đ Quand un grand transfert en F1 tourne mal : 12 dĂ©buts dâaventure dĂ©cevants

La premiĂšre saison de Lewis Hamilton chez Ferrari nâa pas rĂ©pondu aux attentes. Et mĂȘme si Hamilton espĂšre encore renverser la tendance, lâhistoire de la Formule 1 montre quâun grand changement dâĂ©curie peut trĂšs mal commencer.
Voici 12 transferts majeurs oĂč des pilotes de tout premier plan ont trĂ©buchĂ© dĂšs leur arrivĂ©e. Certains ont ensuite rebondi⊠dâautres ont continuĂ© Ă sâenliser, parfois jusquâĂ voir lâaventure tourner court.
Kimi RĂ€ikkönen âïž
Ferrari, 2014 đ„
Kimi RÀikkönen avait fait un retour en F1 avec Lotus en 2012 aprÚs deux ans de parenthÚse, majoritairement consacrés à un passage en rallye plutÎt infructueux. De retour sur les circuits, il ne montrait que peu de signes de rouille : deux victoires, des podiums réguliers, et surtout une troisiÚme place au championnat en 2012.
De quoi convaincre Ferrari de le rĂ©engager, pour former un duo qui ressemblait sur le papier Ă une super-Ă©quipe avec Fernando Alonso â le pilote que Ferrari avait justement recrutĂ© cinq ans plus tĂŽt en payant RĂ€ikkönen pour partir.
Mais sa premiĂšre saison de retour chez Ferrari a Ă©tĂ© profondĂ©ment dĂ©cevante. Il a peinĂ© Ă sâadapter Ă une voiture dĂ©licate, dans laquelle Alonso, lui, brillait. MĂȘme si Ferrari sâĂ©tait aussi trompĂ©e sur les nouveaux rĂšglements hybrides et se retrouvait loin derriĂšre Mercedes (et Ă lutter avec des Ă©quipes clientes de Mercedes), RĂ€ikkönen a Ă©tĂ© nettement dominĂ© par Alonso : 161 points contre 55, et en moyenne une demi-seconde par tour plus lent en qualifications.
RĂ€ikkönen nâest pas montĂ© une seule fois sur le podium cette annĂ©e-lĂ . Son meilleur rĂ©sultat a Ă©tĂ© une quatriĂšme place Ă Spa, lâune de ses deux seules arrivĂ©es dans le top 6 de toute la saison.
Ce bilan a installĂ© RĂ€ikkönen dans un rĂŽle de numĂ©ro deux quand Sebastian Vettel a Ă©tĂ© recrutĂ© pour remplacer Alonso parti chez McLaren Ă partir de 2015. Avec le recul, cela amĂšne aussi Ă se demander jusquâoĂč la Lotus de 2012-2013 aurait pu vraiment le porter.
RĂ€ikkönen sâest ensuite davantage rapprochĂ© de Vettel quâil ne lâavait Ă©tĂ© dâAlonso et a mĂȘme retrouvĂ© la victoire en fin de parcours lors de son cinquiĂšme exercice. Mais il est restĂ© une version attĂ©nuĂ©e de lui-mĂȘme pendant la majeure partie de ce second passage â sans jamais retomber aussi bas que lors de cette premiĂšre saison.
Daniel Ricciardo đŹ
McLaren, 2021 đ
Le dĂ©part surprise de Daniel Ricciardo vers Renault avait ressemblĂ© Ă un pari trĂšs atypique â et il sâest dĂ©roulĂ© globalement comme on pouvait sây attendre. AprĂšs une premiĂšre annĂ©e moyenne, Ricciardo a au moins consolidĂ© sa rĂ©putation en 2020 en dominant nettement Esteban Ocon.
Mais avant mĂȘme le dĂ©but de cette saison 2020, il avait dĂ©jĂ signĂ© pour une McLaren en reconstruction, qui allait terminer troisiĂšme en 2020 et donner lâimpression de valider le choix de Ricciardo.
