Pourquoi les équipes de F1 seraient encore sous-évaluées, selon Aston Martin

La valorisation des équipes de Formule 1 a bondi ces dernières années. Des structures estimées à quelques centaines de millions de dollars il n’y a pas si longtemps affichent désormais des valorisations qui se chiffrent en milliards. Pourtant, dans le paddock, certains estiment que le potentiel est loin d’être épuisé.
Des valorisations en hausse, mais un sentiment de retard
Jeff Slack, directeur général commercial et marketing d’Aston Martin, estime que les 11 équipes présentes sur la grille restent « sous-évaluées ». Lors d’un événement organisé dans le port de Monaco avant le grand prix du week-end, il a défendu l’idée que les écuries ont encore une marge de progression importante.
Selon lui, la Formule 1 s’apparente à un système de franchises plutôt qu’à un championnat de football avec promotion et relégation. Cette différence structurelle compte au moment d’évaluer les équipes : elles se mesurent notamment via un multiple de revenus.
Slack avance que les équipes de F1 se négocient autour de six à sept fois leurs revenus, et s’interroge sur l’écart avec certaines franchises sportives américaines, comme en NBA, qui peuvent atteindre des multiples d’environ douze fois les revenus.
Il met aussi en avant des fondamentaux qu’il juge favorables : il n’existe que 11 équipes de Formule 1, et il estime que ce nombre restera probablement stable. À cela s’ajoutent une empreinte mondiale, des contrats de long terme et une discipline en croissance. Pour Slack, ces éléments rapprochent la F1 des modèles de franchises américaines, auxquelles il la compare.
Comment Aston Martin dit avoir profité de la dynamique actuelle
Au-delà du constat général, Slack a détaillé la trajectoire commerciale d’Aston Martin depuis son changement d’identité (après Racing Point) en 2021. Il affirme que les revenus de l’équipe ont fortement augmenté depuis ce repositionnement, dans un contexte où la discipline elle-même se porte très bien.
Il explique qu’une partie de cette progression provient d’un « gâteau » global qui grandit, c’est-à-dire une expansion générale des opportunités économiques autour de la Formule 1. Mais il insiste aussi sur une approche interne différente, liée à la taille initiale de l’équipe à l’époque Racing Point.
Slack rappelle que l’équipe était alors en bas de classement sur les réseaux sociaux et probablement dernière en revenus commerciaux. Il affirme qu’elle se situe désormais autour de la troisième place (ou à égalité pour la troisième) sur l’aspect commercial.
Dans son récit, cette évolution repose sur la construction d’une organisation orientée vers l’expertise en marketing, l’exécution des partenariats et l’expérience invités. Il souligne enfin que cette transformation s’est déroulée pendant une période de croissance majeure pour la Formule 1, saluant au passage le travail de Liberty ainsi que celui des promoteurs.
Le levier américain, moteur de puissance commerciale
Slack estime que l’ancrage aux États-Unis a été déterminant pour la croissance commerciale de la F1. Il pose la question de manière directe : comment prétendre être un sport mondial sans s’implanter durablement dans la plus grande économie du monde ?
Il rappelle que, traditionnellement, la Formule 1 s’inscrivait surtout dans une logique de marketing européen pour de nombreuses entreprises. Il cite notamment les acteurs du tabac et les constructeurs (OEM) parmi les sources historiques de financement, dans un cadre davantage centré sur l’Europe.
Selon lui, la discipline est désormais pleinement globale, ce qui a permis de « déverrouiller » une part importante de son potentiel économique. Il précise toutefois qu’il ne s’agit pas d’imposer mécaniquement un modèle d’affaires du sport américain : il faut identifier où des améliorations sont possibles tout en comprenant la nature même de la Formule 1.
Slack évoque aussi une culture très forte dans le milieu, parfois au point de former une « bulle » insuffisamment connectée à ce qui se passe ailleurs. Pour lui, cela a constitué une opportunité à l’arrivée de nouveaux acteurs : tenter des approches différentes, notamment dans la façon de bâtir des partenariats.
Et ensuite : l’Asie et les marques grand public pour toucher de nouveaux fans
Interrogé sur les prochains relais d’expansion, Slack cite des opportunités en Asie. Il met également en avant des bénéfices qui dépassent le strict aspect financier, lorsque la Formule 1 s’associe à des marques grand public capables d’élargir l’audience et de rajeunir la base de fans.
Il mentionne notamment des marques comme Disney, Lego et Pepsi, susceptibles de contribuer à toucher des publics nouveaux, plus jeunes, et à renforcer l’empreinte culturelle de la discipline.
Conclusion
Entre la rareté structurelle des équipes, la stabilité du modèle et une mondialisation accélérée, l’argument d’une Formule 1 encore « sous-évaluée » s’appuie sur des tendances lourdes. Si la dynamique actuelle se poursuit — notamment via les États-Unis, l’Asie et les partenariats grand public — la prochaine étape pourrait être moins une simple croissance financière qu’un changement d’échelle durable pour tout l’écosystème. L’avenir dira jusqu’où cette trajectoire peut mener, mais la F1 semble loin d’avoir atteint son plafond.
Foire aux Questions
Pourquoi parle-t-on de « franchises » en Formule 1 ?
Jeff Slack explique que la Formule 1 ressemble à un système de franchises car il n’y a pas de promotion ni de relégation : les équipes en place constituent un groupe fermé, ce qui influence la façon dont elles sont valorisées.
Qu’est-ce qu’un multiple de revenus dans la valorisation d’une équipe ?
C’est une manière d’estimer la valeur d’une organisation en la comparant à ses revenus annuels. Slack indique que les équipes de F1 se situeraient autour de six à sept fois les revenus, et compare cela à certaines franchises de NBA qui atteindraient environ douze fois.
Pourquoi les États-Unis sont-ils vus comme un moteur de croissance pour la F1 ?
Slack considère qu’un sport mondial doit être solidement implanté dans la plus grande économie du monde. Il estime que la montée en puissance aux États-Unis a contribué à renforcer la dimension globale et les opportunités économiques de la Formule 1.
Comment Aston Martin dit avoir amélioré ses performances commerciales depuis 2021 ?
Slack affirme qu’après le passage de Racing Point à Aston Martin, l’équipe a adopté une stratégie commerciale plus structurée, en développant des compétences en marketing, partenariats et expérience invités, tout en profitant de la croissance générale de la discipline.
Quels sont les prochains relais d’expansion évoqués ?
Slack pointe des opportunités en Asie et met en avant l’intérêt de partenariats avec de grandes marques grand public comme Disney, Lego et Pepsi, capables d’aider la Formule 1 à toucher un public plus jeune et plus large.
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