Vacances “Murder Mystery” : le tourisme qui transforme les voyageurs en détectives

La fête du soir tourne au cauchemar. Nos hôtes — une chroniqueuse mondaine et une socialite ultra-connectée — ajustent encore les fleurs quand la lumière clignote. Noir. Blanc. Et là, dans la pièce d’à côté: une invitée assassinée. Poignardée. Le corps encore chaud.

Dans la salle, tout le monde se dévisage. Un romancier un peu clownesque et son frère ivre (et beaucoup trop sûr de lui) veulent parler à chaque personne présente. Moi comprise.

Mi-impro comédie, mi-ovni théâtral, Ms. Maxwell Presents: The Murder Game colle parfaitement à un petit espace de Brooklyn connu pour ses shows expérimentaux.

La troupe What May Come Immersive (WMCI) peaufine encore le concept avant une tournée: d’abord au Six Bells Countryside Inn, une adresse très prisée dans la vallée de l’Hudson (Rosendale), puis dans d’autres coins “charmants” du Nord-Est américain.

Appelez ça l’effet boule de neige des whodunits modernes (films, séries, téléréalité): le public veut du suspense, du jeu, du rôle-play. Résultat: de plus en plus de gens réservent des week-ends entiers construits autour d’une enquête, d’indices disséminés et d’une histoire dans laquelle on plonge à 100%.

Les marques de voyage ont flairé le filon. Certains conseillers en voyages de luxe montent des escapades inspirées de séries à succès pour des clients privés, avec des budgets qui vont de “gros” à “délirant”: environ de 92 000 € à 920 000 € selon la mise en scène, l’ampleur et le lieu (imaginez: Saint-Barth, ou un château en Écosse).

Autre preuve que le phénomène a quitté la niche: des banques et programmes premium ont déjà utilisé des week-ends “murder mystery” comme avantage exclusif. Exemple: des événements animés par une célébrité dans un resort bien-être du Massachusetts, puis sur une île privée en Floride. Ticket d’entrée? Environ 9 200 € pour deux personnes, pour intégrer une “communauté bien-être” fictive… dont l’ambiance devient de plus en plus inquiétante, heure après heure.

Lena Wolfe, 36 ans, artiste et danseuse à Manhattan, compare ce type d’escapade à un escape game: “On vous donne un problème, et votre groupe doit bosser ensemble pour le résoudre.” Elle revient d’un séjour au Harry Packer Mansion Inn, une demeure connue pour avoir inspiré une attraction de manoir hanté — où WMCI a rejoué, façon bain de sang (mais historiquement documenté), la vie d’un domaine industriel de l’âge doré en Pennsylvanie.

Le scénario est souvent volontairement théâtral: bal mondain, blackout, chaos mortel. Ou paquebot années 1920, tempête, une héritière tombe par-dessus bord. Des acteurs — ou parfois des participants “choisis” — placent des indices au fil du week-end, avant le grand moment où chacun doit annoncer sa théorie.

“C’est presque comme être un personnage à l’intérieur d’un jeu vidéo”, résume Wolfe.

Et les chiffres soutiennent la tendance: plus de 50% des voyageurs de la génération Z disent vouloir “se faire plaisir” sur des expériences, contre 29% des baby-boomers (étude 2024 d’un cabinet de conseil). Les plus jeunes puisent directement leurs idées dans ce qu’ils consomment: quand votre feed vous sert du mystère en boucle, vous finissez par vouloir le vivre, en vrai.

Week-end murder mystery avec une célébrité Neil Patrick Harris (à droite) a déjà animé un week-end “murder mystery” dans la région des Berkshires.

Mais l’appétit pour le jeu immersif ne se limite pas aux 20-30 ans. Dans une auberge familiale du Vermont, la co-gérante Tajlei Levis décrit un mélange savoureux: “Des hipsters de Brooklyn prêts à tout pour les costumes, des boomers, et des familles avec des enfants de 10 ans… qui, clairement, pilotent les vacances.”

L’établissement propose des week-ends ‘cozy crime’ depuis la fin des années 1980. Levis écrit elle-même les scripts. Aujourd’hui, deux éditions par an, 75 personnes à chaque fois, et c’est sold-out systématique. Prix: un supplément d’environ 138 € par personne pour l’expérience “mystère”.

Et ils ne s’arrêtent pas là: ils organisent aussi des week-ends immersifs inspirés de grandes sagas d’époque. Le principe est simple: vous venez pour dormir, mais surtout pour jouer. Flirter au bal. Vous faufiler en cuisine. Improviser. Vivre une histoire au lieu de scroller une autre story.

Ces formats répondent à un besoin brut: s’amuser sans être collé à son téléphone. Et nourrir un truc qu’on oublie trop vite à l’âge adulte: l’imagination.

