Partout dans le monde, la vie nocturne a pris une claque: entre loyers qui explosent, coûts qui grimpent et obsession du “bien-être”, beaucoup de villes lèvent le pied. Mais São Paulo fait exactement l’inverse. Elle accélère. Et elle le fait surtout là où personne ne l’attendait: dans son centre historique, longtemps déserté.

Le résultat? Une ville qui assume ses nuits, sept jours sur sept. Les bars ferment (souvent) à 2h du matin… mais les vrais continuent jusqu’au lever du soleil. Et pas uniquement le week-end. São Paulo s’est même retrouvée propulsée en tête de classe côté nightlife dans un classement international récent — et, pour une fois, ce n’est pas du marketing vide: ça se vit sur le terrain.

Le moteur de cette réussite est simple: la scène nocturne joue à fond sur le mélange culturel de la ville et repousse sans cesse les limites de ce qu’un “lieu de fête” peut être. Bars, micro-clubs, restaurants tardifs et formats hybrides poussent partout — parfois dans des endroits improbables, comme un passage souterrain récupéré ou une ancienne banque reconvertie.

Bar do Cofre Avant de devenir le Bar do Cofre, cet espace était le coffre-fort de l’ancienne Banque de l’État de São Paulo.

Pourquoi cette stratégie de “recyclage urbain” cartonne? Parce que l’immobilier à São Paulo est parmi les plus chers d’Amérique du Sud. Louer grand, beau et neuf coûte un bras. Donc la scène s’adapte: on prend ce qui existe, on le transforme, on le rend désirable. Même un endroit où l’on tient à peine à 15 personnes peut devenir un spot si on a une enceinte, quelques tabourets et une vraie identité.

“São Paulo a toujours été une ville très active la nuit. Ce qui change aujourd’hui, c’est la force créative et l’agilité du secteur”, explique Vinicius Bento, responsable des opérations food & beverage au Condessa Bar. L’adresse s’est fait une réputation sur des cocktails précis et une carte courte mais efficace — avec, par exemple, des dadinhos de tapioca (petits carrés de fromage à la texture chewy) et du roast beef.

L’épicentre de cette transformation, c’est le centre-ville, l’ancien quartier financier. Dans les années 1990, la finance a déménagé vers des zones plus neuves et plus “premium”, notamment Itaim Bibi. Puis, progressivement, d’autres activités ont pris le relais, dont les acteurs de la nuit, attirés par des loyers plus accessibles et par une série de réformes visant à sécuriser et rendre le centre plus attractif.

“Avec l’arrivée de nouveaux habitants, les efforts de la ville pour renforcer la sécurité, restaurer les façades et nettoyer l’espace public, le centre a un vrai potentiel pour redevenir un hub commercial dynamique”, estime Ruth da Silva, agente immobilière.

Le symbole parfait de ce virage? L’ancienne maison mère de la Banco do Estado de São Paulo, à deux pas de la Bourse brésilienne.

Le Bar do Cofre avant la soirée Le Bar do Cofre (Vault Bar) avant le début de la soirée.

Derrière deux portes rondes de 16 tonnes, le Bar do Cofre remplit désormais ses murs de vodka, de whiskey et d’Aperol — pas de billets. La carte jongle entre classiques et créations maison. On retrouve des cocktails “safe” comme le Fitzgerald, et des signatures plus locales comme l’Amazonia (gin + nectar de goyave). Les prix vont de 30 à 65 reais. Côté assiettes: une carte courte, dont un steak tartare avec frites. Et en dessert, le cookie chaud à la poêle avec glace vanille fait un carton.

Un peu plus loin, sous les arches baroques et Art Nouveau du Theatro Municipal de São Paulo, un autre bar devenu “classique moderne” se planque au sous-sol.

Les visiteurs viennent au Bar dos Arcos pour l’ambiance sexy-cool: la bande-son navigue entre violonistes qui reprennent Amy Winehouse et DJ sets R&B ou grands classiques brésiliens. Sur la carte, des cocktails volontairement non conventionnels. Exemple: le Poroso — un blend au Johnnie Walker Black Label surmonté d’une mousse miel + fromage bleu. Sur le papier, c’est borderline. Dans le verre, ça marche (49 reais). Et même avec de la place pour environ 150 personnes, il y a presque toujours une file.

