F1 à Austin : les gagnants et les perdants du vendredi, entre circuit bosselé et réglages au millimètre

Après un enchaînement de trois courses, conclu par un week-end sprint condensé, puis une semaine de pause, les équipes de Formule 1 retrouvent enfin un format plus classique avec trois séances d’essais.
Sauf qu’à Austin, sur le tracé très bosselé du Circuit of the Americas (COTA), le défi du réglage de la hauteur de caisse, combiné à l’arrivée de nombreuses évolutions et ajustements, a plutôt crispé le paddock. Voici les gagnants et les perdants de cette journée du vendredi.
Perdant : Lando Norris (7e)
Il semble y avoir un décalage entre la façon dont McLaren juge son vendredi à Austin et la perception de son pilote champion du monde.
Lando Norris a été vraiment rapide en FP1, à moins de 0,25 s du meilleur temps. En FP2, ses longs relais paraissaient corrects. En revanche, les simulations de qualifications ont tourné au cauchemar, au point qu’il a été légèrement plus lent en FP2 qu’en FP1 (de moins d’un dixième).
Gros élément à prendre en compte : ce blocage massif à l’épingle du virage 15, survenu peu après qu’il a signé le meilleur temps du deuxième secteur.
Mais cela illustre aussi le problème de fond. La McLaren peut être rapide, mais Norris la juge « très difficile à piloter », trop instable, au point de ne pas pouvoir accéder facilement et régulièrement à son potentiel.
« Comme depuis longtemps, c’est juste trop difficile d’être constant, d’avoir une sensation agréable à chaque tour », a-t-il expliqué. « Le rythme n’est pas mauvais, c’est juste très difficile de l’obtenir. »
« Pour que la voiture aille vite, on doit pousser si fort pour être parfait… et on ne peut pas être parfait. Je suis sûr que tout le monde a des problèmes similaires d’une certaine manière, mais nous ne sommes pas encore assez rapides, facilement, pour être là tout le temps. »
Gagnant : McLaren (7e et 8e)
Pourquoi classer McLaren parmi les gagnants alors que Norris est si pessimiste et que les deux voitures ont fini la FP2 derrière une Racing Bulls ? Parce que l’ambiance, plus haut dans l’équipe, est nettement plus positive.
Le directeur technique Rob Marshall a insisté sur le fait que les « toutes petites pièces » apportées à Austin offrent un « bénéfice mesurable » et perceptible au chrono.
Ce gain inclut notamment un progrès aérodynamique via des changements autour des freins, avec du conditionnement d’écoulement autour des roues et un travail de contrôle du sillage.
Résultat : Marshall estime que McLaren est dans le match face à ses principaux rivaux ce week-end, et veut aborder la suite avec optimisme.
Gagnant : Charles Leclerc et Ferrari (1er)
Choix évident puisqu’il a dominé les deux séances du vendredi, mais Leclerc n’a pas seulement brillé en FP2 sur les pneus tendres : sa vitesse semblait venir naturellement, sans effort apparent.
Leclerc a aussi repoussé son équipier Lewis Hamilton à plus de six dixièmes. Hamilton a tenté deux simulations de qualifications et a réalisé, à chaque fois, un tour d’un niveau similaire. Cela laisse penser qu’en ce début de week-end, c’est surtout Leclerc qui a trouvé le bon fonctionnement de la Ferrari.
La grande réserve concerne le rythme en longs relais, domaine où Ferrari estime généralement avoir une force intrinsèque cette saison. La pointe sur un tour s’est-elle payée en dégradation des pneus ? Et, éternelle question, Ferrari pourra-t-elle rester devant lorsque les moteurs seront davantage poussés pour l’affrontement du samedi en qualifications ?
« Je pense qu’on a commencé le week-end du bon pied avec un bon équilibre, et c’est probablement le point marquant de ce vendredi », a déclaré Leclerc.