Une pĂ©riode dâadaptation Ă©tait inĂ©vitable, car les caractĂ©ristiques trĂšs particuliĂšres de la McLaren ne correspondaient pas au style de pilotage habituel de Ricciardo. En revanche, peu de monde sâattendait Ă ce que cette adaptation dure autant. AprĂšs un dĂ©but correct â Ricciardo devançant Lando Norris en qualifications lors des deux premiĂšres courses â il a rapidement peinĂ© Ă atteindre le niveau de Norris sur la durĂ©e.
La victoire Ă Monza a Ă©tĂ© un sommet clair et assez improbable, mais le reste de lâannĂ©e lâa laissĂ© souvent en retrait. Et cette saison a servi dâavertissement : 2022 sera encore pire, au point que McLaren remplacera Ricciardo par Oscar Piastri aprĂšs seulement deux saisons sur les trois prĂ©vues au contrat initial.
Gerhard Berger đ§±
Ferrari, 1993 đ„
La Ferrari Ă suspension active de 1993 a souvent Ă©tĂ© moquĂ©e tant elle Ă©tait chaotique, et lâun des fils rouges de la saison de Gerhard Berger fut son accumulation rĂ©currente de liquide au coude â que lâon peut imaginer liĂ©e au nombre de fois oĂč il devait « sortir les coudes » pour dĂ©fendre face Ă des voitures de bien plus petites Ă©quipes, malgrĂ© son nouveau statut.
Ă lâĂ©poque, pendant quâAyrton Senna nĂ©gociait durement avec McLaren au dĂ©but de lâannĂ©e, des commentateurs de la tĂ©lĂ©vision britannique suggĂ©raient que Berger Ă©tait devenu le pilote le mieux payĂ© du plateau en rejoignant Ferrari.
Ses performances nâont pas vraiment justifiĂ© ce statut. Certes, la voiture Ă©tait mauvaise, et la suspension si peu fiable quâelle rendait le pilotage presque impossible (son Ă©trange crash en sortie des stands Ă Estoril en est un bon exemple). Mais Jean Alesi, dĂ©jĂ en place, Ă©tait parfois rĂ©ellement impressionnant, se qualifiant en deuxiĂšme ligne Ă Spa et Ă Monza, et menant mĂȘme un temps Ă Estoril.
Berger, lui, a surtout heurtĂ© des obstacles, en jouant souvent le rĂŽle dâun bouchon rouge sur la piste. Il a tout de mĂȘme arrachĂ© une troisiĂšme place en Hongrie (avec lâaide de lâattrition) et une quatriĂšme au Canada. Mais statistiquement, 1993 Ă©tait alors sa pire saison depuis sa premiĂšre campagne complĂšte chez Arrows en 1985.
Fernando Alonso đ€
McLaren, 2015 â«
Quand on se demande pourquoi Alonso a quittĂ© Ferrari fin 2014 â abandonnant les deux derniĂšres annĂ©es de son contrat â pour retourner chez McLaren, alors que Ferrari allait ensuite gagner des courses sur presque toutes les saisons 2015-2019 (sauf une), et que McLaren ne ferait mĂȘme pas un seul podium, Alonso a toujours dĂ©fendu lâidĂ©e quâil nây avait aucune garantie quâil serait restĂ© aprĂšs 2016. Il nâaurait donc pas nĂ©cessairement Ă©tĂ© Ă la place de Sebastian Vettel pour dĂ©fier Lewis Hamilton pour les titres 2017 et 2018.
Avec le recul, il doit tout de mĂȘme regretter de ne pas ĂȘtre restĂ© assez longtemps pour au moins tenter de nĂ©gocier une prolongation. Les annĂ©es McLaren-Honda (deuxiĂšme version) ont Ă©tĂ© un dĂ©sastre total. Elles sont nĂ©es en grande partie de la crainte â en partie justifiĂ©e â que Mercedes, avec sa propre Ă©quipe officielle pour la rĂ©volution hybride de 2014, relĂšgue McLaren au rang de simple client de second niveau.
