São Paulo rallume la nuit : le downtown devient la nouvelle capitale mondiale des bars et des rooftops

Auteur : Alexis Berthoud
Partout dans le monde, la nuit perd du terrain. Entre les loyers qui explosent, les coûts qui s’envolent et une obsession grandissante pour le “bien-être”, les bars et clubs ferment plus tôt, se vident, ou disparaissent.
Mais São Paulo fait exactement l’inverse. La plus grande ville du Brésil transforme la nuit en avantage compétitif — et surtout, elle le fait dans son centre historique, longtemps évité à cause des bâtiments abandonnés et d’une insécurité bien réelle. (Selon une étude de l’Université de São Paulo publiée en 2025, 11,4 millions de Brésiliens de plus de 14 ans — soit 6,6% de la population — ont déjà consommé de la cocaïne ou du crack.)
Résultat : la ville a été propulsée en tête des destinations nightlife dans un classement international fin novembre. Et ce n’est pas un effet de com’ : ici, on sort tard sept jours sur sept. Les bars ferment souvent à 2h du matin, mais les plus motivés prolongent jusqu’au lever du soleil. Et pas seulement le week-end.
Le secret de São Paulo ? Une scène qui capitalise sur le mélange culturel de la ville et qui repousse en permanence les limites de “où” et “comment” on fête. Bars, soirées et salles à manger pensés pour les oiseaux de nuit poppent partout — y compris dans des endroits improbables : passages souterrains, bâtiments abandonnés, anciens sièges bancaires… tout peut devenir un spot si tu peux y caser un tabouret et une enceinte.
Avant de devenir le Bar do Cofre, cet espace était le coffre-fort de l’ancienne Banque de l’État de São Paulo.
Cette stratégie du “recyclage urbain” est presque logique dans une ville où l’immobilier figure parmi les plus chers d’Amérique du Sud. D’après une grande plateforme locale de location, le loyer moyen atteignait 69,50 reais (environ 11,99 €) par m² en 2025 — et jusqu’à 143,50 reais (environ 24,76 €) dans les quartiers les plus chers.
Et même quand un lieu ne peut pas accueillir plus de 15 personnes, s’il y a de quoi servir un verre, ça peut devenir le prochain endroit où “il faut être”.
“São Paulo a toujours été une des villes les plus actives la nuit. Ce qui ressort aujourd’hui, c’est la force créative et l’adaptabilité du secteur”, explique Vinicius Bento, responsable opérations F&B au Condessa Bar, ouvert il y a un an. Le lieu s’est déjà fait un nom avec des cocktails soignés et un menu qui assume le confort : dadinhos de tapioca (petits cubes de fromage et tapioca), roast-beef, et des assiettes qui calment sans casser le rythme.
L’épicentre de cette transformation : le centre-ville, ex-quartier financier. Dans les années 1990, la finance a migré vers des zones plus “premium”. Puis, ces dernières années, d’autres activités — dont la nuit — ont commencé à revenir, attirées par des loyers (encore) plus abordables et par des réformes visant à rendre le centre plus sûr et plus vivant.
“Avec l’arrivée de nouveaux résidents, les efforts pour améliorer la sécurité, restaurer les façades et nettoyer l’espace public, le centre a un vrai potentiel pour redevenir un hub commercial”, estime Ruth da Silva, agente immobilière.
Un symbole parfait de ce renversement : l’ancien siège de la Banque de l’État de São Paulo, à deux pas de la Bourse brésilienne.
Le Bar do Cofre (le “bar du coffre-fort”) avant que la soirée ne démarre.
Derrière deux portes rondes de 16 tonnes, le Bar do Cofre remplit aujourd’hui ses murs de vodka, whisky et Aperol plutôt que de billets. Sur la carte : un équilibre entre classiques et créations maison. Un Fitzgerald façon gin sour côtoie des cocktails d’inspiration régionale comme l’Amazonia (gin + nectar de goyave). Les prix tournent autour de 30 à 65 reais (environ 5,17 à 11,19 €). Côté food : tartare de bœuf et frites. Et en dessert, un cookie chaud à la poêle avec glace vanille qui revient sur toutes les tables.
À quelques pas, sous les arches baroques et Art nouveau du Theatro Municipal de São Paulo, un autre bar iconique est planqué au sous-sol.
