đ Quand Honda trĂ©buche en essais : le dĂ©clic qui peut tout changer

Les annĂ©es passent, mais certains schĂ©mas se rĂ©pĂštent. AprĂšs des essais de prĂ©-saison 2026 compliquĂ©s, la situation vĂ©cue aujourdâhui par Aston Martin avec Honda rĂ©sonne fortement avec une expĂ©rience vĂ©cue en Formule 1 Ă la fin des annĂ©es 1990, au moment dâun changement majeur de rĂ©glementation.
đïž Un air de dĂ©jĂ -vu aprĂšs les essais hivernaux 2026
Au vu de ce quâa montrĂ© la prĂ©-saison 2026, difficile de ne pas Ă©prouver de la sympathie pour Aston Martin. Le constat rappelle des problĂšmes dĂ©jĂ vus : malgrĂ© le temps Ă©coulĂ©, certaines difficultĂ©s cĂŽtĂ© moteur semblent revenir, avec une voiture qui ne paraĂźt pas au niveau attendu et des prĂ©occupations qui sâaccumulent dĂšs les premiĂšres sorties.
đ 1998 : changer de moteur au pire moment
En 1998, une dĂ©cision commerciale a conduit Jordan Ă abandonner un moteur Peugeot jugĂ© trĂšs bon pour passer Ă un Honda nettement moins convaincant. Le parallĂšle avec aujourdâhui est frappant : cette bascule intervenait la mĂȘme annĂ©e que de grandes Ă©volutions de rĂšgles techniques (voitures Ă voie Ă©troite et pneus rainurĂ©s), un contexte qui rappelle la complexitĂ© dâun nouveau cycle rĂ©glementaire comme celui que prĂ©pare 2026.
Le diagnostic, Ă lâĂ©poque, laissait peu de place au doute : il y avait plusieurs problĂšmes, mais le point central semblait bien venir du cĂŽtĂ© Honda.
đ§© Une voiture 1997 solide⊠puis lâinconnue du nouveau rĂšglement
La Jordan 1997 Ă©tait performante et, sans quelques petites erreurs cĂŽtĂ© Ă©quipe et pilotes, une premiĂšre victoire aurait mĂȘme dĂ» ĂȘtre au rendez-vous. LâĂ©quipe avait donc une bonne comprĂ©hension de ce qui faisait fonctionner une voiture sous ces rĂšgles. Mais lâarrivĂ©e du rĂšglement 1998 a rebattu les cartes.
đ Simulations rudimentaires et objectifs clairs⊠sur le papier
Ă cette Ă©poque, la simulation restait sommaire : lâĂ©quipe Ă©tait largement limitĂ©e Ă des outils simples, de type tableur. La direction technique a cherchĂ© Ă concevoir une voiture meilleure que celle de 1997 sur tous les axes Ă©tudiĂ©s : plus rigide, plus lĂ©gĂšre, centre de gravitĂ© plus bas, davantage dâappui et une meilleure efficacitĂ© aĂ©rodynamique. Une grande partie de ces objectifs a Ă©tĂ© atteinte, mais pas tous, mĂȘme si le rĂ©sultat final semblait globalement satisfaisant.
đ€ Nouvelle relation, nouveaux amortisseurs : un autre morceau du puzzle
La collaboration imposait aussi une construction de relation inĂ©dite avec lâĂ©cosystĂšme Honda : le moteur Ă©tait conçu et fabriquĂ© Ă Sakura, mais exploitĂ© en piste sous lâĂ©tiquette Mugen-Honda. Cette organisation sâaccompagnait dâun changement concret cĂŽtĂ© chĂąssis : lâĂ©quipe a dĂ» abandonner des amortisseurs Jordan-Penske trĂšs bien connus en interne pour passer Ă Showa.
Sans juger la qualitĂ© de lâun ou lâautre, cela signifiait repartir de zĂ©ro dans une relation technique, aprĂšs sept ans dâhabitudes avec les Ă©lĂ©ments prĂ©cĂ©dents.
đ§ DonnĂ©es moteur floues : impossible de « savoir »
Un point a particuliĂšrement compliquĂ© le travail : aucune courbe de puissance chiffrĂ©e nâĂ©tait fournie. Les informations arrivaient sous forme de pourcentages de puissance maximale en fonction du rĂ©gime, sans valeurs absolues. Avec des moyens de simulation dĂ©jĂ limitĂ©s, une grande partie des hypothĂšses devenait alors⊠une estimation.
đ§Ș Premiers essais : problĂšmes chĂąssis, problĂšmes moteur
Lors des premiers tests, lâĂ©quipe a rencontrĂ© Ă la fois des soucis de chĂąssis et des soucis moteur, ce qui nâĂ©tait pas totalement surprenant. Les problĂšmes chĂąssis pouvaient ĂȘtre abordĂ©s via le dĂ©veloppement interne, mais il fallait du temps pour comprendre prĂ©cisĂ©ment oĂč se situaient les erreurs.