McLaren sâest donc remise avec Honda pour viser une nouvelle Ăšre de « domination », mais en rĂ©alitĂ©, les moteurs Honda, sous-dĂ©veloppĂ©s et peu fiables, sont devenus un bouc Ă©missaire â lui aussi partiellement justifiĂ© â pour une Ă©quipe qui nâavait pas conçu une bonne voiture depuis 2012 et qui peinait Ă se remettre en question.
Les deux ont fini par sâen sortir, chacun de son cĂŽtĂ© : Honda avec Red Bull et Max Verstappen, McLaren en revenant Ă des moteurs Mercedes clients dans une Ăšre oĂč la paritĂ© avec les Ă©quipes constructeur est inscrite dans le rĂšglement. Mais entre-temps, Alonso sâest retrouvĂ© piĂ©gĂ© dans des annĂ©es de politique interne, de querelles, de coups de radio mal inspirĂ©s et de sous-performance.
Alonso a parfois trĂšs bien pilotĂ©, mais il a reconnu que le manque de compĂ©titivitĂ© de lâĂ©quipe, particuliĂšrement cette premiĂšre saison, lâavait affectĂ©. Il sâest montrĂ© inhabituellement critique envers lui-mĂȘme en 2015, une annĂ©e oĂč Jenson Button lâa devancĂ© aux points : 16 contre 11.
Michael Schumacher âł
Mercedes, 2010 đ©¶
AprĂšs trois saisons dâabsence et un retour entourĂ© dâune attente Ă©norme â des victoires, et un huitiĂšme titre â Michael Schumacher revient en 2010 avec Mercedes, qui reprend lâĂ©quipe championne du monde Brawn GP.
Ă 41 ans, Schumacher se retrouve face au beaucoup plus jeune Nico Rosberg. La saison est dĂ©cevante, pour Mercedes comme pour Schumacher. Rosberg surclasse Schumacher de 70 points, une situation inhabituelle pour un pilote qui avait longtemps Ă©crasĂ© ses Ă©quipiers. Schumacher se bat notamment avec les pneus Bridgestone Ă gomme contrĂŽlĂ©e, loin des avantages quâil avait connus durant lâĂ©poque Ferrari et son partenariat privilĂ©giĂ© avec Bridgestone.
Il y a tout de mĂȘme quelques Ă©clairs : sa quatriĂšme place Ă Barcelone a Ă©tĂ© particuliĂšrement solide. Mais le manque de rythme sur dâautres courses, et une manĆuvre jugĂ©e dangereuse sur son ex-Ă©quipier Rubens Barrichello Ă Budapest, ont aussi plombĂ© lâimpression gĂ©nĂ©rale.
Schumacher restera encore deux saisons chez Mercedes, remontera sur le podium Ă Valence en 2012 et signera une pole position spectaculaire Ă Monaco qui nâaura pas existĂ© en course (Ă cause dâune pĂ©nalitĂ©). Sa derniĂšre saison, 2012, sera la plus convaincante, mais 2010 a clairement montrĂ© quâil Ă©tait loin du pilote de son premier passage en F1.
Nelson Piquet đ„
Lotus, 1988 đĄ
LâarrivĂ©e du champion en titre Nelson Piquet chez Lotus en 1988 marque Ă la fois la fin de sa perception comme pilote dâĂ©lite et le dĂ©but de la chute finale de Lotus vers lâinsignifiance.
La Lotus, pas assez performante sur le plan aĂ©rodynamique, nâaide pas. Mais câest surtout la rĂ©putation de Piquet â de plus en plus dĂ©sintĂ©ressĂ© malgrĂ© un salaire confortable â qui en prend un coup. Deux podiums trĂšs lointains sur les deux premiĂšres courses sâavĂšrent ĂȘtre le sommet dâune saison qui va rapidement glisser vers une prĂ©sence anonyme au milieu de grille.
