Tourisme au Groenland : boom historique, mais l’Arctique ne fait aucun cadeau

Auteur : Alexis Berthoud

Il n’y a pas si longtemps, le Groenland faisait surtout rêver les voyageurs hardcore — particulièrement les Américains.

En juin 2025, United Airlines a lancé les premiers vols directs depuis les États-Unis, envoyant plus de 300 passagers par semaine vers Nuuk, la capitale. Sur la haute saison d’été, ces vols ont déposé environ 4 500 Américains dans une ville d’à peine 20 000 habitants. Ajoutez à ça de nouvelles liaisons depuis Copenhague : résultat, une année record pour le tourisme, avec deux fois plus d’arrivées internationales qu’en 2024.

L’intérêt pour le Groenland — chez les touristes comme chez les dirigeants — n’a jamais été aussi haut. Après des tensions géopolitiques début 2026, la pression est retombée. Et le territoire est revenu à son autre storyline qui fait du bruit : le boom touristique démarré l’été dernier. Les vols directs United depuis Newark (New Jersey) reprennent, et cette fois plus tôt, dès mai.

Saqqaq, village de pêche traditionnel au Groenland Saqqaq, un village de pêche traditionnel dans la baie de Disko, est connu pour ses maisons colorées.

Avril marque l’ouverture d’un nouvel aéroport régional à Qaqortoq, la plus grande localité du sud. En octobre, un nouvel aéroport transatlantique doit ouvrir à Ilulissat, porte d’entrée vers les aventures de la baie de Disko. Objectif : faire entrer plus de voyageurs et répartir le tourisme au-delà de Nuuk.

Mais ce premier “grand été” a apporté du très bon… et du très compliqué. Et c’est exactement ce qui permettra aux habitants comme aux voyageurs de comprendre ce qui arrive.

Groenland vs Islande : même imaginaire, réalité opposée

Le Groenland partage avec l’Islande des fjords à couper le souffle et des aurores boréales qui te mettent KO. Mais la comparaison s’arrête vite. Là où l’Islande a sa Ring Road, des routes faciles et des spas, le Groenland, c’est 80% de glace. Se déplacer exige souvent bateau ou hélico. Même avec un grand soleil, les traversées peuvent être rudes : polaires intégrales, combinaisons étanches, lunettes de ski… Ici, il y a très peu de routes, et la météo décide de tout.

Chemin depuis l'Icefjord Centre d'Ilulissat Un chemin partant de l’Icefjord Centre d’Ilulissat vers le fjord de glace de Kangia. Le centre présente des expositions sur l’écosystème, la faune et l’histoire humaine du Groenland.

Une destination chère — et pas “un peu”

L’isolement extrême et les défis d’infrastructure font du Groenland un des endroits les plus onéreux à visiter. Presque tout doit être importé : nourriture, carburant, matériaux. Un latte peut coûter 57 couronnes danoises (environ 8 €). Même une bouteille d’eau peut dépasser 25 couronnes.

Le vrai choc, c’est l’hébergement. Une nuit à l’Hotel Hans Egede — souvent considéré comme le meilleur de Nuuk, mais plutôt “3 étoiles” aux standards internationaux — dépasse généralement 322 € en haute saison. Et ce n’est que la base dans la capitale avant de partir vers des zones plus sauvages : fjords, côte, cercle arctique. Là, on peut facilement atteindre 1 288 € par personne et par nuit dans un campement “glamping” haut de gamme.

La contrepartie ? Une aventure façon safari d’hiver. Une hospitalité arctique qui ne ressemble à rien d’autre. Et une nature brute, généreuse : pêcher un flétan frais en quelques secondes, ou se retrouver en plein kaffemik à discuter avec des familles inuit autour de gâteaux et de café.

Ice calving dans la baie de Disko Dans la baie de Disko, la chute de blocs de glace (ice calving) provoque souvent des ondes spectaculaires dans l’eau.

Le revers du boom : retards, annulations, et capacité d’accueil à la limite

Mais avant même la fin de l’été dernier, l’euphorie a été remplacée par des plaintes. En août, l’aéroport international de Nuuk a été fermé brutalement : les protocoles de sûreté ont été jugés insuffisants selon les standards des autorités danoises. Un vol United parti de Newark avec plus de 100 passagers a dû faire demi-tour en plein ciel.

Ensuite, la météo a fait son travail habituel : annulations en cascade. Des centaines de voyageurs se sont retrouvés bloqués à Nuuk, parfois sans logement. Plusieurs fois pendant la haute saison (juin à début septembre), la compagnie nationale a improvisé des dortoirs dans les aéroports, faute de lits disponibles. À la fin 2024, l’offre autour de la capitale était déjà limitée : 586 lits d’hôtel, 357 lits en appart-hôtel et 96 lits en auberge. Et rien de majeur n’a ouvert pour absorber le choc en 2025.

Moralité : être “early adopter” dans le voyage, ça demande du mental. On aime l’innovation, l’exploration, le côté pionnier… jusqu’au moment où un retard de vol devient une nuit sur un banc. Au Groenland, ces “petits” imprévus ont été trop gros pour beaucoup.

Chiens du Groenland dans le village de Saqqaq Des chiens du Groenland — une des races les plus anciennes et les plus génétiquement “pures” — montent la garde dans le village de Saqqaq.

Pour Tom Marchant, cofondateur de l’agence de voyage Black Tomato (spécialiste des itinéraires hors des sentiers battus), ça fait partie du jeu : “Être early adopter en voyage, c’est accepter qu’il y ait des aspérités.” Selon lui, ces “bugs” sont le prix à payer quand tu explores un endroit avant la masse.