Les visiteurs viennent pour l’atmosphère “sexy-cool” du Bar dos Arcos : un soir, des violonistes réinterprètent Amy Winehouse, le lendemain ça bascule sur des DJ sets R&B et des classiques brésiliens. Les cocktails font aussi le show. Exemple : le Poroso — un blend au whisky surmonté d’une mousse miel et fromage bleu — contre toute attente, ça marche. Compte 49 reais (environ 8,44 €). Le lieu peut accueillir 150 personnes… et pourtant, il y a presque toujours une file.
En face du théâtre, une galerie souterraine abandonnée pendant près de 50 ans a elle aussi été réanimée. Aujourd’hui, c’est Formosa Hi-Fi, un “listening bar” qui attire plus d’un millier de fans chaque week-end. Les DJ y travaillent le vinyle, de Michael Jackson à Legião Urbana (groupe rock culte au Brésil). L’entrée pourrait passer pour une station de métro — sans les agents de sécurité qui te guident depuis ton Uber.
Au rooftop du 26e étage du Martinelli Building, les soirées s’étirent très tard.
La descente sous une lumière douce, sur des marches en granit, fait partie de l’expérience. L’attente semble presque “designée” quand c’est bondé. Bonus : tu peux commander ton verre depuis les marches. À la carte : cocktails originaux et cuisine brésilienne qui réconforte (pastels à partager, galinhada — un ragoût riz-poulet — et une mousse au chocolat à la cachaça qu’on repère sur un paquet de tables). Compte en moyenne 70 reais (environ 12,05 €) pour un plat et 40 reais (environ 6,89 €) pour un verre.
Autre moteur de la nuit pauliste : les rooftops. Le Martinelli Building, tour centenaire autrefois associée aux élites, est redevenu une machine à moments. Son 26e étage offre une vue à 360° sur des couchers de soleil carrément indécents. Ici, la carte est plus classique (gin tonic, caipirinhas). Au 25e, un bar à pizzas napolitaines assure la base.
Mais ce qui rend l’endroit redoutable, c’est le modèle : pas un seul club, plutôt un “vaisseau” capable d’accueillir différentes marques de soirées. Chaque nuit = un takeover différent : electro, puis rythmes brésiliens comme le pagode (genre lié à la samba, né à la fin des années 1970). Et quand ça tire vers 4h, l’énergie déborde sur la terrasse façon villa toscane.
“L’idée, c’est de garder les rues actives jour et nuit, de booster la nightlife et de reprendre des zones longtemps désertées, où l’insécurité s’était installée”, explique Fabio Floriano, associé du groupe Tokyo, qui gère des événements au Martinelli. Il investit dans le quartier depuis 2016.
Évidemment, le centre-ville pourrait perdre son statut “bon plan”. Aucun de ses quartiers n’est encore au sommet des zones les plus chères, mais la revitalisation pousse les prix vers le haut. Malgré tout, il y a peu de chances que ça freine l’élan : les investissements continuent, notamment au Martinelli, qui lance une rénovation de 100 millions de reais (environ 17,22 M€) pour agrandir ses espaces dédiés au divertissement.
“São Paulo ne se lassera jamais des bars et des soirées”, tranche Floriano. “Donc il n’y a aucune raison d’arrêter d’investir dans de nouveaux concepts.”
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Foire Aux Questions
Pourquoi São Paulo est-elle devenue une référence mondiale pour la vie nocturne ?
Parce que la ville combine une culture de sortie très ancrée (toute la semaine), une créativité énorme sur les formats (listening bars, rooftops, takeovers) et une capacité à transformer des lieux “impossibles” en spots désirables.
Quels quartiers privilégier pour sortir la nuit à São Paulo ?
Le centre-ville (downtown) est au cœur du renouveau, avec des adresses installées dans d’anciens bâtiments financiers, sous des théâtres ou dans des galeries souterraines réhabilitées.
Combien coûte une soirée type (boisson + plat) dans ces lieux ?
Dans les adresses citées, une boisson peut tourner autour de ~6,89 € (40 reais) et un plat autour de ~12,05 € (70 reais). Les cocktails peuvent monter à ~11,19 € (65 reais) selon l’endroit.
Les bars ferment-ils tard à São Paulo ?
Beaucoup de bars ferment autour de 2h, mais certaines soirées et rooftops peuvent aller vers 4h, et les plus endurants prolongent parfois jusqu’au lever du jour selon le format et le lieu.
La hausse des loyers menace-t-elle cette scène nocturne ?
La revitalisation du centre pousse les prix vers le haut, oui. Mais la dynamique actuelle — investissements, rénovations massives, nouveaux concepts — indique plutôt une phase d’accélération qu’un ralentissement.













