Aston Martin dévoile sa B-spec en F1 : ce que change le gros package de Hongrie

Aston Martin arrive en Hongrie avec une évolution importante qui transforme pratiquement ce Grand Prix, 11e manche de l’année, en véritable nouveau départ pour sa saison 2026… et pour la trajectoire du projet motorisé avec Honda.
Le plan est clair : l’addition du paquet aéro et des changements attendus sur le groupe propulseur après la pause d’août doit produire un gain de performance conséquent. L’équipe a aussi reconnu un problème majeur en début d’année : une monoplace trop lourde. Or le poids se paie partout, en freinage, en effort en virage, en accélération, en dégradation des pneus, et au final en temps au tour.
Pourquoi cette mise à jour tardive change la lecture de la saison
La vraie question est donc la suivante : qu’a appris Aston Martin de son début 2026 difficile ? En repoussant cette évolution à fin juillet, l’équipe s’est donné du temps pour observer les directions choisies par les rivaux, et cela transparaît dans plusieurs choix techniques visibles sur la voiture.
Aileron avant : une nouvelle philosophie de charge et de structure d’écoulement
L’aileron avant est le premier organe qui façonne la structure d’écoulement que tout le reste de la voiture doit exploiter. Aston Martin a visiblement investi beaucoup d’efforts dans cette zone : le concept semble très différent, avec une répartition de charge différente sur l’envergure et au travers des trois éléments autorisés.
Les photos ne sont pas prises sous le même angle, mais on distingue une corde plus courte sur l’élément avant, une corde plus longue sur le second, tandis que le troisième paraît proche de l’ancien paquet.
Autre changement notable : la section en V juste à l’intérieur de la face interne du pneu avant est remplacée par un profil davantage « couronné ». C’est une zone clé, car elle modifie fortement la structure d’écoulement.
En augmentant l’écoulement sous l’aileron, davantage de flux est entraîné autour de l’intérieur du pneu avant. Et surtout, la vitesse de l’air sur l’envergure devient plus uniforme : le reste de la voiture bénéficie alors d’un flux plus régulier, moins sensible à la direction du vent et aux turbulences en suivant une autre monoplace. Sur le papier, c’est un point positif, notamment au regard des problèmes de séparation d’écoulement sur l’aileron avant dont Aston Martin souffrait avec l’ancienne configuration.
Plaques d’extrémité : mieux contrôler l’air vers la zone du pneu
Les plaques d’extrémité sont elles aussi revues. La petite dérive horizontale extérieure est avancée, ce qui impose de modifier le profil du bord supérieur de la plaque. Le but est d’exercer une influence plus marquée sur l’air dirigé vers le bas, vers la zone d’écrasement du pneu extérieur.
Si possible, on cherche à maximiser cet effet pour limiter l’impact négatif de l’écrasement du pneu intérieur sur les dispositifs aérodynamiques situés en aval et producteurs d’appui.
Les déflecteurs : moins agressifs, mais plus cohérents avec le flux utile au fond plat
Sur les déflecteurs, on parle surtout de changements de détail. La hauteur globale (mise en évidence) est réduite : la différence est significative. De plus, les deux volets horizontaux repérés sont moins agressifs au bord de fuite. Ils conservent cependant leur courbure de corde plus en arrière : en pratique, ils font le même travail sur l’avant du plancher, mais en décalant cette action vers l’arrière.
En démarrant plus en arrière, ces éléments influencent moins l’air perturbé par le « jet » de pneu qui remonte autour de l’intérieur du pneu avant. Résultat attendu : un effet moins néfaste sur le débit massique d’air qui passe entre l’intérieur des pneus avant et les flancs du châssis, précisément le flux que le fond plat doit exploiter.
Entrée de radiateur et flancs : une étape vers un double plancher plus agressif
L’entrée de radiateur est reprofilée. L’angle extérieur menant vers le rayon supérieur du flanc est davantage « fondu », et la ligne de séparation de l’entrée (repérée) change aussi. L’entrée elle-même paraît légèrement plus petite côté intérieur : la distance depuis le sommet du châssis semble réduite sur la nouvelle version.
L’ensemble de ces modifications mène au choix d’Aston Martin autour d’une architecture de type « double plancher ».
Profil de carrosserie : plus de débit vers le diffuseur
Ci-dessus la nouvelle version du profil, et ci-dessous la version d’avant la Hongrie.