« Mais je pense aussi que les autres vont commencer à pousser davantage, comme ils le font toujours en arrivant vers les qualifs, donc ce sera dur, parce que de mon côté ça a été un vendredi très propre. »
« Il y a un peu plus de performance dans la voiture, un petit peu, mais les autres semblent gagner plus que nous entre le vendredi et le samedi, et quand on voit le petit écart… ce ne sera pas si simple demain. »
Gagnant : Aston Martin (16e et 17e)
Jeudi, Mike Krack, responsable des opérations piste, parlait de la nécessité de « mieux gérer les attentes » après l’excès de confiance lié à Singapour. De son côté, Fernando Alonso évoquait discrètement la possibilité de « belles surprises » au Grand Prix des États-Unis.
Au vu des essais du vendredi, Alonso avait de quoi y croire. Aston Martin s’est située dans la zone théorique d’accès à la Q2 lors des deux séances (avec même un 12e temps en FP1), et Lance Stroll a été au rendez-vous lui aussi. L’équipe donne à nouveau l’impression d’être un vrai candidat au milieu de peloton.
Certes, cela souligne aussi la chute d’un team dont on attend beaucoup. Et cette journée a aussi été marquée par des propos d’Adrian Newey indiquant que Honda devrait être déçu de sa progression sur le moteur 2026.
Mais dans le contexte d’une campagne douloureuse, Aston Martin a vécu l’un de ses vendredis les moins pénibles.
Perdant : Isack Hadjar (9e)
Les programmes, les niveaux de carburant et, à COTA plus qu’ailleurs, les tours annulés peuvent brouiller les comparaisons. Malgré tout, Isack Hadjar n’a pas réussi à se rapprocher à moins d’une seconde de son équipier Max Verstappen dans l’une ou l’autre des séances, et il a qualifié le comportement de sa voiture de « dégoûtant ».
Interrogé sur ces propos tenus à la radio, Hadjar a résumé : « C’est un désastre. »
Il a détaillé : « Du premier secteur jusqu’à la fin du tour, j’étais plus lent [en tendres] qu’en médiums. C’était inconduisible et je perdais énormément l’avant. Il faut qu’on regarde, parce que ce n’est pas normal : pourquoi il y a autant de dégradation en un seul tour ? »
Et ce n’est sûrement pas en le demandant aux journalistes qu’il trouvera la réponse.
Perdant : Williams (20e et 22e)
Après avoir été la première équipe à afficher très clairement, et publiquement, un basculement de ses priorités de 2025 vers 2026, se retrouver parmi les premières à refaire la même chose deux années de suite ressemble à un verdict extrêmement sévère sur la situation de Williams.
L’équipe semblait si convaincue que sa voiture souffrirait à Austin qu’elle a choisi une stratégie inhabituelle : accepter de compromettre la compétitivité du week-end afin d’apprendre comment corriger les problèmes de comportement qui la handicapent.
Le contraste est frappant : même Aston Martin, qui pointait à plus de quatre secondes du rythme en début de saison, n’a pas admis publiquement un basculement total vers 2027 et a pratiquement construit une nouvelle voiture, dont certaines statistiques laissaient penser qu’elle aurait pu viser la pole lors des deux dernières courses avec un autre moteur.
Si « ruiner » ce week-end permet à Williams d’obtenir une compréhension majeure de ses soucis pour l’an prochain, alors ce sera rentable. En attendant, l’équipe doit encaisser l’indignité d’admettre très publiquement sa défaite avec une voiture 2026 censée lui donner une longueur d’avance.
Gagnant : Liam Lawson (6e)
Liam Lawson a devancé les deux McLaren en FP2. Il est peu probable que cela se reproduise dimanche, et cela dit autant sur le contexte que sur la valeur brute de la performance, mais c’est tout de même un signe que la Racing Bulls fonctionne bien.
Lawson estime que « globalement la voiture est dans une bonne fenêtre » et que c’est « agréable de voir que ça marche » compte tenu des « nouveautés » installées.