Il a fallu attendre aprĂšs Monaco, cinquiĂšme course de la saison, pour que certains Ă©lĂ©ments « sâalignent » dans la comprĂ©hension : Ralf Schumacher pouvait signer des passages rapides, mais Damon Hill nâaimait pas la sensation de la voiture et, surtout, ses rĂ©actions le dĂ©stabilisaient.
đ Un fonctionnement trop « Ă distance » cĂŽtĂ© moteur
CĂŽtĂ© moteur, le ressenti Ă©tait diffĂ©rent : lâapproche pouvait ĂȘtre rĂ©sumĂ©e ainsi â conception et fabrication par Honda, lâensemble fonctionne, mission accomplie. Or, câĂ©tait justement une partie du problĂšme.
Le moteur Ă©tait conçu et construit par Honda, mais exploitĂ© en piste par Mugen-Honda. Dans la culture dâentreprise japonaise, cela rendait la confrontation directe sur la performance trĂšs difficile. Les soucis mĂ©caniques Ă©taient discutables car factuels, mais des sujets comme la consommation ou la performance rĂ©elle devenaient dĂ©licats.
Un exemple concret : la consommation Ă©tait dâenviron 5% plus Ă©levĂ©e que celle du Peugeot. MalgrĂ© lâimportance de ce paramĂštre, il Ă©tait difficile dâouvrir une discussion de fond.
đŹïž Le dĂ©bat de lâairbox : « trop petite »
Le principal retour cĂŽtĂ© Honda sur le manque de performance pointait lâairbox de la Jordan, jugĂ©e trop petite : Honda souhaitait un volume environ deux fois plus important.
Or, la taille et la gestion aĂ©ro de lâairbox Ă©taient liĂ©es Ă une prĂ©occupation majeure : contrĂŽler la façon dont lâair « dĂ©borde » lorsque le moteur ne peut plus avaler davantage de dĂ©bit, ou quand le pilote coupe les gaz. Dans ces phases, il ne fallait surtout pas pĂ©naliser lâappui de lâaileron arriĂšre.
âïž Quatre voyages Ă Sakura pour faire passer le message
Constatant que le discours ne portait pas sur le cĆur du problĂšme, il a fallu employer beaucoup de diplomatie pour mettre la situation en Ă©vidence. Quatre allers-retours dâune journĂ©e Ă Sakura ont Ă©tĂ© effectuĂ©s pour rencontrer lâĂ©quipe de conception et un reprĂ©sentant Mugen-Honda.
Les trois premiers dĂ©placements nâont pas permis de faire avancer la comprĂ©hension : le message ne passait pas.
đ Imola comme rĂ©vĂ©lateur : lâaccĂ©lĂ©ration ne ment pas
AprĂšs la manche dâImola (quatriĂšme course), une derniĂšre tentative a Ă©tĂ© jugĂ©e possible, cette fois avec davantage de donnĂ©es. Imola offrait des accĂ©lĂ©rations relativement rĂ©pĂ©tables en sortie de chicanes, permettant une comparaison avec lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente.
LâidĂ©e Ă©tait simple : si la vitesse au point de corde et la remise des gaz sont comparables, alors Ă puissance Ă©gale, lâaccĂ©lĂ©ration en sortie devrait ĂȘtre comparable. En arrivant Ă Sakura avec un sac rempli de donnĂ©es, lâanalyse a Ă©tĂ© posĂ©e : le moteur semblait accuser environ 50 chevaux de moins que le Peugeot de lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente, donnĂ© autour de 745 ch.
La conclusion a dâabord Ă©tĂ© refusĂ©e. La discussion sâest tendue, jusquâĂ ce quâun jeune ingĂ©nieur sorte, puis revienne une dizaine de minutes plus tard avec une feuille de calcul : selon ses chiffres, le moteur Honda Ă©tait juste sous les 700 ch. LĂ , le ton a radicalement changĂ©.
đïž Un plan de dĂ©veloppement immĂ©diat⊠et un ordre dâallumage revu
Alors que le dĂ©part Ă©tait prĂ©vu le lendemain matin, il a Ă©tĂ© demandĂ© de rester un jour de plus. Le lendemain, un plan de dĂ©veloppement complet Ă©tait affichĂ©, avec des dates associĂ©es Ă chaque Ă©tape. Le calendrier a Ă©tĂ© ajustĂ© conjointement, car certaines Ă©volutions impliquaient de fabriquer aussi de nouvelles piĂšces â notamment des systĂšmes dâĂ©chappement â puisque le plan incluait un changement dâordre dâallumage.
Ce changement dâordre dâallumage Ă©tait liĂ© Ă la surconsommation, ce qui validait aussi lâintĂ©rĂȘt des comparaisons de consommation. Ă lâĂ©poque, les injecteurs Ă©taient positionnĂ©s au-dessus des trompettes dâadmission afin que le carburant pulvĂ©risĂ© ait le temps de se mĂ©langer Ă lâair avant dâentrer dans le cylindre. Mais cette configuration pouvait provoquer un phĂ©nomĂšne parasite : lorsquâun cylindre voisin Ă©tait en phase dâadmission, il pouvait « aspirer » du carburant destinĂ© Ă un autre cylindre.