À partir de ces vues, la différence la plus marquante est l’impression d’un double plancher encore plus agressif. Les angles de prise de vue restent différents, mais l’écart semble suffisant pour indiquer un changement réel dans cette zone.
L’objectif de générer davantage de débit massique à travers cette région est d’améliorer la performance du diffuseur. Et si le diffuseur progresse, c’est l’arrière dans son ensemble qui en profite : diffuseur, aile dite « beam wing » et aileron arrière.
Avec ces monoplaces que l’on qualifie souvent de voitures à fond plat, ces éléments arrière fonctionnent d’autant mieux que le débit d’air qui leur arrive est maximisé. Et c’est précisément ce sur quoi Aston Martin semble se concentrer.
Il sera aussi intéressant de voir l’évolution de cette voie technique au regard d’une philosophie historique de fort angle d’assiette sur des voitures à fond plat. Aston Martin avait commencé la saison avec une approche de ce type, quand d’autres semblaient adopter une assiette plus « à plat ». Reste que l’équipe paraît sûre de sa vision.
Capot moteur et ouïes de refroidissement : efficacité contre traînée
Le paquet inclut aussi un capot moteur revu et des sorties de refroidissement modifiées. Il est toujours délicat de dire si cela relève d’un développement pur ou d’un ajustement lié aux exigences du circuit, mais ici cela ressemble à un mélange des deux.
Sur la nouvelle configuration, les ouvertures sont légèrement repositionnées pour s’intégrer au nouveau capot et aux nouveaux profils de flancs. Il y a moins d’ouïes, mais elles sont plus grandes, en particulier la sortie de la dernière.
De manière générale, plus de refroidissement signifie plus de traînée. Ce qui devient déterminant, c’est donc l’efficacité de l’ensemble du paquet de refroidissement pour préserver la performance globale.
Vue latérale : un undercut plus profond
Cette comparaison des flancs ne montre pas avec un niveau de détail idéal ce qui a été mis en évidence au sujet du double plancher, qui semble être l’un des moteurs majeurs de ce développement. En revanche, elle suggère que l’undercut sous les décos est plus profond.
Détails du plancher devant le pneu arrière : moins agressif, plus propre
Le détail situé devant le pneu arrière est lui aussi revu. L’ensemble reste dans la même « famille » d’idées, mais avec une approche moins agressive.
Dans cette zone, le petit volet arrière est moins cambré, et son profil de bord de fuite réduit le niveau de jet interne du pneu par rapport à l’ancienne version. Aston Martin a également retiré un second élément présent auparavant.
Aileron arrière : actionneur revu et profils d’éléments modifiés
L’actionneur de l’aileron arrière a été modifié. Une partie peut être liée à la réduction de masse, et il faudra observer quel type d’actionnement est retenu. Mais à partir des images, en voyant la nouvelle version sans son habillage aérodynamique, tout indique un système proche de l’ancien, comparable à une solution de type DRS à grande fente que beaucoup d’équipes ont conservée.
Comme à l’avant, les profils et longueurs de corde des éléments d’aileron arrière évoluent. Cela peut faire partie du paquet de développement, ou être optimisé pour un circuit plus chargé en appui ; dans tous les cas, c’est différent.
L’élément avant a une corde plus courte sur son envergure. Le second a une corde plus longue vers l’extérieur, et le troisième une corde légèrement plus longue sur l’ensemble de l’envergure. Ces changements modifient la distribution de charge et peuvent, par endroits, améliorer la performance du diffuseur : faire « dialoguer » l’écoulement de l’aileron supérieur avec le diffuseur est extrêmement puissant.
Mais surtout, cela doit aider la récupération d’appui sur l’envergure lorsque l’aileron passe d’un état en ligne droite à un état en virage.
Arrière de la voiture : suspension, anti-lift et rigidité des supports
L’arrière de la voiture évolue également : plusieurs pièces sont modifiées, ajoutées, ou renforcées. Mais l’un des changements principaux concerne la géométrie de la suspension arrière et, avec elle, les points d’ancrage internes.
Le point d’ancrage interne de la jambe arrière, auparavant monté de manière très particulière sur les pylônes de l’aileron arrière, est déplacé vers le haut. Cela augmente l’anti-lift à l’arrière, réduit aussi la variation de carrossage entre basse et haute vitesse, et devrait probablement relever le centre de roulis arrière.
