Le baquet Haas pour 2027 : Ocon sous pression, Fornaroli en tête, Toyota en facteur X

Le baquet d’Esteban Ocon chez Haas pourrait bien devenir l’un des dossiers les plus fascinants du marché des pilotes en vue de la saison 2027, tant la probabilité d’un changement semble élevée.
Si certaines situations restent à clarifier tout en haut de la grille — notamment chez Red Bull, où un départ de Max Verstappen n’a pas été totalement exclu — Haas est l’une des rares équipes où une lutte pour un siège est déjà clairement en train de se dessiner.
Sauf spectaculaire regain de forme, Ocon n’aura que très peu d’espoir de rester une troisième année en 2027. Et les candidats ne manquent pas pour récupérer son volant, avec un rookie particulièrement bien placé.
Contrairement à certaines rumeurs, aucune décision finale n’a été prise. Haas ne se précipitera pas : le marché reste instable, et il pourrait évoluer brusquement, y compris en cas de rebondissement autour de Verstappen.
Les effets en chaîne d’un éventuel mouvement de Verstappen sont difficiles à anticiper avec précision — il suffit de voir comment le transfert de Lewis Hamilton chez Ferrari a façonné le marché des pilotes pour 2025. Haas ne serait pas un point de chute pour Verstappen, mais sa marge de manœuvre pourrait être influencée par la manière dont Verstappen jouera ses cartes.
Une chose paraît claire : indépendamment de ce contexte, Ocon n’a pas été au niveau attendu chez Haas. Il existe des facteurs atténuants, mais son avenir tient à un fil.
De façon réaliste, le scénario semble presque déjà écrit : une file de prétendants s’est formée, dans l’attente d’un engagement ferme de Haas pour changer de pilote.
Leonardo Fornaroli, nouveau favori
Leonardo Fornaroli, champion de Formule 2 en titre (sans pouvoir remettre son titre en jeu, selon le règlement de la série), a le vent en poupe. Le pilote italien de 21 ans s’est imposé comme le candidat le plus crédible pour occuper le siège Haas en 2027, après avoir émergé de manière assez inattendue.
Cette dynamique existe malgré — et d’une certaine manière grâce à — son affiliation actuelle à une écurie rivale. Fornaroli est en effet pilote de réserve chez McLaren.
Le CV monoplace de Fornaroli
2020 9e en F4 italienne
2021 5e en F4 italienne
2022 8e en Formula Regional européenne
2023 11e en FIA F3
2024 1er en FIA F3
2025 1er en FIA F2
2026 pilote de réserve McLaren
Fornaroli a fait ses débuts en week-end de F1 au volant de la McLaren de Lando Norris lors des EL1 du Grand Prix de Barcelone le mois dernier. Quelques jours plus tard, il est retourné en piste pour deux journées d’essais « testing of previous cars » (TPC) dans la Haas VF-25 de l’an dernier.
Ce test a été proposé par Haas afin, selon les mots du directeur d’équipe Ayao Komatsu, de « lui donner une chance de le regarder ».
Fornaroli y a marqué des points par sa vitesse, la qualité de son retour technique et son professionnalisme. Et ce, sans avoir eu la possibilité de se préparer à cet essai via le simulateur Haas, tout en s’adaptant à une voiture aux caractéristiques très différentes des McLaren qu’il avait conduites auparavant — aussi bien la voiture 2026 que la machine 2023. Point clé : il a aussi montré un bon niveau de performance sur les simulations de qualification à faible carburant.
Et même s’il ne court pas actuellement, Haas apprécie le sérieux de sa préparation. « Clairement, ce que McLaren fait avec Leo est un très bon programme », a glissé Komatsu.
McLaren, de son côté, tient Fornaroli en haute estime. Son directeur d’équipe Andrea Stella l’a décrit comme proactif dans ses échanges avec les ingénieurs, prenant des notes et partageant volontiers des idées.
Mais tout cela ne compterait pas s’il n’allait pas assez vite. « Quand il monte dans une voiture, que ce soit un simulateur, la voiture TPC, ou une session d’essais libres 1, il est rapide », a assuré Stella.
Si Haas décide de miser sur lui, il est entendu qu’une lettre d’intention existe et permettrait de rendre l’opération possible. Ce n’est en rien un accord acté : c’est plutôt un mécanisme qui ouvre la porte à un prêt si Haas souhaite vraiment le faire venir.
Lorsque Audi a recruté Gabriel Bortoleto — un prédécesseur de Fornaroli dans le programme de développement de McLaren, et ami proche ainsi qu’ancien coéquipier de Fornaroli, tous deux travaillant avec le même coach, l’ex-pilote de F3 Roberto Streit — Audi en a pris le contrôle complet. Haas, à l’inverse, se montre disposé à accepter des accords de prêt, comme le prouve la présence d’Ollie Bearman, sous contrat avec Ferrari.
Rien de tout cela ne signifie que Fornaroli prendra forcément le siège d’Ocon en 2027. Mais il fait clairement partie des candidats les plus sérieux, et son essai a renforcé son dossier.
