Le succès de la Formule 1 a déclenché une vague de candidats: de nombreux sports cherchent à reproduire la même ascension fulgurante que la F1 a connue sous l’impulsion de son propriétaire, Liberty Media.

Mais ces disciplines ne risquent-elles pas de se focaliser sur les pas de la F1 au lieu de capitaliser sur leurs propres forces?

Les sports doivent abandonner leur obsession du succès de la F1

C’est l’idée défendue par Antonio Cacorino, CEO et fondateur d’APEX, lors de l’événement « Formula One's Premium Playbook ».

APEX est une société d’investissement orientée sport, soutenue par plus de 100 athlètes, dont les pilotes de F1 Lando Norris, Carlos Sainz et Valtteri Bottas. APEX détient aussi une participation minoritaire dans l’équipe Alpine F1.

Pourquoi la F1 a pris une telle avance

Pour Antonio Cacorino, la croissance de la F1 vient d’une « combinaison de différents facteurs qui ont tous fonctionné ensemble », parmi lesquels l’effet souvent cité de la série documentaire de Netflix Drive to Survive.

Il insiste également sur l’importance du timing: « Le timing a aussi été très important. Les gens ne réalisent pas que la saison 2 de Drive to Survive était poussée par Netflix exactement au moment où le monde entier s’est arrêté et où tout le monde était coincé à la maison pendant le COVID [début 2020]. Ça a aussi aidé. »

Et de conclure sur une idée plus large: « Dans la vie, parfois il faut aussi que certaines choses s’alignent. Ils ont compris que c’était en leur faveur. Et évidemment, le résultat est là. »

L’effet documentaire: une ruée difficile à mesurer

Drive to Survive a lancé une course aux documentaires depuis sa première diffusion en 2019. D’autres sports ont suivi, comme:

  • le golf (PGA Tour) avec Full Swing,
  • le tennis professionnel avec Break Point,
  • le cyclisme sur route avec Tour de France: Unchained,
  • la NASCAR avec Full Speed.

Mais il reste difficile d’évaluer à quel point ces séries ont réellement permis à ces disciplines de toucher de nouveaux publics.

« Il y a trop de contenu »: la recette n’est pas duplicable à l’infini

Pour Cacorino, l’écosystème médiatique a changé: « On voit déjà la quantité de contenus sportifs que Netflix sort. Évidemment, on est à un stade où il y a trop de contenu. »

Conséquence directe selon lui: « C’est donc très difficile d’obtenir le même succès que la F1 a eu avec Drive to Survive. »

Il considère néanmoins que ce type de contenu et cette approche médiatique restent des leviers importants pour les grands sports. Mais avec une nuance centrale: ces stratégies doivent arriver au bon moment.

Son message est clair: « Mais seulement une fois que vous avez atteint un certain statut. » Il estime que d’autres disciplines peuvent s’en servir pour attirer davantage l’attention, puis monétiser via le sponsoring ou d’autres alternatives.

En revanche, avertit-il, « je ne pense pas que cela doive devenir une obsession, parce que c’est très difficile à répliquer. Aujourd’hui, il y a des milliers de sports qui essaient de le faire. »

La F1 est-elle « trop grosse pour échouer »?

Selon Cacorino, l’envol de la F1 pendant et après la pandémie s’explique notamment par sa position particulière: la discipline a été l’une des premières à reprendre la compétition à cette période. Ajoutez l’effet Drive to Survive et la lutte pour le titre 2021 entre Lewis Hamilton et Max Verstappen, et la F1 a consolidé son statut de géant.

Interrogé sur les risques potentiels à l’horizon, Cacorino répond sans détour: « Pour être honnête, je ne vois pas beaucoup de risques. Je pense que c’est trop gros pour échouer. »

Il développe: « On a atteint un niveau où les fans sont là pour rester. Je ne pense pas qu’il y ait un autre sport qui défie [la F1]. »

Des risques existent, mais rien de « structurel » selon Cacorino

Cacorino reconnaît toutefois quelques zones d’incertitude: « Évidemment, il peut y avoir des changements réglementaires, un nouveau propriétaire potentiel peut arriver et l’emmener dans une direction différente. »

Mais il voit surtout une force durable: « Je pense que la F1 a atteint une position où elle est là pour rester. C’est cette propriété intellectuelle mondiale dans laquelle les marques voudront entrer. »

Dans sa projection, la dynamique de consommation est solide: « Les fans seront toujours là à consommer le sport. Il y aura toujours de plus en plus de pilotes et de stars différentes qui émergent. »

Au final, il admet surtout des risques de contexte économique: « Donc je pense qu’il y a peu de risques, juste des risques macroéconomiques généraux que n’importe quel autre secteur peut subir. » Et il conclut: « Mais je dirais qu’il n’y a rien de structurel qui appellerait un risque. D’où la vision de long terme: j’investirais aujourd’hui et je resterais investisseur pendant longtemps. »

Conclusion

Le succès de la Formule 1 repose sur une conjonction rare: une stratégie médias puissante, un timing exceptionnel, et un produit sportif porté par des récits forts. Pour les autres disciplines, la leçon n’est pas de copier, mais de trouver le bon moment et la bonne manière de raconter leur propre histoire.

Dans un paysage saturé de contenus, l’avenir appartiendra aux sports capables d’assumer leur identité et de bâtir une dynamique durable plutôt que de poursuivre une recette déjà passée.

Foire aux Questions

Qu’est-ce qu’APEX et quel est son lien avec la F1?

APEX est une société d’investissement orientée sport, soutenue par plus de 100 athlètes, dont Lando Norris, Carlos Sainz et Valtteri Bottas. Elle détient aussi une participation minoritaire dans l’équipe Alpine F1.

Pourquoi Drive to Survive a-t-il autant aidé la Formule 1?

Antonio Cacorino met en avant une combinaison de facteurs, dont l’impact de la série et surtout son timing: la saison 2 a été fortement mise en avant au moment où beaucoup de personnes étaient confinées au début de 2020.

Pourquoi d’autres sports peinent-ils à obtenir le même effet avec leurs documentaires?

Selon Cacorino, il y a aujourd’hui « trop de contenu », ce qui rend beaucoup plus difficile de reproduire le même niveau de succès que la F1 a connu avec Drive to Survive.

Quels sont les principaux risques qui pourraient toucher la F1?

Cacorino cite des changements réglementaires ou l’arrivée d’un nouveau propriétaire pouvant modifier la direction prise. Il évoque aussi des risques macroéconomiques, sans identifier de risque « structurel » majeur.

Quels éléments ont renforcé la popularité de la F1 après la pandémie?

Il souligne la reprise relativement précoce de la compétition, l’effet Drive to Survive et la lutte pour le championnat 2021 entre Lewis Hamilton et Max Verstappen.

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