Il est difficile d’identifier l’unique motivation dominante, mais l’effet sur le centre de roulis et l’anti-lift semble être l’objectif premier, la réduction de variation de carrossage venant comme conséquence de ces choix.
En revanche, rien n’est gratuit : un point plus haut sur les pylônes accroît le potentiel de flexion dans cette zone. Pour y répondre, Aston Martin a ajouté une petite entretoise horizontale reliant les deux pylônes, afin de les solidariser.
Cette pièce peut aider lorsque la charge sur le triangle supérieur est à peu près équilibrée en accélération, et peut-être au freinage. Mais cette situation est rare en virage, là où les charges sont les plus élevées.
Quel gain attendre : l’allègement comme accélérateur, l’aéro comme travail de fond
Cette grosse évolution devrait représenter un pas en avant, mais principalement grâce à la réduction de masse. Oui, sur le plan aérodynamique, la direction semble meilleure ; le problème est que les concurrents progressent aussi course après course.
Avec des règles très restrictives, l’époque des secondes gagnées par une innovation unique est révolue. On parle plus souvent de dixièmes, voire de centièmes.
À l’œil, il n’y a pas de rupture radicale par rapport à la voiture introduite à Barcelone fin janvier. La voiture est différente sur le plan aérodynamique, et Aston Martin a eu le temps d’optimiser son paquet autour de la même idée générale. Mais la suspension avant, notamment sur le niveau d’anti-plongée qui interrogeait déjà, reste en place : signe soit d’une conviction, soit d’une modification jugée trop difficile en cours de saison.
La structure d’écoulement générée par l’aileron avant, elle, paraît nettement différente, et cela peut alimenter les évolutions observées plus en aval. Et si l’allègement est bien au rendez-vous, c’est du temps au tour « gratuit ».
En projection, Aston Martin peut espérer passer devant l’équipe Cadillac arrivée en 2026, potentiellement Williams, et peut-être Haas, qui semble en difficulté cette saison. Au-delà, franchir le palier suivant deviendra nettement plus complexe.
Conclusion
La Hongrie marque donc un tournant : une voiture plus légère, une philosophie d’écoulement revue dès l’aileron avant, et un arrière pensé pour mieux nourrir le diffuseur et stabiliser la plateforme aérodynamique. La suite dira si ce paquet suffit à enclencher une dynamique durable face à des rivaux qui n’arrêtent pas d’itérer.
Dans une saison où chaque détail compte, la trajectoire la plus prometteuse est souvent celle qui permet d’apprendre plus vite que les autres.
Foire aux Questions
Pourquoi la réduction de poids est-elle si importante en Formule 1 ?
Parce que le surpoids pénalise tout : distances de freinage, capacité à générer des forces en virage, accélération, et dégradation des pneus. Au final, cela se traduit directement en temps au tour.
À quoi sert une nouvelle conception d’aileron avant ?
L’aileron avant crée la structure d’écoulement que le reste de la voiture doit exploiter. Une meilleure uniformité du flux et une sensibilité réduite aux turbulences peuvent améliorer le comportement en trafic et la constance de l’appui.
Qu’est-ce qu’un « double plancher » et pourquoi chercher plus de débit d’air ?
C’est une approche de carrosserie et de plancher visant à canaliser davantage de débit massique vers l’arrière, afin d’augmenter l’efficacité du diffuseur et, par extension, de l’ensemble aérodynamique arrière.
Pourquoi des ouïes de refroidissement plus grandes peuvent-elles coûter de la performance ?
Plus de refroidissement s’accompagne généralement de plus de traînée. L’enjeu est donc d’obtenir la température cible avec la solution la plus efficace possible, pour limiter la perte de vitesse en ligne droite.
Que change un point d’ancrage de suspension arrière déplacé vers le haut ?
Un point plus haut peut augmenter l’anti-lift, réduire certaines variations de carrossage et relever le centre de roulis arrière. Mais cela peut aussi accroître les contraintes de rigidité, d’où l’ajout d’un renfort reliant les supports.
En filigrane, la quête d’efficacité inspire aussi la route: pour concrétiser votre rêve d’Aston Martin Vantage via LOA ou LLD, découvrez les offres flexibles de Joinsteer, achat à distance et garanties incluses.
























