đ Silverstone : un premier redressement, trop tard pour certains
En comprenant que tout prend du temps, une nouvelle spĂ©cification moteur a Ă©tĂ© fournie pour le Grand Prix de Grande-Bretagne, neuviĂšme manche sur 16, en juillet. Elle nâa pas permis de rĂ©cupĂ©rer la totalitĂ© des 50 ch manquants, mais environ la moitiĂ©. CombinĂ© aux modifications apportĂ©es Ă la voiture, cela a suffi pour que Jordan marque enfin son premier point de la saison Ă Silverstone.
MalgrĂ© ce mieux, une dĂ©cision personnelle avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© prise : aprĂšs Monaco en mai, le choix de partir Ă©tait actĂ©, faute de soutien de la direction sur deux axes jugĂ©s essentiels : pousser Honda Ă rĂ©agir, et reconnaĂźtre les problĂšmes chĂąssis nĂ©cessitant une correction. DĂ©velopper « Ă lâaveugle » nâavait pas de sens : la premiĂšre Ă©tape consistait Ă comprendre.
đ§ Aston Martin en 2026 : mĂȘmes symptĂŽmes, mĂȘme besoin dâĂ©lectrochoc
Pour Aston Martin, les signaux rappellent cette pĂ©riode : la voiture ne paraĂźt pas agrĂ©able ni efficace, et les pilotes se plaignent â Ă la radio comme en interne â de nombreux points, en insistant surtout sur les problĂšmes de pilotage et de comportement.
Sans une journĂ©e vraiment noire, comme celle vĂ©cue en fin dâessais avec un roulage limitĂ© Ă quelques tours dâinstallation et retours aux stands, Honda pouvait estimer que lâamĂ©lioration nâĂ©tait « plus trĂšs loin ». Un raisonnement qui Ă©voque aussi les difficultĂ©s connues avec McLaren, notamment en 2015 et 2017.
Mais une fois la rĂ©action enclenchĂ©e, lâidĂ©e dĂ©fendue est claire : il nâexiste pas de motoriste plus capable ou plus rapide pour mettre en Ćuvre les Ă©tapes nĂ©cessaires. Il faut simplement le choc initial pour lancer la machine. Et Ă Sakura, ce choc semble avoir eu lieu.
â Conclusion đ
Lâhistoire montre quâun dĂ©ficit de performance peut passer dâun sujet tabou Ă un plan de bataille concret, dĂšs lors que les faits sont posĂ©s et partagĂ©s. Si le dĂ©clic est confirmĂ©, la suite dĂ©pendra de la vitesse dâexĂ©cution et de la capacitĂ© Ă transformer des donnĂ©es en solutions. La Formule 1 rĂ©compense ceux qui apprennent vite â et 2026 pourrait encore le prouver.
Foire aux Questions
â Pourquoi lâabsence de courbe de puissance chiffrĂ©e complique-t-elle autant le travail ?
Parce que recevoir des pourcentages sans valeurs absolues empĂȘche dâidentifier clairement la puissance rĂ©elle Ă chaque rĂ©gime. Avec des outils de simulation dĂ©jĂ limitĂ©s, une grande partie de lâanalyse devient une estimation, ce qui ralentit le diagnostic et le dĂ©veloppement.
â Comment peut-on dĂ©tecter un manque de puissance sans chiffre officiel ?
En comparant des donnĂ©es dâaccĂ©lĂ©ration dans des conditions similaires. Ă Imola, lâaccĂ©lĂ©ration en sortie de chicanes, avec des vitesses de passage et des remises de gaz comparables Ă lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente, a servi dâindicateur : Ă puissance Ă©gale, lâaccĂ©lĂ©ration devrait ĂȘtre similaire.
â Pourquoi lâairbox peut-elle influencer la performance et lâaĂ©rodynamique ?
Le volume et lâĂ©coulement autour de lâairbox jouent sur lâalimentation du moteur, mais aussi sur la maniĂšre dont lâair se comporte lorsquâil « dĂ©borde » (quand le moteur ne peut plus en avaler, ou lors dâune coupure des gaz). Un Ă©coulement mal maĂźtrisĂ© peut nuire Ă lâappui de lâaileron arriĂšre.
â Quel lien entre ordre dâallumage et consommation de carburant ?
Dans le cas dĂ©crit, le changement dâordre dâallumage faisait partie dâun plan visant notamment la surconsommation. La logique Ă©voquĂ©e renvoie Ă la maniĂšre dont le mĂ©lange air-carburant se rĂ©partit entre cylindres et aux effets dâaspiration parasite possibles sur certains rĂ©gimes.
â Pourquoi un « mauvais jour » en essais peut-il accĂ©lĂ©rer la rĂ©action dâun motoriste ?
Parce quâune journĂ©e catastrophique rend le problĂšme impossible Ă minimiser : lorsque le roulage se limite Ă quelques tours, lâurgence devient Ă©vidente. Cela peut dĂ©clencher une prise de dĂ©cision plus rapide et un plan de dĂ©veloppement plus agressif.
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