Des propos dĂ©sagrĂ©ables sur Senna (entre autres) tenus par Piquet dans une interview Playboy de prĂ©-saison laissaient entendre quâil se souciait peu de savoir comment il se mesurerait aux performances du jeune compatriote dans le cockpit Lotus que Senna venait de quitter pour McLaren.
Cette confiance a trĂšs mal vieilli : Senna file vers le titre avec la McLaren, Ă©galement motorisĂ©e par Honda, tandis que Piquet ne marque quâun peu moins de 40% du total de points Lotus de Senna en 1987 â un chiffre dĂ©jĂ plutĂŽt gĂ©nĂ©reux au vu de lâĂ©cart rĂ©el de performances. Piquet ne sâapproche jamais des victoires de Senna, et mĂȘme si gagner avec autre chose quâune McLaren en 1988 Ă©tait presque impossible, certains week-ends oĂč Piquet se fait mettre en difficultĂ© par son Ă©quipier Satoru Nakajima (prĂ©sent pour satisfaire Honda, pas pour viser des rĂ©sultats) sont particuliĂšrement accablants.
Le seul point positif de 1988, câest que ce fut mieux que 1989 : Lotus perd la puissance Honda, et Piquet ne se qualifie mĂȘme pas pour le Grand Prix de Belgique.
Nigel Mansell đȘ
McLaren, 1995 âȘ
Nigel Mansell avait besoin dâun point de chute en F1 aprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©cartĂ© par Williams pour 1995. McLaren cherchait un nom fort aprĂšs une saison 1994 douloureuse avec Peugeot et alors que Williams avait rĂ©ussi Ă garder David Coulthard, que McLaren voulait initialement. MalgrĂ© une longue histoire de dĂ©clarations peu flatteuses de part et dâautre, Mansell et McLaren â dĂ©sormais motorisĂ©e par Mercedes â se retrouvent pour 1995.
Sur le papier, cela pouvait fonctionner sur une base pragmatique, compte tenu de ce dont Mansell, McLaren et Mercedes Ă©taient capables Ă leur meilleur niveau. Mais la voiture, mal conçue (et jugĂ©e laide), sâest rĂ©vĂ©lĂ©e immĂ©diatement ĂȘtre un trĂšs mauvais match pour le style de Mansell, et surtout loin dâĂȘtre assez bonne pour lâambition de titre quâil imaginait. Et avant mĂȘme de parler de performance, un problĂšme sâest imposĂ© : le cockpit Ă©tait trop Ă©troit pour quâil puisse vraiment conduire.
Mansell rate deux courses, le temps que la voiture soit Ă©largie. Il termine ensuite 10e Ă Imola, avec deux tours de retard sur son Ă©quipier Mika HĂ€kkinen, 5e. Puis il se gare de lui-mĂȘme Ă Barcelone depuis la 17e place, estimant la voiture inconduisible, et quitte brutalement McLaren et la F1.
MĂȘme parmi les sceptiques, peu sâattendaient Ă un Ă©chec aussi rapide. Cela sâest terminĂ© si vite que cela ressemble presque Ă une histoire de mauvais dĂ©but⊠plus quâĂ une mauvaise saison complĂšte.
Il y a eu un lĂ©ger signe encourageant : Ă Barcelone, Mansell sâĂ©tait qualifiĂ© au niveau de HĂ€kkinen (avant un mauvais dĂ©part et une sortie de piste). HĂ€kkinen, lui, a tout de mĂȘme sauvĂ© deux podiums en 1995. Peut-ĂȘtre quâen restant, en ajustant ses attentes et en aidant McLaren Ă sortir progressivement de son dĂ©sert post-Senna/Honda, Mansell aurait pu retourner le rĂ©cit. Mais ce nâest pas pour cela quâil Ă©tait revenu, et avec un duo aussi improbable que lui et Ron Dennis, la relation semblait vouĂ©e Ă lâĂ©chec sans une voiture gagnante immĂ©diatement.