“En tant qu’adultes, on a rarement la permission — ou le contexte — d’être idiots, légers, joueurs”, explique Sarah Sutliff, directrice artistique de WMCI. “Incarner un personnage et interagir avec la troupe, ça réactive une partie créative que vous n’allumez pas tous les jours.”

Sur scène (et au milieu du public), l’un des meilleurs plaisirs de The Murder Game à Brooklyn, c’est justement ça: être un invité malicieux. Provoquer. Semer le doute. Convaincre quelqu’un qu’il s’est trompé d’adresse. Certains restent “spectateurs sages”. Moi, je saute dans l’arène.

Pour Dana Ludmer, psychologue à Harlem, 35 ans, le point fort est clair: “Moi, je suis à fond sur le fait de se déguiser. Je ne peux pas vous raconter les meurtres, mais je peux parler des vêtements pendant des heures.” Elle chine des costumes, les assemble, et se fabrique une identité d’enquêtrice amateur.

Du côté des pros, le marché grossit. Keith O’Leary, qui a fondé Murder Mystery USA avec sa femme il y a 40 ans, dit que leurs shows modernes, façon enquête criminelle, tournent à plein régime.

Le plus ironique? Pendant la pandémie, ils pensaient couler. Au contraire: c’était “leur meilleure année”. Les entreprises, affamées d’activités de cohésion à distance, ont commandé des scénarios jouables sur Zoom. Aujourd’hui, l’entreprise revendique environ 400 shows live par an.

Le phénomène est global. En Angleterre, un hôtel en bord de mer dans le Devon, lié à l’univers d’Agatha Christie, programme déjà de très nombreux week-ends “murder mystery” sur son calendrier 2026.

En Chine, la tendance s’appelle jubensha (“script murder”): un hybride entre soirée enquête et escape room. On réserve une salle type salon privé, un game master distribue scripts et costumes, et l’enquête se déroule sous supervision. La Gen Z en raffole.

Hôtel accueillant des week-ends mystère Mohonk Mountain House organise des week-ends “mystère” depuis les années 1970.

Autre avantage business (et pas des moindres): ces voyages se répètent facilement. Vous revenez, vous changez d’affaire, vous rejouez. Un hôtel historique de l’État de New York a compris ça il y a 50 ans en s’associant à une librairie spécialisée dans le polar: en pratique, ils ont posé les bases du “mystery weekend” moderne.

Des auteurs cultes ont déjà participé à ces “killing games” en tant qu’invités spéciaux, et la production est devenue de plus en plus ambitieuse: un salon victorien transformé en plateau TV des années 1970, caméras d’époque, éclairage, moquette épaisse… Et un public dont l’âge moyen baisse.

Selon le responsable des programmes à thème, ce type d’événement attire particulièrement les couples, les groupes d’amis, et les enterrements de vie de jeune fille/garçon. Autrement dit: des gens qui veulent du souvenir, pas juste des photos.

Mariah Langlois, 26 ans, architecte, a même embarqué ses parents sur un week-end “dingue” dans le Vermont. Son verdict? Son compagnon n’était “pas très bon” pour formuler des hypothèses… mais elle s’est alliée à un enfant de 11 ans, et ils ont trouvé. Spoiler: c’était le clown.

Auteur : Alexis Berthoud

Foire Aux Questions

Qu’est-ce qu’un week-end “murder mystery” exactement ?

C’est une escapade (souvent 1 à 3 jours) structurée autour d’une histoire de crime à résoudre. Vous jouez un rôle, vous collectez des indices, vous interagissez avec des acteurs (et parfois d’autres participants “dans le coup”), puis vous proposez votre théorie.

Faut-il être bon en enquête pour participer ?

Non. La plupart des formats sont conçus pour être accessibles. Vous pouvez jouer à fond (prendre des notes, interroger, recouper) ou rester plus observateur. L’objectif: fun + immersion, pas compétition hardcore.

Comment s’habiller pour un murder mystery ?

Ça dépend du thème (années 20, bal victorien, polar contemporain, etc.). Beaucoup d’événements encouragent les costumes, mais ce n’est pas toujours obligatoire. Si vous voulez maximiser l’expérience, venez “dans le personnage”.

Quel budget prévoir pour ce type d’expérience ?

Il existe des formats très abordables (supplément autour de 138 € par personne dans certaines auberges) et des versions luxe qui peuvent monter jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros selon la destination, le casting et la mise en scène.

Est-ce adapté aux groupes (team building, EVJF/EVG, anniversaires) ?

Oui, c’est même l’un des usages les plus fréquents. Ces jeux créent des interactions naturelles, poussent à collaborer, et donnent un “prétexte” parfait pour se lâcher sans malaise.

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