Marchant a vu ces difficultés de près : retards, complications logistiques, météo imprévisible. Son entreprise a lancé des voyages au Groenland dès 2016. Sur dix ans, il note des progrès : quelques nouvelles adresses plus luxueuses, de meilleurs options de transport, une cuisine qui monte en gamme. Mais côté budget, ça ne bouge pas : leurs itinéraires de huit nuits démarrent à 17 940 € par personne.

Construire plus, recruter plus : le vrai goulot d’étranglement

Malgré les records de fréquentation, ajouter des hôtels reste extrêmement difficile. Des plans pour +500 lits à Nuuk n’aboutiraient pas avant 2030. Et même quand tu peux construire, encore faut-il staffer : beaucoup de locaux travaillent déjà dans l’administration ou la pêche commerciale. Les emplois touristiques sont donc souvent assurés par des saisonniers internationaux.

Anika Krogh, Groenlandaise et fondatrice de Nomad Greenland (glamping), le dit cash : “Ce produit n’est pas pour tout le monde. Ce n’est pas un cinq étoiles de chaîne où tout est parfait. On a eu des clients en jet privé qui ne correspondaient pas du tout.”

Ses deux camps : l’un dans la vallée de Kiattua (90 minutes en bateau depuis Nuuk), l’autre à Saqqaq, village de pêche de la baie de Disko, au milieu des icebergs. Les séjours montent au-delà de 1 900 € la nuit (environ 1 900 €).

Cuisine locale au camp Nomad Greenland Dans les camps de Nomad Greenland, la cuisine est ultra-locale — notamment des moules juste pêchées sur les rives de la baie de Disko.

Dans les deux sites, les tentes sont spacieuses : lits king-size, coins salon, plaids en fourrure. La tente centrale pour les repas empile aussi couvertures et peaux pour garder l’ambiance cosy. Les menus, eux, sont en plusieurs services à base de poisson et de moules fraîchement pêchés, herbes locales, légumes quand c’est possible. Pas de four : tout est grillé. Et ça marche… jusqu’au jour où un client exige un gâteau d’anniversaire. Il a fallu l’acheminer en bateau depuis Ilulissat, à deux heures — et il a failli ne pas survivre au trajet. “Ici, il n’y a pas de livraison express”, résume Krogh.

La plupart des premiers visiteurs l’acceptent. En septembre, quand le froid est arrivé trop tôt et que les conduites ont gelé, Krogh a livré des thermos d’eau chaude à chaque tente pour que les clients puissent au moins se laver le visage. Quand des vents forts ont annulé les bateaux et forcé des nuits imprévues à Nuuk alors que les hôtels étaient complets, elle a activé son réseau pour trouver un logement via un appartement disponible. Pour ceux qui font le voyage jusque-là, c’est l’aventure — point.

Camp Kiattua de Nomad Greenland Le camp Kiattua de Nomad Greenland se trouve dans la vallée isolée de Kiattua, à 90 minutes en bateau de Nuuk.

Encore plus direct, Marchant estime que ceux qui attendent des vacances “zéro friction” ratent le concept : quand tout est lisse, pré-emballé, “checklist”, tu perds la connexion et la découverte. Le Groenland, c’est dramatique, brut, humbling. Et c’est précisément pour ça que certains y vont.

Avec ses plis et ses accrocs, l’été “de lancement” du Groenland est tout de même considéré comme un succès par ces acteurs du terrain. Ils ajustent déjà pour le prochain : améliorer la logistique, couvrir les bateaux, rendre l’expérience plus solide sans la standardiser. Et le message est clair : le Groenland ne veut pas devenir l’Islande. Il veut rester le Groenland.

En filigrane de ce boom, une idée s’impose: si l’Arctique inspire vos échappées, transposez-les au volant d’un Land Rover Defender. Avec Joinsteer, optez pour la Location longue durée et gardez l’esprit d’aventure.

Foire Aux Questions

Quand partir au Groenland pour éviter les galères ?

La haute saison va de juin à début septembre. Pour limiter la foule (et parfois les pénuries de lits), vise fin mai-début juin ou début septembre — tout en gardant en tête que la météo reste imprévisible.

Le Groenland est-il une destination “facile” pour un premier voyage arctique ?

Pas vraiment. Les déplacements se font souvent en bateau ou en hélicoptère, les annulations existent, et l’infrastructure est limitée. Si tu veux une version plus “plug-and-play”, l’Islande est généralement plus simple.

Quel budget prévoir pour un voyage au Groenland ?

Attends-toi à des prix élevés : hébergements à Nuuk facilement au-dessus de 300 € la nuit en saison, excursions coûteuses, et des repas/boissons chers à cause des importations. Les expériences premium (glamping, itinéraires luxe) peuvent dépasser largement 1 000 € par nuit.

Pourquoi y a-t-il si peu d’hôtels au Groenland ?

Construire est difficile (climat, logistique, coûts d’acheminement), et recruter est un autre frein : une grande partie de la main-d’œuvre travaille déjà dans l’administration ou la pêche, donc le tourisme dépend beaucoup de saisonniers.

Quels sont les risques à anticiper côté transport ?

Le combo météo + capacité limitée peut provoquer retards, annulations et effets domino (nuits imprévues, manque de chambres). Prévois des marges dans ton itinéraire, une assurance adaptée, et un état d’esprit “solution” plutôt que “perfection”.

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