Auteur : Alexis Berthoud

K-pop. BTS. Kimchi. Depuis plus d’une décennie, la « vague coréenne » (« hallyu ») a déferlé partout. D’abord des feuilletons coréens exportés en Asie à la fin des années 90, puis une obsession mondiale pour la K-pop, les K-dramas, le cinéma coréen, le skincare, la mode et la bouffe. Et maintenant? Elle s’installe dans un format ultra rentable et ultra partageable : les cafés coréens à Londres.

Dernier avatar de ce soft power : des adresses où le design est pointu, l’ambiance décontractée, les plats tranchants (gochujang inside) et les boissons inventives. Le modèle cartonne parce qu’il coche toutes les cases : TikTok-friendly, ouvert toute la journée, parfait pour « traîner », et donc pour revenir souvent. Ce ne sont pas des clones de Séoul : les propriétaires y injectent leur vie au Royaume-Uni, et ça crée une identité locale.

La popularité croissante des cafés coréensLa popularité des cafés coréens monte au moment où l’engouement mondial autour de la K-pop repart à fond.

Tokkia a ouvert en décembre à Covent Garden : présenté comme la première « maison de matcha » à la coréenne à Londres. Au menu : lattes au thé vert et « salt bread » à la coréenne. La différence avec les spots matcha japonais? Zéro cérémonial. Ici, c’est ludique, rapide, et fait pour être filmé.

Le lieu est petit, hyper soigné : trois stations matcha en marbre teinté terre cuite, déco minimaliste avec des herbes séchées. Le nom « Tokkia » se traduit grosso modo par « Hey, lapin » — clin d’œil aux deux lapins de la fondatrice, Sooji Im. Une vidéo montrant la préparation d’un latte matcha au kaki a vite accumulé des milliers de likes. Le produit est bon, mais le vrai kicker, c’est la mise en scène : c’est pensé pour circuler.

Dans le même temps, d’autres nouvelles adresses chauffent la ville : Angel Dabang (café façon « dabang », ces coffee houses à l’ancienne) avec son café crémeux au lait concentré et ses kkwabaegi (beignets torsadés), et Look Left by Yugu, qui mise sur les lattes à l’armoise et des assiettes fusion. Les deux attirent du monde, au point qu’Angel Dabang envisage déjà de déménager dans plus grand.

Portrait de Sooji ImLa fondatrice de Tokkia, Sooji Im.

Sooji Im le dit clairement : la tendance des cafés coréens au Royaume-Uni ne date pas d’hier. Elle s’est installée progressivement, puis s’est solidifiée avec l’arrivée de Bunsik, chaîne de street food coréenne (notamment les corn dogs) qui a débarqué à Londres au printemps 2021 et est devenue virale. Les snacks accessibles — comme les tteokbokki (gâteaux de riz moelleux) — ont fait le reste. Aujourd’hui, Bunsik occupe sept emplacements à Londres et s’étend jusqu’à Manchester et Bristol.

Autre jalon : Compose Coffee, déclinaison à Londres d’une chaîne sud-coréenne née à Busan en 2014, et qui compte plus de 2 600 boutiques en Corée. Ouvert au centre de Londres (près de la National Gallery) au printemps 2024, l’endroit a depuis été rebaptisé First Korean Cafe M. Au menu : mozzarella coin bread (gaufre épaisse fourrée au fromage), egg-drop sandwiches, toast bulgogi-avocat, bingsoo (glace pilée) et classiques comme le dalgona latte (cette mousse de café instantané popularisée pendant la pandémie).

Snacks chez Angel DabangUne sélection de snacks servis chez Angel Dabang.

Rien de tout ça n’arrive par magie. En 2009, le gouvernement sud-coréen a lancé une offensive de « gastro-diplomatie » pour booster la cuisine coréenne à l’étranger. Objectif affiché à l’époque : faire entrer la cuisine coréenne dans le top 5 mondial. La stratégie s’inspirait d’un plan similaire mené par la Thaïlande au début des années 2000. Investissements, promotion des restaurants, formation de chefs, marketing à l’international : c’était un plan industriel, pas un « coup de chance ».

Au Royaume-Uni, ça a d’abord nourri la vague des restaurants indépendants, souvent familiaux, où les Londoniens allaient ponctuellement. Mais la croissance de Bunsik et la caisse de résonance des réseaux ont changé la donne : place à des lieux plus « mass market », reproductibles, ouverts du matin au soir. Des business où tu viens quasi quotidiennement. C’est là que les cafés gagnent.

Et ce boom s’inscrit dans une mutation plus large de la consommation britannique. La critique culinaire Ruby Tandoh rappelle qu’en 2010 Londres ouvrait sa première boutique de bubble tea — aujourd’hui, on peut en trouver une douzaine à dix minutes de marche dans certains quartiers. Cette attirance pour la « texture QQ » (ce rebond dense façon mochi), qu’on retrouve aussi dans les tteokbokki ou certaines soupes de nouilles, a même challengé l’hégémonie des coffee shops. En clair : c’est un shift de génération.