Jenson Button đ±
Benetton, 2001 đ©
Ă 20 ans, Button avait impressionnĂ© dĂšs ses dĂ©buts en F1 avec Williams en 2000, avec plusieurs performances marquantes : devenir le plus jeune marqueur de points de lâhistoire en F1 au BrĂ©sil, ou encore se qualifier troisiĂšme Ă Spa.
MĂȘme sâil doit laisser son baquet Ă Juan Pablo Montoya en 2001, Williams continue Ă suivre Button de prĂšs, ce qui ouvrira plus tard la voie Ă deux conflits distincts autour dâun possible retour.
Button est finalement « prĂȘtĂ© » Ă Benetton, qui est Ă nouveau sous contrĂŽle de Renault depuis 2000 et se reconstruit vers ce qui deviendra lâĂ©quipe championne en 2005. Mais en 2001, Benetton est encore loin de ce niveau, avec une voiture difficile â sans direction assistĂ©e â dans laquelle Button ne marque que deux points sur toute la saison.
De son propre aveu, il est battu par son Ă©quipier Giancarlo Fisichella, qui, selon Button, « avait le talent de trouver de la vitesse dans une voiture-chien ». Fisichella domine aussi nettement en qualifications (13-4) et dĂ©croche mĂȘme un podium improbable Ă Spa.
Flavio Briatore estime que Button « les a un peu déçus » en 2001 et lâaccuse dâĂȘtre un « playboy paresseux » Ă Monaco cette annĂ©e-lĂ . Le dĂ©but de saison nâavait pas Ă©tĂ© aidĂ© par une blessure Ă lâĂ©paule subie Ă Sepang.
MĂȘme si Button nâen est alors quâĂ sa deuxiĂšme saison, il figure ici parce que sa premiĂšre annĂ©e avait Ă©tĂ© si prometteuse que cette campagne 2001, trĂšs dure, a failli casser son Ă©lan â surtout pendant que Montoya brillait chez Williams, et que dâautres nouveaux talents comme RĂ€ikkönen et Alonso (qui le remplacera bientĂŽt chez Renault) Ă©mergeaient.
Heureusement, un hiver de travail intense â en partie avec lâingĂ©nieur Mike Gascoyne pour mieux comprendre lâorientation de dĂ©veloppement et les rĂ©glages dâune voiture dĂ©licate â pose les bases dâun 2002 plus solide, avant un dĂ©part vers BAR Honda en 2003. Un chemin qui le mĂšnera, finalement, au titre en 2009.
Jacques Villeneuve đČ
BAR, 1999 âȘđ”
Une Ă©quipe de F1 créée de zĂ©ro, financĂ©e massivement par le tabac, construite autour dâun champion du monde : certains se demandaient si BAR pouvait gagner dĂšs sa premiĂšre course avec Jacques Villeneuve. Pourtant, lâĂ©quipe termine sa premiĂšre saison derriĂšre Minardi au championnat : derniĂšre, sans le moindre point.
La voiture Ă©tait extrĂȘmement peu fiable, un problĂšme attribuĂ© aux vibrations causĂ©es par le moteur vieillissant « Supertec », dĂ©rivĂ© dâun ancien Renault. Au-delĂ de ce record terrible Ă lâarrivĂ©e, lâĂ©pisode le plus marquant est sans doute lâaccord entre Villeneuve et Ricardo Zonta pour passer Eau Rouge Ă fond en qualifications Ă Spa â avec, Ă chaque fois, une issue dĂ©sastreuse.
La carriĂšre de Villeneuve ne se remettra jamais vraiment de ce choix. Par loyautĂ© envers le fondateur de lâĂ©quipe, Craig Pollock, qui Ă©tait aussi son manager, il refuse de lâintĂ©rĂȘt venant de Benetton/Renault et mĂȘme de McLaren. Quand BAR finira par progresser en 2004, Villeneuve aura dĂ©jĂ Ă©tĂ© Ă©cartĂ© juste avant la fin de la saison prĂ©cĂ©dente.