Le facteur Toyota
Le partenariat entre Haas et Toyota, élargi cette saison jusqu’à inclure un sponsoring titre, a ouvert l’accès à un nouveau vivier de pilotes — et a aussi donné une motivation supplémentaire à l’équipe pour les considérer sérieusement comme options potentielles.
Haas a annoncé très récemment une séance TPC pour Sho Tsuboi et Nirei Fukuzumi, deux spécialistes extrêmement crédibles sur la scène japonaise, Tsuboi étant déjà une légende du Super GT et de la Super Formula.
Mais l’option principale côté Toyota semble aujourd’hui être un autre nom, encore plus marquant : le pilote Hypercar Ryo Hirakawa.
À première vue, un pilote de 32 ans n’ayant plus couru en monoplace depuis 2023 (où il a terminé cinquième en Super Formula) pourrait paraître un choix surprenant. Pourtant, Hirakawa a déjà accumulé sept apparitions en EL1 pour Haas, Alpine et McLaren, ainsi qu’un volume significatif de roulage en TPC avec Haas.
Il est très apprécié en interne, Toyota le soutient fermement et souhaite le voir courir en F1, et il a aussi montré un bon niveau de performance — logique pour un multiple champion du monde d’endurance.
Lors de sa dernière sortie en EL1 au Red Bull Ring, Hirakawa a effectué du travail d’évaluation aérodynamique pour Haas. À 1,4 seconde du pilote titulaire Bearman, il s’est dit déçu par une simulation de qualification lors de laquelle il a « raté de nombreux virages » sur ce qui était « le seul tour où j’ai pu pousser au maximum » après le travail de développement évoqué.
Il ne cache pas son ambition de décrocher un baquet en F1. « Je pense que ce n’est pas du ‘rêve’ mais simplement être réaliste — je suis vraiment reconnaissant d’avoir cette opportunité, ce n’est pas juste pour gagner de l’expérience mais pour avoir une chance dans le futur », a-t-il expliqué. « Je rêve encore, bien sûr — mais l’objectif [actuellement] est d’apporter de bons retours à l’équipe. »
Les autres options sur la table
Il existe aussi la possibilité d’ajouter un autre espoir Ferrari, à l’image de Bearman.
Rafael Camara, 21 ans, est actuellement troisième en F2 — et Ferrari pousse pour que Haas le recrute. Cela ne signifie pas que Haas doit ou va le faire, car Ferrari n’a pas de pouvoir décisionnel direct. Exemple : Ferrari souhaitait qu’Antonio Giovinazzi roule pour Haas en 2023, ce qui avait conduit à des apparitions en EL1 en 2022. Mais l’équipe avait finalement estimé que Nico Hülkenberg était un meilleur choix.
Même si un roulage TPC pour Camara reste possible, aucun plan n’est en place à ce jour. Vraisemblablement, il faudrait que Ferrari finance l’opération. Camara est aussi considéré comme ayant besoin d’un peu plus de temps pour affiner son pilotage — ce qui place Fornaroli devant lui dans la hiérarchie.
Yuki Tsunoda, qui avait intéressé Haas lorsqu’elle évaluait des options pour le siège qu’Ocon a récupéré en 2025, reste aussi une cible potentielle. Et le pilote de réserve et de simulateur Haas, Jack Doohan, ne peut pas être écarté puisqu’il est déjà sous contrat avec l’équipe.
Ocon est-il condamné chez Haas ?
Tout cela ne veut pas dire qu’Ocon est forcément sur le départ. Une option existe dans son contrat actuel pour prolonger chez Haas une troisième année en 2027.
Son passage dans l’équipe n’a toutefois pas répondu aux attentes, même s’il y a eu des moments forts où il s’est rapproché de son meilleur niveau.
Par exemple : il a terminé cinquième lors de son deuxième départ en grand prix avec Haas, en Chine ; il s’est qualifié huitième et a fini septième à Monaco l’an dernier ; il a réalisé un solide week-end au Grand Prix du Japon 2026 qui n’a rapporté qu’un point via la 10e place ; et il s’est remis d’un vendredi difficile pour signer une remarquable septième place lors du final d’Abu Dhabi l’an dernier.
Mais ces pics de performance ont été plus rares sur ses 18 mois chez Haas que dans le reste de sa carrière en F1. Et ils sont aussi compensés par des bas plus marqués.
Lors de sa sortie la plus récente en Autriche, Ocon s’est plaint d’une incohérence de certaines pièces, qui lui ferait perdre de l’appui arrière par rapport à l’autre voiture. Il a décrit cela comme coûtant « pas mal de points d’appui » et a suggéré que c’était également relatif à son équipier.
« Apparemment, ça vient de la zone du plancher », a révélé Ocon. « Lui [Bearman] a le plancher 13, moi j’ai eu le plancher 14, j’ai essayé le plancher 15, et le déficit est toujours là. »
Il est vrai que Haas a déjà été confrontée à des composants ne donnant pas la performance attendue. Komatsu l’a confirmé à Barcelone. Mais il a insisté sur le fait que cela avait parfois touché les deux pilotes.
