Pourquoi la stratégie et le PitBoost sont-ils au centre des discussions ?

Dennis évoque des tactiques déjà vues à Tokyo, où certains pilotes se placent dans une fenêtre de PitBoost puis ralentissent les leaders au moment des arrêts, ce qui peut influencer la course — et, potentiellement, la lutte au championnat.

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