Il reste toutefois des incertitudes : une dégradation plus forte qu’attendu et un Nico Hülkenberg potentiellement en regain de forme. Son équipier chez Audi, Gabriel Bortoleto, a battu la Racing Bulls en FP1 mais doit purger une pénalité sur la grille dimanche, tandis que Hülkenberg n’a reçu les nouvelles pièces qu’en FP2 et s’attend à un correctif de pilotabilité pour samedi.
De plus, on a déjà vu cette saison des Racing Bulls très performantes sur un tour en essais sans que cela se traduise en course. Mais malgré ces réserves, la journée de Lawson reste encourageante.
Gagnant : Cadillac (19e et 21e)
Ce choix ne repose pas sur la 19e place de Valtteri Bottas en FP2 devant les deux Williams, mais sur la manière dont il a décrit la journée.
« Je pense qu’on a accompli le plus de choses qu’on ait jamais fait sur un vendredi », a déclaré Bottas, en parlant d’une journée proche d’un test, mais qui s’est déroulée de façon fluide et mieux que prévu.
Cadillac s’attend malgré tout à un week-end difficile : la dégradation et la mise en température des pneus, selon Bottas, ne sont « clairement pas notre point fort », ce que la journée a mis en évidence. Et cette productivité implique aussi « une soirée chargée » tant l’équipe a essayé de solutions différentes.
Sergio Perez a roulé avec un plancher expérimental pensé avec 2027 en tête. Bottas, lui, a alterné des ailerons avant et testé différentes rigidités de roulis. Colton Herta avait également utilisé ces idées expérimentales en FP1.
L’objectif : « challenger » la réflexion sur le concept aérodynamique de la voiture et valider la corrélation entre la CFD, la soufflerie et ce qui est observé en conditions réelles, selon le responsable des opérations course Marc Hynes. À ce stade, le bilan interne de Cadillac est celui d’un vendredi de travail positif.
Conclusion
Ce vendredi à Austin a mis en lumière un paddock divisé : certains valident des évolutions et retrouvent de la performance, d’autres luttent encore avec le compromis hauteur de caisse, comportement et pneus sur un COTA impitoyable. Le samedi, quand les voitures seront poussées plus fort en qualifications, dira qui a réellement trouvé la bonne direction. Dans ce sport, chaque nuit de travail peut réécrire l’histoire du week-end.
Foire aux Questions
Pourquoi la hauteur de caisse est-elle si importante à COTA ?
Le circuit est bosselé, ce qui complique le réglage de la voiture : trop bas et l’auto peut talonner ou devenir instable, trop haut et on perd de l’appui et donc du temps au tour. Avec des évolutions apportées en même temps, la sensibilité augmente.
Qu’est-ce qu’une simulation de qualifications en essais libres ?
C’est un relais court où l’équipe cherche la performance maximale sur un tour, souvent avec peu de carburant et des pneus tendres. Les résultats peuvent varier entre FP1 et FP2 selon les conditions, les réglages et les incidents (comme un blocage de roue).
Que signifie « dégradation des pneus » et comment la remarque-t-on ?
La dégradation correspond à la perte de performance du pneu au fil des tours (ou parfois très vite, dès un tour) due à l’usure et à la surchauffe. Les pilotes la ressentent par un manque d’adhérence, et les équipes la mesurent via les chronos et les données.
Pourquoi des changements autour des freins peuvent-ils améliorer l’aérodynamique ?
Les zones des freins et des roues influencent fortement l’écoulement de l’air. Travailler le conditionnement du flux et le contrôle du sillage peut apporter un gain d’appui ou réduire la traînée, ce qui se traduit par un bénéfice mesurable au chrono.
Pourquoi une équipe accepterait-elle de compromettre un week-end pour apprendre ?
Quand une voiture souffre d’un problème structurel de comportement, certaines équipes privilégient des essais comparatifs et des réglages extrêmes pour identifier la cause, quitte à perdre en performance immédiate. L’objectif est d’obtenir des réponses utiles pour la suite de la saison ou la voiture suivante.
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