Ce qui se passe n’est pas juste une copie conforme d’une marque qui s’étend. C’est une mini-scène locale qui se crée, avec plusieurs modèles qui poussent en parallèle.

Angel Dabang, par exemple, est minuscule et joue la carte du traditionnel : mobilier coréen, référence directe aux dabangs. On y trouve du thé vert de Boseong et de l’île de Jeju, du café « dabang style » au lait concentré, du misugaru (boisson chaude à base de céréales grillées) et du ssanghwacha (thé aux herbes et racines, avec cannelle, gingembre, jujube, réglisse...).

Leur menu tournant de bunsik (comfort food coréen) reste abordable : sandwichs au poulet frit, bulgogi ou œuf entre 4,15 € et 5,05 € (conversion depuis 4,50£–5,50£), et tteokbokki plus costauds à environ 8,70 € (depuis 9,50£) avec des toppings type mozzarella, gimmari (rouleaux d’algues frits) ou même des twists plus « UK-friendly ». Côté sucré : kkwabaegi cannelle-sucre, injeolmi (poudre de haricot grillé) ou matcha-choco-crème.

Le cofondateur Ben Kim explique qu’ils attirent autant des locaux que des Coréens venus de toute l’île. Son point est simple : plus le public britannique connaît les saveurs et les références culturelles coréennes, plus un nouveau segment s’ouvre — et les cafés en sont la preuve. Ils savent garder l’authenticité du goût tout en adaptant le format au marché.

Latte à l’armoiseUn latte chaud à l’armoise (mugwort) chez Look Left by Yugu.

Look Left by Yugu, ouvert en octobre à London Fields, illustre parfaitement le pivot « commerce vers café ». À la base, la créatrice de mode Seulbi Oh avait lancé une boutique et servait parfois du matcha. La demande a explosé. Elle a donc transformé l’espace : la boisson et la cuisine sont devenues le coeur du produit.

Le nom renvoie à sa ville natale coréenne. Ici, matcha et « food fusion coréenne » : toasties kimchi-fromage-patate douce au brunch, puis tiramisu au sésame noir. Son observation est cash : beaucoup de restaurants coréens à Londres servent les mêmes plats. Donc elle pousse des saveurs moins attendues.

La star? Le latte à l’armoise (sook), une plante au profil terreux et herbacé. Et quand une influenceuse food coréenne comme Rollin Lee relaie, ça sort instantanément de la bulle communautaire : tu touches un public plus large, curieux, prêt à tester.

À l’inverse, Tokkia joue la simplicité — comme beaucoup de maisons de matcha à Séoul. Matcha coréen, hojicha (plus noiseté, moins umami que certains hojicha japonais), et des saisonniers qui deviennent viraux (kaki-matcha, hojicha cacahuète). Et surtout : le « salt bread » coréen, cette viennoiserie salée beurrée, descendante d’un pain japonais (shio pan) reformaté pour la culture café coréenne.

Avant Tokkia, Sooji Im tenait un autre salon de thé spécialisé qu’elle a fermé l’an dernier. Sa lecture est limpide : Tokkia est moins niche, plus accessible — donc plus scalable. Et elle sait que ça bougera encore. En Corée, la café culture change à une vitesse folle. La sensibilité aux tendances est presque un sport national.

Cette agilité culturelle explique pourquoi le monde est accro à tout ce qui sort de Corée. Et pourquoi, très bientôt, tu boiras peut-être un latte à l’armoise avec ton salt bread — si ce n’est pas déjà fait.

Foire Aux Questions

Pourquoi les cafés coréens cartonnent à Londres?

Parce qu’ils combinent trois leviers puissants : une esthétique forte (donc partageable), des produits différenciants (matcha coréen, mugwort, bingsoo, salt bread) et un format « all-day » qui transforme un passage en habitude.

Quelle est la différence entre un matcha « coréen » et un matcha « japonais »?

La différence est autant culturelle que gustative : le modèle coréen est souvent moins codifié (moins de cérémonial), plus orienté sur les lattes, les recettes saisonnières et la création de nouvelles boissons à fort potentiel viral.

C’est quoi un « dabang »?

Les dabangs sont des coffee houses à l’ancienne en Corée. Aujourd’hui, certains cafés réutilisent cette référence pour créer une ambiance nostalgique, avec des boissons comme le café au lait concentré et des thés traditionnels.

Un latte à l’armoise (mugwort), ça goûte quoi?

C’est herbacé, terreux, légèrement amer, avec une impression « plante » assumée. En version latte, le lait arrondit le profil et rend la boisson beaucoup plus accessible.

Quels produits sont les plus « tendance » dans les K-cafés?

En ce moment : le salt bread, les lattes matcha/hōjicha en versions saisonnières (kaki, cacahuète), les desserts type bingsoo, et les snacks coréens faciles à manger (tteokbokki, kkwabaegi).

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