« Ces composants sous-performants, ces imperfections, ont un impact significatif. Nous ne donnons pas aux deux pilotes la meilleure chance de performer en qualification, par exemple », a insisté Komatsu.
En janvier, Komatsu avait déclaré que « personne n’est satisfait des résultats sportifs d’Esteban l’an dernier » et que « nous attendions plus de lui ». Même s’il avait ajouté l’importante nuance que ce n’était pas entièrement la faute d’Ocon et que c’était du 50/50 entre équipe et pilote, il est clair qu’Ocon a démarré la saison sous pression.
Sur le plan de la comparaison directe, Bearman a largement pris le dessus : en moyenne, il était l’an dernier un peu moins d’un dixième et demi plus rapide qu’Ocon en qualification. Cette année, l’écart est monté à bien plus d’un dixième et demi. Aux points, Bearman ne l’a devancé que de peu l’an dernier (41 à 38), mais cette saison il mène 18 points à 3.
Les problèmes de voiture ont déformé la comparaison de performance, mais cela ne signifie pas que Bearman n’a pas été, globalement, de loin le pilote le plus fort. Et c’est précisément ce constat qui met Ocon face à une possible sortie.
Les soucis de voiture sont une chose, et Ocon en a subi. Mais certaines équipes précédentes ont aussi été frustrées par ce qui est perçu comme une tendance à attribuer tous les déficits à ce type de facteurs.
L’an dernier, Ocon a rencontré des difficultés au freinage et l’a souvent présenté comme un problème. Or, Bearman offre un cas d’école : il a tendance à freiner plus fort et à composer avec un peu plus d’instabilité de l’arrière à l’inscription. Ocon, lui, a peiné, d’où ses plaintes sur les freins, et a parfois dû introduire davantage de sous-virage pour stabiliser la voiture à son goût, ce qui lui coûtait du temps.
Quand tout est en place, Ocon peut être brillant. C’est cette brillance que Haas doit voir — et le plus vite possible, lors des courses avant la pause estivale — s’il veut conserver une chance réelle de sauver son baquet.
Conclusion
Entre l’ascension de Fornaroli, la nouvelle influence de Toyota et plusieurs profils crédibles en embuscade, Haas aborde 2027 avec un choix de pilote aux ramifications sportives et politiques majeures. Pour Ocon, la fenêtre est claire : transformer ses prochains rendez-vous en démonstration de niveau, et reprendre l’initiative avant que le marché ne se referme. En F1, l’avenir se joue souvent à la vitesse d’un tour… et à la force d’un moment décisif.
Foire aux Questions
Qu’est-ce qu’une séance FP1 en Formule 1 ?
FP1 signifie « Free Practice 1 », soit la première séance d’essais libres d’un week-end de Grand Prix. C’est un créneau où les équipes roulent pour préparer le week-end, et où elles peuvent aussi faire essayer la voiture à un pilote d’essai ou de réserve, comme cela a été le cas pour Leonardo Fornaroli.
Que veut dire TPC et à quoi cela sert ?
TPC signifie « testing of previous cars », des essais réalisés avec des voitures des saisons précédentes. Cela permet à une équipe d’évaluer un pilote (et parfois des méthodes de travail) dans un cadre plus flexible qu’un week-end de course.
Pourquoi Toyota compte davantage dans les choix de Haas cette saison ?
Le partenariat Haas–Toyota s’est renforcé et inclut désormais un sponsoring titre. Cela donne à Haas un accès élargi à des pilotes liés à Toyota, et renforce l’intérêt de l’équipe pour des profils venant du Japon, qu’il s’agisse de spécialistes nationaux ou d’un pilote d’endurance comme Ryo Hirakawa.
Qu’est-ce qu’un « prêt » de pilote en F1 ?
Un prêt signifie qu’un pilote reste affilié contractuellement à une structure (par exemple un programme de jeunes pilotes) tout en courant pour une autre équipe. L’article cite le cas d’Ollie Bearman, qui court chez Haas tout en étant sous contrat avec Ferrari, et évoque une possibilité similaire pour Fornaroli.
Quels éléments fragilisent Esteban Ocon chez Haas selon les faits évoqués ?
Il est mentionné qu’Ocon a été globalement moins performant que son équipier Ollie Bearman en qualification et au classement des points, même si des problèmes techniques (comme des incohérences de pièces et des difficultés de performance de certains composants) ont aussi affecté la situation. Ses prochains résultats avant la pause estivale sont présentés comme cruciaux.
En filigrane de ces chaises musicales, le rêve demeure: s’imaginer au volant d’une McLaren P1. Pour passer du paddock à la route, pensez LOA ou LLD avec Joinsteer.

























