Keke Rosberg đ„
McLaren, 1986 đŽâȘ
Le passage dâun an de Keke Rosberg chez McLaren a mal commencĂ© dĂšs le premier jour : il a crashĂ© au dĂ©part de son tout premier test de la voiture 1986 au BrĂ©sil. Le concepteur John Barnard est entrĂ© dans une colĂšre noire, et cela a peut-ĂȘtre contribuĂ© Ă son manque dâempressement quand Rosberg a passĂ© la premiĂšre moitiĂ© de saison Ă se plaindre de ne pas pouvoir piloter une voiture dĂ©veloppĂ©e autour dâAlain Prost.
Alors que Prost va dĂ©crocher le titre contre toute attente dans une lutte Ă trois face aux Williams plus rapides, Rosberg ne signe quâun seul podium. Au milieu de la saison, il annonce que son intention avait toujours Ă©tĂ© de vivre une annĂ©e chez McLaren avant de prendre sa retraite.
Son moment le plus marquant, dans une saison passĂ©e Ă se battre contre le sous-virage et les limites strictes de carburant, arrive lors de la finale Ă AdĂ©laĂŻde : il joue le rĂŽle du « liĂšvre » pour aider Prost, mĂšne 56 tours, avant quâune crevaison ne lâĂ©limine.
Juan Pablo Montoya đą
McLaren, 2005 âȘ
Comme Ricciardo, Montoya avait signĂ© pour McLaren avant mĂȘme dâentamer sa derniĂšre saison avec son Ă©quipe du moment, Williams.
AprĂšs beaucoup dâattente, il rejoint finalement RĂ€ikkönen chez McLaren en 2005⊠pour vivre un dĂ©but dâaventure sous-performant et Ă©trange. Il manque les manches 3 et 4 Ă cause dâune blessure Ă lâĂ©paule. Il affirme Ă lâĂ©poque sâĂȘtre blessĂ© en trĂ©buchant sur une balle de tennis, mais la blessure ressemble fortement Ă la consĂ©quence dâun accident de moto.
Ă son retour, RĂ€ikkönen gagne trois des quatre courses suivantes pendant que Montoya ne monte pas une seule fois sur le podium : il est disqualifiĂ© alors quâil est deuxiĂšme Ă MontrĂ©al pour ĂȘtre sorti des stands alors que le feu Ă©tait rouge. Son week-end Ă Monaco est ruinĂ© par une pĂ©nalitĂ© aprĂšs avoir provoquĂ© un carambolage Ă quatre voitures en essais.
Montoya finit par gagner Ă Silverstone, puis, aprĂšs un accident en qualifications, remonte de la 20e place Ă la deuxiĂšme Ă Hockenheim. Dâautres victoires suivent Ă Monza et Ă Interlagos, mais elles sont entrecoupĂ©es de nombreux incidents, qui lâempĂȘchent dâĂȘtre rĂ©ellement dans la course au titre que RĂ€ikkönen perd face Ă Alonso.
Trois victoires nâont rien dâun bilan catastrophique pour une saison dite « dĂ©cevante » â les sommets de Montoya ici sont plus hauts que ceux de nâimporte quel autre pilote de cette liste â mais la liste de points perdus est longue, et RĂ€ikkönen reste clairement le pilote numĂ©ro un de lâĂ©quipe.
La tendance se prolonge en 2006 : Montoya et McLaren se sĂ©parent en cours de deuxiĂšme saison. Une fin frustrante, mais explosive, de sa carriĂšre en F1. Difficile de ne pas se demander ce qui aurait pu ĂȘtre.
Heinz-Harald Frentzen đ§©
Williams, 1997 đ”
Williams a rĂ©alisĂ© lâun des plus gros mouvements de pilotes des annĂ©es 1990 en recrutant Heinz-Harald Frentzen pour remplacer Damon Hill, alors leader et champion du monde en titre.
Frentzen arrive en 1997 avec dâimmenses attentes : selon Frank Williams, il Ă©tait la rĂ©ponse Ă Schumacher, et Frentzen avait connu des succĂšs en endurance aux cĂŽtĂ©s de Schumacher au dĂ©but des annĂ©es 1990.