En face du théâtre, une galerie souterraine abandonnée pendant près de 50 ans a, elle aussi, repris vie. Aujourd’hui c’est Formosa Hi-Fi, un “listening bar” qui attire plus d’un millier de fans chaque week-end. Les DJs y mixent des vinyles qui vont de Michael Jackson à Legião Urbana, groupe culte du rock brésilien. L’entrée pourrait passer pour une station de métro… sans les agents de sécurité qui escortent les clients depuis leurs VTC.

Rooftop au Martinelli Building Au bar rooftop du 26e étage du Martinelli Building, les soirées peuvent durer très tard.

La descente des marches en granit, avec l’éclairage tamisé, fait partie du show. Et quand c’est bondé, l’attente ressemble presque à une mise en scène (bonus: on peut commander des verres depuis les marches). La carte propose des cocktails originaux, et des plats comme les pastels (petits chaussons frits à partager), ou des classiques brésiliens réconfortants. La mousse au chocolat à la cachaça traîne sur beaucoup de tables. Comptez environ 70 reais par repas et autour de 40 reais pour un cocktail.

Les rooftops prennent aussi de plus en plus de place dans l’écosystème nocturne. Le Martinelli Building, tour centenaire et ex-haut lieu de la haute société pauliste, s’est réinventé. Son 26e étage est devenu un spot phare pour prendre une claque sur les couchers de soleil à 360°. Ici, on reste plutôt sur des classiques: gin tonic, caïpirinha. Et au 25e, un bar à pizzas napolitaines cale les estomacs.

Le rooftop fonctionne aussi comme une “plateforme” plus qu’un club figé: chaque week-end, de nouvelles marques de soirées prennent le contrôle. Un soir électro, un autre pagode (genre brésilien aux racines samba, né à la fin des années 1970). Vers 4h du matin, l’énergie déborde souvent sur la terrasse façon villa toscane.

“L’idée, c’est de garder les rues actives jour et nuit, de booster la vie nocturne et de reconquérir des zones longtemps désertées où l’insécurité avait prospéré”, explique Fabio Floriano, associé du groupe Tokyo, qui pilote les événements du Martinelli. Il a commencé à investir dans le quartier en 2016.

Attention: le centre-ville n’est pas condamné à rester “bon plan” éternellement. Même si aucun de ses secteurs n’est encore au niveau des quartiers les plus chers, la revitalisation pousse les prix vers le haut. Mais ça ne va pas calmer les nuits — ni freiner les investissements. Le Martinelli, par exemple, est en pleine rénovation à 100 millions de reais pour agrandir ses espaces de divertissement.

“São Paulo ne se lassera jamais des bars et des différentes soirées”, tranche Floriano. “Donc il n’y a aucune raison d’arrêter d’investir dans de nouvelles fêtes.”

Auteur : Alexis Berthoud

Foire Aux Questions

Pourquoi São Paulo est-elle considérée comme une capitale mondiale de la nightlife en ce moment ?

Parce que la ville cumule trois atouts rares: une culture de la sortie très ancrée (même en semaine), une créativité forte sur les formats (bars hybrides, listening bars, rooftops) et une reconquête du centre-ville qui multiplie les nouveaux lieux.

Quels quartiers viser pour sortir le soir à São Paulo ?

Le centre historique est au cœur du renouveau, avec de nombreux spots dans d’anciens bâtiments réhabilités. D’autres quartiers restent très actifs, mais l’actualité se joue surtout downtown, là où les nouveaux concepts se concentrent.

C’est quoi un “listening bar” comme Formosa Hi-Fi ?

C’est un bar centré sur l’écoute de musique (souvent sur vinyles), avec une programmation de DJs pensée pour la qualité sonore et l’ambiance, plus que pour un dancefloor classique. On vient pour le son, l’atmosphère, et l’expérience.

À quel budget s’attendre pour une soirée dans ces lieux ?

Les tarifs varient, mais on voit souvent des cocktails autour de 40 reais et des plats autour de 70 reais. Les lieux “signature” peuvent être plus demandés, donc prévoyez aussi de l’attente à l’entrée.

Pourquoi tant de bars ouvrent-ils dans des lieux atypiques (banques, souterrains, passages) ?

Parce que l’immobilier est cher et que la scène nocturne joue l’efficacité: récupérer un lieu existant, lui donner une identité forte et créer une expérience mémorable coûte souvent moins cher — et marque beaucoup plus les esprits.

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