Mais malgrĂ© une victoire Ă la quatriĂšme manche Ă Imola â qui se rĂ©vĂ©lera un faux dĂ©part vers un dĂ©clic â sa saison est profondĂ©ment dĂ©cevante. Il marque Ă peine plus de la moitiĂ© des points de son Ă©quipier Jacques Villeneuve, qui ira ensuite battre Michael Schumacher dans une lutte tendue pour le titre.
Cette saison brise lâimage du pilote que Williams espĂ©rait. Plus tard, Frank Williams dira quâil avait commis une « grave erreur de jugement » en remplaçant Hill par Frentzen.
AprĂšs ce passage ratĂ© chez Williams, Frentzen sera ensuite une rĂ©vĂ©lation inattendue chez Jordan en 1999, en menant lâune des plus improbables candidatures au titre de lâhistoire de la F1.
â Conclusion âš
Ces exemples rappellent Ă quel point un grand changement dâĂ©curie en Formule 1 peut ĂȘtre brutal : incompatibilitĂ© de style de pilotage, voiture capricieuse, pneus difficiles Ă comprendre, contexte politique compliquĂ©, ou simplement un Ă©quipier au sommet de sa forme.
Pour Lewis Hamilton comme pour tant dâautres avant lui, lâenjeu est clair : transformer un dĂ©part dĂ©cevant en rampe de lancement. Et en F1, les deuxiĂšmes chapitres sont parfois les plus passionnants.
Foire aux Questions
Pourquoi un pilote peut-il ĂȘtre performant dans une Ă©quipe et en difficultĂ© dĂšs quâil change ?
Parce quâune voiture peut demander un style de pilotage trĂšs spĂ©cifique. Ricciardo, par exemple, a eu besoin dâune longue adaptation Ă des caractĂ©ristiques qui ne correspondaient pas Ă ses habitudes, tandis que RĂ€ikkönen a souffert dâune Ferrari difficile Ă exploiter quand Alonso arrivait Ă en tirer plus.
Un « mauvais dĂ©but » veut-il forcĂ©ment dire que le pilote nâa plus le niveau ?
Pas nĂ©cessairement. Schumacher a montrĂ© des Ă©clairs (comme sa course vers la 4e place Ă Barcelone en 2010) mais a eu du mal Ă retrouver la constance, notamment face Ă Rosberg et avec des pneus quâil apprĂ©ciait moins.
Quâest-ce qui peut transformer une saison dĂ©cevante en rupture totale avec lâĂ©quipe ?
Quand les problĂšmes sâaccumulent sans perspective dâamĂ©lioration rapide. Mansell chez McLaren en 1995 en est un cas extrĂȘme : voiture mal adaptĂ©e, cockpit trop Ă©troit, puis dĂ©part aprĂšs seulement quelques courses.
Est-ce possible de gagner des courses malgré une saison « décevante » ?
Oui. Montoya en 2005 a remportĂ© trois Grands Prix avec McLaren, mais une succession dâincidents, de disqualification et de points perdus lâa maintenu loin de la lutte au titre menĂ©e par son Ă©quipier RĂ€ikkönen.
Quels signes montrent quâune Ă©quipe se trompe de pari sur un top pilote ?
Quand lâĂ©cart avec lâĂ©quipier est durable et que les attentes sont manquĂ©es malgrĂ© une voiture compĂ©titive. Chez Williams en 1997, Frentzen marque Ă peine plus de la moitiĂ© des points de Villeneuve, et Frank Williams qualifiera plus tard ce choix de « grave erreur de jugement ».
Au-delĂ de ces dĂ©buts difficiles, le moteur reste le rĂȘve. Le vĂŽtre peut ronronner dĂšs maintenant: Ferrari 458 Italia en LOA/LLD, garanties incluses, achat Ă distance possible via Joinsteer.














